Vraiment la fin de la françafrique ? Le blabla de Macron décrypté
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Ce n'est quand même pas la faute des Russes si sur le perron de l'Elysée, les présidents successifs de Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron ont reçu tous les dictateurs que ce continent a pu compter. Je ne vais pas faire la liste, mais quand même, Paul Bia au Cameroun, Ismaël Omar Ghele, à Djibouti, Fornia Simbi au Togo, et tous les gens que j'ai cités tout à l'heure. Non seulement ces gens-là, on les a reçus, on a serré leurs mains tachées de sang, mais on les a épaulés, on les a aidés, on leur a donné de l'aide au développement qui se sont mis d'ailleurs dans leur poche et qui n'ont jamais servi au développement de leur pays.
On les a appuyés militairement avec la présence de nos troupes. Nos entreprises ont signé de gros contrats avec eux et on les a essayés tués, violés, réprimés. Ce n'est quand même pas la faute des Russes si certains pays, comme la Centrafrique, ont été déstabilisés en 2013 avec l'aide de la France, juste parce que le président de l'époque, François Buzé, avait décidé de donner l'uranium chinois et pas à notre entreprise française, Areva. Ce n'est quand même pas la faute des Russes si depuis des années, on a cessé d'être le pays des droits de l'homme pour être le pays du droit le plus fort.
Bonsoir Thomas.
Bonsoir Nadia.
Alors Emmanuel Macron vient de faire il y a quelques minutes un grand discours sur l'Afrique. Tu as suivi ce discours, quels enseignements peut-on en tirer ?
C'est qu'Emmanuel Macron, il aime beaucoup parler, il aime faire des grands discours. C'est un peu le André Malraux de Wich. Et là, il veut marquer l'histoire. Son objectif, c'est bien sûr, on le sait, un peu secret de devenir prix Nobel, d'avoir un jour le prix Nobel de la paix. Et là, le problème qu'a Emmanuel Macron, c'est que la France, en ce moment, fait face à une sorte de déclin, une perte d'influence en Afrique, notamment parce qu'elle a été incapable d'endiguer le terrorisme au Sahel. Et puis, elle est chassée de certains pays dont les pouvoirs ne sont plus d'accord avec elle. Notamment, la France a été chassée du Mali en août dernier.
Elle a été contrainte de partir il y a quelques jours du Burkina Faso, de retirer ses forces spéciales, parce que le nouvel homme fort du Burkina, Ibrahim Traoré, a rompu les accords de coopération militaire entre la France et le Burkina. Donc, Emmanuel Macron, un peu acculé, essaye de nous faire un discours dont il a le secret. Alors, après, ça nous tirerait peut-être une petite larme. La France-Afrique, c'est fini. Le néocolonialisme, c'est fini. Donc, il a décidé ça, tout seul, entre midi et deux, entre le camembert et le Kinder Pinguy. Il a décidé, sans consulter peut-être les principaux intéressés, qui sont les Africains eux-mêmes, on l'écoute.
Nous clôturons un cycle de notre histoire en Afrique et un cycle qui a été marqué, à mes yeux, par deux choses que nous allons bousculer. Marqué par, au fond, d'abord la centralité de la question sécuritaire et militaire et la prééminence du sécuritaire comme cadre de tout. Et cette prééminence, le rôle qu'elle a continué d'avoir, on le voit bien, a été une ombre portée, encore une fois, ces dernières années ou un prétexte utilisé par beaucoup de nos opposants ou de celles et ceux qui voulaient pousser leur propre propagande pour dire, au fond, la France est là et n'a qu'un agenda sécuritaire. Et puis, nous allons...
Et donc, l'objectif, pour moi, de cette phase dans laquelle nous rentrons, de cette nouvelle ère, est de déployer sous forme partenariale notre présence sécuritaire pour qu'elle s'insère dans ce nouveau partenariat. Et je remercie le ministre des Armées et le chef d'état-major des Armées du travail fait ces derniers mois pour véritablement penser, préparer ce nouveau partenariat sécuritaire. Je vais y revenir. Et le deuxième grand changement que nous allons faire, c'est passer d'une logique d'aide à une logique d'investissement solidaire et partenarial.
Donc, c'est donc ça, le grand discours d'Emmanuel Macron sur l'Afrique.
