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Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres & porte-parole de François Hollande, invitée de la rédaction

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Delphine Bateau, bonjour. Bonjour. Alors, ce qui s'est passé le 19 mars à Toulouse continue de peser très lourdement, y compris dans la campagne.

Nicolas Sarkozy, on va en parler. Nicolas Sarkozy, vendredi dernier, parlait d'un choc qui pourrait s'assimiler à celui du 11 septembre. Est-ce que vous diriez la même chose ?

Je pense qu'il faut toujours se garder des comparaisons. Les événements de Toulouse, l'attentat antisémite de Toulouse étant lui-même suffisamment malheureusement tragique et bouleversant pour ne pas faire des comparaisons avec un autre attentat dramatique qui avait coûté la vie de plusieurs milliers de personnes. Mais oui, c'est un traumatisme et c'est un traumatisme pour la France, pour l'ensemble de la communauté nationale, aussi parce qu'il n'y avait pas eu d'attentat sur notre sol depuis 1996.

Et donc forcément, il y a là un échec qui doit conduire à ce que tout soit désormais mis en œuvre pour que ça ne puisse pas se reproduire et qu'il ne puisse pas y avoir de nouveaux attentats en France. Est-ce qu'on a pris toute la mesure de ce choc ou est-ce que la prise de conscience reste encore à venir ? On a entendu tout à l'heure Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, qui dit que finalement, c'est un acte antisémite qui risque de produire d'autres actes antisémites.

J'espère que non, mais vous savez, il faut avoir une vigilance de chaque instant pour combattre l'antisémitisme et sa résurgence depuis le début des années 2000. La question, ce n'est pas simplement de faire des discours et des déclarations, c'est d'agir et notamment d'agir par l'éducation. Mais il faut aussi mettre hors d'état de nuire tous les apprentis terroristes.

C'est pour ça que la question que nous posons de la nécessité d'examiner les failles qu'il y a eues dans nos dispositifs, notamment de renseignement, est une question fondamentale que l'on se pose dans toutes les démocraties matures, adultes, qui est de regarder, de chercher à comprendre pourquoi est-ce qu'on n'a pas empêché en amont Mohamed Merah de passer à l'acte et de commettre ses attentats et ses meurtres. Alors on va en parler, on va parler du renseignement naturellement. Nadège Pujac.

D'abord, je voudrais vous demander quelque chose. Nicolas Sarkozy a annoncé de nouvelles lois, justement pour lutter contre le terrorisme islamiste, notamment pour punir ceux qui consultent les sites islamistes sur Internet. François Hollande a déjà dit qu'il ne voterait pas ces lois.

Ça a surpris. Vous comprenez pourquoi ? Mais si les lois doivent être améliorées, il faut d'abord examiner celles qui existent.

Nous avons, la France, un arsenal législatif de lutte contre le terrorisme qui nous est envié dans le monde entier. Parce que c'est un arsenal législatif préventif qui permet d'agir avant qu'un attentat soit commis et qui permettait, par exemple, lorsque l'on a su que Mohamed Merah avait été en Afghanistan et au Pakistan, cet arsenal législatif permettait, si la décision avait été prise à ce moment-là, d'ouvrir une enquête préliminaire et éventuellement de l'interpeller lorsque, par exemple, il s'est fourni pour 20 000 euros d'armes et donc de l'empêcher de passer à l'acte. La France a un dispositif légal qui permet cela.

Et donc, ce que nous disons, nous, s'il y a des compléments apportés à cette législation, que cela soit fait, évidemment, mais pas dans la précipitation. Et nous voulons que les lois actuelles soient d'abord évaluées. C'est pour ça que nous souhaitons, notamment le Sénat, faire un travail d'évaluation de l'application de la législation antiterroriste actuelle, travail que le gouvernement a décidé d'entraver, ce qui est une attitude assez puérile, parce que dans une démocratie adulte, dans une démocratie mature, on assume les pouvoirs que l'on donne pour lutter contre le terrorisme et on assume, donc, de faire un état des lieux sur l'application de la législation existante.

