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interviewfranceinfo· 19 mai 2026 11 min

Canal+, 2027, Mélenchon... Jérôme Guedj est l'invité politique

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Jérôme Guedj. On commence avec ce tremblement de terre dans le cinéma. Canal+, le premier diffuseur du cinéma français, ne veut plus travailler avec les 600 signataires d'une tribune qui a été publiée dans Libération, dénonçant, je cite, l'emprise grandissante de l'extrême droite et de Vincent Bolloré, je rappelle qui est l'actionnaire de Canal+. Le patron de Canal+, Maxime Sada, dénonce au contraire une injustice vis-à-vis des équipes qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+. Qui a raison ?

0:29
Jérôme Guedj

Je crois qu'il faut respecter le cinéma français, c'est un joyau, c'est un atout d'abord culturel et aussi économique. Et on a un écosystème qui est très singulier. Avec un financement assuré par le CNC, il faut le préserver. Je dis ça parce que l'extrême droite, elle, ouvertement, par la voix de ses représentants, dit qu'elle veut en revenir sur le financement par le CNC du cinéma français. Et là, c'est faire un boulevard au cinéma américain et aussi au blockbuster et perdre l'exception culturelle française. C'est financé aussi par Canal+. Il faut respecter ce principe. Mais ce n'est pas un cadeau de M. Bolloré.

C'est la contrepartie du fait que Canal+, bénéficie, on appelle ça la chronologie des médias, de pouvoir diffuser des films dès six mois. Donc, on ne casse pas cet objet-là, ni avec les discours inflammables, anxiogènes d'un Vincent Bolloré qui dit ouvertement qu'il a un projet politique à travers le groupe économico-médiatico-culturel qu'il a constitué, l'édition, la presse, des salles de spectacle et le cinéma.

1:37
Présentateur

Vous voyez aujourd'hui, sur la centaine de films qui ont été financés par Canal+, une mainmise idéologique de Vincent Bolloré dans le choix des films qui sont financés par Canal+.

1:47
Jérôme Guedj

Moi, j'ai l'honnêteté de dire que j'entends des acteurs du cinéma, des producteurs du cinéma, j'entendais le producteur du dernier film de Pierre Salvadori dire « Nous, on n'a pas constaté un changement dans la pratique de nos interlocuteurs, dont actes, mais j'entends aussi l'alerte qui a été portée par les professionnels du cinéma. Ils ont le droit, ils sont parfaitement légitimes à s'inquiéter. » On voit ce qui se passe du côté de l'édition, même si c'est deux univers qui sont différents, ils sont légitimes à porter cette inquiétude.

2:17
Présentateur

Mais est-ce qu'il n'y a pas une forme comme d'hypocrisie ? De nombreux signataires de la pétition ont profité aussi du financement de Canal+, ils pourraient aller finalement chercher leur financement ailleurs. Pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas refusé ? Si c'est de l'argent sale, c'est contre guillemets.

2:29
Jérôme Guedj

Non, encore une fois, c'est pour ça qu'il faut désescalader sur ce principe-là. Le cinéma français doit continuer à être financé dans cette singularité. France Télévisions, j'ai oublié de le mentionner, est aussi le troisième gros acteur du financement du cinéma français. Et ça, c'est une exception française et il faut absolument la garder. Mais l'alerte posée, et elle est légitime encore une fois parce que les déclarations de Vincent Bolloré sur son rapport aux outils dont il a fait l'acquisition ces dernières années, on est dans une situation très inédite en France. Jamais on n'a eu un investisseur unique, un propriétaire unique sur tout ce spectre de l'action culturelle.

Que ce soit les auteurs de Grasset, que ce soit hier, rappelez-vous, quand ITV est devenu CNews et on a vu ce que ça a donné comme type de dérive. Donc, les acteurs du cinéma, ils sont légitimes à lancer cette alerte. Et donc, moi j'attends de Canal+, une forme de désescalade. Et on ne peut pas imaginer une sorte de liste noire d'acteurs.

3:24
Présentateur

Donc, de continuer à travailler avec ces signataires.

3:26
Jérôme Guedj

Mais de travailler, évidemment, avec les forces vives du cinéma français qui ont raison de pouvoir conserver leur liberté d'expression et envie de travailler. Et il faut que les financeurs garantissent cette diversité du cinéma. C'est ça qui fait sa richesse.