C'est stupéfiant, de blabla, de novlangue macroniste, le développement partenarial, enfin voilà, c'est vraiment... Et alors, il y a des phrases qui sont quand même assez stupéfiantes, c'est pas dans l'extrait. Il parle, il dit, la terre africaine est tout sauf une terre de résignation et d'angoisse, c'est une terre d'optimisme. On a l'impression de lire une revue colonialiste du XIXe siècle. Ça fait quand même penser, dans une moindre mesure, au grand discours qu'avait prononcé Nicolas Sarkozy en 2007 à Dakar. Au discours honteux où Nicolas Sarkozy avait dit que l'homme africain n'était pas entré dans l'histoire.
Alors, sur la forme déjà, en fait, Emmanuel Macron va entamer dans quelques jours, mercredi, une tournée en Afrique. Il va se rendre au Gabon, au Congo-Brazzaville, en République démocratique du Congo et en Angola. Et ce discours-là d'annonce, de fixation de cap de sa politique africaine, il aurait dû le faire en Afrique. Sauf qu'il y avait quand même un petit hic, c'est que les pays qu'il va visiter, c'est pas franchement des super démocraties. Par exemple, le Gabon, qui est le pilier de la France-Afrique depuis 1967, et la prise du pouvoir d'Omar Bongo, qui aujourd'hui a été remplacé par son fils.
Le Congo-Brazzaville aussi, où il y a un dictateur sanguinaire, Denis Sassou Nguesso, qui est à la tête de ce pays et qui est soutenu depuis des lustres par la France. Donc, moi, je pense que ça l'aurait fait un peu mal s'il avait annoncé, entre guillemets, la fin de la France-Afrique, même s'il n'a pas dit comme ça. En tout cas, s'il avait dit qu'il fallait faire preuve de plus d'humidité dans nos relations avec la France et l'Afrique, depuis des capitales qui sont quand même les symboles de la France-Afrique.
Et sur le fond, est-ce qu'il y a du nouveau qui a été annoncé lors de ce discours ?
Alors, c'est vraiment de la poudre de Perlin-Papin, pour employer les expressions d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron nous a fait un grand discours sur l'humilité, sur le partenariat renouvelé. Mais sur le fond, ça fait penser à la phrase de l'emblée de 12 ans dans le guépard, il faut que tout change pour que rien ne change. Parce que, niveau annonce concrète, moi, j'ai écouté le discours, ça a duré une trentaine, quarantaine de minutes, plus les questions des journalistes. C'est vraiment, il n'y a zéro annonce concrète, c'est le désert de Gobi.
À un moment, il m'a fait rire, il a dit un truc, il dit, nous ne sommes un pays qui considère que les putschs ne seront jamais des alternances démocratiques. Et là, je me suis dit, mais c'est toi, Macron, qui a dit ça ? Parce que je me souviens qu'en avril 2021, ce n'est pas si vieux, quand Idriss Déby, le président tchadien, fidèle ami de la France, est mort, et que son fils lui a succédé lors d'un putsch, Emmanuel Macron n'a pas condamné. Au contraire, il est allé se précipiter à N'Djaména, adouber cette violation de la constitution tchadienne au mépris de la souveraineté du peuple tchadien. Alors peut-être que c'était son frère jumeau, à ce moment-là, j'en sais rien. Son hologramme.
Mais en tout cas, au-delà du wishful thinking, tout va changer, tout va être merveilleux, vous savez, on va reconstruire la relation entre la France et l'Afrique. D'ailleurs, c'est le propre de tous les présidents français, depuis des décennies au moins, depuis Nicolas Sarkozy, François Hollande, je les ai tous entendus depuis des années que je suis les relations entre la France et l'Afrique, de dire, vous savez, la France-Afrique, c'est fini, on va tout remettre à plat. Et en fait, tout a continué comme avant.
Et Emmanuel Macron a raté une occasion d'arrêter l'hémorragie et vraiment de mettre fin à tout ce qui peut représenter la domination post-coloniale française en Afrique, notamment sur la question militaire. On attendait un grand discours sur la refondation militaire. Peut-être on parlait de la fermeture des quatre bases permanentes françaises qui sont situées à Abidjan-Côte d'Ivoire, à Libreville-au-Gabon, à Djibouti et à Dakar au Sénégal. Il y avait eu des débats en interne, c'est-à-dire que le Quai d'Orsay et le conseiller afrique d'Emmanuel Macron, Franck Paris, sont beaucoup poussés pour qu'au moins les bases de Abidjan et Dakar soient fermées.
