Aller au contenu
Tous les transcripts
Podcast / conversationyoutube.com· 6 octobre 2026 24 minComplaisantActualité / polémiqueÉducation & rechercheTravail & emploiSolidarités & famille

Professeurs absents, trous dans l’emploi du temps... Pourquoi le lycée dysfonctionne

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 30 %Défensif 60 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:44non_speechChiffre
    « 55 % des emplois correspondent à des profils ayant simplement le bac ou un diplôme inférieur au bac. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur

On veut à tout prix que l'école soit le lieu de la liberté d'expression des élèves dont il faudrait favoriser l'engagement citoyen et cetera. L'école devient un peu un lieu de de politisation, d'affrontement, d'idées. Seulement l'élève ne vient pas à l'école pour exprimer son identité, faire connaître ses opinions. Il vient à l'école pour recevoir un savoir. Madeleine de Gess, vous êtes professeur de lettrre classique. Vous enseignez en classe préparatoire après avoir eu des expériences dans des collèges et des lycées publics. Tout d'abord, que vous évoquent les images de lycée dégradé, ces scènes de violence qui ont éclaté un peu partout en France.

beaucoup de tristesse euh beaucoup de tristesse en voyant euh en voyant des lycées incendiés ou dégradés. Euh beaucoup d'exaspération aussi et de lassitude. On a l'impression d'un finalement des meutes cycliques qui reviennent. Euh beaucoup de colère vis-à-vis de ceux qui instrumentalisent euh les revendications des lycéens et qui en profitent soit pour avancer leur image politique, pour mettre le bazar. Voilà, j'étais très exaspérée par les les élus dit de la République qui par leur propos ont contribué à envenimer les choses. Euh et en même temps, je pense qu'il y a certains points dans leur revendication.

Si on fait abstraction de la violence et du blocage, je pense qu'il y a certains points dans leur revendication qui méritent d'être analysé et entendu. Parlons justement de ces revendications. Ce matin sur les blocages, nous avons rencontré Mathieu devant le lycée Jules Ferry dans le 9e arrondissement. Nous masquons son visage car il est mineur. J'aimerais qu'on l'écoute et que vous nous disiez ce que vous pensez de ces revendications. On a effectivement beaucoup d'absences de prof et de galères que ce soit dans le programme. Donc on a pas mal de retard euh et on a des classures chargées.

Donc c'est sûr que c'est assez compliqué de de suivre un programme et que tout le monde le comprenne bien. Ça c'est un point qui est tout à fait vrai et d'ailleurs il y a un rapport de la commission des finances qui est sortie il me semble le 29 septembre et qui montre que euh pour ce qui est des remplacements longs dans le secondaire 96 94 % euh des absences pardon longues sont remplacées. Mais ça veut dire quand même que dans 6 % des situations, les élèves vont rester sans professeurs remplaçants pendant une période longue. Donc là c'est un vrai problème.

En revanche, ce sont les remplacements d'absences courtes qui sont problématiques puisque seulement 12 % des absences courtes sont remplacé. Ça veut dire qu'un professeur qui va être absent 2 semaines puis revenir puis être à nouveau absent 2 semaines ne sera remplacé que dans 12 % des cas. 2 semaines, on considère que c'est une période courte en fait. Oui. Et tout ça aboutit au total à plusieurs millions d'heures. Je crois que c'est 20 millions d'heures euh qui chaque année ne sont pas remplacées en France. Euh donc il y a un vrai problème de gestion du personnel et de gestion de ces de ces remplaçants.

Mais là où on peut se s'interroger, c'est sur euh la question de savoir parce que les lycéens souvent le présentent comme ça, si ce problème touche essentiellement les quartiers défavorisés ou s'il touche tout le territoire et toutes les zones qu'elles soient défavorisées ou non. Et ce que le rapport indique, c'est que euh cela concerne tout le territoire et je connais beaucoup euh de parents dont les enfants sont dans des lycées de bon quartier et qui sont concernés par des absences non remplacées de professeurs. Donc dire on est défavorisé nous dans les quartiers défavorisés parce qu'on a pas de professeur, ils sont jamais remplacés.

