Histoires communistes | LCP Le Mag – 12/09/2020
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Guitare folk douce ... -Ils n'avaient pas 20 ans, ils étaient tout juste étudiants.
André Chassaigne, Marie-George Buffet. Dans les veines de ces deux députés coule depuis toujours un idéal, celui de l'égalité fraternelle et d'une société communiste. -On a besoin d'une autre société, de montrer concrètement qu'on peut aller vers une société qu'on peut qualifier de société communiste, qui, en aucun cas, sera celle qui a échoué dans certains pays, mais on peut faire une société plus juste et solidaire. -Je pense, qu'on le veuille ou non, même si on le regrette à fond, le mot communisme est marqué par l'histoire du bloc de l'Est, par tout ça. -Ils ont plongé dans leurs archives pour nous conter leur histoire communiste.
André Chassaigne nous emmène sur les routes d'Auvergne. Il a grandi au Cendre, un petit village à une dizaine de kilomètres de Clermont-Ferrand. C'est dans cette école primaire que s'est forgé son caractère, une histoire d'injustice. -Ca va ?
Ca a vraiment pas changé. Le bâtiment est exactement comme il était avant de devenir mairie quand c'était l'école primaire. Et il y avait, au milieu, entre les deux classes, il y avait un escalier en pierre, c'est l'escalier d'origine, qui montait dans les appartements de fonction.
Alors, on a déménagé durant l'été 59, j'avais 9 ans. Et mon père qui était un ouvrier Michelin, qui avait des valeurs très fortes, a voulu que ses trois fils viennent de façon solennelle dire au revoir à l'instituteur. Et l'instituteur a cette phrase terrible, qui a marqué, je crois, mon devenir.
Il a dit : "Le grand, Bernard, vous en ferez quelque chose. "Le petit, Alain, ça ira aussi. "Mais le gros, vous en ferez jamais rien." Et le gros, c'était moi. -Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? -Un choc terrible.
Un choc. Et puis, il y a eu la suite après. Le déclic, il est venu, en fait, après.
Le déclic, il est venu quand, la première semaine d'école, à Aubière, il y a eu un classement à la semaine et, à l'issue du classement à la semaine, je me suis trouvé 7e, sur une classe de 30 à peu près. Et je crois que j'ai couru, j'ai couru, j'ai couru dire à ma mère : "Je suis 7e ! Je suis 7e !" Et je crois qu'à partir de là, il y a eu ce déclic et j'ai beaucoup travaillé à l'école.
J'ai appris surtout à partir de cette phrase terrible, j'ai appris à respecter. J'ai compris que la violence, il y avait la violence physique, mais il y a aussi la violence verbale. Et qu'on peut faire énormément de mal, énormément, avec des propos aussi blessants. -C'est cette humiliation qui a façonné sa détermination.
A la même époque, en banlieue parisienne, l'histoire communiste de Marie-George Buffet s'écrit sur les bords de la nationale 20. -On était plutôt une famille heureuse, le garage marchait, il y avait pas l'autoroute, la nationale 20, tous les week-ends, c'était les passages et tout. Donc, il y avait beaucoup de tôle enfoncée, de choses comme ça.
Mon père... -Ca lui donnait beaucoup de travail ? -Oui, ça lui donnait beaucoup de travail.
Après, il y a eu l'accident sur la nationale 20. Mon père dépannait une voiture et une 3e voiture est rentrée...
Voilà. Il a eu les deux jambes brisées. Après, tout a été de mal en pis, puisqu'on a fait faillite, enfin le garage a fait faillite, mon père a fait faillite.
Il est même passé à Fresnes à cause de ça. Et puis il est jamais revenu. Il est revenu à la naissance de mon fils, donc il y a... très longtemps après.
Et donc, là, on a galéré beaucoup avec ma mère, qui a été d'un courage...
Elle a élevé seule ses 7 enfants, sans travailler. Je me rappelle, il y avait l'épicerie, à 100 mètres, là, où on allait les uns après les autres, on avait toujours des dettes, on allait chercher, on allait discuter pour que la dame nous fasse toujours un peu crédit, quoi. On a été coupés d'électricité, on a été coupés d'eau. -En 50 ans, Marie-George Buffet n'était jamais revenue ici.
Il y a un jour qu'elle n'oubliera jamais. -La porte, c'était pas une porte comme ça, c'était une porte en bois. Avec une petite porte en bois dedans.