Ça aurait été un symbole, finalement, du départ de l'armée française, de cette France qui ne veut plus s'ingérer dans les affaires des pays africains. Mais finalement, les militaires l'ont emporté et ont réussi à maintenir ces bases. Alors, l'habille de tout un enfumage, Emmanuel Macron a dit, vous savez, ça n'a pu être vraiment des bases. On va faire de la co-construction, encore un vocabulaire macroniste, avec les pays africains. Ils vont être dans les bases et on va leur demander s'ils sont d'accord qu'on reste. Mais ces pays-là, je parle notamment de la Côte d'Ivoire, où le président Alassane Ouattara était installé par Paris.
On se souvient, en 2011, c'était Nicolas Sarkozy qui avait poussé pour que Laurent Gbagbo soit renversé et Alassane Ouattara sont installés. Au Sénégal, où Macky Sall ne rêve que de changer la constitution et de faire un troisième mandat en 2024 et compte pour ça, sur le soutien ou en tout cas l'indifférence complice de la France, ces présidents-là, ils ont besoin de Paris. Donc forcément, ils vont être d'accord que les militaires français restent. Il n'y a rien qui va changer, même si les peuples, eux, ne sont pas d'accord. Et au-delà de ces quatre bases permanentes qui représentent une petite partie du dispositif, il y a la question du Sahel.
Je le disais tout à l'heure, la France est obligée de se redéployer parce qu'elle est dos au mur. Elle a été chassée du Mali après neuf ans de présence par le pouvoir malien qui s'est rapproché des Russes. Elle a été chassée du Burkina. Elle a même été chassée de la Centrafrique. Les derniers soldats français en Centrafrique sont partis l'année dernière. Et c'était quand même un symbole de ce pays, de la Centrafrique, qui a longtemps été une emprise française, quasiment un département où la France faisait ce qu'elle veut. On se souvient de l'empereur Bokassa. Finalement, la France est obligée de se réinventer. Et qu'est-ce qu'elle fait ? Elle cherche désespérément des points de chute.
C'est comme quand on met quelqu'un à la porte, il essaie désespérément de revenir par la fenêtre. Alors, on se cherche des nouveaux ancrages. Là, ce qui se passe, c'est qu'on est en train de tout concentrer sur le Niger, où le président Mohamed Bazoum est un de nos alliés. D'ailleurs, les forces spéciales qui partent du Burkina vont être pour partie réimplantées au Niger, dans la région de Tiabéry. On continue à maintenir une présence au Tchad, où on peut compter sur la dynastie débi. Et puis, c'est assez marrant. On se cherche vraiment des nouveaux amis. Je pense notamment à la Guinée, où on a renforcé notre coopération militaire.
Et au Bénin aussi, où je me suis rendu récemment pour enquêter sur la présence de militaires français dans le Nord, qui sont officiellement présentés comme des instructeurs.
Oui, on va parler justement de la présence militaire française. Tu es parti au Nord du Bénin au mois de janvier pour enquêter sur la présence des soldats français sur place en pleine zone d'attaque djihadiste. Tu as rapporté ce reportage dans dont on regarde un petit extrait assez drôle.
On a sorti nos téléphones portables et on a fait comme des millions d'humains sur cette terre. On a cherché l'amour sur des applications géolocalisées. On fait installer. Il va falloir que je la désinstalle. Après, sinon ma femme va m'engueuler. Elle va croire que c'est pour autre chose. Alors, on va créer un profil. Donc là, on va dire un profil féminin. Je veux voir des hommes. Vas-y, continue. Continue. Là, je vois des photos d'un quelqu'un qui a l'air d'être français, passionné par le ski, par la randonnée, par le crossfit et qui est à moins d'un kilomètre. Donc, c'est vrai qu'ici, on est à l'hôtel. On a quelques centaines de mètres de la base française. Ça pourrait coller.
