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Conférence de presseC dans l'air (sur YouTube)· 12 novembre 2024 65 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsRetraitesTravail & emploiAgriculture & alimentation

Retraites : alors finalement, elles augmentent ? - C dans l'air du 12.11.24

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:00OuverteRéponse directe

    Que va-t-il se passer après le rejet du budget à l'Assemblée ?

  • 3:00OuverteRéponse directe

    Les hausses d'impôts sont-elles définitivement abandonnées ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    M.Barnier reprend-il la main sur le budget ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Quel est l'impact fiscal pour les entreprises avec ce budget ?

  • 9:00OuverteRéponse directe

    Les agriculteurs sont-ils mobilisés ?

  • 11:00OuverteRéponse directe

    Quelle est la situation économique en Allemagne ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:00L.WauquiezChiffre
    « Il y aura bien une revalorisation des retraites dès le 1er janvier pour toutes les retraites. Elle sera à peu près de la moitié de l'inflation, mais elle concernera tous les retraités. »
  • 2:30L.WauquiezChiffre
    « Au 1er juillet, il y aura une 2e revalorisation pour les plus modestes. »
  • 4:00M.BarnierFait
    « Nous avons dû construire ce budget dans des conditions de rapidité et de contrainte jamais connues dans le passé depuis le début de la Ve République. »
  • 8:00A.Bompard (Carrefour)Fait
    « Si on surcharge la mule, j'investirai moins, je baisserai moins mes prix dans les grandes surfaces. »
  • 10:00D.SeuxFait
    « Les députés avaient rejeté le budget. On a l'habitude que le Sénat rejette le budget. Ca arrive assez souvent. »
  • 12:00H.KohlFait
    « La coalition est tombée parce qu'il a viré le ministre des Finances car celui-ci refusait qu'on fasse une réforme, qu'on suspende temporairement ce fameux frein à la dette. »
  • 14:00D.SeuxFait
    « Le pouvoir d'achat serait reparti. La réalité quotidienne... L'écart entre les deux, ça nous invite à essayer de recoller les morceaux. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Tout est baroque dans la situation politique du pays. L.Wauquiez s'invite au 20h de TF1 pour annoncer des bonnes nouvelles pour les retraités à la place du ministre du Budget.

Il fait grimper les impôts de 35 milliards. Un budget qui ne ressemble pas à celui défendu par M.Barnier.

Un texte qui vient tout juste d'être rejeté pour sa partie recettes lors d'un vote à l'instant à l'Assemblée nationale. Un désordre alors que la situation économique et sociale se tend. Plans sociaux en série, mouvements de grève à la SNCF et chez les pilotes de ligne...

La CGT s'attend à une violente saignée industrielle. Le ministre de l'Industrie évoque des milliers d'emplois menacés. Les regards se tournent maintenant vers les agriculteurs, qui ont annoncé une forte mobilisation en fin de semaine.

D.Seux, vous êtes éditorialiste aux "Echos" et à France Inter. G.Daret, vous êtes chef adjoint du service politique à France Télévisions.

B.Boucher, vous êtes journaliste politique et présentatrice de "La Politique s'éclaire" sur franceinfo. O.Détroyat, vous êtes journaliste économique au "Figaro".

Voici votre article. Merci à tous les 4 de participer à cette émission en direct. Ca vient de se passer à l'Assemblée nationale.

Le budget a été rejeté. 362 voix contre, 192 pour. Que va-t-il se passer? - G.Daret: Ce n'est plus vraiment le budget du gouvernement.

C'est le budget largement modifié par la gauche et notamment le Nouveau Front populaire. Aussi baroque que cela puisse sembler, les députés qui soutiennent le gouvernement, cette coalition a voté contre le budget. Le budget avait été trop modifié à leurs yeux.

Il y avait trop de dépenses et pas assez de recettes. Le budget va partir sur cette partie recettes au Sénat dans sa version initiale. Les sénateurs ont travaillé sur le budget du gouvernement.

Le gouvernement peut choisir de retenir certains des amendements qui avaient été placés dans ce texte. - C.Roux: Tout ce dont nous avons parlé, les hausses d'impôts, tout ça est balayé?

On repart à zéro? - D.Seux: Ce qui est balayé, c'est ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale depuis la présentation du projet de budget.

Ce qui va être discuté au Sénat, c'est la copie initiale du gouvernement enrichie d'un certain nombre d'amendements que le gouvernement va accepter ou pas. Il faut rajouter le mot "historique". Ca ne s'était pas produit à ma connaissance depuis 1958.

Les députés avaient rejeté le budget. On a l'habitude que le Sénat rejette le budget. Ca arrive assez souvent.

La particularité de la situation est vraiment inédite à tout point de vue. Son appui, le gouvernement va le trouver au Sénat. Il y a une alliance entre les centristes et la droite.

