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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 5 octobre 2018 9 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsSolidarités & famille

Patrick Kanner : "Nous ne sommes pas devant un péché mais devant des crimes, face à la justice des hommes"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:35OuverteRéponse directe

    A quoi servirait une telle commission d'enquête ?

  • 1:46RelanceRéponse directe

    La justice doit passer quand il y a ces crimes. Les trois aspects (justice, Église, commission) sont compatibles ?

  • 3:19RelanceRéponse directe

    Une commission d'enquête, c'est pour voir un dysfonctionnement dans un corps d'État. Là, c'est un sujet interne à l'Église. Comment se situent les parlementaires ?

  • 4:30FerméeRéponse directe

    Vous avez une réponse pour le moment ou pas ?

  • 5:19OuverteRéponse partielle

    Est-ce que d'autres groupes politiques vous soutiennent ?

  • 6:31RelanceRéponse partielle

    Que répondez-vous à Richard Ferrand qui refuse cette commission ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:56Invité politiqueFait
    « les crimes de pédophilie qui existent, qui existent seulement depuis plusieurs générations »
  • 1:00Invité politiqueFait
    « et leur éventuelle dissimulation dans ce qu'ils appellent un système au sein de l'Église catholique »
  • 1:23Invité politiqueFait
    « nous ne sommes pas devant un péché, nous sommes devant des crimes, échappent à la justice des hommes »
  • 2:37Invité politiqueFait
    « Elle a été faite en Australie, elle a été faite en Pennsylvania aux États-Unis, elle a été faite aussi dans la commission Ryan en Irlande »
  • 6:15PrésentateurFait
    « Patrick Canard »
  • 6:36PrésentateurFait
    « Richard Ferrand, président de l'Assemblée, lui a déjà dit qu'il ne souhaitait pas créer cette commission d'enquête. Pour lui, cela donnerait lieu, je cite, à un certain jésuitisme »
  • 7:52Invité politiqueFait
    « le mot de système n'est pas utilisé par moi, mais par les pétitionnaires qui l'ont repris de la bouche même du pape François au mois d'août dernier »

Temps de parole

  • Patrick Kanner79 %
  • Présentateur21 %

3,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

L'église secouée par plusieurs scandales de pédophilie. En quelques mois, des affaires ont été révélées en Allemagne, aux Etats-Unis, en Irlande, en Australie, au Chili. Et la France n'y échappe pas. Le magazine Témoignages chrétiens a lancé une pétition pour réclamer une commission d'enquête parlementaire sur ces abus sexuels. Une démarche soutenue par les élus socialistes. Bonjour Patrick Cannaire. Bonjour. Ancien ministre sous François Hollande, aujourd'hui sénateur du Nord et président du groupe PS au Sénat. A quoi servirait une telle commission d'enquête ?

0:38
Patrick Kanner

Tout d'abord, nous avons été extrêmement sensibles à l'appel présenté par Témoignages chrétiens. J'ai eu l'occasion de rencontrer hier les initiateurs de cet appel qui sont dans une démarche très positive. C'est presque un appel au secours, permettez-moi l'expression, dans la mesure où ils estiment qu'il faut faire la transparence sur les crimes de pédophilie qui existent, qui existent seulement depuis plusieurs générations et leur éventuelle dissimulation dans ce qu'ils appellent un système au sein de l'Église catholique. Mais nous ne sommes pas dans une démarche accusatoire.

Ce que nous voulons, c'est comprendre qu'est-ce qui s'est passé, comment bien sûr prévenir et éviter cela dans l'avenir. Donc c'est ça la logique d'une commission parlementaire, nous ne sommes pas des juges, la justice passera pour les faits connus. Mais sommes-nous face à des dispositifs volontaires ou involontaires qui font que des crimes, parce que nous ne sommes pas devant un péché, nous sommes devant des crimes, échappent à la justice des hommes ? C'est toute la question qui serait posée par cette commission parlementaire. Je dis bien serait, puisqu'elle n'est pas encore créée, il y a une démarche à poursuivre pour l'obtenir.