Alors là, il y a Benoît. Benoît, 23 ans. En gros, pour faire simple, il veut faire l'amour, pas la guerre. Non, mais l'un n'empêche pas l'autre. J'ai toujours fait les deux. Jusqu'à présent, je n'ai jamais eu aucune plainte. Oh, alors, Alex, 33 ans. Il a un pantalon très militaire. C'est quand même intéressant. On a trouvé trois profils de français qui sont dans la zone et qui ont l'air d'avoir une appétence particulière pour le sport et les habits kaki. Ils ont l'air comme tous assez jeunes pour des instructeurs. C'est assez marrant parce qu'il a même un Snapchat avec activité récente.
Ce qui est un peu surprenant dans cette histoire, c'est que les instructeurs, en général, on nous a dit qu'ils sont 30, 40, 50 ans. Et puis là, ils ont un peu de bouteilles aussi parce qu'aller sur un terrain aussi compliqué en Afrique, c'est quand même pas simple. Et là, tu as quand même des gens très jeunes, 23, 25 ans. Alors, ce n'est pas une preuve définitive, une absolue, mais quand même, ça pose des questions. Et ça pose aussi des questions qui sortent sur Snapchat visites par tout le monde.
Alors, au-delà de la blague et du fait que ça soit quand même assez inquiétant qu'il y ait des militaires français qui se retrouvent sur les réseaux sociaux et notamment sur Tinder, moi, je me suis rendu au Bénin avec deux collègues journalistes pour essayer de comprendre ce que font les Français là-bas puisque le Bénin, c'est un pays qui a longtemps, très longtemps été en paix et qui, depuis 2019, subit des attaques djihadistes dans le nord. Il y a des parcs naturels qui, autrefois, accueillaient des touristes qui sont aujourd'hui la cible des terroristes qui les utilisent comme des basariés et qui mènent des attaques contre les forces armées béninoises.
Et donc, les militaires français sont là. On sait que ça fait plusieurs mois qu'ils sont là et ils se présentent officiellement comme des instructeurs. Mais on sait qu'à plusieurs reprises dans l'histoire des relations entre la France et l'Afrique, la France n'a pas toujours été très claire vis-à-vis de la réelle mission de ces soldats sur place. Par exemple, quand les forces spéciales qui ont été chassées du Burkina Faso se sont installées au Burkina Faso pendant des années, on a dit non, non, mais vous savez, il n'y a pas de militaires français ou alors ce sont des instructeurs. Et alors, nous, on a décidé d'aller sur place et de parler.
Et quand on parlait à des gens, les gens nous disaient ben oui, effectivement, ces soldats français interviennent sur le terrain, ne font pas que de la formation, interviennent directement au contact des djihadistes. Alors, l'état-major a continué à nier et ce n'est pas forcément mal que la France intervienne contre les djihadistes mais il y a un vrai problème démocratique. Est-ce que la population béninoise veut que l'armée française intervienne sur son sol ? Est-ce que nous, Français, on est d'accord pour que les militaires français aillent lutter au Bénin contre les djihadistes ?
Ça pose un vrai problème démocratique et ça pose un vrai problème d'une arrogance, d'une France qui pense n'avoir de compte à rendre à personne et en fait, finalement, ce qui se passe au Bénin, c'est assez symbolique du déclin de la France. J'en parlais de l'influence française en Afrique, j'en parlais tout à l'heure de cette France qui se cherche des espérements des amis et là, elle en a trouvé avec le président béninois, un président assez autoritaire qui s'appelle Patrice Talon et c'est aussi symbolique de ce monde finissant et de cette inversion des rapports de force.
C'est-à-dire pendant très longtemps, la France a décidé pour les pays africains, la France était quasiment le tuteur des présidents africains, des potentats africains qu'elle mettait au pouvoir et là, il y a une inversion du rapport de force comme aujourd'hui, il y a de nouveaux acteurs qui entrent en jeu, qui apportent leur aide même si elle n'est pas désintéressée, que ce soit la Russie, la Turquie, la Chine, etc., ou même d'autres acteurs africains, les présidents en jouent. Ce qui s'est passé par exemple au Cameroun l'année dernière, c'est-à-dire Paul Biya, qui a 89 ans, qui règne sur le Cameroun depuis 40 ans, veut installer son fils Franck au pouvoir.