Voilà, il serait intéressant de mener une étude sur cette questionlà. Ce qui est certain, c'est que dans ces endroits-là, le vivien de professeur est moins abondant aussi et ça, il faut le rappeler parce que les conditions d'enseignement sont très dégradées et très mauvaises et parfois même intenables dans certains endroits. Et je pense que le typiquement le dernier reportage de zone interdites l'a l'a démontré. Et pourquoi est-ce que les conditions sont intenables ? parce qu'il y a parfois plusieurs individus au sein d'une classe qui pourrissent la vie de tous les autres et en particulier des enseignants et se pose à mon sens la question la question d'un parcours unifié au collège.

Est-ce qu'on a raison de vouloir conduire à tout prix jusqu'en troisème dans un parcours unique des élèves qui mettent le bazar dans toute la classe et qui tirent les autres vers le bas et se pose la question là encore du brevet non éliminatoire qui peut amener aussi ces mêmes individus au sein du lycée et je pense hypothéquer les chances de de réussite de leurs camarades. Ouais, l'emploi du temps c'est très compliqué. Bah, on est le pays d'Europe avec le plus d'heures de cours et euh et par comparaison, on est le pays d'Europe avec les moins bons résultats scolaires. Donc vraiment, c'est il y a il y a pas le lien quoi.

Euh quand on a 17 ans, qu'on se lève à des fois à 7h pour rentrer chez nous, il est 19h, c'est et encore travailler chez nous, c'est vraiment rythme et insoutenable et faire ça cinq fois par semaine, c'est vraiment impossible. Donc donc c'est vraiment un rythme qui pousse certains élèves au burnout voir même au suicide. Si on considère le le nombre d'heures passé chaque jour ou chaque semaine au lycée, il n'a pas augmenté de manière homogène. On pouvait avoir un taux horaire exactement identique nous par le passé. Ce qui a changé en revanche et là c'est c'est réel, c'est la répartition de ces heures dans la journée.

Depuis la réforme du lycée mise en place par Jean-Michel Blanquaire à partir de 2018, on a mis en place un lycée à la carte qui aboutit en fait à des trous dans l'emploi du temps des élèves. Pourquoi ? parce que il y a plein de spécialités différentes en même temps, d'options différentes. Tous ces cours là ne peuvent pas avoir en même temps, lui en même temps et c'est un véritable cass-tête pour les chefs d'établissement, ces emplois du temps. Et ça aboutit à devoir placer très tard certains cours et à créer effectivement des trous dans l'emploi du temps.

Et donc les élèves n'ont pas forcément plus de nombre d'heures mais ils passent plus de nombre d'heures au sein de l'établissement du fait de ces trous et du fait de ses cours mis très tard parfois. Et l'ennui, c'est que les lycées ne disposent souvent pas euh de places suffisantes en permanence ou au CDI pour pouvoir accueillir les lycéens pendant ces heures de trou. Donc ces lycéens se retrouvent à devoir euh étudier dans les couloirs ou errer dans les couloirs ou aux abords du lycée ou dehors. Euh ce qui effectivement n'est pas une condition optimale pour pour travailler et ce qui par ailleurs génère du bruit, du remu ménage dans les couloirs.

Cette création de modules de cours au lycée sur le modèle des universités pour plein de raisons est une mauvaise idée et est une mauvaise idée aussi pour ces questions d'emploi du temps et je pense que le mouvement lycéen est une conséquence enfin a pour causes multiples mais parmi ces causes multiples, il y a aussi cette réforme du lycée de 2018. C'est plus au niveau de mes études plus tard que ça me fait peur personnellement notamment à cause de parcours sup. par consu, c'est à la limite un robot finalement qui choisit nos avenir aléatoirement. Donc on peut avoir des bonnes notes, on peut avoir des mauvaises notes, on peut faire ce qu'on veut.

On sait jamais où on sera accepté, on sait jamais si nos choix nous conviendront et c'est vraiment désolant quoi. Nous par exemple en classe préparatoire, on n pas d'algorithme. Voilà, les dossiers, on va les examiner les uns après les autres, les lettres de motivation les unes après les autres et peut-être qu'il faudrait plus de de transparence sur la question du fonctionnement de cet algorithme, mais il n'est pas mise en place partout.

