Marine Le Pen : quel avenir judiciaire et politique ? - L’édito de Patrick Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Pour le dîner? - A.Ferreux-Maeght: On va faire un petit toast.
Je continue la semaine détox. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'édito de Patrick.
M.Le Pen pourrait-elle concourir en 2027? Elle connaît le calendrier judiciaire qui l'attend. - P.Cohen: Mais pas son issue.
L'hypothèse qu'elle redevienne éligible est aujourd'hui loin d'être la plus probable. La cour d'appel de Paris promet d'organiser un nouveau procès dans un an environ pour une décision rendue à l'été 2026. Comptez 6 mois pour juger un éventuel pourvoi en cassation.
Vous auriez ainsi 5 ou 6 mois avant la présidentielle de 2027. Elle est prévue mi-avril. Des prévenus relaxés ou condamnés, qui auraient épuisé toutes les voies de recours.
Première instance, appel, cassation. Cela rendrait la décision finale difficilement contestable. C'est pour cela qu'il faut se féliciter de cette accélération du calendrier judiciaire.
Le problème pour M.Le Pen, c'est que rien ne garantit que la cour d'appel contredise le jugement de première instance. Il faut s'accrocher.
D'abord, seule une relaxe libérerait complètement la candidate, mais personne n'imagine sérieusement un tel revirement judiciaire après la démonstration du tribunal de l'existence d'un système de détournement et de l'implication personnelle de M.Le Pen, qui a été très bien documenté. Si la condamnation est confirmée en appel, il est peu probable que les magistrats renoncent à infliger des peines d'inéligibilité qui sont prononcées systématiquement dans ce type de dossier. - A.-E.Lemoine: Si la condamnation est confirmée à l'identique, est-ce qu'un pourvoi en cassation suspendra son application? - P.Cohen: Non, justement.
Même si la cour d'appel prononce une inéligibilité en supprimant l'exécution, un pourvoi en cassation, normalement suspensif en matière pénale maintiendrait les effets du jugement en premier instance. Elle serait inéligible au moins jusqu'à l'arrêt de cassation. Si M.Le Pen ne fait pas de pourvoi, l'arrêt d'appel deviendrait définitif.
Elle reste inéligible. - A.-E.Lemoine: Il n'y a donc pas d'issue pour M.Le Pen? - P.Cohen: Il faudrait que la cour d'appel réduise sa peine d'inéligibilité de 5 ans, à moins de 2 ans. 12 ou 18 mois seraient parfaits.
Le délai a commencé à courir dès le prononcé du jugement, il y a 3 jours. Vous ajoutez un an et demi et vous atterrissez fin septembre 2026, 7 mois avant le premier mois de la présidentielle. Voilà ce qui explique la stratégie du RN avec ses accents trumpistes.
Il s'agit de faire pression sur les magistrats de la cour d'appel. Le RN mise sur la colère des Français, plus que sur la justice. On voit déjà qu'une partie des électeurs RN ont intégré l'idée d'un plan B, B comme Bardella. - A.-E.Lemoine: Il y a aussi une solution politique. - P.Cohen: La proposition d'action de Ciotti de supprimer de la loi l'exécution provisoire dès l'inéligibilité avec effet rétroactif. - X.Bertrand: Voter la loi Ciotti-Le Pen?
C'est ça. C'est pour sauver M.Le Pen.
Et puis quoi encore? Ce serait impensable. Ca veut dire que l'Assemblée nationale remplace la cour d'appel.
Arrêtons cette confusion. - P.Cohen: Une confusion de plus sûrement illégale.
Ce n'est pas pour rien que la non-réactivité des lois fait partie de nos principes, pour qu'on ne puisse pas faire de la loi en vue d'un cas particulier. - A.-E.Lemoine: Reste que l'exclusion probable de la principale prétendante à la présidentielle soulève une question démocratique. - P.Cohen: Qui ne peut pas se résumer aux faux éléments de langage répondus par le RN et ses nombreux soutiens médiatiques. - E.Ciotti: Dans la motivation de l'exécution provisoire, on dit quoi?
La candidature de M.Le Pen à l'élection présidentielle constituerait un trouble à l'ordre public. Tout est dit.
La motivation n'est pas juridique. Elle est politique. - P.Cohen: On a souvent entendu ça depuis lundi.
Mais il manque un bout de phrase dans la citation d'E.Ciotti. Ce n'est pas la candidature de M.Le Pen qui causerait un trouble.
C'est l'élection d'une personne condamnée pour détournement et déclarée inéligible, qui pourrait l'être ensuite définitivement. Un condamné ne devrait pas pouvoir échapper à sa condamnation en allant chercher une immunité électorale. On a eu cette même problématique aux Etats-Unis.
La justice allait-elle empêcher D.Trump de se présenter? Elle a finalement été trop lente et pas assez vigoureuse.
En France, le droit au recours n'est pas un droit acquis à la lenteur de la justice. Finalement, on a une justice plus rapide. M.Le Pen devrait pouvoir exercer tous ses recours d'ici à l'élection, mais sans garantie pour son avenir politique. - A.-E.Lemoine: Jouer la colère des Français plutôt que la colère des juges, c'est la stratégie du RN depuis lundi et ça va durer dans les semaines et mois à venir. - O.Beaumont: Les attaques contre les jugements, c'est la stratégie du RN depuis toujours.
On est dans discours victimaire, complotiste, sur lequel M.Le Pen et J.-M.Le Pen ont fait toute leur carrière politique depuis 60 ans. - A.-E.Lemoine: On avait assisté à la mise en place d'une stratégie de la cravate, de normalisation. - O.Beaumont: M.Le Pen considère aujourd'hui qu'elle n'a pas d'autres voies de recours. - O.Beaumont: Elle est condamnée à une exécution provisoire.
Elle a un mur face à elle. On est sur une ligne de crête. Tout son argumentaire repose sur le fait qu'elle ne prône
Marine Le Pen