Barnier à Matignon, l'homme de la situation ?
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France Inter. France Inter. Le 18-20. Fabienne Sintès.
On attend d'un Premier ministre qu'il dise la vérité. Je dirais la vérité sur la dette financière et sur la dette écologique. Il faudra répondre aux défis, aux colères et aux souffrances. Il a parlé aussi, le nouveau Premier ministre, d'écoute et de respect. Dans une passation de pouvoir où on a bien senti, Marie Mollet nous l'a raconté en direct, combien Gabriel Attal regrette d'avoir dû partir. Il a d'ailleurs parlé beaucoup plus longtemps que Michel Barnier. Mais enfin, la question change donc désormais. Ce soir, ce n'est plus à quand un Premier ministre, mais c'est quel Premier ministre sera Michel Barnier. Il en a donné un aperçu, il faut le dire, très parcellaire.
Pour l'instant, quel Premier ministre, quelle répartition des rôles avec Emmanuel Macron, quelle relation avec ce nouveau Parlement. On a entendu évidemment la colère de la gauche qui a bien compté que la droite républicaine à laquelle appartient Michel Barnier, est arrivé en cinquième position aux législatives. Quelle politique aussi. Michel Barnier a une très longue carrière politique. On le connaît surtout pour ses dernières fonctions européennes, son long travail de négociation du Brexit, ce qui laisse à penser que le dialogue et le compromis ne sont pas exclus de son vocabulaire. On en parlera ensemble. L'autre question, c'est quel gouvernement ? Avec qui ?
On sait d'avance que l'assainissement du budget est dans sa ligne de mire, que la réforme des retraites d'Emmanuel Macron n'est pas en danger. En tout cas, c'est ce qui a, semble-t-il, été négocié avec le Président. La suite appartient à cette configuration inédite qui est la nôtre. Et c'est le thème de notre discussion. C'est le téléphone sonne. Soyez les bienvenus. Le téléphone sonne. 01 45 24 7000. Allez, Amédée, soyez le bienvenu. Bonsoir, c'est vous le premier. On vous écoute.
Voilà. Donc, M. Barnier, c'est un homme d'expérience, notamment au niveau de l'Europe cultivée, qui saura parler avec tout le monde. C'est un montagnard qui a le sens de la rigueur, du courage, de l'honnêteté. Vu son CV au sein de l'Europe, je pense qu'on peut lui faire confiance. Y compris, comme il a géré aussi le Brexit. Voilà.
Eh bien, écoutez, Amédée, merci beaucoup pour cette première remarque et pour cette entrée en matière qui nous intéresse grandement. Pour en parler ensemble et pour discuter jusqu'à 20h, il y a Gilles Winkelstein. Bonsoir, Gilles. Bonsoir. Secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès. Il y a Jean-Philippe Derosier. Bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes constitutionnaliste. Vous êtes professeur de droit public à l'Université de Lille. Il y a Élodie Fauret du service politique de France Inter et Maxime Lambre. Maxence Lambrec. Pouf pouf. Chef du service politique de France Inter. Je voudrais revenir sur les mots qu'a employé Amédée pour qualifier le nouveau Premier ministre et donc, du coup, ce que ça peut vouloir dire, en fait, Gilles Winkelstein. Expérience, culture, parler avec tout le monde, montagnard, enfin, j'allais presque dire peu importe le montagnard, mais l'idée d'un moment qui ne doit pas être à nouveau un moment de colère. C'est aussi ce que j'entends, en fait, dans ce que dit Amédée. C'est de trouver un moment calme.
Essayons de repartir sur d'autres bases avec douceur. Est-ce que vous entendez ça aussi dans ce que dit Amédée ?
Oui, et ça va être un des grands défis de Michel Barnier parce que les conditions dans lesquelles il vient d'être nommé ne prédisposent pas à ça. Dans ce que dit Amédée, il y a autre chose, enfin, on peut interpréter ça aussi d'une autre manière. Michel Barnier est typiquement un homme de l'ancien monde, pour reprendre la terminologie macroniste, c'est-à-dire une longue expérience politique. Il a occupé à peu près tous les postes, à la fois au Parlement national, Assemblée, Sénat, Parlement européen, de nombreuses fonctions ministérielles et commissaires européens. Donc, une longue expérience politique et une vraie fidélité gaulliste.
