Nicolas Turquois, député, un apprentissage douloureux
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:55OuverteRéponse directe
Certains ont déclaré « La République, c'est moi ». Vous, vous dites « La République, c'est nous » et vous êtes un rien.
- 1:18OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? Vous avez craqué ?
- 2:36OuverteRéponse directe
Psychologiquement, vous étiez un peu coupé de votre famille pendant cette période ?
- 2:57OuverteRéponse directe
Et donc, quand vous prononcez cette phrase-là, vous dites quoi ? Vous dites, oh là, là, j'ai commis une erreur ?
- 3:14OuverteÉludée
C'est quoi ? C'est une forme de burn-out ?
- 3:44OuverteRéponse directe
Mais c'est plus globalement un peu tout le début de votre premier mandat qui a été compliqué pour vous.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:39InvitéFait
« On vous a confié un rôle important en 2020 sur la première réforme des retraites. »
- 2:06Invité politiqueChiffre
« Il y avait deux séries d'amendements qui allaient se succéder, de 300 amendements chacune, ou 400, enfin plusieurs centaines, qui proposaient chacune de décaler l'âge d'application de 6 mois. »
- 2:45Invité politiqueFait
« Elle avait été présente deux heures avant. »
- 4:00Invité politiqueFait
« Un député, il doit être sur le terrain, dans sa circonscription. »
- 5:45Invité politiqueFait
« Je suis agriculteur à la base. »
- 6:48Invité politiqueFait
« Un an plus tard, j'ai été élu conseiller municipal. »
- 7:03Invité politiqueFait
« Avec mon épouse, nous sommes aussi ingénieurs. »
- 7:05Invité politiqueFait
« Ingénieur agronome. »
- 7:52Invité politiqueFait
« Non, j'y suis toujours. »
- 9:27Invité politiqueFait
« N'y connaissent rien. »
- 9:54Invité politiqueFait
« J'ai l'impression même d'être cornerisé sur ce sujet-là. »
- 10:16Invité politiqueFait
« Il m'énerve. »
- 10:25Invité politiqueFait
« Il a changé dans sa façon. »
- 10:44Invité politiqueFait
« Ah oui. Oui, parce que ce n'est pas que moi. »
- 11:12Invité politiqueFait
« Il faut s'investir dans des sujets précis. »
Temps de parole
- Nicolas Turquois70 %
- Invité29 %
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Qui n'a pas craqué un jour sous la pression ou sous la fatigue ? Pour mon invité, cela s'est produit un jour de février 2020 dans l'hémicycle. Il en parle aujourd'hui sans tabou et porte un regard lucide sur ses débuts à l'Assemblée. Bonjour Nicolas Turquois. Bonjour. On vous a confié un rôle important en 2020 sur la première réforme des retraites. Vous étiez co-rapporteur de ce texte. Vous étiez donc là pour le défendre face aux députés dans l'hémicycle. Au début, tout s'est bien passé pour vous. Et puis, au fil du temps, une partie de l'opposition a joué la carte de l'obstruction. Les séances ont traîné en longueur. La tension est montée petit à petit.
Jusqu'à un moment fatidique qu'on va revivre en image.
Je vais vous citer une citation qui m'est revenue tout à l'heure. Je ne l'avais pas prévu. Certains parmi vous ont déclaré « La République, c'est moi ». Eh bien moi, je vous dis que « La République, c'est nous » et vous, vous êtes un rien.
Monsieur le ministre. Alors, cette séquence, elle a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux à l'époque, mais pas seulement, dans les JT également. Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? Vous avez craqué ?
Oui, on peut dire ça comme ça. En fait, quand vous êtes rapporteur du texte, et ce n'était pas n'importe quel texte, vous devez répondre. Vous devez argumenter à chaque amendement de la majorité de l'opposition. Vous devez argumenter pourquoi vous avez donné un avis favorable ou défavorable en fonction de ce qui s'est passé en commission. Sachant qu'avant la séance de l'hémicycle, il y a eu, je crois, deux semaines au moins en commission. Vous faites le même travail avec des gens qui ont le plus une spécialisation sur le sujet. Donc, ça cumule de la fatigue, ça cumule de la tension. Quand vous êtes à l'hémicycle, vous pouvez sortir, aller prendre un café.