En fait, pour moi, le problème n'est pas tant parcours sup euh que l'absence de brevet et de baccalauréat euh qui soit vraiment éliminatoire parce que parcours sup euh génère, on va dire, euh une génération un peu désenchantée dans la mesure où beaucoup d'élèves se rendent compte qu'après le bac, ils n'ont pas forcément de déboucher, qu'après le bac, ils ne seront pas pris forcément dans les filières qu'ils ont demandé et que même ces filières ne déboucheront pas ensuite. sur un un emploi réel. Et donc, on a fait croire et ça ça date de la loi Joseppin de 1989 que le Graal serait atteint quand accéderait au baccalauréat.

Et donc, à défaut d'avoir élevé le niveau des élèves jusqu'au niveau des du bac, on a baissé le niveau du bac au niveau réel des élèves, amenant toujours plus d'élèves à passer et à obtenir le bac. Or, si on regarde la configuration économique actuelle, on sait que 55 % des emplois correspondent à des profils ayant simplement le bac ou un diplôme inférieur au bac. Donc aujourd'hui, on amène, je pense, trop de jeunes jusqu'au bac et trop de jeunes jusqu'à des diplômes qui ne déboucheront pas sur des emplois et c'est ça qui à mon sens crée une génération des désenchantés. Autre sujet qui revient parmi les revendications, celui de l'état de dégradation de certains lycées.

Des images datant de 2023 et 2024 ont refait surface. Elle montre des lycées dans un état constant avec des infiltrations, des murs rongés, du mobilier usé ou détruit. Est-ce que vous y avez aussi été confronté ? Je n'ai jamais été dans des lycées aussi délabrés que ceux qu'on a pu voir dans certaines vidéos, mais je me souviens d'investissement un peu curieux. Euh je me souviens de fenêtres qui n'ouv n'ouvraient plus ou ne fermait plus euh de d'absence de store euh qui transformait très vite les classes en véranda l'été et en serre l'été.

Euh et pour autant au retour des vacances de Noël, voilà plus de tableaux blancs de tableau Veda ou tableau à cris dans la classe parce qu' les tableaux du lycée avaient été remplacés par des tableaux numériques, des écrans numériques qui coûtent plusieurs milliers d'euros. On peut pas reprocher par exemple la région de France de ne pas investir pour l'entretien ou la rénovation des des lycées. C'est faux. La région investit 1 milliard chaque année. Bah, on peut se poser la question des 600 millions d'euros qui sont investis qui ont été investis dans le volet numérique. Alors, pour les services administratifs, d'accord.

Mais les distributions de tablettes, d'ordinateurs, l'installation de tableau numérique, les investissements pour les fournitures, les fournisseurs numérique ou de plateformes ou de manuel numérique, tout ça mérite quand même d'être questionné et on peut se poser la question de la priorité des dépenses. Est-ce qu'il est logique d'investir autant dans le numérique dont les effets pédagogiques sont douteux ? et ça on le sait depuis plusieurs années quand par ailleurs certains établissements euh ont une rénovation inachevée.

Mais j'insiste aussi sur le fait que dans beaucoup d'établissements qui ont pu être contestataires, dont les dont les lycéens ont pu être contestataires, l'état de délabrement est aussi lié à des dégradations volontaires. Et ça, je veux dire, tous les professeurs le savent très bien, qu'il y a beaucoup de dégradations qu'on a pu voir des murs troués, du matériel cassé qui résulte d'action d'élèves. Et je pense que le le peu de respect que certains lycéens ont témoigné ces derniers jours vis-à-vis du du mobilier urbain par exemple, montre, si vous voulez des comportements euh qui induent ces ces ces dégradations là. Donc, il faut savoir faire la part des choses aussi.

Vous parliez du comportement des élèves qui peut-être à l'origine à la fois de l'absence de professeur, à la fois de l'état de délabrement de certains lycées en partie tout du moins. Est-ce que vous avez été confronté à ces comportements ? Lorsque j'étais en collège euh je pense que c'est la plus grande claque euh que j'ai reçu plus que celle du niveau parce que j'étais dans un établissement qui n'était pas classé rap. Bon, ça relevait plus de la volonté du maire que d'autres choses. Mais en l'espace d'à peine 2 ans, j'ai vu une collègue être giflé violemment par une mère, une mère d'élèves.