Ca va être discuté au Sénat et après, il va falloir faire une commission mixte paritaire. Dans ce cas-là, il faudra à nouveau repasser devant l'Assemblée nationale, mais ce sera plus rapide. La situation inouïe, c'est que depuis 1958, les députés ne vont pas discuter du budget de la défense, des crédits à l'emploi.

Il n'y aura pas de discussions longues et argumentées. Il y aura un budget à la fin quand même. - C.Roux: Normalement.

C'est difficile à comprendre, parce que ça fait des mois qu'on commente les hausses de fiscalité. Tous ces sujets qui ont parfois suscité beaucoup de réactions dans le monde économique sont remis à zéro. On reprend la version initiale du budget voulu par M.Barnier.

Ces discussions ne servaient donc à rien? - B.Boucher: On a vu aussi les points de vue des uns et des autres.

Il y avait un véritable clivage gauche-droite. Non, ça ne sert jamais à rien. Des amendements ont été votés.

Si la version initiale part au Sénat, certains amendements seront conservés. - C.Roux: Ca veut dire que M.Barnier reprend la main? - B.Boucher: Il n'a jamais pas eu la main.

Il savait qu'à la fin, ce serait une commission mixte paritaire et certainement un 49-3 qui déciderait. Matignon mettra ce qu'il veut dans ce texte. Ca ressemblera, a priori, de manière quasi certaine, au projet initial avec des petits gestes pour le socle commun.

Il faut donner un peu à sa majorité, au RN parce qu'il faut éviter la censure, mais je crois que M.Barnier n'a jamais lâché la main sur le budget. Il va s'appuyer sur une force de droite, la majorité sénatoriale.

Il a toujours voulu s'appuyer sur cette chambre où il sait qu'il a une majorité et où tout est beaucoup plus stable. - O.Détroyat: Dans la volonté initiale du gouvernement, il y avait la volonté de mettre à contribution les entreprises.

Est-ce que je vais continuer à investir en France, dans nos usines? Il y a eu un vrai électrochoc sur l'impact fiscal pour les entreprises de ce budget. On a vu la créativité fiscale du gouvernement qui, dans ces cas-là, est sans limite.

On a parlé de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises, de la taxe de solidarité sur les billets d'avion, qui a vocation à être doublée. Les entreprises sont là pour faire leurs comptes. Ce sera probablement le sujet social de la prochaine année. - D.Seux: Il faut mettre le sous-titre politique à cette affaire.

M.Barnier n'est pas mécontent de ce qui s'est passé. - C.Roux: Du rejet du budget? - D.Seux: De ce qui s'est passé depuis 3 semaines.

Il a voulu montrer aux Français que les députés, quand ils se laissaient aller, votaient le musée des horreurs. - C.Roux: C'est les impôts? - D.Seux: Un peu.

Les impôts ont augmenté de 35 milliards d'euros. Il y a eu le rejet de la contribution de la France à l'UE, plus de 20 milliards d'euros. Il y a eu le vote...

Le député A.Caron a fait voter une mesure de quotient familial quand on possède un chat ou un chien. On pourrait en donner des dizaines.

Le ministre du Budget a dit que c'était Frankenstein. M.Barnier dit: "Maintenant, les personnes adultes dans la pièce reprennent la main et on va faire des choses sérieuses." - G.Daret: C'était une volonté de rupture de méthode politique.

Dès le début, il aurait pu sortir le 49-3. Il a fait le choix de laisser durer les débats quitte à ce que le budget soit rejeté pour marquer une rupture avec la méthode d'E.Borne.

Ceux qui ont travaillé avec elle vous disent que cette méthode perçue comme brutale lui a fait beaucoup de mal. M.Barnier a préféré faire un calcul stratégique et se dire qu'à l'issue de la procédure décrite, il y aura normalement l'usage probable d'un 49-3 à l'issue de la commission mixte paritaire. - C.Roux: Il n'y a pas une forme d'urgence politique et économique à accélérer sur cette partie budgétaire?

Est-ce que les acteurs économiques...

Ca ajoute de la confusion à une crise. - D.Seux: Immense question.

M.Barnier a fait un calcul politique. Tout le monde doit comprendre qu'à la fin, le budget sera rétabli.

Tous les Français ne suivent pas comme vous et un peu comme nous le détail de la procédure parlementaire. J'ai rencontré un certain nombre de chefs d'entreprise qui allument le samedi LCP ou France 5 et qui se demandent ce que c'est que ce truc. Tout le monde n'a pas l'instinct politique comme on peut l'avoir quand on est payé pour le suivre. - C.Roux: Il ne reste pas grand-chose du budget de M.Barnier dans le texte qui a été rejeté à l'Assemblée nationale cet après-midi.