Alors, vous êtes beaucoup, vous-même, Delphine Bateau, occupée de sécurité, notamment avec M. Mélenchon et dans une commission, avec Julien Dré. Est-ce que le Sénat est dans son rôle quand il demande l'audition des patrons du renseignement à moins de trois semaines des élections ?

Non seulement il est dans son rôle, mais c'est la Constitution, dont je voudrais rappeler l'article 24 de la Constitution, qui dit « Le Parlement vote la loi, il contrôle l'action du gouvernement, il évalue les politiques publiques. » La commission sénatoriale qui voulait auditionner les patrons des services de renseignement, c'est la commission de contrôle de l'évaluation des politiques publiques et de l'application de la loi. Donc, il s'agit simplement d'auditionner, notamment, par exemple, M.

Squarsini, pour savoir comment son service applique la loi sur le terrorisme. Il ne s'agit pas de l'interroger sur les événements de l'attentat de Toulouse ou sur le cas de Mohamed Merah, qui, vous le savez, était suivi par les services de renseignement. Il s'agit de l'interroger sur l'application de la loi antiterroriste.

Moi-même, comme députée, j'ai déjà auditionné M. Squarsini à l'Assemblée nationale dans le cadre de la Commission des lois. Donc, c'est tout à fait constitutionnel.

François Fillon a tort de dire que c'est illégal. C'est sa position à lui, François Fillon, qui est anticonstitutionnelle. Et il y a quelque chose quand même d'extravagant.

Comment comprendre que M. Squarsini puisse s'expliquer à la télévision, à la radio et pas devant les sénateurs ? Il y a là quelque chose qui est absolument pas normal dans une démocratie.

Oui, mais là, c'est devant des politiques. Et on est à moins de trois semaines des élections. Mais comment comprendre qu'ils puissent parler à la télévision et à la radio et pas devant la représentation nationale ?

Mais justement, ils doivent parler devant la délégation parlementaire du renseignement. Ça, c'est prévu. Absolument, sauf que cette délégation parlementaire au renseignement, son travail ne porte pas sur la même chose que la Commission sénatoriale d'évaluation de l'application des lois qui veut se pencher sur l'application des lois en matière de lutte contre le terrorisme.

Et donc, l'objet de cette commission est différent de celui de la délégation parlementaire au renseignement. Oui, mais en fait, il faut bien parler devant la représentation nationale à partir du moment où il se présente devant cette délégation parlementaire. Nous ne pouvons rien en savoir puisque cette délégation parlementaire est soumise au secret défense.

Delphine Bateau, quatre prédicateurs islamistes se sont vus interdire l'entrée en France pour assister au congrès de l'UOIF la semaine prochaine. Tariq Ramadan sera présent. Vous approuvez cette interdiction des quatre prédicateurs islamistes ?

Non seulement nous l'approuvons, mais c'est grâce notamment à l'intervention d'un élu socialiste, Manuel Valls, puisque vous le savez, la France avait dans un premier temps délivré des visas à un certain nombre de ses prédicateurs. Et c'est suite à l'intervention notamment de Manuel Valls que Claude Guéant a pris cette décision de retirer les visas. Et c'était évidemment la décision qui devait être prise.

Oui, mais qu'est-ce que vous pensez de la décision, ou plutôt de la demande de Marine Le Pen de demander l'interdiction de l'OUIF, donc l'Union des organisations islamiques de France, qui avait invité ces prédicateurs ? Il y a des lois sur l'interdiction des organisations qui représentent des troubles à l'ordre public. Je n'ai pas les éléments pour dire si l'OUIF rentre dans ce cadre ou pas.