3:43
Présentateur

Autre sujet, Patrick Bruel, qui est désormais visé par 13 plaintes pour des faits de violence sexuelle, dont plusieurs pour viol, comme celle déposée par l'animatrice Flavie Flamand. Il y a une enquête qui est aussi ouverte en Belgique pour une agression sexuelle présumée. Le chanteur, naturellement, dément les faits. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

4:02
Jérôme Guedj

Écoutez, il y a deux principes qui doivent être respectés et qui sont absolument cardinaux en la matière. Il y a d'abord la parole des femmes qui s'exprime et qui doit être, comme celle de toute victime, entendue, respectée. C'est la grande révolution anthropologique qui est intervenue ces dernières années. Après MeToo, après cette libération de la parole, c'est vrai sur les violences sexistes et sexuelles, c'est vrai aussi en matière d'inceste, de violence intrafamiliale, de violence sur les enfants. Il faut toujours tendre l'oreille et dire aux victimes « Nous vous écoutons, nous vous respectons, nous vous croyons ».

Puis il y a un deuxième principe, et c'est toute la complexité du réel qu'il faut pouvoir concilier, qui est celui de la présomption d'innocence. Et pour concilier les deux, c'est la justice qui doit faire son travail. Alors il faut qu'elle fasse plus vite. Et moi, je sors du cas particulier de Patrick Bruel, mais de manière générale, sur les affaires de violences sexistes et sexuelles, sur les affaires d'inceste, on a un appareil judiciaire aujourd'hui dont la lenteur est complètement contradictoire avec le respect de la parole des victimes.

Et donc s'il y a un message à faire passer dans la période, c'est pour croire et respecter les victimes, pour respecter la présomption d'innocence, parce que c'est aussi essentiel, dans un état de droit, il faut qu'on ait plus de moyens pour ces violences sexistes et sexuelles, pour ces incestes et pour toutes les violences intrafamiliales.

5:13
Présentateur

– Patrick Bruel se produit en ce moment sur la scène d'un théâtre. Est-ce que vous, vous iriez le voir ?

5:18
Jérôme Guedj

– Écoutez, chacun décide de ce qu'il veut faire, de son temps, de son argent, au regard de la conciliation de ces deux principes. Voilà, moi je ne suis pas pour blacklister par principe les personnes, mais je ne suis pas non plus pour donner l'impression de cautionner ce qui provoque un émoi général dans le pays. Donc c'est pour ça que je le dis, il faut que la justice, Patrick Bruel je crois l'a dit lui-même, celles qui ont déposé plainte ont dit, je dépose plainte précisément parce que c'est le lieu dans lequel la vérité et la justice par définition peuvent surgir, donc il faut que ça aille plus vite.

5:49
Présentateur

– Nous sommes à un an de la présidentielle et alors on voit une gauche qui est quand même explosée face au pulse. J'ai compté, il y a sept candidats déclarés, dont votre candidature, Jérôme Gage, et cette personnalité qui envisage une candidature, donc Raphaël Glussmann, François Hollande, Bernard Cazeneuve, ça fait 14 candidats possibles en tout. Est-ce que ce n'est pas insensé, à un an de la présidentielle, se retrouver avec 14 candidatures à gauche ?

6:14
Jérôme Guedj

– Je vais vous donner un scoop, à la fin, il n'en restera qu'un.

6:17
Présentateur

– Mais comment ?

6:18
Jérôme Guedj

Tout simplement en travaillant sur l'orientation programmatique, en répondant aux préoccupations de nos concitoyens. Parce que moi, une gauche qui se tire la bourre pour se mettre d'accord ou ne pas réussir à se mettre d'accord sur la modalité, est-ce qu'il faut une primaire, pas une primaire, voilà, tout ça on s'en fiche un petit peu. La gauche est celle que moi je veux porter, une gauche républicaine qui répond aux préoccupations de nos concitoyens, mais qui est capable de construire des compromis avec l'ensemble des Français.

Moi je suis candidat à l'élection présidentielle, mais je m'adresse à l'ensemble des Français pour leur dire, par exemple aujourd'hui, je voudrais qu'on parle du sujet de préoccupation première, c'est la question de la santé, c'est la question de l'accès aux soins. Tout à l'heure j'irai passer la journée à Sant'Expo, qui est le grand salon des professionnels de santé, pour rencontrer les professionnels du soin qui souffrent aujourd'hui, pour rencontrer les associations de patients qui sont confrontées, et présenter aujourd'hui une étude passionnante. Je vous donne un seul chiffre, ça devrait provoquer le sursaut de tous les candidats à l'élection présidentielle.

Pour avoir un rendez-vous avec un cardiologue en France aujourd'hui, c'est 14 jours en moyenne à Paris, c'est 160 jours en moyenne dans le Gers. Est-ce qu'on peut accepter ces inégalités sur le territoire national, sur des choses aussi essentielles ?

7:24
Présentateur

Pour porter ces sujets essentiels, donc naturellement vous êtes candidat, mais vous parlez aussi de rassemblement. Est-ce que Raphaël Guxman peut être celui derrière lequel la gauche peut se rassembler ?