Le Nouveau Front populaire avait applaudi. Le bloc central était déboussolé. Le patron des LR s'invite au 20h de TF1 pour faire des annonces à la place du ministre du Budget ou du Premier ministre. - A l'entendre, on croirait presque qu'il fait partie du gouvernement. - L.Wauquiez: Il y aura bien une revalorisation des retraites dès le 1er janvier pour toutes les retraites.

Elle sera à peu près de la moitié de l'inflation, mais elle concernera tous les retraités. Ensuite, au 1er juillet, il y aura une 2e revalorisation pour les plus modestes. - L.Wauquier, vice-Premier ministre? - L.Wauquiez: Je considère que ce geste est juste. - Un coup politique avec l'accord en amont de M.Barnier.

Dans le camp présidentiel, ça ne passe pas. Même le ministre de l'Economie n'était pas au courant. Les élus macronistes fulminent. - A.Bergé: Ca ajoute à une forme de confusion quand vous avez le président d'un groupe parlementaire qui fait une annonce à la place du gouvernement.

Je trouve que c'est incongru. - E.Woerth: Il y a des choses qui se trament derrière.

Il n'est pas ministre. - Le dernier acte de plusieurs semaines de cacophonie. - Arrêtez de dire n'importe quoi. - Après des heures de débats houleux... - Ce n'est pas de mon fait si certains débats débordent. - Des amendements votés dans tous les sens.

Le socle commun des macronistes à LR ne tient plus qu'à un fil. - E.Coquerel: Il y a des groupes tellement dispersés et divisés que les députés ne viennent même pas en séance. - J.-P.Tanguy: Ils ont décidé d'abandonner les Français.

Ils soutiennent monsieur Barnier... - Le résultat n'a plus grand-chose à voir avec celui du gouvernement.

Quelques mesures sont conservées, comme une série de taxes sur les très hauts revenus, les billets d'avion...

D'autres ont été écartées, comme la taxe sur l'électricité ou les chaudières à gaz et le malus écologique sur les véhicules. De nombreux amendements fiscaux ont été ajoutés. Un impôt universel sur les multinationales, une taxe sur les superdividendes et les Gafam et un impôt sur le patrimoine des milliardaires.

Au final, personne n'est satisfait. - Que les impôts. - On montre un visage de l'Assemblée qui n'est pas un beau visage.

C'est le matraquage fiscal permanent. - C'est notre mandat de pousser chaque amendement. - En fin d'après-midi, le texte a été rejeté par les députés.

Retour à la case départ. - M.Barnier: Nous avons dû construire ce budget dans des conditions de rapidité et de contrainte jamais connues dans le passé depuis le début de la Ve République.

Ca explique que ce budget est perfectible. - M.Barnier ira donc défendre le projet de loi de finances dans sa version initiale devant le Sénat, où il a une majorité. - C.Roux: Question. - D.Seux: Pas tout à fait.

A quelques amendements... - C.Roux: Qu'est-ce qui va rester? - D.Seux: On peut parler de ce qui a été examiné et débattu par l'Assemblée.

M.Barnier, cet après-midi, a annoncé qu'un amendement voté par les députés serait gardé. Le gouvernement a mis en place une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus pour que chaque contribuable paye au moins 20 % de son revenu en impôts.

Ca concerne 24 000 personnes, des gens qui gagnent beaucoup d'argent. Ca devait fonctionner pendant 2 ans. M.Barnier a dit: "On va le garder jusqu'à ce que le déficit revienne à un niveau plus acceptable." C'est une concession aux parlementaires. - B.Boucher: Il y a une concession aussi sur l'électricité.

La taxe va évoluer en fonction des prix. La taxe sur l'électricité a été complètement supprimée pendant les débats parlementaires. Visiblement, ça va revenir en fonction de l'évolution des prix.

Elle sera modérée. C'était une demande du socle commun et de la droite. M.Barnier envoie aussi des signaux au socle commun. - C.Roux: Question. - G.Daret: Oui, mais moins qu'initialement prévu.

Ce qu'a annoncé L.Wauquiez, et qui a été confirmé par M.Barnier cet après-midi, c'est que finalement, toutes les retraites seront augmentées, indexées en partie sur l'inflation à partir du mois de janvier, mais de moitié moins qu'initialement prévu avant les réformes portées par le gouvernement.

Initialement, le gouvernement avait prévu que l'indexation serait totalement décalée jusqu'au mois de juillet. En juillet, il y aura une 2de revalorisation pour les retraités les plus modestes, juste en dessous du niveau du Smic. - C.Roux: C'est les LR qui l'ont obtenue? - G.Daret: Eux-mêmes ont fait un effort.

Il y a quelques mois, quand L.Wauquiez disait qu'il ne mettrait jamais le pied dans un gouvernement avec une coalition avec E.Macron...