Ce que je sais, c'est que François Hollande, lui, n'aurait jamais été comme l'a fait Nicolas Sarkozy lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, devant le congrès de l'OUIF au Bourget, où les femmes étaient d'un côté et les hommes de l'autre, pour ensuite, aujourd'hui, comme le fait Nicolas Sarkozy, venir nous parler de la laïcité et de la lutte contre l'islamisme. François Hollande, lui, n'aurait pas fait ça. Alors, Mme Bateau, la campagne présidentielle reste imprévisible.

C'est ce que disent beaucoup d'experts. En même temps, les sondages sont en baisse pour François Hollande. Est-ce qu'il peut encore gagner ?

Non seulement il peut encore, mais je crois...

Vous savez, ça fait 24 ans que la gauche n'a pas gagné une élection présidentielle. Ça fait 10 ans que la droite est au pouvoir. Et donc, dans cette dernière ligne droite de mobilisation avant le premier tour, ce qui doit l'emporter, c'est cette volonté de victoire, cette volonté de gagner, de battre Nicolas Sarkozy, de réussir le changement.

Et François Hollande fait tout dans cette dernière ligne droite de la campagne pour convaincre un maximum d'électeurs de cela. Mais en tous les cas, il a dit qu'il ne voulait pas être le chef de tout. Alors, qu'est-ce que c'est pour lui d'être président de la République, chef de l'État ?

Écoutez, franchement, il est temps de remettre un adulte à la tête du pays. Un adulte ? Oui.

Il y a dans l'attitude de Nicolas Sarkozy, dans son caractère, une attitude assez infantile dans cette campagne électorale qui est en permanence de transformer le débat en cours de récréation, de ne pas assumer son bilan. Vous savez, à la façon d'un enfant, je suis mère de famille, donc toutes les mères de famille comprendront ce que je veux dire, qui veut cacher ses bêtises, qui n'assume pas ce qu'il a fait. C'est toujours la faute aux autres.

Le chômage, c'est la faute aux autres, c'est la faute à la crise. Un certain nombre de choses, c'est la faute au syndicat, etc. Et donc, François Hollande, oui, lui, sera un président de la République qui mènera la politique de la France, qui dirigera avec un cap clair qui est celui du redressement dans la justice.

Mais il y aura un gouvernement qui gouvernera, il y aura un Parlement qui légiférera. Et la façon dont Nicolas Sarkozy a voulu être tout, mais responsable de rien, je pense que franchement, les Français en sont fatigués. François Hollande refuse de dire pour l'instant qu'il sera son futur Premier ministre, ni même de donner une piste.

C'est quand même important de savoir si ce sera un technicien du type Mario Monti ou quelqu'un du genre de M. Jean-Luc Mélenchon. C'est important de savoir vers quelle piste on pourrait s'orienter s'il était élu président de la République.

Moi, je fais confiance à François Hollande pour choisir le meilleur Premier ministre pour la France. Cette question est prématurée parce que François Hollande n'est pas à ce jour président de la République. La gauche, vous savez, n'a pas gagné d'avance l'élection présidentielle.

On voit bien que, par exemple, Nicolas Sarkozy est quasiment le candidat unique à droite. Donc l'élection est très disputée. Beaucoup de choses vont se jouer dans le rapport de force entre Nicolas Sarkozy et François Hollande dès le premier tour.

Donc la question du Premier ministre viendra en son temps si François Hollande est élu. Par contre, la chose qu'il a toujours dite, c'est que le Premier ministre serait issu de la majorité parlementaire et donc du groupe majoritaire au sein de cette majorité parlementaire. Et donc, il sera socialiste. — Bien justement, vous parliez des rapports de force.

Alors on va en venir à Jean-Luc Mélenchon. On a encore vu dans un sondage ce matin pour Yahoo qu'il était... qu'il arrivait en troisième position avec 15%.

Alors est-ce que ça, c'est une mauvaise ou une bonne nouvelle pour François Hollande ? — Les sondages ne sont pas l'élection. L'enjeu de l'élection présidentielle, ce n'est pas de savoir qui arrive troisième, quatrième ou cinquième.