Alors qu'il avait un profil qui aurait pu l'amener à rejoindre Emmanuel Macron avant. Et donc, de ce point de vue-là, c'est vraiment un homme de l'ancien monde qui vient et on va voir comment l'ancien monde et le nouveau monde dans ce contexte très particulier.
Mais du coup, est-ce que ça dit « Donnez-nous quelqu'un qui a deux pieds dans la glaise » en fait, c'est ça l'idée un peu ? Alors, deux pieds dans la glaise, je ne sais pas.
Mais en tout cas, ancré. Oui, mais ça, ça peut être une des difficultés de Michel Barnier parce que, pour le coup, ça fait maintenant de nombreuses années qu'il est relativement éloigné des réalités du terrain. Et donc, ça aussi, on va voir quelle est la connaissance intime qu'il a de la réalité de la France et des Français aujourd'hui.
Et est-ce que ça ne s'est pas un peu entendu dans ce discours de passation, Maxence ? Assez curieux, pour dire les choses très honnêtement, qui part de manière... D'abord, Gabriel Attal qui parle beaucoup plus longtemps que lui, ça dit vraiment quelque chose.
Souvent, celui qui part parle longtemps. C'est vrai. Oui, et puis, il a eu d'un mois et demi pour préparer son discours.
Alors, oui, et d'ailleurs, visiblement, il était prêt puisqu'on a cru hier qu'il allait le prononcer lui aussi, visiblement, et puis, paf, il l'arrangeait. Mais la manière dont il démarre, cette espèce de côté, au départ, un peu bonhomme. Alors, il y a deux, trois choses qui ont été dites, notamment sur le fait qu'il y aurait des décisions, qu'il y aurait du changement et de la rupture, etc. Mais est-ce que, rien que dans cette manière d'arriver face aux Français, on n'est pas là dans quelque chose d'un peu particulier ?
Oui, ça me rappelle un petit peu Jean Castex, sur le fond, sur la forme, en tout cas, de quelqu'un qui, en effet, n'arrive pas avec un plan bien établi et une opération de communication rondement menée, avec des formules chocs, il n'y en a pas, quasiment.
Moi, je pensais naïvement qu'il ferait une espèce de mini-discours de politique générale, vu le contexte, vous voyez ce que je veux dire. Et alors, on n'a pas du tout eu ça.
Non, non. Après, dans son esprit, il n'arrive pas avec le pacte législatif LR qui a été bâti par Laurent Wauquiez. Il arrive avec, pour mission, c'est la mission qu'Emmanuel Macron lui a confiée, d'ouvrir un peu la table, de faire des premières consultations, de ne pas nommer un gouvernement ni demain, ni après-demain, mais peut-être dans plusieurs semaines pour que chacun y prenne sa plat, essayer de décrocher quelques sociodémocrates, si possible une grande figure de gauche. Enfin voilà, donc il arrive en effet pas avec un plan établi. Il parle de rupture, mais il précise aucune. Il ne va pas plus loin que juste des ruptures, on ne sait pas lesquelles.
Et il laisse la porte ouverte à pas mal de choses. En face, la gauche est très très virulente et l'apaisement qui peut se dégager de son ton, on ne va pas le retrouver dans la rue samedi avec une grande manifestation annoncée par les Insoumis pour la démission d'Emmanuel Macron.
Et ça bien sûr, et on va en parler, on l'entendra probablement. Vous dites ouvrir la table, peut-être une grande personnalité de gauche. Là subitement, le mot qui me vient, c'est bon courage. En tout cas, en l'état de ce qu'on entend. j'ai une question avant Jean-Philippe Derosier, monsieur le constitutionnaliste. Il dit qu'il prendra le temps des jours, peut-être même des semaines pour former un gouvernement. Il n'y a pas de délai, on est d'accord ? Il n'y a pas de délai. Donc il peut prendre des mois même pour former un gouvernement ?
Oui, je pense que vu les circonstances, il s'est quand même bien inspiré de nommer assez rapidement un ministre du budget parce qu'il faut déposer le projet de loi de finances avant le mardi 1er octobre, enfin d'ici au mardi 1er octobre sur le bureau de l'Assemblée nationale. Ce qui suppose que ça doit passer en conseil des ministres et pour faire un conseil des ministres, il faut un gouvernement. Donc je pense que prendre des jours, oui. Une semaine, peut-être dix jours, une semaine et demie, oui. Des semaines, voire des mois, ça, ça me paraît quand même assez exclu.