C'était le discours tenu par L.Wauquiez en juillet. Il a fait un effort.

Ils ont discuté avec Bercy sur cette question. Un accord a été passé au début du week-end. L.Wauquiez a obtenu l'autorisation informelle d'aller porter médiatiquement cela.

C'était un gain politique pour Les Républicains. On confirme qu'il avait l'autorisation d'aller porter cette victoire politique, même s'il confirme qu'il n'avait pas prévenu tout le monde. - C.Roux: Derrière cet effort demandé aux retraités défendu par M.Barnier, il y avait l'idée de dire qu'il fallait faire des économies.

Voici L.Wauquiez qui vient annoncer une mesure qui va coûter entre 500 et 800 millions rendus aux petits retraités. Est-ce qu'il a un financement à côté? - B.Boucher: Il a dit que ça se ferait sur un rapprochement des entités administratives de l'Etat.

Au départ, le fait de désindexer devait rapporter 4 milliards. On est très loin des rentrées d'argent auxquelles il faut s'attendre. Il y a un vrai problème sur le financement et sur les rentrées d'argent budgétaires que devait rapporter cette mesure.

On a l'impression que, finalement, les retraités vont gagner. Non. Ils perdent.

Ils perdent moins que prévu, mais ils vont quand même perdre. Ils ne verront pas leur pension revalorisée dans leur totalité, mais seulement de moitié. On a l'impression qu'il satisfait un électorat, en partie le sien.

Il l'affiche comme une victoire, mais en réalité, tous les retraités ne vont pas y gagner. C'est un enjeu politique qui existe par rapport à B.Retailleau et par rapport au socle commun.

Il y a quand même des batailles internes entre G.Attal, L.Wauquiez, tout ça pour 2027.

L.Wauquiez, ça lui permet d'afficher une véritable victoire par rapport à son camp. - C.Roux: Il contraint l'effort demandé aux retraités tel qu'il était initialement demandé par M.Barnier? - D.Seux: Je pense qu'il y a un loup dans cette affaire.

Je ne suis pas certain que L.Wauquiez ait perçu complètement ce qu'il est en train de faire. Au 1er janvier, toutes les retraites augmentent de 0,9 %.

Au 1er juillet, les retraites en dessous du Smic augmentent encore de 0,9 %. Il y aura un chèque en plus. Ca a l'air de ressembler au système prévu par le gouvernement en un peu amélioré.

Pour les retraités aisés, au-dessus de 1400, la base de calcul pour les années suivantes sera une retraite augmentée de 0,9 et non pas de 1,8. Tant qu'ils percevront une retraite, il manquera cette année 2024 la demi-inflation. Ils se font avoir d'une demi-année pour les années qui viennent.

C'est très bien vendu. G.Attal fait cet après-midi une communication avec son équipe pour expliquer que ça ne va pas du tout.

Le groupe Ensemble ne peut pas accepter une chose pareille. L.Wauquiez semble pénaliser les retraités aisés, qui sont normalement le socle des LR. - C.Roux: Avec l'idée de protéger les petits retraités...

C'était le point de fixation des colères de la 1re version du budget de M.Barnier, contestée par les LR et aussi par le RN. - O.Détroyat: Sur les sujets de recettes et d'économies, il va y avoir un enjeu à tenir la barre sur les sujets des recettes supplémentaires.

Sur la question de la contribution et de la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, ça va être un sujet sur lequel M.Barnier devra remonter au front. C'est 400 grandes entreprises, celles qui font plus de 1 milliard d'euros en France par an. - C.Roux: Il n'y a pas consensus sur cette mesure? - O.Détroyat: Si, dans la partie LFI. - C.Roux: Il peut y avoir une majorité sur ce genre de mesures? - O.Détroyat: Oui.

L'idée est de faire contribuer les grandes entreprises aux efforts. - C.Roux: Sur la partie des retraités, on a aussi de la confusion.

Le discours du départ était de dire qu'on demande un effort aux retraités qui s'en sortent mieux que les actifs et on diffère l'indexation sur l'inflation. Ca devient assez illisible. On peut résumer la vision du gouvernement de dire qu'ils vont tenter de protéger les petits retraités? - G.Daret: Il y a une stratégie politique.

On a le sentiment que plus ils discutent, moins il y a d'économies. L'enveloppe globale des fameux 60 milliards d'euros à dégager, on voit qu'il y a des coups de pouce donnés, mais on ne voit pas bien où les efforts budgétaires sont compensés. G.Attal et son groupe vont continuer dans les jours à venir à demander à Bercy d'obtenir des choses.

Sur la même démarche, avec des allégements de charges sur lesquels souhaite revenir le gouvernement, depuis le début, G.Attal et son groupe disent: "On ne veut pas y toucher du tout." Comme pour L.Wauquiez sur les retraités, des discussions se font en ce moment pour essayer de trouver un accord pour que le groupe Ensemble y trouve son compte aussi.