C'est de savoir qui est président de la République. Est-ce que Nicolas Sarkozy est réélu ou est-ce qu'il y a un changement qui s'engage avec François Hollande ? — La question, c'est aussi de savoir est-ce que M.

Mélenchon peut faire peur aux centristes qui, eux, seraient tentés par le vote Hollande et puis qui, tout d'un coup, auraient peur d'un Mélenchon à 15% au premier tour ? Si Nicolas Sarkozy est réélu président de la République, zéro idée de Jean-Luc Mélenchon n'avanceront. Donc la question pour la gauche, elle est simple.

C'est est-ce que nous voulons la victoire ? Si nous voulons la victoire, ça se joue au premier tour. Moi, vous savez, je fais partie de la génération très marquée par le 21 avril, lorsque la gauche avait été éliminée du second tour de l'élection présidentielle.

Ensuite, il y a une deuxième élection présidentielle qui m'a beaucoup marquée. C'est celle de 2007, où le rapport de force au premier tour entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy était de 25% pour Ségolène Royal et de 31% pour Nicolas Sarkozy. Et d'un certain point de vue, la victoire de Nicolas Sarkozy était inscrite dans les résultats de ce premier tour.

Et donc moi, je veux, là, parce que nous avons la gauche la responsabilité de gagner, que François Hollande soit le plus fort possible au premier tour pour avoir une dynamique qui lui permet de battre Nicolas Sarkozy. C'est sûr, mais alors comment il peut être le plus fort avec un Mélenchon à 15% ? Alors je sais bien, c'est un sondage.

Mais tous les sondages indiquent quand même une tendance. Et cette tendance, elle montre que Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon, a de plus en plus de succès. Eh bien c'est à nous de convaincre.

C'est à nous de rappeler que François Hollande porte, depuis le discours du Bourget, un certain nombre d'idées, de propositions assez radicales, comme la réforme bancaire, comme la volonté de dominer le monde de la finance, comme le refus de l'austérité en Europe, comme la nécessité d'agir face au licenciement boursier. Donc ces idées-là sont déjà prises en considération. François Hollande, c'est un rassembleur, on le sait.

Mais la question qui est posée, c'est pas dans une élection présidentielle simplement de défendre des idées, aussi respectables soient celles de Jean-Luc Mélenchon. C'est qui sera le prochain président de la République. Et il ne faut pas aujourd'hui baisser la garde face à la façon dont Nicolas Sarkozy rassemble son camp, dont il essaye de siphonner une partie de l'électorat de l'extrême droite.

Et donc tout va se jouer au premier tour. C'est vraiment le message essentiel. Le deuxième...

Mais comment vous expliquez ce succès de Mélenchon ? Pourquoi ? Est-ce que M.

Hollande ne peut pas apporter...

Certainement par le fait que les mêmes sondages disent que la victoire de François Hollande sera en quelque sorte acquise. Nous, nous ne considérons pas que la victoire face à Nicolas Sarkozy aujourd'hui est acquise. Et donc lorsque les gens voient ces mêmes sondages, ils se disent peut-être on peut se disperser, on peut envoyer tel ou tel message, d'autres on peut s'abstenir.

Nous sommes les seuls à faire campagne contre l'abstention. Il n'y a pas de campagne d'information civique pour donner aux gens la date de l'élection présidentielle. Il n'y a pas de campagne d'information civique sur le vote par procuration.

C'est le Parti socialiste qui a ouvert un site d'information sur comment peut-on faire une procuration alors que le 22 avril tombe pendant les vacances. Donc nous, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour mobiliser, pour convaincre les électeurs de ne pas s'abstenir et de voter efficacement pour le changement dès le premier tour. Il y a une baisse du Front National et en même temps une montée en flèche de Jean-Luc Mélenchon.

