Paul Vergès et l'Homme réunionnais: langue, culture, mémoire
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Cette série vous est proposée avec le soutien du groupe RAVAT. Bienvenue à tous. Vous écoutez Léon, qui vous raconte la Réunion au creux de votre oreille, à la rencontre de la mémoire de notre île.
La naissance d'une civilisation. Mes chers amis, en 1959, Paul Vergès créait le Parti communiste réunionnais. Pas seulement pour se distinguer du Parti communiste français, mais pour qu'enfin le peuple de la Réunion puisse se différencier du peuple de France. La quête d'identité, de la reconnaissance d'une culture créole, est intimement liée à la lutte pour l'autonomie, assure l'ancien secrétaire du PCR, Harry Yechongchikan.
Paul Vergès, c'est celui qui donne camp au peuple réunionnais. Et si on est un peuple, ça veut dire qu'on a droit à la responsabilité, droit à l'émancipation. Ça, ça a été sa ligne de conduite. Et qui dit peuple, il repose sur une histoire, sur une identité, une culture, etc. Donc tout ça, c'est impliqué. Et ce qui fait qu'il a mené des batailles, par exemple, pour le respect des religions, le respect de la langue, la promotion du maloyard. C'est quand le peuple s'empare d'une idée juste et ça devient, à ce moment-là, une norme magnifique.
Dans les premiers temps du Parti communiste réunionnais, le premier mot d'ordre était surtout la lutte pour l'égalité sociale. La question culturelle n'était pas forcément au centre des réflexions, rappelle Carpana Marimoutou, professeur d'université, et l'un des anciens concepteurs de la maison des civilisations et de l'unité réunionnaise, avec Françoise Vergès. C'est quand Paul Vergès a dû prendre le maquis qu'il s'est rendu compte que tout était lié. Au contact des habitants, des militants, des sympathisants, des travailleurs, des planteurs. Il me disait que c'est là qu'il a connu la réunion. Et que c'est là qu'il a compris la réunion.
Et c'est là qu'il a été confronté directement à la force, à la force politique, culturelle, symbolique du peuple réunionnais, y compris la force importante des religions et de la façon dont on les vit ici. Des religions et des choses mystiques, en fait. Tout ça, c'est la façon dont on les vit ici. Et que donc, il a été en question de l'histoire de religion comme du peuple, quoi. Voilà. Et on comprend bien pourquoi, justement, l'importance que le parti communiste réunionnais a donnée ensuite au service cabaret, au Maloya, au service Malbar, à Marche sur le feu, etc.
Les gens étaient au parti communiste réunionnais parce que pour eux, c'était la possibilité, justement, de devenir eux-mêmes, de devenir libres, de se connaître, de connaître, d'être revalorisés, reconnus, etc. Paul Vergès vit en clandestinité à la suite de sa condamnation pour avoir fait paraître une série d'articles sur la guerre d'Algérie dans le journal Témoignages. Et pendant cette période, les réunions s'organisent un peu partout. Chez les uns, chez les autres, dans les arrières-cours des militants. Tijorge Waro, le père de Daniel Waro, par exemple, était le responsable de la section du PCR au tampon et a souvent accueilli des rassemblements chez lui.
Daniel y a participé depuis tout petit. Il a suivi les luttes, les débats. Il a vu Vergès croquer dans des piments verts dans sa cuisine en terre battue. Et il a constaté l'engouement autour du personnage. L'effervescence lors des fêtes de témoignages et surtout l'apparition d'une identité culturelle, notamment grâce au Maloïa. Paul Vergès, c'est notre guide. Vergès, on a aussi la vision aussi. La force, la culture, le côté populaire, le côté défavorisé, le côté n'a pas le droit. Dans ce temps-là, de toute façon, avec la fraude électorale, avec la droite seulement dans la radio, avec la droite seulement dans la télé, il y avait un seul son de cloche.