Je jouais à l'intérieur, le garage était déjà fermé, la faillite avait eu lieu et ma mère est revenue, elle a ouvert la porte et elle m'a regardée, elle venait de se faire enlever toutes les dents, ça a peut-être fondé mon engagement. Voilà. Parce que, vous savez, les dents, notamment dans les familles où il y a des fois des grossesses qui se succèdent, les dents sont fragilisées, la pauvreté, vous la reconnaissez des fois à travers la dentition des personnes.
Et c'est peut-être ce moment-là qui a fondé mon engagement. Voilà. Ma mère qui rentrait sans dents.
Musique douce ... -André Chassaigne a grandi à l'ombre des cheminées des usines Michelin.
Son père y est ouvrier. Le tout-puissant patron paternaliste offre un cadre de vie. Les enfants Chassaigne sont nés dans la clinique Michelin, ont participé aux colonies de vacances et le seul cadeau de Noël était celui de l'entreprise.
Une usine dans laquelle on travaille de père en fils, sauf chez les Chassaigne. -Vous, vous n'êtes jamais rentré dans l'usine ? -Une fois.
En 1968, quand les ouvriers occupaient l'usine, mon père m'a fait rentrer dans l'usine, il m'a fait visiter son atelier. J'ai le souvenir d'une immense pièce. Il m'a montré sa machine qui était une rectifieuse, je crois.
Il me semble qu'elle était tchèque. Et je suis persuadé qu'il a fait toute sa carrière sur la même machine, à l'époque. Mon père ne nous a pas éduqués dans la perspective de rentrer dans l'usine.
Plutôt la perspective, c'était de faire autre chose. Ce qui explique, quand j'ai eu mon concours de l'Ecole normale d'Instituteurs en classe de 3e, ça a été sans doute, peut-être, un des seuls moments d'émotion que j'ai senti chez mon père quand il a su que j'allais faire instituteur. C'était pour lui une promotion sociale pour un de ses fils. -A l'époque, le jeune Chassaigne s'intéresse déjà à l'histoire et à la politique, depuis la cité Michelin où ses parents ont acheté une maison. -Donc, quand on arrivait là, on tombait sur... sur les maisons Michelin.
Et la mienne, c'était la première là-bas. C'est là où j'ai passé de l'âge de 9 ans jusqu'à l'âge de 20 ans. J'y suis pas retourné depuis... 20 ans, ici, peut-être.
Voilà quelles étaient...
Alors, ça a beaucoup changé depuis. Mon ami d'enfance, qui est devenu maire d'Aubière. -Oui.
Et puis très heureux, oui. -Je vais leur montrer la maison quand même. -C'est ici qu'il forge sa conscience politique, le nez dans les livres. -Vous venez voir votre maison ? -Comment vous reconnaissez ? -Bah...
D'ailleurs, on a retrouvé des petites billes en terre qui devaient vous appartenir. -Quand on jouait au...
Tu te souviens, on faisait le Tour de France ? -Oh oui. Il était toujours dans les bouquins, dans les bouquins d'histoire et lire les tracts.
C'est ses frères qui jouaient aux billes. Un de ses frères d'ailleurs est mon adjoint. Et l'autre, c'est mon beau-frère.
On est mariés avec les deux soeurs. C'est mon ami d'enfance. On a fait beaucoup de vélo ensemble.
Et on a beaucoup parlé politique. Il voulait me faire adhérer aux Jeunesses communistes. On avait 16, 17 ans.
J'ai adhéré au Parti communiste beaucoup plus tard. -Ah ouais. -Et maintenant, c'est des logements. -Et là, c'était ma chambre, là.
Ca a changé ! C'était cette petite chambre, j'avais la photo de Che Guevara. J'ai une photo d'ailleurs avec ça.
Oh là là ! Là, ça devait être en 1968. C'était ma chambre.
Che Guevara, derrière, j'avais fait un montage, il y avait Lénine, il devait y avoir Mao, Marx, Fidel Castro. J'étais moins épais que maintenant. -Tes parents étaient communistes ? -Non, mon père était un ancien résistant, militant laïc, et sympathisant communiste.
On lisait L'Humanité Dimanche, mais il était pas militant du Parti communiste. -Moi, c'était une rupture avec ma famille. -J'étais le seul à militer sur les 5 enfants.
Les autres, c'était le sport, le basket. On était dans un club. -Vous étiez 5 enfants ? -Oui. -Je te bats, on était 7. -J'étais obligé de faire du basket, très maladroit, mais ce qui m'intéressait, c'était la politique. -Et l'actualité politique est riche pour les deux communistes en herbe.
En mai 68, Marie-George Buffet est au lycée à Angers. Elle tente de mobiliser ses camarades. Après l'été, elle monte à Paris et entre à l'université. -Quelle est cette jeune fille ?