Et puis Paris lui a dit c'est quand même un peu gros les successions dynastiques, il faudrait qu'on arrête. Il a dit ok, pas de problème, bon moi je vais renouveler l'accord de coopération militaire avec la Russie. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Tout d'un coup, le conseil africain d'Emmanuel Macron s'est précipité ventre à terre à Yaoundé et Emmanuel Macron est venu quelques mois plus tard en serrant la paluche à Franck et en l'adoubant de manière plus ou moins officieuse. Et là au Bénin, c'est pareil.
Patrice Stallon, il a fait un coup qui est assez génial, il a dit il y a quelques mois bon vous savez j'ai signé un accord de coopération avec les Rwandais qui vont venir nous aider à lutter contre le terrorisme. La Rwandaise est dans une armée plutôt expérimentée. Et dans le Nord, on est allé, on n'a jamais vu l'armée Rwandaise. Mais ça a forcé les Français qui étaient quelque peu réticents à apporter encore plus d'aide à l'armée béninoise. Notamment, la France renaclait à livrer de l'équipement et des armes. Et bien là, ils ont livré des véhicules blindés il y a quelques jours. Donc finalement, les présidents africains ont renversé le rapport de domination. Et c'est assez marrant.
Au-delà de la question qui se pose sur la présence des militaires français au nord du Bénin, ce qu'on a constaté mais ce qu'on n'a pas pu filmer, c'est que dans la même ville de Kandy, là où se trouvaient les militaires français, on est tombé sur des Russes. Il y avait une soixantaine de Russes, je ne sais pas s'il faut les qualifier de mercenaires ou pas, qui était gardée par l'armée béninoise et qui montait dans les parcs aller combattre les djihadistes avec l'armée béninoise.
Donc c'était assez savoureux quand on sait la compétition qui règne entre la France et la Russie de voir dans la même ville d'un côté une base béninoise avec des militaires français à l'intérieur dont on ne sait pas trop ce qu'ils font, s'ils sont vraiment des instructeurs ou s'ils sont des opérationnels et à côté des Russes, ça montre bien que voilà. Et c'est encore accentué avec la guerre en Ukraine finalement, cette compétition impérialiste permet à des dictateurs de tirer leur épingle du jeu.
Et d'ailleurs, dans son discours, Emmanuel Macron parle de l'arrivée des Russes dans le précaré français. On regarde.
Je suis convaincu que le moment est venu de faire un choix et de savoir quel rapport nous voulons entretenir avec les pays africains. Et au fond, quand j'essaie de suivre l'actualité, ce qui m'arrive est de lire la qualification du moment que nous sommes en train de vivre qui est très clairement un entre-deux parce que nous héritons de beaucoup de difficultés historiques et nous sommes dans un moment de transition sans avoir pleinement réalisé, je vais y revenir, le début de la transition commencée, au fond, beaucoup voudraient nous inciter à rentrer dans une compétition. C'est la première voie. Une compétition que je considère pour ma part anachronique.
C'est le piège qui consisterait à répondre à l'injonction de puissance ou à l'appel de démonstration de force. Regardez, certains arrivent avec leurs armées ou leurs mercenaires ici et là. Plongez-y, vous Français, c'est là que vous êtes attendus, c'est le rôle qui est le vôtre. Allez faire la compétition avec eux, vous êtes attendus là. Je ne le crois pas. C'est le confort des grilles de lecture du passé, mesurant notre influence au nombre de nos opérations militaires, ou nous satisfaire de liens privilégiés et exclusifs avec des dirigeants, ou considérer que des marchés économiques nous reviennent de droit parce que nous étions là avant.
Ou jouer des coudes pour nous placer seuls au centre du jeu.
Alors c'est toujours très beau, envie de verser une petite larme, on se dit mais quelle sagesse. Sauf que j'ai regardé toute l'intervention d'Emmanuel Macron, après il y a eu une question des journalistes. Pendant son discours, il a dit non mais moi je ne suis pas dans la compétition, il n'a pas parlé des russes nommément. Et puis une journaliste, je crois que c'était l'agence France Presse, lui pose la question et lui dit bon ben vous pensez quoi de Wagner ? Alors là, le diable est sorti de sa boîte, le naturel est revenu au galop, il dit c'est une organisation criminelle, ce qui est vrai, c'est l'assurance vie des putschistes en Afrique.
