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interviewRFI — Invité politique· 10 juillet 2026 9 min

«La nomination de François Noël Buffet est une gifle envoyée à tous les démocrates», dénonce le députe Pouria Amirshahi

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Locuteur 2

Bonjour Pouria Amir Chahi. Bonjour. Merci de nous rejoindre sur RFI. Vous allez bientôt auditionner François-Noël Buffet, en tant que membre de la Commission des lois de l'Assemblée. Une audition sous pression, on vient d'en parler, une soixantaine d'associations de Greenpeace France à Médecins du Monde, vous appellent, vous les parlementaires, à vous opposer à sa nomination comme défenseur des droits. Est-ce que vous comprenez cette levée de boucliers contre l'ancien ministre LR ?

0:34
Locuteur 1

Évidemment, je la comprends. La proposition faite par Emmanuel Macron, selon moi, c'est une gifle envoyée à tout le monde associatif, à tous les acteurs qui défendent aujourd'hui les droits et les libertés, qui sont bien fragiles.

Je rappelle qu'Emmanuel Macron, comme d'ailleurs tous ceux qui l'ont soutenu, par deux fois a été élu pour faire barrage aux idées d'extrême droite et proposer de mettre à la tête, ou comme défenseur des droits, une personne qui est une personne anti-droit, sur les mineurs non accompagnés, sur le droit à l'avortement, sur tout ce qui concerne aujourd'hui des dispositifs de protection des individus ou des groupes qui peuvent se sentir en insécurité ou en tout cas qui ont besoin d'être défendus par des autorités administratives indépendantes. Ceux qu'est le défenseur des droits peuvent être légitimement inquiets.

Je crois que ce que fait Emmanuel Macron est d'autant plus irresponsable que, mais vous l'avez dit dans votre reportage, des associations s'en inquiètent. Il est possible demain, je le crains, que l'extrême droite s'empare du pouvoir. En tout cas, c'est son intention.

Et il se trouve qu'en ayant à sa solde, je dis bien à sa solde, des petits exécutants de son projet funeste, eh bien, il aura les mains libres pour déployer son projet qui est effectivement, là encore, votre reportage l'a évoqué, qui contrevient au contrôle des pouvoirs qui aujourd'hui sont exorbitants, notamment de la police ou de quelques corps intermédiaires qui sont dans des opérations d'interpellation, qui sont dans des opérations de surveillance et qui méritent dans toute démocratie des contre-pouvoirs.

Et le défenseur des droits est ce contre-pouvoir, en tout cas cette autorité qui permet d'éclairer, d'investiguer, d'enquêter et de révéler la vérité lorsqu'il y a un doute sur la légalité des opérations menées par des autorités publiques.

2:23
Locuteur 2

Sa nomination, celle de François-Noël Buffet, vous dites, serait un recul pour la démocratie, comme le dénoncent les associations.

2:32
Locuteur 1

Oui, bien sûr, je pense que sa nomination, encore une fois, déjà le proposer est une gifle, encore une fois, faite à tous les démocrates. Et s'il était nommé, je crois qu'on aurait toutes les raisons de nous en inquiéter. Alors bien sûr, j'ai confiance totalement dans les équipes du défenseur des droits. Le défenseur des droits n'est pas tout seul, il ne fait pas ce qu'il veut. Il y a toute une série, et puis il y a une jurisprudence, en tout cas une antériorité des actions menées. Mais enfin, vous voyez bien que la philosophie politique défendue par M.

Buffet, dont il ne s'est jamais caché, ni quand il était ministre, ni quand il est sénateur, est une philosophie qui est dans la roue d'un parti politique dont le chef, M. Rotaillot, a expliqué que l'état de droit n'était pas sacré. Je ne sais pas si on se rend compte de la gravité des choses. Il y a une forme d'anesthésie, là, qui s'installe, comme si on voulait endormir les réflexes visant à protéger ce qu'il y a de plus important dans nos démocraties. Plus important et plus fragile, surtout dans une géopolitique où tellement de démocratie bascule vers l'illibéralisme.

Vous savez, l'illibéralisme, c'est cette façon, en passant par les élections, d'instaurer peu à peu un régime autoritaire, ou en tout cas des mesures autoritaires qui contreviennent à nos droits fondamentaux. C'est ce qui s'est passé en Hongrie, c'est ce qui s'est passé aux États-Unis, c'est ce qui s'est passé en Israël, c'est ce qui s'est passé au Chili, en Argentine.

3:52
Locuteur 2

Ça n'arrive maintenant chez nous, en France ?

3:56
Locuteur 1

Oui, écoutez, quand vous avez le Rassemblement national qui est à presque 40% dans les sondages au premier tour, il y a de quoi s'en inquiéter. Lorsque vous avez en plus derrière des supplétifs déjà installés, il y a de quoi s'en inquiéter. Surtout que ces supplétifs pourraient agir conformément à des dispositions législatives que le gouvernement le mène, que dirige actuellement M. Macron, de fait, puisque c'est M. Lecornu, est en train de mettre en place. Notamment, vous avez sans doute documenté cette fameuse loi qui vise à autoriser les policiers et les gendarmes à tirer à vue sans avoir à être, s'ils se sentent en danger, sans avoir à s'en justifier et en être contrôlés.