Là, on a du mal à la reconnaître, quand même. Etudiante très sérieuse, hein. Si on m'avait montré la photo, si on me demandait qui c'était, je t'aurais pas reconnue, j'aurais dit Simone Veil.
Il y a une forme de ressemblance. -C'est le chignon. Alors, c'est la Cité U de Fontenay-aux-Roses.
C'était à l'époque une Cité U pour filles, on ne mixait pas. Et, très vite, on a fondé l'association des résidences universitaires. Et on a mené une grève de 9 mois contre l'augmentation des loyers de nos chambres universitaires.
Et j'ai toujours en moi l'image de copines qui descendaient avec le tricot, avec tout ça, on faisait l'assemblée, on était là, on faisait la révolution en tricotant, extraordinaire. -Tu prenais déjà la parole ? -Oui, j'étais responsable de l'association. 2 ans après, je suis devenue présidente de la fédération des résidences universitaires de France. -A la cité universitaire, Marie-George Buffet n'est pas encore encartée, mais c'est ici que s'enracine son engagement politique. -C'est juste après les événements de 68, donc j'emménage ici, et... je rentre à la Sorbonne.
Et alors, c'était dément. L'union des étudiants communistes. Ils installaient la table, des Trotskistes la défaisaient.
Des bagarres permanentes. Il y avait les Maoïstes qui étaient aux portes, etc. Et donc, moi, j'ai pas adhéré au mouvement dans l'université, ça m'a pas...
Je voyais pas très bien. C'était trop politisé, ça me plaisait pas. C'est au début 69 où je me suis décidée à adhérer à un parti.
C'est celui qui correspondait le plus à ce qu'étaient mes motivations, la justice sociale, et puis, c'était le combat pour la paix au Vietnam. Bon, c'était tout ça. -Sous leurs yeux, à la fin des années 60, la jeunesse française découvre à la télévision les images du Vietnam.
Beaucoup s'engagent au Parti communiste par indignation contre une Amérique qu'ils jugent coloniale et toute-puissante. Cris de manifestants Beaucoup en oublient de regarder vers l'est. Le 21 août 1968, les chars soviétiques entrent en Tchécoslovaquie, ils mettent fin au vent de liberté qui soufflait sur le pays.
La répression fait au moins 70 morts. Le parti communiste français ne condamne pas son grand frère soviétique. Il se contente d'exprimer sa surprise et sa réprobation. -Ca a été vraiment pour moi un choc terrible.
C'est la 1re fois que j'ai douté, véritablement. J'étais dans ce culte de l'Union soviétique, de la réussite du socialisme. Tous les mois, je lisais la revue Etudes soviétiques, qui était une revue de propagande, mais que je prenais au premier degré.
Et c'est vrai que, pour moi, ça a été...
Ca a été un choc. Très, très dur. Très, très dur. -Vous n'aviez pas encore conscience des controverses qui entouraient le communisme ? -Pas vraiment.
Les controverses, on considérait que c'était de l'anticommunisme primaire. -Vous ne vous doutiez pas de ce qui se passait sous Staline, de la terreur ? -Absolument pas.
Vraiment, absolument pas. Je me pose souvent la question. Comment se fait-il qu'on n'a pas réagi avant ?
Je pense qu'on savait peu ou qu'on ne voulait pas voir. Nous, on conduisait notre militantisme communiste dans un pays comme la France et je pense qu'on n'était pas obnubilés, fixés par ce qui se passait dans ces pays. -Je pense qu'on voulait quelque part pas voir, parce qu'on avait une forme de...
Bon, voilà, il y avait le bloc soviétique, il y avait le bloc occidental, bon, ben, on se rangeait du côté du bloc soviétique. Donc, oui, on n'a pas su, à un moment donné dire : "Ce n'est pas ce modèle que nous voulons. C'est pas ça que nous voulons." -Il faut pas oublier le contexte de la guerre au Vietnam.
On était extrêmement mobilisés contre ce qu'on appelait l'impérialisme américain. Je fais beaucoup sourire quand je raconte que, jeune communiste dans ces années-là, on buvait jamais de Coca-Cola. -Oui, oui ! -On disait : "Toute bouteille de Coca-Cola bue "est une balle contre les Vietnamiens." On avait cette fixation contre l'impérialisme américain qui faisait qu'on s'intéressait insuffisamment au rapport des forces international. -Et puis, moi, je vois, quand j'ai adhéré au Parti à la rentrée 69, on était adhérents au Parti communiste français.