Maloïa aussi a gagné le coup, il a gagné le choc. Et nous, comme on dit, avec le mot Maloïa donne ces gars, nous entendons le mot Maloïa, mais ce moment-là, on ne connaît pas quoi il est. Il est difficile pour les ordinateurs, on ne comprend pas. Donc ça, c'est le climat qu'on étire. Donc nous avons réunions, nous avons défilé, nous vendons vignettes, nous vendons témoignages. Il fait la fête témoignage là, dans le cadre privé, en guillemets. Jusqu'à 70, il est dans le cadre privé. Après 70, tout de suite, nous avons la logistique. Là, il fait la fête témoignage d'ici le stade Lambrakis, le port, le stade Manet, le stade Lambrakis.
Là, on est lié au arbre, il repropose, on fait la troupe, on remonte la famille, il fait la main. C'est dans ce cadre-là, à moins, il fait la main virée, la fête témoignage. Bien sûr, les premières loges, quand il redémarre Maloïa, il voit un roulet en train de chauffer dans le stand du sud avec la main, il voit un Simon Lagary. Après, il voit le spectacle, il voit le spectacle dansé, chorégraphié, pour moi, il tombe en amour devant, mais il saisit à moi, il trappe à moi, il capaille à moi. Après, il se manie à l'angle, doucement, avec la voix, avec la voix, avec la voix, avec la voix, avec la voix, c'est trop valable, trop gaillard. Tout ça, il doit le Parti communiste.
Moi, c'est un enfant de Parti communiste. Le Parti communiste, il n'a pas inventé Maloïa, mais il a fait tout pour Maloïa. Là, il prend le devant, il prend toute son place. Mais quand il dit Maloïa, il prend toute son place. Ce n'est pas seulement Maloïa, il prend son place. Maloïa, c'est une expression, une cafitude, une africainité, une malgacitude. C'est le côté noir, il n'avait pas le droit. Et c'est pour ça, Miguel dit merci, camarade Paul, merci Paul. La réunion, c'est une reconstruction. En même temps, c'est une rébellion. Ils ne suivent pas la pureté de dehors, ils ne suivent pas la grande civilisation, ils ne reconstruisent un grand pas nous-mêmes.
En 1976, à l'issue du quatrième congrès du PCR, deux disques de Maloïa sont pressés, avec Fermin Viry, la troupe Résistance, la troupe Gaston Warrault et la troupe René Viry. Les premiers disques de Maloïa de la réunion.
Sous-titrage Société Radio-Canada Et l'affaire semble peut-être
anodine aujourd'hui, mes amis, mais il est important de rappeler qu'à l'époque, toute expression de la culture créole était interdite. Philippe Berne, l'ancien vice-président du conseil régional, a été le témoin de cette période. Il est arrivé de métropole dans les années 70 comme jeune militant avec son épouse. Tous les deux enseignants, ils ont rejoint la section PCR du tampon. Et l'une des premières batailles à laquelle ils ont participé, c'est celle de la reconnaissance de la langue créole. et là, les batailles, ça a été d'abord des batailles culturelles sur la reconnaissance du créole.
On faisait des articles scientifiques en créole justement pour montrer qu'on pouvait tout dire et puis c'était aussi contre l'interdiction du créole en classe et on s'était dit ça doit être une sacrée gymnastique de l'esprit pour ne pas avoir cet enseignement dans sa langue maternelle. En classe, c'était interdit de causer créole. C'est une aberration totale. Et donc, c'était des brimades permanents et comme par hasard contre les plus pauvres. Avant 1981, l'expression de la culture créole sous toutes ses formes était interdite. Pas de manifestation publique, pas de créole à l'école, pas de maloya dans l'espace public.
Dans la rue, on pouvait trouver des panneaux avec un scri interdit de cracher et de parler créole. Les réunionnais n'étaient pas traités comme des égaux par le pouvoir central. L'affaire des enfants de la Creuse, par exemple, en est l'illustration parfaite. Le Bumidum, pour Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer, créé sous le général de Gaulle, a permis le transfert de force de plus de 2000 enfants réunionnais dans des départements métropolitains désertés, comme la Creuse. L'élection de François Mitterrand et les lois de décentralisation ont tout changé.