Juste un mot avant de redonner la parole à Gilles. Quand on entend, du coup, il y a Elbron Pivet qui dit il faut qu'on l'entende vite, donc il faut une session extraordinaire du Parlement. On a envie de dire, pourquoi faire s'il n'y a pas de gouvernement ? Pour être tout à fait honnête, ça ne sert à rien.
Tant qu'il n'y a pas de gouvernement, ça ne sert pas à grand-chose. On peut convoquer une session extraordinaire. Une fois que la session extraordinaire, on pourrait même imaginer qu'une motion de censure soit déposée par des députés opposants. Mais tant qu'il n'y a pas de gouvernement, je ne pense pas qu'il y aura de session extraordinaire tant qu'il n'y aura pas de gouvernement. Je ne sais pas. Je ne suis ni dans la tête de Michel Barnier, ni dans la tête de son entourage, ni dans la tête d'Emmanuel Macron.
Mais je pense que d'ici une quinzaine de jours, on devrait quand même avoir à minima les ministres régaliens et les ministres, notamment pour déposer ce fameux projet de loi de finances.
Gilles, avant d'entendre nos standards, je ne vous ai pas oublié, Elodie, je vous promets, j'en ai quelques-unes pour vous aussi.
Juste un mot. La présidente de l'Assemblée a demandé au président de la République la convocation d'une session extraordinaire. Il serait quand même surprenant qu'à un moment ou à un autre, je ne sais pas à quel moment du mois de septembre, mais qu'à un moment ou à un autre, la session ne soit pas anticipée et qu'on attende le début du mois d'octobre.
Donc, entre les quelques jours de la constitution du gouvernement, et je pense qu'il ne le dit pas, et il a raison de ne pas le dire, mais que l'ambition de Michel Barnier doit sans doute être de vouloir surprendre en allant vite pour marquer la différence avec ce qui s'est passé depuis 50 jours, mais c'est toujours l'ambition qu'on a quand on constitue un gouvernement et on se heurte après aux réalités. Donc, tout ça va prendre quelques jours, on ne sait pas combien. Je serais surpris qu'il n'y ait pas de session extraordinaire malgré tout avant la fin et je serais surpris et ce serait quand même d'une certaine manière étonnant aussi.
On a Mathieu qui nous attend au Standard et qui vient de Perpignan. Bonsoir Mathieu. Bonsoir. On vous écoute. Très bien.
Oui, bonsoir. Oui, je vais le faire un peu larmoyant parce que je suis très ému, mais après, ce qui vient de se passer sur les trois derniers mois, j'ai une grande crainte, c'est si ma fille me demande qu'est-ce que ça veut dire voter ? Voilà, je ne sais pas quoi lui répondre et dans un pays où le droit de vote et où le vote ne veut plus rien dire, il ne reste plus beaucoup de moyens d'action politique.
Et on entend...
Je n'ai pas envie de lui suggérer, mais j'ai vu la série Barron Noir cet été, je croyais que c'était une fiction.
Mathieu, on vous a entendu, on imagine que ce que vous attendiez par rapport au vote, c'était un premier ministre de gauche, on disait tout à l'heure, Maxence, qu'il disait même le nouveau premier ministre qu'il faudra une ouverture, vous disiez même qu'il faudra ouvrir la table, aller chercher la gauche. Comment on fait pour aller chercher la gauche là, au moment où on se parle ? Y compris la gauche
sociale-démocrate. Il va essayer de récupérer avec ses relations anciennes avec François Hollande. Lui était commissaire européen pendant que François Hollande était président. Son entourage nous dit que les relations sont bonnes avec François Hollande et il espère avec l'ancien président de la République amener, ouvrir une discussion en tout cas et avec Bernard Cazeneuve peut-être.
Et avec des gens qui ne sont pas aujourd'hui au nouveau Front Populaire, ça existe, enfin je veux dire des gens comme Nicolas Maillard-Rossignol, tous ces socialistes en fait tendance effectivement, Cazeneuve est opposé au nouveau Front Populaire, il y a peut-être des discussions à avoir, enfin voilà, en tout cas ça peut être un espoir de Michel Barnier. Parce que l'idée c'est de sortir un tout petit peu de la menace du RN et donc d'élargir le spectre. C'est vrai qu'aujourd'hui si l'ERN le décide, Michel Barnier quitte Matignon dans la journée.
On est d'accord alors Elodie Fauret vous connaissez ça par cœur, pardon de le dire comme ça, mais est-ce que l'ERN tient le Premier ministre par la barbichette aujourd'hui au moment où on se parle ?