Euh j'ai vu un élève laisser pour mort après un après avoir été tabassé à coup de pied dans la tête par une bande rivale de collégiens venus de Nanterre. Donc c'était un règlement de compte, sauf qu'ils se sont en plus trompés d'élèves. Donc le pauvre élève n'avait rien à voir avec ça. Et j'ai été sidérée aussi de voir le lendemain qu'il n'y avait pas vraiment de compassion des de des autres camarades vis-à-vis de de cet élève tabassé à tort. Et moi-même pour la première fois et j'espère la dernière fois de ma vie euh je me suis fait insulter par des élèves qui sortaient de cours.

Donc je les ai entendu dans le couloir euh hurler mon nom en disant grosse Euh et je me suis dit si en l'espace d'à peine 2 ans, j'ai vu tout ça, j'ai vu cet élève laisser pour mort qui a eu un vrai traumatisme crain ensuite qu'est-ce que ça doit être ailleurs ? Moi, ça n'est pas un établissement rap. Qu'est-ce que ça doit être ailleurs ? Alors, il y a aussi eu de très très belles choses. Là, je ne parle que du négatif, mais il y a des élèves infiniment méritants, vraiment intelligents et travailleurs. Euh mais il est vrai et ça c'est Jacqueline de Romini qui le disait très justement dès 1984.

Il suffit parfois d'un seul individu problématique dans une classe pour malheureusement tirer un nombre con d'érable d'élèves vers le bas. Et je pense en particulier, moi il se trouve que dans cette promotion, il y avait deux trois enfants de dealer. Quand le cadre parental n'est pas là, quand vous savez que les parents sont absents et que le modèle qu'ils donnent à leur enfant ou à leurs enfants est un modèle qui est totalement destructeur et qui nie l'importance de l'école, l'importance de l'instruction et et et de l'émancipation par l'école. Euh là, ça vient directement saper notre travail et ce sont des élèves sur lesquels on a de fait peu de prise.

Parallèlement à ces conditions d'enseignement difficiles, voire parfois impossible, on soulligne beaucoup le profil des enseignants qui sont confrontés. Ils sont parfois en début de carrière, n'ont pas vraiment de formation qui les y prépare. Cela a-t-il été votre cas aussi ? Moi, j'ai été envoyé là-bas sans la moindre préparation. Voilà, sans la moindre préparation. Et ça vous amène bien évidemment à faire des erreurs, à être hésitant et arriver face à un public qui est difficile en étant soi-même hésitant sur la pédagogie à mettre en place, euh sur la façon adéquate de s'adresser à ce type de profil d'élèves.

Euh forcément, ça ça vous conduit à être fragilisé dans ce que vous avez à leur transmettre et à être incertain dans votre stature de de d'enseignants. Donc c'est évidemment un problème et je pense que l'autre problème vient aussi du fait que ça ne peut pas marcher dans la mesure où le chef d'établissement ne choisit pas en partie ses recrues, qu'il y a pas un vrai un vrai effet de de corps et de de solidarité entre les professeurs et et souvent on peut observer un manque de cohésion entre les professeurs.

C'est c'est ce que j'ai pu observer parfois quand vous êtes élève et que vous évoluez dans un établissement qui n'a pas de de cadre clairement fixé, un établissement dans lequel les règles vont changer d'un enseignant à un autre, les sanctions vont être aléatoires d'un enseignant à un autre, et bien ça ne contribue pas à générer de la prévisibilité sur les les sanctions qui seront appliquées et donc à créer un cadre rassurant en fait pour pour les élèves et un cadre au repère clair pour les élèves.

Et je pense que en l'absence de cadre clair, de règles claires appliqué par tout le monde de manière cohérente et uniforme au sein d'un même établissement et bien on a abouti à un cadre insécurisant pour tout le monde et à des comportements beaucoup plus impulsifs chez les élèves. Or, ce sont des élèves qui ont d'autant plus besoin de cadre que souvent ils n'en ont pas chez eux. en ayant rejeté la verticalité au sein de l'équipe pédagogique mais également entre le professeur et l'élève en ayant rejeté les systèmes d'évaluation des élèves et des professeurs en ayant parfois contesté la hiérarchie des savoirs.

