Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Culture· 9 juillet 2026 13 min

SYRIE : continuer à RECONSTRUIRE après Assad

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les enjeux des matins d'été nous emmènent en Syrie où l'horizon semble s'éclaircir. Les États-Unis ont annoncé hier soir qu'ils allaient retirer le pays de leur liste noire des pays accusés de soutenir le terrorisme, classification qui limitait les investissements dans le pays. La Syrie, où Emmanuel Macron vient de passer 24 heures, premier dirigeant occidental à s'y rendre depuis la chute de Bachar Alassad en 2024. une visite marquée par une attaque terroriste dans le quartier de l'hôtel où il était descendu.

Ça n'a pas empêché le président français de plaider en faveur d'une Syrie souveraine, unie dans sa pluralité et en paix avec ses voisins. Alors qu'en est-il réellement ? Alors que les procès se poursuivent contre le régime de Bachar Al-Assad et que la reconstruction du pays se fait attendre.

Beaucoup de questions pour Manon Nour Tanous. Bonjour à vous. Bonjour. professeur des universités à Paris, rattaché à l'IFG, donc chercheuse au collège de France.

Après la crise du D3 d'Ormous à laquelle nous avons tous assisté cette année, le monde a pris conscience de l'importance de disposer de voies de navigation sûre et stable. On soulligne ici l'importance de la géographie de la Syrie qui joue un rôle vital de carrefour incontournable des corridors mondiaux et nous voulons que la France soit notre premier partenaire dans ce parcours. La déclaration d'Amed Chara le syrien lors de la visite d'Emmanuel Macron ces dernières heures.

C'était le le 7 juillet précisément. Ça vous surprend Manon Nourtanous qu'Emmanuel Macron soit le premier chef d'état occidental à se rendre dans la Syrie de l'aprèsbachar ou est-ce que c'est dans la logique des choses ? Alors effectivement c'est dans la logique des choses.

C'était assez attendu au vu de la position de la France depuis la chute de Bachar Al-Assad. On se souvient qu'au mois de février 2025, la France avait déjà envoyé son ministre des affaires étrangères très tôt parmi les premiers ministres occidentaux avec cette anecdote où le ministre avait ouvert physiquement le bâtiment de l'ambassade et on avait vu dans le bureau de l'ambassadeur la photo présidentielle en l'occurrence celle de Nicolas Sarkozy parce que tout s'était interrompu depuis lor. Donc il y a effectivement cette volonté de de parier sur le le pouvoir syrien actuel.

Et tout ça serait inscrit aussi, c'est la deuxième raison pour laquelle ça m'étonne pas, euh serains inscrit dans un temps long des relations franco-syriennes où la France est est très regardée en fait sur le dossier syrien, sert un peu de boussole notamment aux Européens sur le positionnement à adopter à l'égard de la Syrie. Et en balayant rapidement la période contemporaine, on se souvient que ça avait été le rôle de Jacques Chirac à son élection de relancer avec la Syrie. C'était rendu à Damas en 96.

Il avait été le seul dirigeant occidental à se rendre aux obsèques de de d'Assad en 2000. Ensuite, il y avait une rupture importante des relations franco-syrienne. Puis Nicolas Sarkozi avait aussi eu ce rôle de relancer de reprendre le chemin vers Damas.

Euh donc en impulsant à chaque fois euh auprès des Européens notamment et un peu des Américains, même s'ils ont leur propre agenda, cette idée de de savoir si la Syrie est fréquentable ou non, à quel moment elle l'est ou non. Et je pense que c'est aussi dans ce temps long des rations franco-syriennes que s'inscrit cette visite, même si tout est différent par ailleurs puisqu'il y a eu la chute du régime, que la Syrie joue un rôle régional totalement différent euh et qu'on ne parie plus sur elle pour limiter sa nuisance qui était un peu la la politique sous les Assad, mais pour essayer de la réintégrer à son environnement régional et et international. Ouais.

La la France a considéré plus longtemps que que ses partenaires que que la Syrie était fréquentable manifestément parce que quand on apprend donc ce matin que les États-Unis retirent la Syrie de leur liste noire des pays accusés de soutenir le terrorisme et que c'est une classification qui qui datait de plusieurs dizaines d'années de quand d'ailleurs exactement parce que la France donc 1979 la France avait opté pour une poursuite de ses relations malgré ce ce classement qui qui devait déjà qui aurait pu le le amener la France à à rompre. Oui. Oui.

La France a toujours essayé d'échapper à alors à ses classement euh un peu absolu de terroriste ou non. Euh et surtout elle a en différentes séquences vraiment essayé de convaincre par exemple au moment de la guerre en Irak menée par Bush en 2003, le rôle de Chirak était de convaincre Bush alors qu'ils avaient été opposés sur les dossiers moyen-orientaux de manière très forte qu'il fallait parier sur la Syrie euh pour stabiliser la région. Alors il en est très vite revenu parce qu'ensuite il y a eu des des ruptures des rations francoes notamment sur le dossier libanais.

