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interviewfranceinfo — L'invité éco· 11 avril 2024 6 min

Économie de guerre : "Le milieu bancaire est encore fragile pour prêter aux PME" selon le député Christophe Plassard

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Christophe Plassard

France Info, l'invité éco, Camille Reveille.

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Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, nous parlons donc économie de guerre après le déplacement d'Emmanuel Macron chez Orinco à Bergerac. Bonsoir Christophe Plassard. Bonsoir. Député horizon de Charente-Maritime, rapporteur du budget de la Défense, vous avez signé l'an dernier un rapport justement sur l'économie de guerre. Vous appeliez entre autres à relocaliser des productions critiques. Ici à Bergerac, Emmanuel Macron parle de relocalisation des poudres plus largement. Où en sommes-nous sur cette question-là ?

0:37
Christophe Plassard

Le travail de rapporteur était essentiellement d'aller regarder comment on pouvait traduire en acte les instructions du président de la République d'aller plus vite, moins cher et plus fort. Après c'est la DGA qui est le bras armé de l'industrie de la Défense.

La Direction Générale de l'Armement, qui a listé ce qui pouvait être des points critiques et qui les traite, je crois qu'il y avait quelques centaines de points qui ont été identifiés et qui sont petit à petit traitées, soit simplement en ayant sécurisé quelque chose qui existait déjà, soit en ayant, c'est le cas aujourd'hui, aidé à accompagner la recréation, j'allais dire, ou la relocalisation de quelque chose qui n'était plus fait en France.

1:19
Présentateur

Est-ce que vos recommandations sont globalement suivies aujourd'hui ou est-ce qu'il y a encore des points sur lesquels vous aimeriez qu'on avance ?

1:25
Christophe Plassard

Alors il y a encore un point sur lequel, et je porte une loi d'ailleurs dans ce sens-là, c'est notamment le financement des PME parce que les grosses entreprises, les masters de cette économie de guerre, de la base industrielle et technologique de la Défense, la BITD, sont des entreprises solides et qui ont déjà une taille internationale. Je pense à Dassault, Nexter ou ce type d'entreprise. En revanche, ce que j'avais signalé, c'était notamment la nécessité du soutien à l'innovation ou l'accompagnement d'entreprises qui aujourd'hui sont dans le civil et qui pourraient basculer dans le militaire.

Je pense aux duals, par exemple les entreprises qui travaillent pour la société, pour la sécurité civile et qui pourraient tout à fait avoir des applications. Lorsqu'on fait un robot pour des pompiers, on est tout à fait capable de faire un robot, par exemple, pour déminer un champ de bataille. Donc d'accompagner ces entreprises et de les financer.

2:16
Présentateur

C'est complexe pour ces entreprises d'accéder au financement. C'est quoi ? Il y a des problèmes, des banques qui ne jouent pas le jeu. Quelles sont les difficultés qu'elles rencontrent ?

2:25
Christophe Plassard

Alors il y a deux types de difficultés. Il y a ce qu'on appelle les fonds propres, c'est-à-dire aider l'entreprise à grossir, aider l'entreprise à trouver du capital. Ça, c'est quelque chose qui commence à bouger. Il y a des fonds spécifiques qui se créent, il y a des choses qui évoluent, même si on doit encore travailler le sujet. Après, il y a le besoin de financement pour la croissance, qui est un nouveau bâtiment, une nouvelle ligne de production qui nécessite du crédit. Et c'est vrai que pour des raisons un peu complexes, mais notamment de notoriété, de compliance, de critères RSE, le milieu bancaire aujourd'hui est encore fragile à prêter une fois de plus au PME.

Je ne parle pas des grosses entreprises qui n'ont pas ces sujets-là.

3:00
Présentateur

Vous portez effectivement, Christophe Plassard, une proposition. Vous n'êtes pas le seul. Le Sénat, par exemple, qui est favorable. Ce n'est pas le cas de Bercy. Vous souhaitez flécher une partie de l'épargne du livret A vers l'industrie de la défense. Tout le monde n'est pas d'accord. Bruno Le Maire lui lance plutôt l'idée de la création d'un produit d'épargne européen qui serait chargé, entre autres, de financer notre effort de défense. Est-ce que ça, ce serait une bonne idée pour vous ?

3:22
Christophe Plassard

Alors, je pense que les deux sont valables. Ce que vous évoquez dans le projet ou l'envie de Bruno Le Maire est quelque chose de moyen terme. Ce n'est pas quelque chose qui peut se déclencher rapidement. Or, l'économie de guerre, c'est aujourd'hui et les besoins, ils sont immédiats. Donc, la solution que moi je propose, elle a pour intérêt de pouvoir mobiliser des fonds qui sont déjà disponibles et qui sont déjà fléchés sur les PME. Il n'est bien évidemment pas question du tout de toucher à ce qui va vers le logement. C'est d'ailleurs sécurisé. C'est dans une poche à part au sein de la Caisse des dépôts. Mais 40% des dépôts qui sont les dépôts de ces livrets sont dans les banques.

Et les banques les investissent déjà dans les PME à 80%. Je demande juste que de la même façon qu'on flèche une partie de ce financement vers l'économie sociale et solidaire ou vers l'économie de la transition écologique, qu'une partie de cet argent qui est déjà fléchée vers des PME soit vers des PME de la base industrielle et technologique de la défense.

4:15
Présentateur

Vous entendez les critiques qui disent que ce n'est pas à ça que doit servir l'épargne des Français, notamment ces produits d'épargne-là ?

4:22
Christophe Plassard

Alors, je l'entends, sauf que je pense qu'on doit faire œuvre de pédagogie. Aujourd'hui, pour qu'on puisse œuvrer sur les secteurs que je viens d'évoquer, l'économie sociale et solidaire, le climat, etc., il faut un pays qui soit sécurisé, qui soit souverain. Et aujourd'hui, dans le monde dans lequel on évolue, dans la géopolitique actuelle, pour avoir un monde souverain économiquement et socialement, il faut qu'il le soit aussi en termes de sécurité. Et donc, la première des choses dont on a besoin, c'est d'assurer la sécurité de notre pays, d'assurer la souveraineté de notre pays.

Et qu'investir dans la défense, investir dans la souveraineté, ce n'est pas investir dans les bombes, pas uniquement. C'est le cyber, c'est le spatial, c'est les communications. Et ça fait partie de ce qui permet d'assurer la sécurité du pays et qui permet ensuite de déclencher tout le reste.

5:09
Présentateur

Vous êtes également membre de la Commission des finances, de l'Assemblée. Vous connaissez l'état actuel des finances publiques, du déficit. Est-ce qu'on a les moyens de ce passage dont parle Emmanuel Macron depuis deux ans en économie de guerre, alors que l'exécutif est en quête d'économie ?

5:23
Christophe Plassard

Alors oui, le financement de l'économie de guerre est multiple, mais il y a notamment un des secteurs sur lequel l'industrie française est très performante, c'est celle de l'export. Et le fait d'augmenter les cadences, le fait d'innover, le fait de pouvoir produire plus vite et donc moins cher, nous met aussi en position d'être plus compétitifs à l'export. Et une grande partie de ce que nous produisons a aussi pour vocation à alimenter, je dirais, nos alliés et alimenter le marché de l'export sur lequel les Français sont passés d'ailleurs de la troisième à la deuxième puissance mondiale sur ces sujets-là.

5:59
Présentateur

Merci beaucoup Christophe Plassard. Vous êtes député Horizon de Charente-Maritime, rapporteur du budget de la Défense Nationale. Et je rappelle que vous avez signé un rapport sur l'économie de guerre l'an dernier.