Les syndicats de professeurs ont-ils également une responsabilité dans cette situation ? Ouais. Alors, il faut pas prendre mettre tous les syndicats sans doute dans le même sac, mais un nombre important de syndicats et de syndicats majoritaires. Dès qu'un ministre essaie de réformer l'école, on voit que les systèmes scolaires en fait à l'étranger, par exemple l'état du Mississippi, en Angleterre, en Pologne, au Portugal, ceux qui ont réussi vraiment à à redresser la barre de manière assez spectaculaire et sur un temps assez record euh l'ont fait par plusieurs leviers qui sont enfin qui se correspondent.

Euh et l'un d'eux, c'était de donner un cap pédagogique clair aux enseignants leur disant "Voilà les objectifs à atteindre et voilà les méthodes que vous allez employer pour atteindre ces objectifs." Ils ont quasiment tous mis en place ce qu'on appelle la pédagogie explicite, c'est-à-dire le maître dit "Je fais", ensuite "Nous faisons, vous et moi élève, nous faisons et vous faites tout seul." Voilà la pédagogie explicite. Or, depuis les années 70 en France, c'est la pédagogie la découverte qu'on met en œuvre.

Euh et cette pédagogie en fait que l'enseignant est un facilitateur de savoir, une sorte de metteur en scène qui va trouver des mises en situation à travers lesquelles les élèves pourront réfléchir ensemble euh aboutir à une synthèse, à une trace écrite euh par laquelle ils ils trouveront par eux-même la leçon à retenir et le savoir à trouver. Voilà. euh à dégager. Et cette pédagogie très horizontale qui met fin effectivement à la verticalité des savoirs, aboutit peu à peu à rendre inactif les élèves les plus faibles, aboutit à beaucoup de brois souvent dans les classes et par ailleurs fragilise effectivement l'enseignant dans sa stature de de dépositaire d'un savoir.

Et tant que cette pédagogie là effectivement reste en place avec toutes les bonnes volontés du monde, je pense qu'on continuera à ne pas élever vers le haut les élèves les plus faibles et qu'on aboutira aussi à ennuyer les élèves à plus fort potentiel. Et on observe que dès qu'un ministre a voulu faire ça en France, et bien les la plupart des syndicats sont montés au créneau en disant qu'il est scandaleux de vouloir transformer les professeurs en simples exécutants d'une feuille de route qui serait donnée à l'avance clé en de méthode clé en main.

Euh quand un quand on un un ministre a voulu euh veut mettre en place des cours de remédiation en disant "On va évaluer les élèves et ceux qui ont du mal et bien ils auront [raclement de gorge] des cours de remédiation en dehors des heures de cours." Les syndicats vont vous dire il est scandaleux d'évacuer de la classe et les éléments d'hétérogénéité qui sont une source de richesse pour la classe au lieu de dire bah non qui peuvent ralentir aussi la classe et qui eux ont besoin de remédiation. Euh donc en fait, ils sont rentrés dans une logique de contestation systématique et automatique, j'ai envie de dire, qui n'est pas constructive.

Il y a un autre élément, c'est que depuis la loi Josepin aussi de 1989, on veut à tout prix que l'école soit le lieu de la liberté d'expression des élèves. Et il y a plusieurs éléments dans cette loi qui amènent à considérer l'élève comme un petit adulte euh dont il faudrait euh respecter la liberté d'expression, euh favoriser l'engagement citoyen et cetera. sur le papier. Très bien. Euh mais seulement l'élève ne vient pas à l'école pour exprimer son identité, euh faire connaître ses opinions. Il vient à l'école pour recevoir un savoir. L'école devient un peu un un un lieu de de euh de politisation, d'affrontement, d'idées.

À force de se décentrer de la transmission du savoir et de l'instruction pure, on l'investit de missions citoyennes et et et de de réflexion autour de débats politiques qui ne devraient pas avoir lieu à l'école. Voilà, je pense et je préférais qu'on parle plus d'un lieu de culture et de débat culturel que d'une caisse de résonance des grandes des grandes opinions politiques au sein de la société. recevoir un savoir qui va le structurer et qui va lui permettre ensuite de pouvoir exprimer ses opinions de manière éclairée, de manière construite, de manière logique, de manière cohérente.