Mais euh la France a toujours eu ce rôle de considérer que la Syrie devait être prise en compte euh soit pour qu'elle soit la moins nuisible possible parce que c'était le la politique d'Assad de d'utiliser les dossiers régionaux euh pour mon pour euh en fait affirmer sa centralité, soit pour dire et c'est un peu le discours qu'on a aujourd'hui que par sa position géographique, par son histoire, elle doit être un hub, un carrefour et que qu'on peut pas faire sans elle. Et tout ça euh justifie aussi des ambitions euh de peser sur la relance économique. C'est aussi le but de la visite d'Emmanuel Macron.

Euh prendre sa prendre sa part du gâteau de la reconstruction. Euh à un moment où Donald Trump d'ailleurs euh a aussi eu un entretien avec le le Nouvel syrien hier au sommet de l'OTAN à Ankara. La France espère quel type de marché là-bas ?

Alors le volet économique est important sans être le comment dire le le le plus porteur sur la question syrienne. C'est vrai que la Syria n'a pas beaucoup de ressources pétrolières, n'est pas capable de financer sa reconstruction, mais malgré tout effectivement, il y a eu une forte délégation d'hommes d'affaires qui ont accompagné le président Macron à Damas avec soit des contrats, soit des protocoles d'accord qui ont pu être signés. Euh elle a aussi dans la continuité de ce qui avait été fait ces derniers mois, par exemple dans le domaine des infrastructures euh sur le le port de l'attaqué.

Oui, le port, l'aéroport de Damas visiblement, c'est un des sujets qui a été discuté, euh les ponts dans le nord de du pays Aidleb. Donc c'est plutôt cette question r électrique aussi ça sera dans les la France. réseau électrique probablement ça c'est une vraie nécessité de de des Syriens.

Alors après, il y a les pays du golf qui se sont aussi engagés sur le domaine deélectricité qui est un sujet central pour les Syriens parce que cette reconstruction économique, elle a aussi pour enjeu d'améliorer le quotidien des Syriens, ce qui n'est toujours pas le cas, un an et demi après la chute d'Assad. Et en l'occurrence sur la question de l'électricité euh à Damas, on a toujours que quelques heures d'électricité euh par jour et le nouveau pouvoir a chercher à à faire reposer cette distribution d'électricité sur des générateurs privés en pensant que ça allait être plus efficace et en fait ça a fait augmenter considérablement le coût de l'électricité qui a été multiplié par 30 dans certaines localités. Donc il y a aussi cet enjeu pour la reconstruction économique.

Alors macro he c'est c'est 200 milliards qui sont nécessaires pour reconstruire la Syrie. Mais aussi le quotidien des Syriens et toute la question foncière qui est autour de la reconstruction avec les expropriations, les retours, les déplacements de population. Un Syrien sur deux avait quitté sa maison pendant la guerre.

Ils sont globalement beaucoup sont revenus là. On en est où des retours ? Beaucoup sont revenus.

Mais alors ça dépend aussi des législations des différents pays. Par exemple, les réfugiés ont du mal à revenir de peur de perdre leur statut de réfugiés dans le pays où ils étaient. Mais malgré tout, il y a une volonté.

Ça ça concerne quel pays quand vous dites ça ? Ça avait été le cas de la France mais qui avait adopté des un processus dérogatoire en disant que le retour des Syriens réfugiés qui avaient le statut de réfugiés en Syrie ne leur faisait pas perdre leur statut de réfugié leur permettait de revenir en France. Mais il y a une sorte de de défauts de confiance qui ont fait que beaucoup de Syriens ont quand même choisi de de ne pas rentrer malgré cette garantie.

On estime, on s'est estimé le le nombre de de retours depuis la chute de Bachar ? Euh alors, on a du côté turc, il y avait eu des retours assez importants, j'ai plus le chiffre en tête, mais par exemple, la Turquie avait permis au chef de famille de retourner, alors il y a pas de statut de réfugié, donc ça se pose pas en ces termes-là. au chef de famille de retourner trois fois en Syrie pour préparer le retour de la famille.

Mais en fait, c'est difficile à évaluer parce que parfois les familles restent dans le pays. Un membre de la famille rentre en Syrie pour commencer à préparer le retour ou investit commence à investir dans la reconstruction d'une maison. Mais ça se fait en fait très progressivement.

Alors, je le disais, les États-Unis qui vont retirer la série de cette liste noire des pays accusés de soutenir le terrorisme, liste qui datait de plusieurs dizaines d'années, vous avez dit 79, et qui limitait les investissements dans le pays. C'est le secrétaire d'État, Marco Rubiot, qui en a officiellement informé le Congrès américain hier et ce sera effectif dans 45 jours. C'est un vrai poumon, enfin une vraie ouverture, un vrai poumon d'oxygène pour les Syriens, ça.