Est-ce qu'il y a un lien de cause à effet ? Écoutez, moi, c'est très intéressant. Sans doute, il faut inviter les politologues pour commenter les évolutions des enquêtes d'opinion.

Vous entendez savoir qui est l'électorat prévisible de M. Mélenchon ? Écoutez, si des gens qui étaient tentés par le vote Front National reviennent vers un vote républicain, tant mieux, je ne vais pas m'en plaindre.

Est-ce que cette brusque montée de Mélenchon ne va pas vous obliger à réorienter un peu les accords que vous avez passés, notamment, et puis les mauvais chiffres prévisibles de Mme Joly ? Est-ce que vous ne craignez pas que Mélenchon ne demande une révision des accords pour les législatives ? Mais ce n'est pas ça, une élection présidentielle.

Ce n'est pas une élection législative dans laquelle il y a des discussions et des accords entre partis, comme par exemple, nous en avons eu un avec les Verts, pour les élections législatives, pas pour l'élection présidentielle. L'élection présidentielle est d'une autre nature. Ce n'est pas une élection de tractation entre les partis.

C'est une élection pour choisir un président de la République. Ce que je dis en revanche, c'est que François Hollande est un rassembleur. Et donc, il rassemblera sur son projet présidentiel, il l'a toujours dit, tous ceux qui voudront être partie prenante d'une majorité présidentielle au second tour.

Mais ce n'est pas notre état d'esprit, pour être bien clair, ce n'est pas un état d'esprit de tractation. Ce n'est pas ça, la nature de l'élection présidentielle. On comprend bien ce que vous dites, Mme la députée.

Mais il reste que si Eva Joly fait moins de 3%, comme l'indiquent les sondages, là encore, c'est une tendance. Enfin, la tendance montre qu'elle n'est pas très haute, en tous les cas, dans les sondages. Qu'est-ce que devient l'accord que vous avez passé avec Eva ?

Je sais, j'ai compris, ce n'est pas la présidentielle. Mais la question se posera quand même. Les législatives, ça dépend quand même un petit peu de la présidentielle.

Alors, si elle fait moins de 3%, est-ce que vous allez toujours leur céder ? Vous avez passé un accord sur 60 sièges, dont 20 gagnables, c'est ça. Est-ce que c'est encore tenable à partir du moment où ils ont fait un très...

Enfin, on peut supposer qu'ils fassent un très mauvais score à la présidentielle ? L'accord qui a été passé entre le Parti socialiste et les Verts, puisque ça ne concerne pas directement François Hollande, il a été passé par rapport aux élections législatives. Il n'était pas indexé sur le score des uns ou des autres à l'élection présidentielle, puisque c'est un accord qui vise à ce que la sensibilité écologiste, les Verts, Europe écologie, les Verts, soient représentés dans une future majorité.

Donc, on ne reviendra pas là-dessus, quels que soient les résultats des présidentielles. Non, un accord est un accord. Nadège Pujac.

Alors, Ségolène Royal et François Hollande tiennent un meeting commun mercredi à Rennes. Vous avez été la porte-parole, comme vous le rappeliez tout à l'heure, de Mme Royal en 2007. Vous êtes aujourd'hui celle de M.

Hollande. Alors, comment est-ce que vous voyez ces deux campagnes ? Et est-ce que vous pouvez nous dire ce qui les différencie ?

Ce qui les différencie, c'est d'abord le contexte. Moi, je ne suis pas dans la comparaison permanente des campagnes électorales, mais le contexte est très différent. En 2007, vous aviez deux candidats nouveaux.

Le pays n'était pas dans la situation de crise grave qu'il connaît aujourd'hui, crise économique, mais aussi crise morale. Et puis, vous aviez deux candidats nouveaux, alors qu'aujourd'hui, il y a d'un côté un sortant, et d'un autre côté un candidat qui porte le changement, qui porte l'alternance. Donc, les deux situations sont radicalement différentes.