1:46
Présentateur

Alors justement, ce que vous disiez là, c'est que la justice doit passer quand il y a ses crimes. Dans le même temps, il y a aussi l'Église, avec des procès. Il y en a en ce moment d'ailleurs un procès canonique, un tribunal ecclésiastique qui juge un prêtre lyonnais. Et vous dites, en dehors de ces deux aspects-là, il doit y avoir quand même un volet politique avec une commission d'enquête. Les trois sont compatibles ?

2:09
Patrick Kanner

Les trois sont compatibles. Moi, je suis très heureux que l'Église se saisisse. Et peut-être d'ailleurs, si l'Église avait créé une commission de travail ouverte, peut-être que nous n'en serions pas là. Si des chrétiens aujourd'hui, notamment des catholiques, ont besoin, estiment qu'ils ont besoin de cette commission, c'est parce qu'ils se sentent en danger, en danger de crédibilité par rapport à leur conviction qu'il faut absolument respecter. Mais cette démarche, elle a été faite ailleurs. Elle a été faite en Australie, elle a été faite en Pennsylvania aux États-Unis, elle a été faite aussi dans la commission Ryan en Irlande.

Et je crois que ça a été l'Église à pouvoir se sortir de ce qui est sûrement la plus grave atteinte à sa crédibilité. Je reprends cette expression, donc, pour nous, l'objectif est de considérer que l'Église fait partie de l'histoire de notre République, mais qu'en aucune manière, il ne pourrait y avoir des systèmes qui fassent que des brebis galeuses, voilà, un terme un peu fort, s'éloignent finalement des lois de la République. Ce sont quand même des enfants qui sont aujourd'hui concernés par ce dossier.

3:19
Présentateur

Mais normalement, une commission d'enquête, c'est pour voir s'il y a un dysfonctionnement dans un corps d'État. Là, c'est un sujet interne à l'Église. Comment se situent les parlementaires là-dedans ?

3:28
Patrick Kanner

Vous savez, le Parlement est là pour voir si la loi est appliquée. Donc, si la loi de la République, et notamment la loi pénale, ne peut pas être appliquée, parce qu'il y a eu un système de dissimulation, c'est toute la question qui nous est posée. Voilà le vrai sujet. Que la vérité puisse être connue et reconnue, c'est un travail qu'ils ont mené dans bien d'autres dossiers. Vous savez, vous regardez la commission sur l'affaire Doutroux, ça a été la justice. Plus récemment, le Sénat a montré toute sa force, sa sérénité, et je crois aussi sa pertinence, dans l'affaire Benalla, où il y a aussi reconnu.

Donc, on est devant, finalement, un service que nous pouvons rendre à l'Église, si, bien sûr, notre commission d'enquête est acceptée. Je vous permets de réinsister sur le sujet. Nous demandons une commission d'enquête, et d'ailleurs, je tiens aussi à le dire, nous pensons que ce n'est pas un groupe politique de le demander. Ça devrait être au Sénat, et c'est la démarque que j'ai engagée, d'ailleurs, auprès du président Larcher.

4:30
Présentateur

Vous avez une réponse pour le moment ou pas ?

4:32
Patrick Kanner

Pour l'instant, je n'ai pas de réponse. Donc, nous nous apprêtons, si nous n'avons pas de réponse, pas de réponse qui nous semble satisfaisante, à utiliser notre droit de tirage, entre guillemets, d'une commission d'enquête. Mais ce droit de tirage sera, bien sûr, préserver toute la place qui est celle de la justice sur les affaires déjà en cours, sachant que les affaires précédentes, malheureusement, ne peuvent plus être traitées.

Donc, cette procédure, elle est longue, relativement, puisqu'il faut que la commission des lois accepte, après consultation de la justice, et en l'occurrence de la ministre garde des Sceaux, de vérifier que nous ne sommes pas en train d'enquêter sur le domaine judiciaire. Donc, vous voyez, tout ceci est extrêmement encadré. Nous ne faisons pas n'importe quoi. D'ailleurs, en général, le Sénat est extrêmement prudent.