Oui. Alors, symboliquement, c'est extrêmement important. Euh et surtout en pratique, ça va permettre à la Syrie de se rebrancher au système international, ce qui malgré la levée des sanctions, euh malgré le le la sortie de la liste terroriste des dirigeants syriens actuels, euh le la relance économique n'a pas eu lieu, la relance de l'industrie productive n'a pas eu lieu.

Donc ça va aussi permettre aux États-Tiers qui dans ce contexte où la Syrie était sur la liste des États terroristes avait certains freins pour l'investissement. Bon voilà, ça améliore l'environnement euh international pour pouvoir aider la Syrie à se reconstruire. Malgré tout, il reste des difficultés importantes, notamment le contexte juridique local où les entreprises ont besoin aussi d'une certaine sécurité, mais c'est un pas très important.

Mais ça veut dire que les Américains ont totalement confiance en Amé Alara. Je crois qu'ils font totalement le paris de d'Alchara. On l'a vu sur toute l'année écoulée.

On l'a vu dans le traitement de la question kurde en janvier dernier où les États-Unis ont soutenu bah la reprise de territoire qui avait qui était sous l'autonomie curde et et on fait le paris explicitement par différentes déclarations que la Syrie devait recouvrir sa souveraineté sur l'ensemble du territoire, qu'elle était un partenaire dans la lutte contre le terrorisme et donc il faut aussi l'aider à se reconstruire. les autres minorités euh est-ce qu'il y a une amélioration par rapport aux dernières années ? Alors, la question minoritaire reste compliquée et pas depuis 2024.

Faut faut bien voir que cette exacerbation des appartenances communautaires, bah elle date d'Assad qui avait construit cette alliance des minorités contre la majorité sunnite. Elle date de la guerre qui a vraiment exacerbé ses appartences identitaires. Et là effectivement sur l'année écoulée en 2025, il y a eu les exactions que l'on connaît sur la côte dans le sud donc contre les alaites et les druses qui sont alors toujours traités par des déclarations rassurantes à la tête de l'État.

Euh il y a toujours des exactions qui pour le moment sont plutôt géreux au niveau local par des médiations euh pour éviter que ça ne dégénère trop. Mais ça reste une question extrêmement sensible. Il y a il y a un procès euh et ça nous amènera au procès en Syrie, mais il y a eu il y a un procès qui vient de se se conclure à Vienne euh sur les les un ancien général et un ancien policier syrien qui vivent en Autriche mais qui étaiit condam qui ont été condamnés chacun à 8 ans de prison pour torture à l'encontre de 21 opposants pour le coup.

Et la justice donc se penche aussi sur les exactions dont vous parliez contre les les Alaouites et les Druses. Le pouvoir sait quand même qu'il est attendu là-dessus. Euh ça nous amène au procès en cours euh des proches de Bachar, de Bachar lui-même par contas.

Euh est-ce qu'on sait comment ça se passe ? Ça a débuté en avril. Plusieurs membres de son clan qui sont jugés.

Oui. Ben c'est toute la difficulté du pouvoir actuel de gérer à la fois la justice du très court terme, c'est-à-dire celle que l'on évoquait, juger les responsables des exactions contre des minorités et gérer la justice de plus long terme, c'est-à-dire les crimes commis par Assad et son clan pendant la guerre. Euh il avance sur les deux fronts.

Il avait d'abord donné la priorité à la justice du très court terme. Et là, on voit effectivement se multiplier des procès. Alors la tout ça ne peut être lu sans avoir conscience de de l'extrême faiblesse des infrastructures judiciaires.

Effectivement, chaque audience est un peu un test des pratiques judiciaires. Il y a une vraie volonté de montrer cette capacité à juger des crimes. Et effectivement, il est très attendu sur la question des crimes commis par l'entourage d'Assad, par les Syriens, sur la question des crimes commis contre l'immorité par les Syrien et la scène internationale.

Mais le la limite de ça, c'est l'infrastructure judiciaire qui est extrêmement affaiblie avec une surveillance internationale d'une façon ou d'une autre sur cet aspect là ou Oui. Oui. Une attention très forte.

Après, il y a aussi un un investissement présence euh étrangère euh au procès. Je sais pas si il y a sans doute tout un environnement de conseil, par exemple, il y a des ONG ou des collectifs de victimes de représentation des intérêts des victimes qui sont très soutenus, très internationalisés aussi par le statut des Syriens qui ont été en exil pendant la guerre et qui sont revenus avec des réseaux, avec une pratique des normes internationales. Donc tout ça compte.

Mais ces associations de victimes, elles sont pas centrales dans ces processus, elles sont assez marginalisées. Merci beaucoup Manon Nour Tanous, professeur des universités à Paris 8, rattaché à l'IFG et des chercheuses au collège de France. Merci d'être passé par les studios des matins.

Merci. Il est 7h30 sur France Culture.