J'ai regardé, je me suis dit oui sans doute, mais nous ça fait quand même 60 ans qu'on ait l'assurance vie des putschistes partout au Togo, au Tchad, au Congo, qu'on a parrainé des coups d'État au détriment de la souveraineté des peuples. Alors Macron fait amende honorable en façade parce qu'on n'a plus les moyens de notre puissance, on est devenu une puissance moyenne voire une puissance médiocre et on est bien obligé de composer avec le sentiment contre la politique française qui se fait jour dans la quasi-totalité de l'Afrique dite francophone, c'est-à-dire les gens ont soif de souveraineté, ont envie que la France parte et que les pays africains puissent se développer par eux-mêmes.
Alors il n'y a pas de quoi se régir de l'arrivée par exemple des mercenaires de Wagner au Mali, rien n'a changé dans la lutte contre le terrorisme et le gouvernement malien qui est soutenu par Wagner met toujours en prison les opposants. Mais quand même je pense qu'il faudrait faire preuve d'humilité comme dirait Emmanuel Macron et puis balayer devant notre porte parce que c'est quand même pas de la faute des Russes si Nicolas Sarkozy a déstabilisé pour des raisons obscures la Libye et cette déstabilisation a créé le chaos qui a engendré le terrorisme au Sahel.
Ce n'est quand même pas la faute des Russes si pendant neuf ans de présence militaire massive avec des milliards d'euros injectés, des milliers d'hommes déployés et certains de nos soldats sont morts, on n'a pas été capable de vaincre le terrorisme au Sahel. Et pourquoi ? Parce qu'on a justement préféré soutenir des dictateurs comme Idriss Déby au Tchad ou des rois fainéants comme Ibrahim Boubacar Keïta au Mali qui ont préféré faire tirer sur leurs opposants plutôt que de faire vivre leur peuple et c'est justement s'ils avaient développé leur pays qu'on aurait pu faire reculer les terroristes parce que le terrorisme se nourrit de la misère.
Ce n'est quand même pas la faute des Russes si sur le perron de l'Elysée les présidents successifs de Nicolas Sarkozy François Hollande Emmanuel Macron ont reçu tous les dictateurs que ce continent a pu compter.
Je ne vais pas faire la liste mais quand même Paul Bia au Cameroun Ismaël Omar Ghele à Djibouti Fornia Simbe au Togo et tous les gens que j'ai cités tout à l'heure non seulement ces gens-là on les a reçus on a serré leurs mains tachées de sang mais on les a épaulés on les a aidés on leur a donné de l'aide au développement qu'ils se sont mis d'ailleurs dans leur poche et qui n'ont jamais servi au développement de leur pays on les a appuyés militairement avec la présence de nos troupes nos entreprises ont signé de gros contrats avec eux et on les a essayé tués ce n'est quand même pas la faute des Russes si certains pays comme la Centrafrique ont été déstabilisés en 2013 avec l'aide de la France juste parce que le président de l'époque François Baudet avait décidé de donner l'uranium chinois et pas à notre entreprise française Areva ce n'est quand même pas la faute des Russes si depuis des années on a cessé d'être le pays des droits de l'homme pour être le pays du droit le plus fort alors moi je trouve que c'est bien qu'Emmanuel Macron parle d'humilité mais tout ça ce sont que des mots qu'il annonce un changement mais tout ça encore ce sont que des mots parce que ce qui est sidérant c'est qu'il n'y a pas un mot de regret pas un mot de pardon moi je pense que pour regarder sereinement l'avenir et pour prétendre à ce que les Africains nous accordent une nouvelle chance et nous laissent construire un partenariat équitable on devrait réparer le passé on devrait faire la paix avec le passé on devrait demander pardon et ça ça n'a absolument pas été fait dans le discours de Macron
d'ailleurs un bien loin de rompre avec la France-Afrique Emmanuel Macron semble vouloir perpétuer cette tradition en se rendant notamment à partir de mercredi au Gabon et au Congo Brazzaville