5:19
Présentateur

Est-ce que d'autres groupes politiques vous soutiennent, sont d'accord avec vous pour créer cette commission ?

5:23
Patrick Kanner

Pas des groupes politiques, mais des individus. Effectivement, dans différents groupes politiques, des membres du Sénat souhaitent faire partie de cette commission d'enquête. Parce que la commission d'enquête ne sera pas une commission d'enquête si elle a été créée par nous, en tout cas à notre demande, socialiste, strictement. C'est une commission d'enquête qui sera naturellement occupée à la proportion de ce que représentent tous les autres groupes politiques au sein du Sénat. Donc, c'est très important de le préciser à vos éditeurs. Il n'y a pas une démarche inculitoire. C'est une démarche naturelle de parlementaires.

Et toutes les sensibilités politiques seront présentes si cette commission d'enquête est créée par le Sénat. Ce que je souhaite, encore une fois, d'une démarche extrêmement positive. C'est cet appel au secours, encore une fois, que nous prenons en considération de la part des auteurs de cette pétition.

6:15
Présentateur

Patrick Canard.

6:16
Patrick Kanner

Qui ont accueilli près de 30 000 personnes déjà.

6:18
Présentateur

Patrick Canard. Alors, juste d'abord, un petit point technique. Est-ce que vous pouvez vous rapprocher un tout petit peu de votre téléphone, parce qu'on ne vous entend pas très, très bien ?

6:24
Patrick Kanner

Oui, je vous en prie. Je suis sur mes terres visuages, là.

6:27
Présentateur

On parlait du Sénat, mais il y a le même genre de demande à l'Assemblée nationale. Richard Ferrand, président de l'Assemblée, lui a déjà dit qu'il ne souhaitait pas créer cette commission d'enquête. Pour lui, cela donnerait lieu, je cite, à un certain jésuitisme. Que lui répondez-vous ?

6:41
Patrick Kanner

Mais je ne comprends pas. Je ne comprends pas sa réponse. Il balaye d'un revers de main un sujet qui est malheureusement devenu un sujet de société. C'est une réaction rapide. Je mesure bien qu'en marche à bien d'autres sujets à évoquer aujourd'hui. Mais nous, notre seul souci, c'est des centaines, peut-être des milliers d'enfants qui ont été abusés. Et nous voulons préserver non seulement les enfants, mais préserver aussi les parents qui font confiance à l'Église. Voilà le vrai sujet.

7:18
Présentateur

Vous le disiez, il y a peut-être beaucoup d'enfants concernés. Ça peut partir effectivement dans tous les sens. Ce serait pour entendre qui et sur quelle période ?

7:26
Patrick Kanner

Écoutez, déjà créons la commission avec le titre que nous souhaitons lui donner. À partir de ce moment-là, ce sera le président de la commission qui auditionnera toutes les personnes qui peuvent participer à la manifestation de la vérité. S'il y a eu un dispositif, une sorte de système de dissimulation organisé, c'est cela le vrai sujet. Je me permets de vous rappeler que le mot de système n'est pas utilisé par moi, mais par les pétitionnaires qui l'ont repris de la bouche même du pape François au mois d'août dernier.

8:01
Présentateur

Et si l'Église refuse de transmettre ses archives, par exemple, il se passe quoi ?

8:04
Patrick Kanner

Écoutez, nous ne sommes pas, encore une fois, un système de police ou de justice. Nous interrogeons des personnes. Et c'est évident que l'Église, par ses archives, détient une partie des réponses. Mais nous ne pouvons pas forcer quelqu'un à nous rappeler les documents. Par contre, c'est vrai qu'une commission d'enquête convoque et on ne peut que répondre à la interrogation. On n'en est pas encore là, permettez-moi de vous le dire. Nous sommes là sur une dynamique que nous souhaitons mettre en œuvre pour protéger, encore une fois, des enfants qui sont aujourd'hui, qui ont confiance, qui devraient avoir confiance dans l'Église.

8:43
Présentateur

Merci beaucoup Patrick Cannaire, président du groupe PS au Sénat, invité du 5-7 de France Inter.