Quand vous êtes au banc, vous devez en permanence répondre. Tout en bas, en train de défendre le texte, de ne pas sortir. Et là, de mémoire, il y avait deux séries d'amendements qui allaient se succéder, de 300 amendements chacune, ou 400, enfin plusieurs centaines, qui proposaient chacune de décaler l'âge d'application de 6 mois, des mesures, des dates d'application de 6 mois. Et donc, théoriquement, il aurait fallu que je réponde à chacun de ces amendements en disant pourquoi j'étais contre 6 mois plus tard et 6 mois plus tard. Donc, la fatigue plus ce côté extrêmement dur physiquement et psychologiquement fait qu'à un moment...
Psychologiquement, vous étiez un peu coupé de votre famille pendant toute cette période-là. Je crois que même votre famille était présente ce jour dans l'hémicycle.
Elle avait été présente deux heures avant. Elle venait me voir ce jour-là parce qu'elle ne m'avait pas vue depuis 15 jours ou 3 semaines. Donc, elle était venue me voir. Elle n'était plus présente physiquement au moment où je dis ça, mais elle était présente deux heures avant. Et je devais les retrouver à l'issue de cette séance.
Et donc, quand vous prononcez cette phrase-là, vous dites quoi ? Vous dites, oh là, là, j'ai commis une erreur ?
Mais aussitôt. Vous savez. Vous dites, aussitôt, j'ai fait une erreur. Et puis, je crois que je m'excuse 5 minutes après. Oui. Mais c'est trop tard.
C'est quoi ? C'est une forme de burn-out ?
Je ne l'analyse pas spécifiquement. Il y avait une très grande tension. Il y avait un côté qui est très dur. Physiquement, il fait chaud. Les oppositions étaient juste derrière moi physiquement. Donc, en effet, c'est la goutte, le supplice chinois, la goutte d'eau qui tombe en permanence. En soi, une de plus ne fait pas grand-chose, mais l'accumulation fait qu'on explose.
Alors, il y a eu cet épisode des retraites. Mais c'est plus globalement un peu tout le début de votre premier mandat qui a été compliqué pour vous. Vous ne vous en cachez pas. Vous avez eu un peu de mal à trouver votre place, à comprendre votre rôle.
Alors, j'ai eu du mal à trouver ma place à l'hémicycle. Un député, il doit être sur le terrain, dans sa circonscription. Et ça, c'est la même chose que d'être un élu local, sauf qu'il faut faire du relationnel. Il faut aller voir les gens. Il faut répondre à leur...
Et ça, ça se passait bien.
Et ça, ça se passait bien. C'est la même chose que d'être maire, mais en version XXL. Et alors, quel a été le problème dans l'hémicycle ? À l'hémicycle, c'est vous arrivez, quand vous êtes élu député, avec l'image que vous faites d'un député. Et l'image que vous faites d'un député, c'est celle du député qui était à l'hémicycle. Alors, il m'a fallu du temps pour comprendre que le sujet, il fallait se spécialiser, et ne pas intervenir sur tout, puisque ça s'appelle une discussion de comptoir, et que le travail principal était la commission. On se spécialise, on crée une relation avec notamment le ou les ministres en charge, et là, vous faites passer des idées.
Mais au début, à l'hémicycle, vous aviez un certain nombre de collègues qui avaient peut-être plus de bagout, plus d'ambition, plus de facilité. Et vous vous dites, mais à quoi je sers ? Vous vous êtes posé cette question concrètement.
Rétrospectivement, c'est intéressant, du coup, de réécouter la réaction que vous avez eue. Le soir même de votre élection en 2017, vous allez voir, il y avait un côté presque prémonitoire.
Je commence à comprendre ce qui va se passer. La révolution. Quelle révolution ? Dans ma vie personnelle, dans ma vie professionnelle, dans l'organisation du quotidien. Les prochaines semaines, en tous les cas, vont sûrement être avec beaucoup de changements.
C'est vraiment surprenant comme première réaction, parce que d'habitude, un député qui vient d'être élu, il est dans la joie. Vous, on vous sent inquiet. Pourquoi ?