Oui, numériquement il le tient et s'il veut le faire tomber il le fera tomber puisque de toute façon le nouveau Front Populaire dans son ensemble veut censurer immédiatement Michel Barnier et effectivement si on fait les comptes si l'ERN et ses alliés ciotistes rajoutent leur voix à une censure ça passe. Donc effectivement aujourd'hui l'ERN se retrouve dans une position d'arbitre de Michel Barnier. Avec une position
vis-à-vis de lui qui me semble parfois très contradictoire en fait. Il y a le côté effectivement très grand européen qui prône effectivement une politique européenne qui est complètement aux antipodes de ce que dit l'ERN à peu près depuis toujours et puis il y a j'ai envie de dire l'autre Michel Barnier celui qui était candidat à la primaire de l'élection précédente enfin pas la précédente celui qui voulait
un moratoire sur l'immigration un moratoire sur l'immigration
l'imitation du regroupement familial ça allait très très loin
c'était très fin de l'AME etc.
D'ailleurs c'est ce que dit Marine Le Pen aujourd'hui pour une fois qui ne nous met pas un immigrationniste fou à Matignon donc il y a effectivement cet aspect là de Michel Barnier qui peut qui peut en tout cas sonner doux aux oreilles du RN et après ce qu'ils nous disent aujourd'hui alors ils ont beaucoup cette semaine changé de version et changé d'avis au fur et à mesure des jours et des hypothèses en nous disant en même temps vous ne pouvez pas nous demander d'être clair quand en face rien n'est clair non plus mais ce qu'ils nous disent aujourd'hui surtout on ne le censure pas parce que de toute sa carrière il a été plutôt respectueux envers les oppositions et le RN ce que n'était pas à contrario Xavier Bertrand après
avant de retourner au standard je ne peux pas m'empêcher en écoutant la question Gene Finkielstein d'entendre ce que vous avez produit à la fondation Jean Jaurès il n'y a pas si longtemps c'était en début de semaine dernière sur la défiance généralisée de l'électorat dans cette séquence politique là c'est ça qu'il nous dit notre électeur à ce moment là quand il dit du coup je ne sais pas à quoi sert mon vote et comment faut-il l'interpréter alors
c'est toujours difficile d'interpréter exactement ce qu'a voulu dire Mathieu on a entendu son émotion et derrière cette question qu'est-ce que ça veut dire voter moi ce que j'ai ce que j'ai entendu c'est un électeur qui a fait barrage au Rassemblement National le 7 juillet et qui aujourd'hui se demande ce qui s'est passé et donc à quoi ça sert voter ça a servi il ne faut pas oublier qu'au soir du premier tour des élections législatives la possibilité d'une majorité absolue pour le Rassemblement National existait et que ce que les partis ont fait d'abord avec les désistements et la constitution de ce front républicain ce que les électeurs peut-être Mathieu ont fait ensuite ont conduit à ce que le Rassemblement National n'ait que entre guillemets 120 députés donc il y a eu ce moment de soulagement et il y a aujourd'hui et je le comprends un moment de colère avec la formule que vous avez utilisée Fabienne il y a quelques instants c'est-à-dire Michel Barnier est nommé un républicain il n'y avait rien d'évident après ces élections que ce soit un républicain alors même que LR ne faisait pas partie de ce front républicain donc un républicain et avec non pas le soutien mais en tout cas toléré par le Rassemblement National
Vous avez parlé de colère on va écouter Patrick je voudrais vous mettre dans l'oreille Sandrine juste avant qui dit bonjour j'ai motivé mes 4 enfants à faire des procurations pour les 2 tours début juillet nous avons fait tous les 5 barrages ORN en élisant un député renaissance le nouveau front populaire est arrivé en tête et nous retrouvait avec un premier ministre de droite que répondre à nos enfants qui vont nous demander à quoi sert le droit de vote donc en réponse aussi à ce que disait Mathieu voici Patrick qui est à Reims bonsoir Patrick
oui bonsoir je reprends un petit peu tout ce qui vient d'être dit la nomination de Barnier pour moi est une humiliation extrêmement profonde parce qu'on a fait barrage à l'extrême droite avec le front républicain la gauche est arrivée en tête aux élections Macron avec un cynisme mais un cynisme plus qu'un cynisme c'est vraiment c'est vraiment terrible je suis très en colère et faire une alliance en plus avec le front national contre lequel on a voté aux législatives pour adouber monsieur Barnier qui va nous présenter un programme rétrograde de droite c'est vraiment scandaleux c'est outrant