Chaque acte économique et mesure demandée par un groupe politique est un acte politique comme l'a fait L.Wauquiez sur les retraités. Dans quelques jours, vous verrez peut-être G.Attal demander quelque chose pour les entreprises...

Dans un contexte où, depuis plusieurs jours, Bercy explique qu'il y aura des licenciements, des suppressions d'emplois, et qu'il ne faut pas à leurs yeux effrayer davantage les entreprises... - D.Seux: C'est aussi une manière pour M.Barnier de faire pression sur le groupe de G.Attal.

On ne va pas rentrer dans la technique, mais il y a une affaire à 4 milliards. Il met un coup de pression à G.Attal.

C'est quelque chose d'inédit. C'est comme ça que ça se passe en Italie et en Allemagne. Pour nos yeux français, c'est étrange. - C.Roux: L'objectif initial de M.Barnier était de dire qu'on fait 60 milliards d'économies et 20 milliards de recettes fiscales.

Ce cadre demeure? - D.Seux: C'était la présentation officielle.

Ce n'était pas la réalité. Quand on fait des économies sur des allégements de charges, ce sont des hausses d'impôts pour les entreprises. Il n'y avait pas 2 tiers, 1 tiers.

C'était plus kif-kif. Vous pouvez me citer 5 économies fortes qui sont sorties de ce budget en dehors de la fusion du plan de France Stratégie qui doit représenter, peut-être, 200 000 euros? Ca ne saute pas aux yeux.

La réponse est là. On voit très bien où sont les hausses d'impôts. On voit bien où sont les économies. - B.Boucher: Il n'y a que la partie recettes qui a été étudiée.

Elle est rejetée. L'Assemblée nationale n'étudiera même pas la partie dépenses. Les députés n'auront pas examiné l'ensemble du budget.

Tout va se jouer maintenant au Sénat, les économies et les recettes ou les dépenses. Ce n'est pas figé. Le débat parlementaire, il faut donner des victoires politiques.

C'est normal qu'il y ait des concessions. Il y a des rapports de force. C'est comme ça qu'on fait de la politique.

On a beaucoup reproché au début du quinquennat d'E.Macron d'avoir des Playmobil, des députés qui votaient ce qu'on leur disait de voter. C'est tout à fait normal qu'il y ait ces concessions.

La méthode de M.Barnier, je la trouve assez bonne. C'est un homme qui veut s'afficher comme quelqu'un de dialogue, qui discute avec chaque composante de son socle.

Il remporte des victoires. Donner une victoire à L.Wauquiez, c'est donner une victoire à la droite.

C'est s'attribuer une victoire pour lui et peut-être pour l'avenir. M.Barnier avait été candidat à la primaire pour l'élection de 2022.

Il n'est pas impossible qu'il ait des ambitions politiques pour 2027. - C.Roux: Est-ce qu'il y a une victoire pour le RN? - B.Boucher: Ce n'est pas une victoire pour le RN.

M.Barnier donne la victoire à L.Wauquiez.

Comme ça, il évite la censure du RN. C'était une ligne rouge sur les retraites. Il ne donne pas de victoire au RN. - C.Roux: Pour les gens qui nous regardent, ça pourrait être perçu comme un échec de M.Barnier? - G.Daret: Ce n'est pas le cas.

Ce n'est plus du tout le budget de M.Barnier. Le budget de M.Barnier sera celui qui sera de nouveau examiné au Sénat dans quelques jours. - C.Roux: Il a expliqué qu'il voulait un budget fait pour la France qui travaille.

Sa seule boussole est de protéger la France qui travaille. C'est le logiciel Barnier, pas très éloigné du logiciel Macron. - D.Seux: Ce budget, c'est un peu un chemin de croix, même s'il est plutôt satisfait du rejet.

Il aimerait mettre en place derrière des réformes qui soient favorables au travail, faire une vraie différence entre les revenus du travail et les revenus dits sociaux. Il a envie de passer à la vitesse supérieure sur ce sujet. - C.Roux: Il y a une urgence économique.

Il est déjà confronté à des plans sociaux chez Michelin, Auchan. Le gouvernement doit faire face à une multiplication des appels à la grève. Les agriculteurs vont aussi se faire entendre vendredi.

Menace d'un accord sur le Mercosur...

Ils sont en train de faire repartir un mouvement qui avait déjà embrasé les campagnes l'an dernier. - Des panneaux de signalisation à nouveau la cible des agriculteurs. - Quand il n'y a plus le nom de commune, on ne sait plus où on est.

C'est un peu le sentiment des agriculteurs français aujourd'hui. On a une agriculture démunie de ses moyens de production tous les ans. Très clairement, en signe de deuil...