Mais, il y a eu plusieurs sujets. Mais, avant le premier, à l'issue du premier tour, je me suis dit, c'est possible que je sois élu. Je suis agriculteur à la base. Vous n'embauchez pas des gens au cas où vous seriez élu. Donc, de se dire, comment ça va se passer ?
Comment vous allez gérer votre exploitation en étant député ?
J'ai une famille, j'avais des enfants, des grands ados, des ados et des grands ados. Et de dire, mais, du jour au lendemain, je pars vers un monde nouveau. Et puis, cette découverte de la politique et cette appréhension du côté dur de la politique, puisqu'on le voit des fois au niveau local, je pense que j'ai vu assez tôt les défis, même si je ne les mesurais pas encore à ce moment-là dans leur ampleur, mais j'ai vu assez tôt que ça allait être compliqué.
Alors, on va s'intéresser justement à vos premiers pas dans la politique. C'est une émission où on s'intéresse un peu à ce qui peut déclencher l'engagement d'un homme ou d'une femme en politique. Et chez vous, quand on regarde un peu votre parcours, on voit que vous reprenez l'exploitation agricole de vos parents en 2000 et qu'un an plus tard, vous êtes élu maire délégué de votre petit village. Est-ce que les deux sont liés ? Il faut y voir un...
Alors, vous allez un peu vite en besogne. Un an plus tard, j'ai été élu conseiller municipal. Conseiller municipal. Ça peut être que j'ai été élu maire délégué. mais je suis issu de la campagne. Donc, revenir à la campagne n'était pas un problème pour moi. Mais avec mon épouse, nous sommes aussi ingénieurs. Et elle... Ingénieur agronome. Ingénieur agronome. Elle était de la ville. Elle me dit, mais je vais faire quoi dans ton village et ton projet ? J'ai envie d'un métier qui corresponde à ma formation. Et je me suis dit que ce village dans lequel j'avais toujours vécu, il était finalement assez âgé par la population, assez sans trop de vie.
Et donc, je me suis dit qu'il fallait que je m'y investisse pour que ma femme, mes enfants, y trouvent plein de satisfaction.
Donc, vous êtes engagé en politique pour votre famille, pour vos proches. Alors, vous avez donc été élu conseiller municipal. Vous êtes ensuite devenu maire délégué de votre village, responsable départemental du Modem, puis député. Aujourd'hui, vous consacrez l'essentiel de votre vie à la politique. Mais vous avez toujours voulu garder un pied dans votre exploitation agricole. Pourquoi ?
Ah oui, assurément. Vous n'avez pas lâché le... Non, j'y suis toujours. Je suis toujours agriculteur, même si j'ai évidemment pris de la distance. J'y participe surtout aux travaux l'été. Je suis la gestion au fur et à mesure de l'année. Là, on est en train de me voir avec des échasses. Vous vous demandez pourquoi j'ai des échasses. C'était sûrement pour prendre de la hauteur en matière politique. Non, je fais des productions sous serre. Il faut accrocher les cultures à hauteur, certaines cultures sous serre. Mais c'est quelque chose que j'aime profondément.
Il y a un risque de se déconnecter un peu du terrain, de la réalité quotidienne des Français quand on est élu. Il faut garder un pied dans le milieu professionnel.
C'est d'abord parce que j'aime mon métier, mais je suis persuadé, je le vois, j'ai l'impression de le voir avec d'autres, qu'on perd un contact avec une certaine forme de réalité. Et d'avoir été ou d'être n'est pas la même chose. Et là, sur les sujets agricoles, d'être toujours pleinement impliqué dans les sujets agricoles me permet, je pense, d'avoir un regard, une expertise qui n'est pas la même que si j'y avais été il y a cinq ans, si je n'y étais plus depuis cinq ans. Donc ça, c'est quelque chose auquel je tiens. Et puis, vous ne reprenez pas un métier d'agriculteur comme on pourrait reprendre d'autres métiers. Ma fonction de député peut s'arrêter plus brutalement que je ne le souhaite.
Et donc, je... C'est aussi une forme de sécurité pour vous ? Aussi une forme de sécurité.