Patrick merci beaucoup pour votre remarque Jean-Philippe de Rosier on entend ici et là qu'Emmanuel Macron a voulu respecter le fond de l'article 5 en gros il y a un article 5 qui dit qu'il est garant du fonctionnement régulier des pouvoirs publics donc est-ce que ça inclut dans la constitution une exigence de stabilité est-ce que ça inclut de choisir un premier ministre dont il doit d'abord s'assurer qu'il n'aura pas de majorité de blocage ou pas parce que quand on pose la question en disant il n'avait qu'à essayer Lucie Castet ça n'aurait pas marché il aurait essayé quelqu'un d'autre est-ce qu'on se trompe constitutionnellement est-ce qu'il doit la stabilité est-ce que ça veut dire un gouvernement qui ne tombe pas en deux jours
je vais vous répondre en deux temps d'abord pour dire que la colère qu'on entend des trois auditeurs que les deux qui se sont exprimés et celles que vous avez citées est parfaitement compréhensible Emmanuel Macron commet une erreur politique et même institutionnelle grave on est là dans un cas de figure où on a un président qui est clairement battu et qui choisit le premier ministre qui va le chercher c'est lui qui décide qui est premier ministre on a une droite divisée et défaite dans les urnes et qui se retrouve chef du gouvernement on a un rassemblement national une extrême droite qui était donnée victorieuse qui se retrouve finalement en troisième position grâce à ce front républicain et qui fait la pluie et le beau temps qui adoube le premier ministre donc c'est démocratiquement cette nomination
est incompréhensible vous dites il fait une erreur institutionnelle
je dis qu'il fait une erreur politique et institutionnelle grave alors effectivement l'article 5 lui confie la tâche d'être le garant du fonctionnement régulier des institutions et de la continuité de l'état donc ce qu'il a entrepris ces derniers jours ces dernières semaines pour s'assurer que un premier ministre et un gouvernement ne s'exposeraient pas immédiatement à la censure me paraît tout à fait judicieux qu'il dise écoutez le choix de telle ou telle personne vous avez cité Lucie Castet n'est pas forcément le plus approprié parce que dès que je vais la nommer dès le lendemain elle sera censurée oui il reste dans son rôle là où il y a un problème c'est que premièrement ce rôle là il aurait dû l'exercer dès le 8 juillet et pas à partir du 26 août c'est là la première erreur la deuxième erreur c'est que il n'a jamais reconnu assumé sa défaite il l'a peut-être reconnu avec quelques mots mais jamais dans les actes c'est à dire qu'il ne s'est jamais placé en retrait comme médiateur des négociations il a toujours voulu être le négociateur en chef celui qui va aller chercher les personnalités
est-ce que ça veut dire qu'on aurait dû la jouer à la belge c'est à dire confier cette responsabilité à quelqu'un d'autre pour éviter effectivement d'avoir un président de la république qui donc est jugé parti quand il nomme lui-même il aurait pu le faire
mais en se plaçant en retrait alors voilà il aurait pu le faire en se plaçant en retrait lorsqu'il invite l'ensemble des partis politiques autour de la table à l'Elysée c'est très bien mais qu'il le fasse dès le 8 juillet ou à la rigueur dès le 15 juillet c'est le temps de la mise en place et qu'il les encourage à se parler pour voir ce qui est possible mais qu'ensuite ce soit lui qui teste des noms en disant ah bah si c'est pas Lucie Castet ça pourrait être Xavier Bertrand et puis si c'est pas Xavier Bertrand ça pourrait être Bernard Cazeneuve et puis si c'est pas Bernard Cazeneuve ça pourrait être Laurent Berger et puis si c'est pas Laurent Berger ça pourrait être Thierry Baudet le feuilleton de ces dernières 72 heures montre qu'en réalité il a absolument tout testé et ça effectivement ce n'est pas son rôle à lui c'est au parti politique de faire des propositions à lui de dire proposition du NFP dans ces circonstances là ça marche pas faites moi une autre proposition
est-ce que c'est à lui de dire ça marche pas Maxence parce qu'au nom de quoi après tout on ne sait que ça marche pas qu'une fois qu'on est devant le parlement et qu'on se rend compte que ça marche pas