On est une des professions où le taux de suicide est le plus élevé. C'est un avertissement. On monte en pression. - Jusqu'à l'explosion de la colère, comme il y a quelques mois.

Pendant plusieurs semaines, des agriculteurs mobilisés partout en France bloquant des autoroutes, arrosant de lisier péages et préfectures. 10 mois plus tard, ils semblent unanimes. Leur lutte n'a pas porté ses fruits.

Leurs revendications sont toujours d'actualité. Valentin est céréalier. Sa situation ne s'est pas améliorée.

Au contraire: son maïs souffre de plus en plus des aléas climatiques. - On a des qualités qui sont moindres. - Une fois trop humide, comme cet automne, d'autre fois trop sec...

Le céréalier reproche à l'Etat un trop-plein de normes qui empêchent les agriculteurs de réguler l'accès à l'irrigation. - Rien n'a été traduit pour optimiser un accès à l'irrigation. Très concrètement, au bout d'un moment, il va falloir qu'on arrête les paroles et qu'on passe aux actes.

Les agriculteurs ne pourront plus attendre. - C'est dans ce contexte que les négociations sur le traité de libre-échange entre l'UE et l'Amérique du Sud vont s'ouvrir lundi prochain. Cet éleveur de vaches laitières n'hésite pas à parler de concurrence déloyale.

Vont arriver sur le sol européen des produits fabriqués avec des normes moins contraignantes, de quoi inquiéter les agriculteurs français. - Il peut nous arriver d'avoir sur ce genre de vaches une mammite. Pour lutter contre ça, on met des seringues d'antibiotiques.

Il faut respecter un cahier des charges. Il y a un temps d'attente par rapport à la consommation laitière. Le lait est jeté.

Il y a un temps d'attente par rapport à la consommation de viande. J'aimerais savoir si les pays du Mercosur ont les mêmes normes. Chez nous, les hormones de croissance, ça fait une éternité que c'est interdit.

J'ai des gros doutes. - Des produits sûrement vendus à des prix moins élevés que les produits français. Une provocation pour les agriculteurs à l'heure où ils réclament toujours d'être mieux payés. - La ruralité, sans les paysans, ça ne serait plus grand-chose.

Donnons de l'espoir à ces gens. Les paysans sont des gens courageux. Ils veulent juste qu'on reconnaisse leur métier, leur travail.

Ils veulent être rémunérés au juste prix de ce qu'ils font. - Les agriculteurs, souvent soutenus par l'opinion publique, annoncent des mobilisations importantes dans quelques jours. Le dossier est risqué pour le gouvernement. - C.Roux: Vous êtes d'accord?

Mobilisation vendredi. - G.Daret: C'est la nouvelle ministre de l'Agriculture qui surveille ça de près.

Il y a une montée de la pression sociale des agriculteurs. Il y a aussi des élections professionnelles. Ca s'inscrit plus largement dans un contexte de tensions sociales avec des plans sociaux annoncés dans d'autres entreprises, notamment dans l'automobile.

Au-delà du budget, ça va être compliqué à gérer pour le gouvernement. - D.Seux: Sur l'agriculture, c'est très difficile de faire le tri et de peser chaque raison.

Il y a les élections professionnelles, qui ont lieu en janvier. Il y a une concurrence entre la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs et la Confédération paysanne de l'autre côté. Par ailleurs, il y a un certain nombre de raisons.

Il y a le Mercosur, mais je ne suis pas persuadé que l'ensemble des agriculteurs soient concernés. Vous avez la mise en oeuvre des décisions annoncées par G.Attal avant l'été, à la fin de l'hiver et au printemps.

Là, il y a un vrai sujet. J'aurais tendance à penser que la proximité des élections compte beaucoup. - C.Roux: Il y a une mobilisation des parlementaires. 620 élus, députés et sénateurs adressent une lettre à U.von der Leyen.

C'est à l'initiative de Y.Jadot. C'est contre le Mercosur. - B.Boucher: Les politiques se mobilisent.

Le sujet De l'agroalimentaire et de l'agriculture est très important. Ca mobilise beaucoup les gens. Tout le monde prend à peu près 3 repas par jour et va au supermarché pour faire ses courses.

Tout le monde est concerné. Le gouvernement regarde ça comme le lait sur le feu. L'histoire du XXe siècle est aussi jalonnée de révoltes paysannes, que ce soit la guerre des artichauts, la crise des pommes de terre, le McDo démantelé, les Bonnets rouges...

Il faut regarder ça avec attention. M.Barnier connaît bien le secteur.

Il a été ministre de l'Agriculture. Il sait parler à ce secteur. Cette méthode de dialogue et de rencontre avec les syndicats sera bénéfique.

Il y a des problèmes structurels, des coûts élevés de production dans l'agriculture. On a raison d'avoir peur du poulet polonais. Dans les cantines, la moitié de la viande est importée.