ça c'est assez extraordinaire parce qu'il dit qu'on va mettre fin à une relation de domination et de prédation mais la première chose qu'il fait deux jours plus tard c'est d'aller visiter tous les tout-en-camons de la France-Afrique il va commencer par Ali Bongo au Gabon qui a été victime d'un AVC qui ne gère plus tellement de pays mais c'est sa famille qui gère qui est au pouvoir depuis 1967 et qui surtout a tué en 2016 c'était son opposant qui avait gagné les élections présidentielles et Ali Bongo a fait lancer un assaut sur le QG du principal opposant qui s'appelait Jean Ping et faisant des dizaines de morts mais Emmanuel Macron va là-bas va parler de forêt il va à un sommet sur les forêts alors effectivement c'est très important mais ça n'enlèvera pas les relations qui existent entre la France et le Gabon et à mon avis elle ne se limite pas à la question des forêts on se souvient notamment que vraiment le Gabon c'est le cœur de la France-Afrique du président Omar Bongo qui arrivait à Paris avec des sacs de billets remplis d'argent pour les distribuer à la classe politique française de ces sociétés françaises qui ont aidé le régime à réprimer des opposants d'ailleurs si vous regardez on a actuellement toujours un ancien militaire français qui s'appelle Jean-Charles Solon qui est à la tête du service d'écoute de la présidence gabonaise et puis nos entreprises comme Total qui ont signé des contrats avec le Gabon lui permettant d'acquérir ce qu'on appelle les biens mal acquis en France un des somptueux hôtels particuliers on a la mafia corse avec Michel Thomy qui longtemps a blanchi de l'argent au Gabon et Macron n'en parle absolument pas d'ailleurs il y a une question à un moment qu'il est posée bon ben vous allez là-bas il va avoir une élection présidentielle au Gabon en 2023 il y a des opposants des syndicalistes qui sont arrêtés qui sont en prison il dit non non mais moi je viens je viens parler des forêts et alors au Congo c'est pas les forêts du coup il va faire un déplacement attention de culture et de mémoire mais surtout il va aller voir un des baobabs de la France-Afrique qui s'appelle Denis Sassoun-Guessot qui est au pouvoir depuis 1979 avec une petite éclipse dans les années 90 et qui lui a vraiment du sang sur les mains depuis la guerre civile des années 90 et puis même la révolte réprimée en 2016 et 2017 dans la région du Poules et puis il y a des liens très forts de corruption entre Brazzaville et Paris je parlais de l'affaire des bien mal acquis on a l'impression que toute la classe politique française a défilé à Brazzaville je pense de manière pas tout à fait désintéressée Strauss-Kahn qui prodiguait des conseils à Sassoun-Guessot des conseils rémunérés Nicolas Sarkozy Scuarsini Anne Hidalgo aussi sous couvert d'un partenariat pour l'environnement même l'imam Chagoumi s'est affiché avec Denis Sassoun-Guessot et là Emmanuel Macron il y va parce que je pense qu'il y a un objectif caché c'est la succession de Denis Sassoun-Guessot qui commence à avoir un âge canonique et qui lui aussi aimerait bien mettre son fils Denis Christel à sa place mais sauf que Paris n'a jamais été très chaud pour ça du coup Denis Christel a tissé de très forts liens avec la Russie donc peut-être qu'Emmanuel Macron va reproduire le scénario à la Camerounaise où finalement pour garder le Congo Brazzaville dans le giron de la France il va laisser une succession dynastique s'opérer au détriment bien sûr de la souveraineté des peuples et puis pour finir en République démocratique du Congo qui sera une autre étape de son voyage il ira voir le président congolais sans avoir de mots très durs il en a eu un peu pour l'agression à l'est du Congo de la réunion M23 qui est clairement soutenue par le Randa le Randa qui est un pays ami de la France alors certes on a fait une chose innommable en aidant et en armant les génocidaires Hutus en 1994 lors d'une génocide des Tutsis mais c'est vrai que ce qui se passe au Congo est aussi dramatique et on a bien tort d'être aussi peu dur avec le régime de Paul Kagame donc bref Emmanuel Macron il assume c'est son second mandat il assume la réelle politique il n'y a plus du tout un discours de droit de l'homme et qu'importe finalement qu'augmente la détestation de notre pays en Afrique francophone je crois que ce discours en fait c'était un discours verbeux et ça me fait penser à la phrase de Lincoln qui disait mieux vaut rester silencieux et passer pour un imbécile que parler ne laisser aucun doute à ce sujet je pense qu'Emmanuel Macron aurait bien fait de se taire
Merci beaucoup Thomas tu nous offres comme toujours de précieuses clés de compréhension de décryptage du système France-Afrique et tu conclues toujours avec une citation qui fait mal de décryptage
hum hum
Emmanuel Macron