bien sûr et en agissant ainsi et en faisant une sorte de défilé et tout ça a été public quasiment public il a affaibli profondément la fonction même de premier ministre parce que Michel Barnier se retrouve là et on sait très bien quel est le fruit de tout ça c'est-à-dire c'est une succession de discussions de couloirs et de coups de téléphone qui aboutit à cette nomination sa légitimité à Michel Barnier ce soir est très très faible lui-même n'était pas candidat aux législatives il n'était pas candidat aux européennes sa légitimité est très faible et le poste a été affaibli à travers ces 50 jours et puis encore une fois avec des coups de téléphone à Marine Le Pen un coup de téléphone à Marine Le Pen une réception à l'Elysée de Marine Le Pen et Jordan Bardella là où on avait fait un front républicain donc que Emmanuel Macron a validé je veux dire aux dernières législatives donc c'est ça qui paraît complètement aberrant et allez-y Gilles pardon
je suis d'accord mais un contrepoint pour le plaisir de la discussion je pense qu'Emmanuel Macron a eu ce rôle central et a gardé ce rôle central aussi parce que les partis et les groupes politiques à l'Assemblée ne se sont pas saisis de la nouvelle situation on aurait tout à fait pu imaginer que ce dialogue se noue entre les présidents des groupes de la plupart des groupes à l'Assemblée et ils ne l'ont pas fait et on voit l'intériorisation d'une certaine conception de la 5ème République
Chacun est resté dans son couloir avant les élections après les élections avec 2027 en tête c'est sûr que ça a été très fort mais parce qu'Emmanuel Macron les a encouragés
à rester dans leur couloir parce qu'il voulait d'ailleurs qu'ils restent dans leur couloir mais il ne les a pas encouragés à sortir de leur couloir en disant moi je suis prêt à nommer un Premier ministre issu de la gauche mais ça ne peut pas être Lucie Castet parce qu'elle suscite immédiatement les hostilités de tout le monde trouvez-moi quelqu'un d'autre ça il ne l'a jamais dit s'il l'avait dit peut-être que ça aurait pu encourager justement à avancer mais ça n'a jamais été fait
Mais est-ce que du coup puisque effectivement ça n'a jamais été fait mais que les chefs de parti ne se sont jamais regroupés non plus pour pouvoir se parler si ce n'est à l'intérieur de leur propre groupe est-ce qu'on se dit quand même que les choses auraient été différentes si le nouveau Front Populaire d'emblée n'avait pas dit ce sera tout le programme et rien que le programme est-ce que quand même on place le début des ennuis là en fait
ça participe évidemment du film c'est vrai que c'est le tout premier épisode du film vous avez raison c'est le 20h05 du 7 juillet discours de Jean-Luc Mélenchon ça fige complètement tout le nouveau Front Populaire et c'est vrai que ça empêche la discussion le lendemain matin c'est aussi pour ça qu'Emmanuel Macron laisse filer laisse les Jeux Olympiques ce qui lui permet aujourd'hui de dire bon bah maintenant ça devient urgent de nommer un Premier ministre donc on prend le dernier qui tombe sur la liste alors qu'il ne pouvait pas d'emblée le 9 le 10 juillet nommé Michel Barnier c'était inimaginable le 10 juillet là ça devient bon on est passé dans un autre temps dans notre presque une autre réalité
s'ils font fuiter comme vous nous l'avez raconté dans le journal qu'ils l'ont appelé ou ils l'ont vu dès la fin du mois de juillet et puis au mois d'août début juillet début juillet au mois d'août mais est-ce que c'est aussi une manière de dire non mais c'est pas la 28ème roue du carrosse on l'a quand même en tête depuis le début parce que l'effet que ça fait après la journée d'hier c'est qu'il n'y a plus personne et subitement on a repris l'alphabet dans l'autre sens et on s'est arrêté à B comme Barnier quand même
donc est-ce que le fait B comme Bertrand exactement je ne sais pas ce qui est le pire en fait parce que se dire qu'ils avaient en tête le nom de Michel Barnier depuis juillet et qu'après il y a eu tout ce cirque avec tous les noms testés auxquels finalement ils ne croyaient pas du tout je ne sais pas en fait ce qu'il y a c'est que la majorité est plurielle et que Alexis Collère par exemple était en lien avec Michel Barnier quelques jours après les élections législatives c'est ce que Simon le Baron ont raconté tout à l'heure Alexis Collère par exemple ont poussé cette option d'autres François Bayrou par exemple ne poussait pas ça et ces derniers temps négociait avec Bernard Cazeneuve pour essayer de l'amener à Matignon chacun a aussi jusqu'au dernier moment fait pression sur Emmanuel Macron lui-même sentant bien qu'il fallait encore garder son bloc central puisqu'il a quand même 166 députés et donc l'équation était quand même particulièrement difficile et cette solution là voilà ne peut tenir peut-être que quelques semaines peut-être jusqu'à Noël et le bloc central n'est pas non plus uni derrière Michel Barnier ce soir