Et ça, je trouve que les syndicats ont tendance à l'oublier, que avant de de mettre en avant la parole des collégiens, des lycéens qui peut être effectivement légitime sur certains points, la priorité des priorités, c'est aussi de leur transmettre un savoir qui soit exigeant, qui soit efficace. Euh et c'est pour ça que à mon avis le point le plus essentiel de cette revendication étudiante, c'est l'absence des enseignants qui ne permet pas de fait cette transmission des savoirs efficaces suivies avec une vraie continuité pédagogique. Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de naïf à vouloir expliquer par la baisse du savoir des comportements qui relèvent parfois de la délinquence ?

Ce que je montre dans mon livre, c'est que la baisse du niveau de langue de nos élèves contribue à rendre le débat public plus violent parce que la langue ne sert pas simplement à s'exprimer, elle sert aussi à penser. Voilà, c'est parce que je suis capable de comprendre, de lire correctement un énoncé que je serai ensuite capable de le comprendre. C'est à force d'avoir lu que je suis capable de comprendre des énoncés de plus en plus complexes. Et donc euh parce que j'ai été habituée à lire des phrases complexe, peu à peu, je peux accéder aussi à des pensées complexes. Euh c'est la logique des phrases qui me minissie peu à peu à la logique de la pensée et du raisonnement.

Euh et donc je montre que finalement un langage qui est déconstruit favorise l'émergence d'une pensée qui devient illogique et de comportement qui deviennent illogique. [grognement] Et des enfants qui n'ont pas suffisamment de mots euh pour exprimer ce qu'ils pensent ou ce qu'ils ressentent euh vont ressentir de la frustration verbale. Et on sait qu'à défaut de pouvoir s'exprimer avec des mots très vite, bah la tentation de recourir à la violence va être beaucoup plus vive et et rapide et forte. Euh donc il y a à mon sens un lien très net entre l'échec de l'école et la la violentisation enfin en tout cas l'accroissement de la violence au sein de notre société.

Et une démocratie, c'est ce que je dis, une république délétrée, c'est une démocratie en surcis parce que pour que le débat demeure apaisé, il faut être capable d'y participer avec les mots. Et si on a plus les mots suffisants pour y participer de manière sereine, construite et logique, bah forcément la seule alternative qui reste, c'est la violence. Il y a un dernier acteur que l'on a finalement peu évoqué dans cet entretien, c'est le parent, les parents. Quel rôle jouent-il ou peut-être d'ailleurs ne jouent-ils plus ? En fait, moi j'aimerais que les parents se réapproprient vraiment leur mission éducative mais au sein de leur foyer et pas au sein de l'école.

On voit souvent des des parents qui viennent récriminer et je pense que les euh les plateformes les de euh numérique euh qui leur permettent de nous écrire euh dès qu'ils le souhaitent et il y a parfois des situations hubuesques où la mère nous écrit le soir et le père le matin parce qu'ils sont pas communiqués entre eux. Donc en fait, ils nous disent deux fois, ils nous font deux fois le même grief. Euh je pense que c'est pas forcément une bonne chose euh et que ça les amène à se à se mêler sans cesse de ce que fait l'école pour le leur enfant. Euh alors que par ailleurs, on sait qu'à la maison, il y a aussi des cadres qui doivent être mis en place.

Je pense par exemple à la régulation de l'accès aux écrans, aux réseaux sociaux, aux smartphones. Nous, on a besoin des parents. On a besoin que les parents nous aident. Euh si euh on parle du rôle néfaste par exemple des des téléphones portables. Euh donc on les interdit dans les collèges et les lycées. D'ailleurs, ça a été à l'origine de certaines contestations. Euh mais on sait très bien que c'est chez eux euh surtout que les que les collégiens et les lycéens vont consulter ces outils-là. Euh là, on a besoin des parents sur ce rôle-là. On a besoin des parents dans le suivi des des devoirs, dans l'incitation à la lecture. On a besoin de là-dessus.

Euh et c'est là, c'est sur ce terrain-là qu'on les attend euh plus que euh dans la rue euh et devant les lycées.

24:17
Non speech

[musique]