Dans la restauration collective, 60 % de la viande sont importés. On achète de la viande moins chère, même si elle est de moins bonne qualité. Il y a toujours ce problème de fin du mois et de fin du monde.

Il y a le problème de la rémunération des agriculteurs. Il y a plusieurs lois EGalim, mais ça a toujours été contesté. Il y a les mégabassines, le dérèglement climatique...

Tout s'accumule, mais il n'y a toujours pas cette loi agricole annoncée en janvier par G.Attal. Il n'y a toujours pas de solution. - C.Roux: Avec des contraintes sanitaires imposées aux agriculteurs français et parfois pas aux produits importés.

Question. Je parlais de Michelin, d'Auchan et d'autres...

Le ministre de l'Industrie s'attend à des fermetures de sites dans les mois qui viennent, qui affecteront des milliers d'emplois. - D.Seux: S.Binet, secrétaire générale de la CGT, a dit qu'il fallait s'attendre à 150 000 licenciements.

C'est la juxtaposition d'un ralentissement conjoncturel et de facteurs structurels propres à différentes filières. Ralentissement conjoncturel...

La conjoncture, il y a des hauts et des bas. C'est classique, mais ça n'est pas une bonne idée quand ça arrive. Il y a aussi la fin du boom d'après-covid.

C'était là depuis 3 ans, mais là, il a fallu rembourser les prêts garantis pour l'Etat. Les petites entreprises n'en sont pas capables. On a un nombre de faillites un peu plus élevé que la tendance de moyen terme.

Il y a surtout des facteurs structurels. Auchan a mal anticipé le ralentissement des hypermarchés. Ils ont mis du temps.

Dans l'automobile, il y a des grandes difficultés d'adaptation. Vous avez des problématiques sectorielles qui se rajoutent à des ralentissements conjoncturels. - C.Roux: On parlait de la fiscalité des entreprises qui pourrait aussi jouer dans ce climat économique. - O.Détroyat: Le patron de Carrefour, A.Bompard, l'a bien dit. "Si on surcharge la mule, j'investirai moins, je baisserai moins mes prix dans les grandes surfaces." Ce qui est assez marquant sur les exemples qu'on citait...

Michelin est une entreprise dont on ne peut pas nier le caractère social. Danone commence à se poser aussi la question de fermer des entreprises, des usines. Ce sont des entreprises qui ont un ADN social assez poussé.

Le fait que même ces entreprises actionnent le levier des plans sociaux, c'est qu'il y a un sujet d'attractivité en France. Ca concerne les grandes entreprises mais aussi les PME. Si on regarde les chiffres sur les défaillances d'entreprises...

On était à plus de 13 000 sur le dernier trimestre. Ca fait plus de 66 000 défaillances d'entreprises sur un an. C'est un record.

Ca touche ce qui fait le maillage industriel...

C'est lié au yo-yo de la conjoncture mais surtout à une vision de long terme. Quand on nous dit que les barrières fiscales s'accumulent, on revoit ses plans sur le long terme. Ce n'est plus de l'adaptation du budget.

Ce sont des stratégies de long terme pour l'investissement. Pour les grandes multinationales, 4 sur 5 refusent des plans d'investissement en France, spécifiquement sur ces sujets d'attractivité qui étaient chers à E.Macron. - C.Roux: Quand la situation est compliquée en France, on se dit que ça se passe bien en Allemagne.

Ce n'est plus le cas. On va retrouver H.Kohl.

Vous êtes correspondante depuis 20 ans en Allemagne et vous animez un podcast en français. Crise économique, crise politique en France...

C'est un scénario quasiment à l'identique en Allemagne. - H.Kohl: Scénario encore plus grave. 12 heures après l'annonce de l'élection de D.Trump, O.Scholz a mis fin à sa coalition tripartite, qui alliait les sociaux-démocrates du SPD, les écologistes et le parti libéral FDP.

Ca a rompu sur la question du budget. Il n'y a pas qu'en France que ça pose des questions. On était en négociations tendues depuis des mois.

On apprend que déjà en juillet, O.Scholz avait menacé de faire éclater sa coalition. La coalition est tombée parce qu'il a viré le ministre des Finances car celui-ci refusait qu'on fasse une réforme, qu'on suspende temporairement ce fameux frein à la dette qui est dans la constitution allemande et qui empêche les gouvernements de s'endetter au-delà de 0,35 % du PIB chaque année, pour ne pas créer de nouvelles dettes.

Là, il fallait trouver 12 milliards d'euros pour l'Ukraine. Le ministre des Finances refusait un nouvel endettement. Il menaçait de couper dans les retraites.