Bon, après, dans les congrès, etc., on assumait, on n'était pas dupes non plus complètement, mais on assumait. -C'est ça.
Je partage complètement cette analyse. -Place du Colonel Fabien. C'est dans ce bunker du Parti communiste que se décidait ce que l'on assumait ou pas.
Marie-George Buffet connaît bien tous les débats qui ont animé le siège, car la fille du garagiste d'Anthony a gravi les échelons. Elle deviendra en 1987 membre du Comité central, puis Secrétaire nationale en 2001. En attendant, dans cet univers essentiellement masculin, elle mène un combat : le féminisme.
Aux côtés de ses camarades et parfois contre le Parti. -L'idée, c'était que le combat essentiel, c'était le socialisme. C'était le dépassement du système capitaliste, une nouvelle société.
Donc, l'idée, c'était que la nouvelle société en elle-même... -Elle réglera tout. -Elle réglera ce problème de domination patriarcale, etc.
Et donc, les luttes féministes apparaissaient comme des luttes qui nous détournaient du but essentiel. Et donc, lorsqu'on s'occupait de ça, on n'apparaissait pas dans le coeur du combat. -J'avais même du mal à intervenir dans les réunions, dans ma fédé, sur ces questions précises. -Muguette, ça n'empêchait pas que la commission des droits des femmes, puis la commission féminine avaient une place énorme.
On avait un secteur, avec des salariés, on avait un journal. On mettait à l'ordre du jour à la fois les questions politiques générales et puis, on discutait des problèmes sur l'égalité salariale, la contraception. -On a eu le combat pour la parité aussi. -La parité !
Et donc, nous avons admis au sein du Parti, c'est ça l'essentiel, que la lutte féministe était une lutte émancipatrice à part du combat contre le capitalisme, pour un nouveau régime économique, etc. C'était un combat qui pouvait fédérer bien au-delà. Et ça a été long. -Ca a été long. -Alors, elle est très modeste, hein, parce que elle est quand même pour beaucoup dans ce changement de cap.
Quand même. C'est vrai, Marie-George. -On l'a fait collectivement. -Oui, mais quand t'es 1re responsable d'une commission dans laquelle tu te bats pour justement faire avancer des idées et que tu réussis, bon, bah c'est plutôt bien. -Loin du colonel Fabien, André Chassaigne a choisi le communisme des champs, plutôt que celui des villes.
Il s'est installé en 1972 à 60 kilomètres de l'usine Michelin. -Voilà donc la commune. -Dans le petit village de Saint-Amant-Roche-Savine. -J'habite en bas, moi, la Mine, ça s'appelle.
Comment ça va ? -Ici, tout le monde le connaît, il a été professeur et principal du collège. -Vous êtes de sortie ? -Oui, on est venues chercher le pain et puis on est venues prendre une boisson. -La Chaîne parlementaire. -Ah bon ! -Ah ! -Vous êtes sur quel sujet ? -Sur moi.
Ils rient. -Ca va. Salut, Mado. -A bientôt, bonne journée. -La première chose que j'ai faite en arrivant, c'est d'essayer de voir ceux qui avaient une sensibilité communiste et nous avons créé ici une cellule du Parti communiste français, qui était très, très active. -Et surtout, André Chassaigne a été le maire du village pendant 27 ans.
La meilleure façon pour lui de défendre son territoire. -Etre communiste en milieu rural, c'est faire en sorte qu'il n'y ait pas de discrimination et que le milieu rural a son droit d'existence avec des services qui doivent être à la hauteur et non pas des services au rabais en considérant qu'il y a moins d'habitants et qu'on est dans des zones qui sont défavorisés. C'est avant tout une recherche que j'appellerais de justice républicaine.
Et ça, ça a été le combat de toute ma vie, la justice républicaine, qu'il y ait pas de distorsions. -L'un dans le Puy-de-Dôme, l'autre au colonel Fabien. André Chassaigne et Marie-George Buffet sont profondément ancrés dans leur histoire communiste.
Mais l'un comme l'autre vont assister impuissants à son déclin inexorable. En 1981, Georges Marchais obtient 15 % des voix, un score à 2 chiffres qui ferait rêver un militant communiste d'aujourd'hui, mais, à l'époque, ce score sonne comme un glas. -François Mitterrand est élu président de la République. -On attendait beaucoup plus du résultat du Parti communiste français et de Georges Marchais.
J'ai le souvenir d'un résultat qui, pour nous, a été en quelque sorte un sacré coup quand même, presque le début d'une dégringolade. -C'est le début de la dégringolade, exactement. -Les années 80 marquent aussi l'effondrement du bloc soviétique. -On voyait pas les choses arriver aussi rapidement.