ce qui montre encore que c'est encore Macron et Collère qui décisent ce qui est doublement scandaleux un parce que depuis quand est-ce le secrétaire général de la présidence de la République qui dicte sa conduite au président visiblement depuis Alexis Collère et deux parce que Macron a été battu que le peuple lui a dit nous ne voulons plus que tu diriges toi-même le pays
nous parlons au téléphone sonne du jour 1 de Michel Barnier nouveau Premier Ministre donc avec Gilles Finkelstein secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès avec Jean-Philippe Derosier qui est constitutionnaliste avec Elodie Fauret et Maxence Lombrec du service politique de France Inter et avec vous Fabrice qui est avec nous bonsoir bonsoir on vous écoute Fabrice
merci de prendre ma question écoutez en fait j'ai noté sur un petit bloc-notes un petit peu toutes mes idées je vais aller très très vite vous inquiétez pas
bah oui j'espère que c'est un tout petit bloc-notes quand même Fabrice
non non mais bien sûr et en fait j'ai réagi j'ai appelé votre standard par rapport à l'auditeur qui disait tout à l'heure comment comment je vais avoir envie de faire voter ma fille donc vous voyez c'est même pas vous qui m'avez fait réagir c'est l'auditeur que vous avez pris allez-y c'est comme ça que ça marche allez-y bah voilà super je trouve que tout ça est extrêmement pathétique en fait je vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire une sixième république parce que là en fait j'ai l'impression que les gens s'en mêlent dans leur propre pinceau je ne comprends pas pourquoi on ne prend pas modèle sur le conseil national de la résistance qui ont qui après la guerre se sont mis d'accord parce qu'ils n'avaient pas le choix et qu'ils venaient de vivre vraiment vraiment un moment très difficile donc finalement je trouve voilà il y a un autre truc que je voulais dire aussi c'est qu'il y a beaucoup de parisianisme dans tout ça beaucoup d'opportunisme et je trouve ça très très grave par rapport aux gens qui sont en province on ne parle que de Paris alors effectivement il y a eu les Jeux Olympiques ça je le comprends mais par contre il faudrait peut-être penser un petit peu à la population de base et moi j'en fais partie entre autres quoi finalement Emmanuel Macron va partir après avoir mis un chaos total tranquillement à faire des choses comme Sarkozy avait fait et se faire payer tranquillement retourner éventuellement chez Rothschild mais finalement à l'arrivée c'est nous en tant que population qui en pâtissons
Fabrice merci pour votre intervention 6ème République ça revient toujours et tout le temps dans ce genre de mission mais moi la question que je me pose Philippe Derosier est de savoir si on tord l'un cinquième et qu'on l'abîme alors qu'elle a ce qu'il faut ou si elle est à bout de souffle réellement et moi j'ai l'impression qu'on est en train de tirer des fils on lui fait dire un peu ce qu'on veut en fait pour l'instant en tout cas dans cette séquence
en réalité sous 6ème République personne ne sait ce qu'il y a si ce n'est une contestation de la cinquième et des contestations il y en a et il y en aura toujours et c'est tant mieux ça veut dire qu'on est dans un régime démocratique pluraliste où chacun est libre d'exprimer son analyse son opinion et si on faisait la 6ème République dès le lendemain il y en aurait qui appellerait à la 7ème voire pendant qu'on est en train de la faire parce qu'elle ne leur conviendrait pas la 5ème République a 66 ans dans un mois elle est née le 4 octobre 1958 elle a montré qu'elle était en mesure de surmonter un certain nombre de crises jusqu'à présent moi je reste convaincu qu'elle permettra encore de surmonter la crise que nous traversons actuellement il est incontestable que le Président de la République élu en 2017 la repousse dans ses moindres retranchements selon la phrase qu'il a utilisée le jour de son 65ème anniversaire au Conseil Constitutionnel l'année dernière il faut user de tout ce que la Constitution permet et ne pas user de tout ce qu'elle ne permet pas et ce qu'il a oublié c'est un élément fondamental c'est que certes on peut faire cela mais à condition de le faire avec discernement et ce discernement c'est-à-dire savoir comment articuler les mécanismes constitutionnels entre eux est fondamental pour l'équilibre démocratique