1982 sonne la fin du Bumidum, le début de l'émancipation de la culture créole et de la reconnaissance d'une identité réunionnaise. Le 20 décembre, date anniversaire de l'abolition de l'esclavage, devient un jour chômé, férié et payé. Le maloya et le parler créole sont autorisés dans l'espace public. Les ondes de la radio sont libérées. pour moi, ma looya sa fleur la manka mouin tamti. Pareil, mouin nana invitation telle l'enfle aujourd'hui. Pour moi, ma looya sa fleur la manka mouin tamti. Pareil, mouin nana invitation telle l'enfle aujourd'hui.
En 1998,
Paul Vergès accède à la présidence du conseil régional et le combat pour porter haut la culture créole continue. Carpana Marimoutou témoigne. Il y avait trois grands principes qui guidaient la politique.
C'était l'autonomie énergétique, la question de l'écologie qui était liée à l'autonomie énergétique et troisièmement le projet de la maison des civilisations et des unités réunionnaises qui était un projet lié à ces deux autres et qui est fortement lié puisque c'était lié à l'autonomie énergétique, c'était lié à la question écologique et c'était lié au fait que les réunionnais se réapproprient leur histoire, leur vécu, leur pays et redonnent toute leur importance à leur histoire fait de leur point de vue et non pas imposé par l'histoire coloniale. La maison des civilisations et de l'unité réunionnaise était très importante aux yeux de Paul Vergès, le liant à toutes ses idées.
Elle aurait abrité un musée sur le passé, l'histoire de la réunion, mais pas que. On y aurait découvert toutes les civilisations indiennes, africaines, chinoises, européennes, à l'origine de la civilisation réunionnaise. On y aurait évoqué l'esclavage et l'engagisme, mais on y aurait aussi parlé de services cabarets ou de tisanes. La colonne vertébrale du projet, c'était la notion de créolisation. Cependant, la maison des civilisations n'aura jamais vu le jour. C'était son grand regret, assurent tous les proches de Paul Vergès. Mais cette défaite ne doit pas éclipser toutes les autres victoires pour la culture réunionnaise. Il y en a eu tant d'autres.
Par exemple, l'inscription du Maloya au patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO. Pour Paul Vergès, c'était hautement symbolique car le Maloya est lié à la foi, à l'histoire de la réunion, à l'engagisme, à l'esclavage, à Madagascar, à l'Afrique, à l'Inde et aussi à la France. Carpana Marimoutou a participé à l'élaboration du dossier avec Paul Vergès.
On peut dire ce qu'on veut, mais on ne peut pas nier le fait qu'il a été un très, très grand visionnaire et quelqu'un qui a permis non seulement de changer des choses importantes à la réunion, mais qui a permis de redonner au peuple réunionnais sa fierté, de prendre conscience de son savoir, de sa culture, de ses possibilités et du rôle important qu'il a à jouer dans l'histoire. La maison des civilisations n'est jamais sortie de terre, mais l'héritage est bel et bien là, assure Eli Waro. un peuple a émergé. Un peuple a émergé avec ses pouvoirs, avec ses besoins, avec ses exigences, avec ses moyens aussi. Un peuple a émergé, avec sa culture et tout.
Et c'est l'ensemble de tous ces peuples-là qui fait la richesse de l'humanité. Et on a apporté, et on apporte, nous, réunionnais, notre contribution. En une vie, Paul Vergès a redonné au peuple réunionnais sa voix, sa mémoire et sa fierté. Mes amis, je vous laisse avec lui, avec ses propos recueillis lors d'une interview télévisée. Tous nos ancêtres ont été des étrangers dans ce pays, peuple né d'un crime contre l'humanité. Le bagnant, ses branches peuvent être détruites, mais l'arbre tient. Plus les réunionnais assumeront leurs racines et leur entremêlement, plus ils pourront s'épanouir. Toute tentative de s'isoler, de privilégier une origine est vouée à l'échec.
Le réunionnais est condamné à l'universel.
Je suis là dans le coussin Je vais dormir Je rêve Je rêve C'est la fin
de cette histoire. C'était la naissance d'une civilisation. Je vous dis à bientôt.
Léon est un podcast d'histoire et de culture produit et réalisé avec cœur à La Réunion. Vous avez aimé écouter Léon ? Soutenez-nous en nous attribuant un maximum d'étoiles sur vos stores de téléchargement. Merci et à bientôt pour de nouvelles histoires culturelles. Sous-titrage Société Radio-Canada