7:35
Jérôme Guedj

On se rassemblera derrière la candidature qui permet à la fois de répondre aux préoccupations sociales que je viens de mentionner, mais on pourrait parler aussi du logement, du pouvoir d'achat, du fonctionnement des services publics, de la crédibilité budgétaire. Mais c'est qui le juge de paix, Jérôme Guèche ?

7:49
Présentateur

C'est qui le juge de paix ? Est-ce que ça va être les sondages ?

7:51
Jérôme Guedj

Immanquablement, à un moment donné, les sondages, le rôle des partis politiques, la perception que les Français en auront, nous indiqueront... Moi, je fais le pari de l'intelligence collective. Je ne suis pas cramponné à une position. À l'automne ? Je pense que la ligne que je porte, c'est celle qui a le plus de chances à la fois de parler aux électeurs de gauche qui veulent une alternative à ce qu'on vit depuis des années, mais aussi à ceux de ces Français qui ne veulent pas un pays paralysé, un pays qui est cramponné sur une forme de brutalisation. Personne ne peut avoir raison tout seul, ni à gauche, ni dans l'ensemble de la vie politique.

8:24
Présentateur

Raphaël Guxman a été récemment fragilisé par une fuite dans la presse. C'est un document de travail qui cible les électeurs qu'il doit convaincre, et puis ceux au contraire qu'il doit éviter, et notamment dans ce qui doit éviter les jeunes et les classes populaires peu diplômées. Alors Raphaël Guxman a très vite pris plus que de la distance avec ce document. Oui, il a clairement désavoué un document de travail.

8:43
Jérôme Guedj

On en reçoit toute la journée des propositions et des documents de travail.

8:46
Présentateur

Est-ce que ça n'appuie pas justement là où ça fait mal et sur les reproches que certains lui font, sur le côté déconnecté du terrain ?

8:52
Jérôme Guedj

Moi, je suis convaincu que quand on est candidat à l'élection présidentielle, et c'est mon cas, on doit parler à l'ensemble des Français. On ne trie pas, selon les Français, selon qu'ils habitent en milieu rural ou en milieu urbain, qu'ils soient jeunes ou vieux. Il y a assez de lignes de fractures dans notre pays. Il y a une guerre des âges, il y a une confrontation entre les urbains et les ruraux, il y a certains qui veulent introduire des conflits d'identité. Moi, la seule chose qui m'intéresse, c'est la concorde républicaine. Les Français, dans leur préoccupation...

9:19
Présentateur

Mais la concorde au sein du Parti Socialiste, on voit Boris Viavalo qui a claqué la porte, qui met en minorité Olivier Faure.

9:26
Jérôme Guedj

Je vais vous dire une chose.

9:27
Présentateur

C'est quoi ce...

9:28
Jérôme Guedj

Je vais vous dire une chose. Moi, comme je crois la grande majorité de Français, se contrefiche un petit peu de ces guerres picro-collines à l'intérieur du Parti Socialiste. Encore une fois, ce n'est pas en se rabougrissant et en se retournant sur soi-même qu'on va parler à l'ensemble des Français. Prenons du temps pour parler des sujets de préoccupation. On l'a trop peu fait ce matin, et moi, je rêve d'une campagne de l'élection présidentielle où, autour de la table, on se met d'accord. Mon ami Nicolas Meyer-Rossignol, maire de Rouen, a fait une proposition que je trouve intéressante.

Rassembler l'ensemble de ces acteurs, de cette famille de la gauche républicaine, la gauche socialiste, la gauche sociale-démocrate, appelons-la comme on veut, celle qui prétend gouverner avec des convictions de gauche, mais cette capacité de s'adresser à l'ensemble des Français. Mettons-nous d'accord sur les 5, 7, 10 propositions qui sont au cœur des attentes de nos concitoyens, la transition écologique, le pouvoir d'achat, les services publics, la crédibilité des propositions, avec notamment du sérieux budgétaire, parce qu'on ne peut pas dire qu'on va raser gratis. Et une fois qu'on a ce programme commun, alors à ce moment-là, on aura le candidat.

10:34
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, il est prêt, comme il dit. Chez nous, c'est carré.

10:37
Jérôme Guedj

Oui, c'est carré, mais ça tourne en rond, parce que ça ne reste que dans ce périmètre qui est celui d'une gauche qui s'éloigne de la capacité d'opérer du rassemblement. Je l'ai déjà dit, ce n'est pas mon obsession, mais Jean-Luc Mélenchon n'est pas le bon candidat pour être face à ce qui est notre priorité, éviter l'accès au pouvoir du Rassemblement national et de Jordan Bardelat. Un peu de patience, donc, vous nous dites ce matin. Au travail, au travail sur le fonds de préoccupation de nos concitoyens.

11:00
Présentateur

Bonne journée à vous.

11:01
Jérôme Guedj

Merci. Au travail, Jérôme Gage. Merci.