Oui, mais qu'est-ce que vous pourriez conseiller à M. Hollande de s'inspirer de la campagne de Mme Royal ? Il y a des choses qui...

Vous, vous avez l'œil, vous voyez bien, puisque vous avez fait les deux, vous avez suivi ces deux campagnes. Est-ce qu'il y a des choses dans la campagne de M. Hollande qui...

Vous vous dites, tiens, s'il s'inspirait un petit peu de celle qu'avait faite Ségolène Royal en 2007, peut-être que ça, ça marcherait mieux. Ou au contraire, ça, ça marche moins bien parce que...

D'abord, la campagne de François Hollande marche très bien. Vous savez, il y a une force actuellement qui se déploie sur le terrain. On pourrait imaginer, elle marche encore mieux.

Non, mais qu'on ne voit pas forcément dans les médias. C'est pour ça que j'en parle, au porte-à-porte, sur les marchés. Nous faisons, par exemple, un porte-à-porte considérable dans toute la France.

Donc ça, c'est des choses qui ne se voient pas. Il y a une vraie campagne de terrain avec une force qui se déploie. Ensuite, par rapport à la campagne de 2007, nous en retenons bien sûr les succès, les réussites.

Nous essayons aussi d'en tirer les leçons sur, par exemple, les divisions qui nous avaient coûté si cher. Aujourd'hui, tous les socialistes sont rassemblés et montent au combat dans cette campagne pour l'élection de François Hollande. Mais enfin, quand un jeune demande à François Hollande « Donnez-moi envie de voter pour vous », est-ce que ce n'est pas le signe que ça manque un peu de ferveur, pour reprendre un terme qui était très présent dans la campagne de Ségolène Royal ?

La ferveur, elle est là. Moi, je la vois sur le terrain. Il y a peut-être une ferveur aujourd'hui qui est emprunt de gravité par rapport aux circonstances qu'affronte la France, avec la conscience aussi, si la gauche gagne, ce que nous espérons tous, que les circonstances seront difficiles, que ce sera dur.

Voyez les efforts qu'il faudra faire pour redresser le pays. C'est pour ça que cette question de la justice et des efforts qui seront demandés aux plus privilégiés est si fondamentale. Donc il y a la conscience de la situation très difficile, notamment qu'affronte le pays sur un plan économique.

Mais ce que fera François Hollande lors de ce meeting dont vous parliez à Rennes avec Ségolène Royal mercredi prochain, c'est justement de bien expliquer tous les changements concrets qui seront possibles si la gauche gagne l'élection présidentielle, comment nous allons lutter contre la vie chère en bloquant les prix de l'essence, comment nous allons recréer des emplois, notamment pour les jeunes, pour les seniors, avec le contrat de génération, comment nous allons relancer une vraie éducation républicaine avec une vraie ambition pour l'école dans notre pays, avec la création d'un certain nombre de postes d'enseignants et des conditions différentes de rentrée scolaire dès la rentrée 2012. Il va développer de cette façon très précise, très concrète, ce que seront les changements que les Français peuvent attendre. Ségolène Royal a dit qu'elle voulait le perchoir, c'est-à-dire la présidence de l'Assemblée nationale, donc on sait qu'elle ne va pas au gouvernement a priori, mais pour vous-même, est-ce qu'on va vous retrouver au gouvernement et à quel poste ?

Je n'en sais rien, franchement, ce n'est pas la question du moment. Là, nous sommes tous engagés dans la bataille pour la victoire le 6 mai, pour le résultat du premier tour le 22 avril, et à titre personnel notamment, ce n'est pas du tout la question que j'ai en tête en ce moment, et puis comme vous le savez, je suis aussi candidate aux élections législatives. Dans les deux oeuvres ?

Dans les deux oeuvres, absolument. Merci Delphine Bateau, députée des Deux-Sèvres, porte-parole de François Hollande, d'avoir été l'invité du grand entretien ce matin. Sous-titrage Société Radio-Canada