C'est l'heure de passer à notre quiz. Alors, je vais vous expliquer le principe. C'est assez simple. Je vais lire le début d'une phrase et ce sera à vous de la compléter. C'est bon pour vous ? On y va ? On y va. Alors, c'est parti. Sur les questions d'agriculture, justement, on en parlait à cet instant. La plupart des députés...
N'y connaissent rien.
Ça, c'est vrai, c'est votre constat.
Ils y sont sensibles, mais l'expertise est assez faible. Elle est plutôt imagée, l'image d'une agriculture un petit peu dépassée souvent.
Et vous-même, on vous a entendu un peu sur l'agriculture, mais vous n'en avez pas fait votre spécialité.
Alors, au tout début, j'étais vraiment sur les questions agricoles. Et j'ai eu l'impression que mes collègues me filaient tous les sujets agricoles. J'ai l'impression même d'être cornerisé sur ce sujet-là.
Alors, en même temps, si vous connaissez bien le sujet, c'est bien que vous en occupiez.
Oui, mais j'ai pas envie... J'ai envie de parler d'agriculture, mais je n'ai pas envie de faire que ça. Et le sujet des retraites a été celui qui m'a tourné vers le champ social. Et c'est un sujet que j'ai beaucoup apprécié. Donc, agriculture, mais pas que.
On poursuit. À chaque fois que François Ruffin prend la parole...
Il m'énerve.
Lui en particulier ou cette façon de s'opposer dans l'hémicycle ?
C'était sa façon de faire. Et notamment, premièrement, il a changé. Il a changé dans sa façon.
J'ai choisi François Ruffin, ce n'est pas par hasard. Il a été vraiment, vraiment très présent pendant le débat des retraites. Et parfois, je peux comprendre qu'il vous ait un peu agacé. Parce qu'il allait chercher la petite bête. Il cherchait à vous faire un peu...
Suite à ma sortie de route que vous avez retransmise tout à l'heure. Quelques mois plus tard, il l'a rediffusé sur les réseaux sociaux. Vous lui en avez voulu ? Ah oui. Oui, parce que ce n'est pas que moi. C'est moi, c'est ma famille, c'est mes collaborateurs. Et c'est des méthodes qui sont inacceptables. Vous dites qu'il a changé ? Il a changé dans son expression. Et je l'ai entendu l'autre jour. Même s'il y avait des arguments de fond que je ne partageais pas. Je trouvais que la forme pouvait amener à... À un échange. À un échange. Qu'il était peut-être moins possible avant. Exactement.
Dernière phrase. À l'Assemblée, pour survivre, il faut...
Il faut s'investir dans des sujets précis. Il faut gagner en expertise. Quand on voit des... Il y a des parlementaires qui ne sont pas de mon groupe. Ils peuvent être de mon groupe, enfin de la majorité ou pas. Mais qui ont une vraie analyse approfondie des sujets. Vous avez envie de les écouter. Ils vous apportent quelque chose. Un éclairage qui n'était peut-être pas le vôtre. Mais qui vous fait progresser. Et donc, pour survivre, il faut être reconnu.
On l'a vu, la phase d'apprentissage a été parfois un peu douloureuse pour vous dans votre premier mandat de député. Vous n'êtes pas le seul à avoir vécu cela. Est-ce que vous pensez que ça pourrait être évité avec une forme de formation pour les députés en début de mandat ? Ou est-ce que c'est à chacun de se forger sa propre expérience ?
Je crois, alors en tous les cas, au sein de mon groupe, le Modem, j'essaye avec d'autres, vis-à-vis des nouveaux députés, de leur donner des clés pour qu'ils se sentent plus à l'aise. Parce qu'il faut se protéger. Il faut se protéger pour sa vie privée. Il faut se protéger dans son rythme de travail. Et c'est quand, justement, on arrive à se protéger, physiquement, psychologiquement, qu'on va faire un bon député. Et je crois qu'avoir une forme de bienveillance avec nos nouveaux collègues permet d'éviter en partie ce que j'ai pu ressentir, presque beaucoup ont ressenti il y a cinq ans.
Merci beaucoup, Nicolas Turcoy, d'être venu dans La politique et moi.
Merci à vous.
Nicolas Turquois