C'était cette semaine, oui.

4:39
Locuteur 2

Et donc, je reviens à cette affaire Buffet. Que va changer ces auditions successives au Sénat, puis à l'Assemblée, avec la majorité des trois cinquièmes, c'est ça, il a de bonnes chances d'être installé demain dans ce poste de défenseur des droits.

4:57
Locuteur 1

Du fait de l'apport des voix de nombreux sénateurs et sénatrices de droite au Sénat, c'est possible. Mais moi, j'en appelle à tous les démocrates sincères qui ont quand même un mandat. On ne va pas être d'accord sur tout, mais en tout cas pour les députés issus de 2024 qui ont été élus autour de ce que l'on a appelé à l'époque le barrage républicain, ont un cas de conscience qu'ils doivent, à mon avis, régler très rapidement. Soit c'est leur loyauté imbécile au président de la République par une logique disciplinaire, une soldatesque qui fait que derrière, ils renoncent à tout et à tout ce à quoi ils se sont engagés.

Soit au contraire, ils respectent leur engagement de 2024, à savoir la défense de ce que nous avons de plus précieux dans une démocratie, c'est-à-dire les droits, les libertés, le bloc de constitutionnalité. Et je sais qu'on fait un procès d'intention, M. Buffet, en lui disant que nous n'avons pas confiance a priori, mais ce n'est pas un jugement d'appréciation aléatoire, c'est fondé sur son parcours, ses déclarations. Cet homme, en tant que sénateur, en tant que ministre, a déjà fait, et par ses votes aussi, a montré qu'il était plutôt adversaire des droits que défenseur des droits.

6:10
Locuteur 2

Et on a entendu votre appel en attendant cette audition de François-Noël Buffet. Un mot pour terminer pour Yair Amir Chahi sur la campagne présidentielle et les tourments perpétuels de la gauche. Vos alliés socialistes hier ont enterré l'idée d'une primaire unitaire de la gauche non-mélenchoniste. Que vous inspire cet enterrement de première classe ? Vous, les écologistes.

6:37
Locuteur 1

Disons que la décision du Parti socialiste et de ses adhérents le concernent lui d'abord. Moi, ce que je regrette surtout... Ça vous impacte ?

6:45
Locuteur 2

C'était une primaire à laquelle vous auriez dû participer dans la version que voulait Olivier Faure.

6:51
Locuteur 1

En tout cas, les écologistes et leur parti, oui. Mais la plus grande urgence, c'est de faire face, et on vient d'en parler avant, au risque le plus important qui est devant nous. C'est l'accès au pouvoir de l'extrême droite et de ses alliés. Je rappelle qu'aujourd'hui, l'extrême droite, ce n'est pas simplement des méchants individus qui veulent du mal à la démocratie et qu'on combat une fois tous les cinq ans. Ce sont des gens qui, désormais, s'ils étaient élus, entraîneraient toute une géopolitique mondiale, parce qu'il s'agit de la France, qui est le Conseil de sécurité de l'ONU, dans des turbulences inouïes.

Or, contrairement aux précédentes élections, le Rassemblement national et ses satellites, notamment M. Ciotti et désormais M. Rotaillot, et par le discours, M. Wauquiez et d'autres vont venir, vous allez voir, a désormais des réserves de voix, d'autant qu'il est très soutenu, en tout cas dans sa propagande, par toute une série de grands médias détenus par quelques milliardaires. Donc, il y a de quoi s'en inquiéter sérieusement.

7:49
Locuteur 2

On voit comment la droite et l'extrême droite marchent en ordre de bataille. Comment expliquer que la gauche se perde dans ce drama, ses divisions et ses candidatures multiples ? D'où viendra le sursaut ? En quelques mots, est-ce que vous y croyez ?

8:06
Locuteur 1

Il faut y croire pour une raison principale, c'est qu'à l'Assemblée nationale, en tout cas de là où je suis, 90% au minimum de nos votes sont communs. A toute la gauche et aux écologistes. Et on a devant nous des défis auxquels on peut répondre ensemble. Je vous donne un exemple. Le réchauffement planétaire. Les socialistes ont à plusieurs reprises parlé d'un plan de rénovation des logements. Bon, pour faire face à la canicule. Les écologistes ont proposé un congé climatique et un droit de retrait en cas de canicule. La France Insoumise a proposé qu'on discute d'un redécoupage de la France autour de six éco-régions. Voilà un bloc de propositions qui est intéressant, qui est positif.

Donc, il faut parler à l'opinion.

8:44
Locuteur 2

Et c'est dans ce sens-là qu'il faut aller. On ne va pas pouvoir, malheureusement, citer tous les exemples. On arrive à la fin de cette interview. Mais on a bien compris cet appel au sursaut. C'est là et c'est maintenant. Merci beaucoup, Pouria, Amir Chahi. Bonne journée.

8:57
Locuteur 1

Merci à vous. Au revoir. Retrouvez l'intégralité des podcasts RFI sur l'application RFI Pure Radio.