dans la suite de la question de notre ami auditeur Gene Finkelstein il y avait le côté parisianiste alors je ne sais pas très bien ce qu'il voulait dire par là mais moi ce que j'entends c'est que cette image-là d'Emmanuel Macron de l'élite d'en haut et parisienne elle lui colle toujours aux chaussures il n'y a rien à faire et que ça aussi au fond c'est quelque chose qu'il paie là et qu'on entend chez notre auditeur
alors c'est vrai pour Emmanuel Macron et depuis qu'il est élu président de la république et en réalité avant même d'être élu président de la république quand on regardait les traits d'image d'Emmanuel Macron la proximité avec les français a toujours été son point faible je pense qu'il y a un autre élément qui concerne pas seulement Emmanuel Macron mais l'ensemble des responsables politiques c'est que cette séquence qui est une séquence dans laquelle la classe politique a beaucoup parlé à elle-même a évidemment donné le sentiment et un sentiment qu'on peut comprendre aux français qu'on ne s'occupait pas et qu'on ne s'intéressait pas à leurs problèmes après sur la question sur la sixième république la question qui est derrière c'est quelle analyse on fait de la situation dans laquelle nous sommes quelle est la nature de la crise est-ce que c'est une crise politique et je crois à l'évidence il y a une dimension politique à cette crise avec la tripartition de notre système avec l'éclatement des grands partis est-ce qu'il y a aussi une dimension institutionnelle et dans cette dimension institutionnelle est-ce que c'est ça est-ce que l'instabilité découle de là ou est-ce que le problème est la difficulté de ces institutions et on l'a vu dans cette crise politique à nouer des compromis
une note vocale qu'on découvre ensemble c'est celle de Basile
dans quelle situation risque-t-on de se retrouver si samedi lors de la manifestation il y a des débordements des débordements illégaux de la part de citoyens qui voyant que par les voies légales on n'arrive à rien obtenir décide de ne pas de ne pas condamner la violence que va-t-il au passé
le risque dans la rue de ce qu'on entend chez certains de nos auditeurs
à quoi ça a servi de voter qui veut répondre à ça c'est sûr qu'il y a des images d'ailleurs qui peuvent nous venir forcément des Etats-Unis du Capitole enfin il peut on n'est pas du tout dans la même situation on n'est pas dans le même pays etc.
mais évidemment que cette frustration on l'a beaucoup entendu ce soir des électeurs certainement de gauche mais aussi des 11 millions d'électeurs du RN qui se sont dit qu'ils avaient aussi perdu leur élection pour de mauvaises raisons en juillet toute cette colère qu'est-ce qu'elle donne à un moment dans la rue s'il n'y a pas de réponse politique et institutionnelle correcte oui on peut on peut se le demander sans présager de ce qui va se passer samedi évidemment avec une autre question
qui court et dont on n'a pas la réponse il sera quoi puisque c'est lui qui le nomme puisque c'est lui qui l'a cherché il sera quoi Michel Barnier par rapport à Emmanuel Macron encore une fois qui mène la danse entre les deux
là c'est une danse à trois mais c'est-à-dire c'est pas tout à fait une cohabitation c'est-à-dire Emmanuel Macron Michel Barnier le Parlement c'est un jeu à trois Emmanuel Macron et Michel Barnier se sont longuement entretenus ce matin la composition du gouvernement il n'y a pas de doute Emmanuel Macron y mettra son nez et il restera quand même aux commandes avec sans doute certains de ses proches on parle de Sébastien Lecornu ministre des armées auquel Emmanuel Macron tient et donc il n'est pas opposant à Emmanuel Macron dans son discours de passation de pouvoir à l'instant mais on verra ce que ça donne
le mot de la fin pour vous Jean-Philippe Derosier très court
très court Michel Barnier doit tout à Emmanuel Macron et en disant ça on dit tout c'est à dire qu'il lui est redevable et donc Emmanuel Macron continuera à tirer les ficelles
allez on n'a pas fini d'en parler je vous remercie tous tous les quatre chaleureusement vous tous qui nous avez envoyé beaucoup de questions Gilles Winkenstein on se retrouve dimanche enfin pas nous mais on vous retrouve sur France Inter samedi pour le grand face à face d'avoir regardé cette vidéo
Michel Barnier