Ce mur, quand le peuple se lève comme ça, aucun régime ne résiste, à part utiliser la violence la plus effroyable. -Moi, j'ai mis beaucoup d'espoirs au changement qui était annoncé par Gorbatchev, mais je crois que c'était plus possible. Tout ça s'est effondré, trop brutalement d'ailleurs, alors que ça aurait pu se faire avec une transformation démocratique. -En France, l'émiettement électoral se poursuit élection après élection.
En 2007, Marie-George Buffet tient le premier rôle. Elle se présente à l'élection présidentielle et obtient 1,93 % des voix. Le pire score de l'histoire du Parti, un traumatisme pour la candidate. -Ces résultats ne sauraient traduire l'audience réelle du Parti communiste dans notre pays.
Applaudissements -Vous essayez d'être digne le soir, parce que vous parlez aux militants et aux militantes qui ont fait votre campagne et donc, vous leur rendez hommage, voilà. Après, moi, je suis tombée dans une situation où ma seule idée était de démissionner du Secrétariat national du Parti, tout de suite. Et puis, c'est un drôle de phénomène, mais j'habitais au 4e étage et d'un seul coup, alors que ça m'arrivait pas avant, je ne supportais pas... d'être...
Je ne pouvais plus me pencher au balcon, je ne pouvais plus...
J'avais l'impression que j'allais y aller. Et il a fallu que je me fasse aider, parce que la souffrance, elle est pas personnelle, parce que, quelque part, je suis restée Secrétaire nationale du Parti encore quelque temps, et, à chaque fois que vous faites une réunion, que vous vous déplacez, etc., vous rendez compte devant vos militantes et militants.
Eh bah, je peux vous dire que c'est une souffrance et vraiment, je me suis sentie beaucoup mieux quand j'ai quitté mes fonctions de Secrétaire nationale et que j'étais une militant parmi les militantes, élue. Voilà. Voilà.
C'est passé. -André Chassaigne et Marie-George Buffet ont fini par se retrouver sur les bancs de l'Assemblée. Et progressivement, ils passent la main à la nouvelle génération. -Alors, vous avez terminé ? -Ca y est, c'est fini.
Ils arrivent, ils sont avec les télés. -A eux, par exemple, la communication du groupe. -Oui, comme d'habitude. -Avec la vivacité de la jeunesse. -Vous avez laissé justement le relais à la jeunesse pour ces points presse ? -Oui, on a choisi d'avoir nos nouveaux députés qui prennent les relations avec tout ce qui concerne les médias, la presse, avec leur vision des choses et c'est bien, ça renouvelle. -C'est un passage de relais ? -C'est un passage de relais, dans la continuité.
Mais on a besoin d'avoir une nouvelle parole, en quelque sorte, de nouveaux visages aussi. -Que vous ont-ils donné comme conseils ? -C'est pas trop le genre à nous donner des conseils.
C'est ça qui, à la fois, nous donne de la responsabilité, mais qui est agréable aussi. Si on a besoin d'aller les voir, ils sont là, toujours. Et, en même temps, je crois que chacun saisit ici le besoin aussi d'une parole renouvelée, qu'ils peuvent avoir d'ailleurs, eux.
C'est pas la jeunesse qui fait la parole renouvelée. -On dit parfois que le communisme, c'est d'un autre temps. Est-ce qu'ils vous prouvent le contraire ? -Non, mais c'est une vraie question.
Le terme est daté. On va fêter le centenaire du Parti communiste français cette année, 2020. Mais est-ce que ce qui porte le communisme, c'est-à-dire cette volonté de justice sociale, d'égalité, de liberté, de paix est derrière nous ?
J'ai envie de dire qu'il est encore plus d'actualité aujourd'hui, cet idéal qu'il ne l'a été peut-être à d'autres périodes. Lorsqu'on voit l'état du monde, se creuser les inégalités, des régimes autoritaires revenir sur des continents entiers, je pense à l'Amérique du Sud, y compris au niveau de l'Union européenne. Cet idéal, ce combat pour les valeurs de notre République, pour qu'elles ne deviennent pas simplement une inscription sur les mairies ou sur des écoles, mais qu'elle soit une réalité pour la vie de nos concitoyens et concitoyennes, j'ai pas l'impression que ce soit démodé. -Ils appartiennent à la dernière génération de politiques ayant traversé la Guerre froide, vécu les dernières victoires électorales du communisme puis son déclin.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
François-noël Buffet