Éric Zemmour : Mon message aux Abstentionnistes
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mes chers compatriotes. Je veux aborder un sujet de la plus haute importance. Ce sujet, je dois vous l’avouer, m’obsède.
Mes adversaires l’évoquent de temps en temps, bien entendu, mais comme une formalité. Pour moi, c’est un problème majeur, qui en dit très long sur l’état de notre pays, sur la souffrance de notre peuple, et qui met en danger notre démocratie. Je veux m’adresser à tous nos compatriotes qui ne votent plus.
Les abstentionnistes sont généralement présentés comme des marginaux, des paresseux, de mauvais citoyens. Les journalistes et les politiciens parlent d’eux comme d’une horde d’indécis, de sans-opinion, d’illettrés de la démocratie. C’est une immense injustice que je veux réparer.
Depuis vingt ans, j’observe les abstentionnistes et je les comprends. Je veux leur dire : vous êtes lucides et vous êtes intelligents. Pourquoi refusez-vous de voter ?
Parce que vous avez été trompés. Parce que les démagogues vous ont menti comme des arracheurs de dents. Parce que les technocrates vous ont ruiné de manière systématique.
Parce que les hommes et les femmes pour qui vous avez généreusement voté vous ont trahi de toutes les manières possibles. Vous avez le sentiment d’avoir été humiliés et déshonorés, et vous avez raison. Quand je regarde mon pays, quand je vois ce qu’en ont fait les politiciens, quand je vois ce qu’ils vous ont fait, ce qu’ils nous ont fait, je me dis que votre chagrin est légitime, et que votre colère est noble.
Un abstentionniste est quelqu’un qui a compris quelque chose d’essentiel : quand elle n’est pas sincère, la démocratie est laide. Quand elle n’est pas fidèle à ses promesses, elle est un piège. Quand elle dit le contraire de ce qu’elle pense, et quand elle fait le contraire de ce qu’elle dit, elle est un scandale.
Quand elle piétine tous les rêves qu’on a placés en elle, elle ne mérite pas seulement d’être critiquée : il faut la mépriser, la juger et la condamner à rendre des comptes. C’est le sens de ma candidature. Je suis celui qui dit : cette démocratie salie, malmenée, violée jusque dans ses principes, cette farce institutionnelle a assez duré.
Rendons la démocratie, la vraie, la belle, l’insolente, au peuple français qui la mérite tant. Vous êtes si nombreux. Le premier parti de France, dit-on.
Et c’est vrai. Cela vous donne une idée de votre puissance. Si vous le voulez, elle peut être immense.
Mais qui êtes-vous ? Vous avez 60 ans ? Autrefois, vous étiez jeunes et plein d'illusions.
Ah, le 10 mai 1981 ! Quelle espérance ! Mais Mitterrand, le cynique absolu, a piétiné vos espoirs.
Alors, plus tard, pour la plupart, vous êtes passés à droite. Vous avez voté pour Jacques Chirac en 1995 parce qu’il vous parlait de fracture sociale, et vous avez été abandonnés à nouveau. De déception en déception, vous avez fini par voir de la trahison partout.
Et vous n’avez pas tort. Je la vois aussi. Vous avez 40 ans ?
Vous êtes au milieu de la vie, et vous êtes déjà fatigué de la politique. Plus vous votez, plus la France va mal. Alors, les dimanches d’élections, vous préférez aller vous promener.
Vous en avez assez. Et vous n’avez pas tort. Moi aussi, j’en ai assez.
Vous avez 20 ans ? Un jour, en sortant de l’école, vous vous êtes fait tabasser par des racailles. Votre mère a demandé de l’aide aux élus de la ville.
Ils ont promis qu’ils vous protégeraient. Ils n’ont rien fait. Ils ont protégé la racaille.
Vous vous êtes juré que vous ne voterez jamais. Je n’oublie pas ceux qui s’abstiennent parce qu’ils ont voté sans s’intéresser à la politique, juste pour améliorer un tout petit peu leur quotidien parce qu’ils avaient cru dans une promesse électorale, et dont le sort a empiré. La veuve qui n’arrive plus à payer son loyer.
L’étudiant qui parvient à peine à se nourrir. L’habitant des banlieues auquel on avait promis le Kärcher et ils osent le lui promettre à nouveau. Comment ne pas regarder en face votre dégoût pour la démocratie ?
Comment ne pas voir de la dignité dans votre refus ? Je n’oublie pas non plus les Français qui ont voté "non" au référendum sur l’Europe de 2005, et qui ont vu leurs suffrages anéantis par le pouvoir. Une insulte à la démocratie, un viol de la volonté populaire, une faute incroyablement grave de la part de l’État, et que les abstentionnistes ne pardonneront jamais.
Et qui osera leur donner tort ? Je dis à tous les abstentionnistes : nous avons besoin de vous. De votre liberté.
De votre colère. Nous avons besoin de votre fierté, et même de votre orgueil et de votre insolence. Nous avons besoin de votre capacité à dire non.
La Reconquête ne se fera pas sans vous. J’aime votre indépendance. Elle ressemble tellement à la mienne.
J’éprouve pour vous, je vous le dis, de la fraternité. La fraternité de ceux qui ne sont pas du tout d’accord avec les élites politiques. La fraternité de ceux qui exigent beaucoup mieux.
Avec plus de 25% d’abstention au second tour en 2017, Emmanuel Macron est le Président de la République le plus mal élu depuis plus d’un demi-siècle. Il incarne les raisons pour lesquelles vous n’avez pas voté. Chassons-le ensemble.
Si nous voulons redevenir la France, si nous voulons redevenir libres, responsables de notre destin, si nous voulons redevenir des citoyens, retrouver notre identité, la sécurité et la prospérité, c’est l’année décisive, c’est l’année de la Reconquête ! - le moment ou jamais. Alors, chers amis abstentionnistes, pour une fois, abstenez-vous de vous abstenir, prenez vos cartes d’électeurs, et renversons la fatalité.
Oui, c’est possible, bien sûr que c’est possible ! Parce que c’est vous et parce que c’est moi. Impossible n’est pas français, mes amis.
Rendez-vous les 10 et 24 avril. Vous et moi, nous avons rendez-vous avec notre destin. Vive la vraie démocratie, vive la République, et, surtout, vive la France !
Éric Zemmour