C'était le point de discorde le plus important. Il y a eu un bras de fer spectaculaire. 12 heures après l'annonce de l'élection de D.Trump, un signal assez désastreux pour la politique allemande et européenne, la rupture du gouvernement de coalition d'O.Scholz...

C'est une crise politique en Allemagne, qui est un pilier de l'UE. - C.Roux: Et des législatives à venir, en février, du coup. - H.Kohl: En Allemagne, tout fait l'objet d'un compromis.

Il a fallu 5 jours pour que les 2 plus grands groupes parlementaires, le SPD et la CDU, s'entendent pour trouver une date. Ce sera donc le 23 février prochain pour les élections. L'Allemagne renouvellera son parlement.

Les sondages indiquent que la CDU, le parti de F.Mertz... ...de F.Merz.

C'est le chef de ce parti. Ils avaient plus de 18 points d'avance. On aura un équilibre politique assez vite le 23 février.

La campagne commence juste. - C.Roux: On parlait du choc industriel en France lié à la conjoncture mais aussi à des problèmes structurels.

Ces sujets heurtent aussi l'industrie allemande de manière forte depuis des mois. - H.Kohl: J'ai parlé de D.Trump.

C'est évident que les questions de défense et les questions européennes sont importantes dans cette campagne. Le sujet qui va dominer, c'est le sujet économique. L'Allemagne va finir 2024 encore une fois en récession. 2023 et 2024...

Il y a aussi des annonces de plans de licenciements. Volkswagen, pour la 1re fois de toute son histoire, va fermer des usines en Allemagne. C'était aussi ça, la discussion autour de ce budget 2025.

Est-ce qu'on baisse les impôts pour les entreprises? Est-ce qu'on fait un plafond pour les prix de l'énergie pour les entreprises? C'était des négociations milliard par milliard pour relancer l'économie.

F.Merz, le président de la CDU, arrive avec une forte expertise dans le domaine économique. Quand il a arrêté la politique, quand A.Merkel était aux manettes, il était dans la haute finance internationale. - C.Roux: Merci pour ces précisions.

Vous parliez de Volkswagen. Volkswagen a également baissé le salaire des cadres de 10 %. C'est une mauvaise nouvelle pour nous aussi, quand l'Allemagne va mal. - D.Seux: Quand le 1er moteur économique d'un continent s'enrhume, cela a des répercussions.

Le modèle allemand a fonctionné pendant 20 ans sur le gaz russe pas cher. Là, il a fallu le remplacer par du GNL américain. Il est percuté par les relations tendues entre la Chine et les Etats-Unis.

Si D.Trump demande aux Européens de choisir si on est avec eux ou avec les Chinois, que vont faire les Allemands? La Chine a toujours été un eldorado pour les Allemands.

Ils vendent des voitures. Si c'est plus compliqué d'aller en Chine alors que la Chine ralentit, les 2 pistons du moteur allemand sont un peu calés. - B.Boucher: J'ajouterais aussi que l'Allemagne a tout misé sur l'industrie automobile.

Le problème, c'est qu'il y a une très forte concurrence des modèles électriques chinois qui arrivent en Europe à bas prix. C'est pour ça qu'on a mis des taxes douanières de 25 %, des surtaxes pour freiner cela. Elle est directement attaquée sur son marché très concurrentiel.

Elle n'a pas su s'adapter. C'est aussi le cas de la France. On est abreuvés de voitures électriques.

On essaie de rattraper l'électrique, mais on a très mal anticipé. On est concurrencés et on produit plus cher. L'Allemagne est très fortement exportatrice.

Or, il y a des barrières douanières qui se mettent en place, notamment aux Etats-Unis D.Trump a dit qu'il mettrait des taxes douanières et sans doute une surtaxe de 10 %. Il l'a fait quand il était aux responsabilités et il va le refaire.

Ca va pénaliser l'Allemagne. Aux Etats-Unis, on dit toujours qu'il n'y a que l'économie qui compte. En Allemagne, on se rend compte que ce sera une des choses qui va compter dans les élections. - C.Roux: Avec le retour des grèves, de l'actualité sociale...

Il y a des mouvements qui sont déjà annoncés à la SNCF et chez les pilotes de ligne. - D.Seux: Ce serait une catastrophe politique pour E.Macron.

Suppression de postes ou d'emplois, ça veut dire possible remontée du niveau du chômage. En août, on était à un peu plus de 7 %. La recherche du plein-emploi, c'est le fil conducteur des 2 quinquennats d'E.Macron.

Il parle de cela en permanence. C'est même sa philosophie profonde. Depuis le début, il explique que c'est par la recherche du plein-emploi qu'il y aurait une réduction des déficits publics, parce que plus de gens qui cotisent et plus de consommation.

C'est une remise en cause absolue de ça. Quand vous échangez avec des députés, y compris du parti Renaissance, ils vous disent que c'est à peu près la dernière chose qui restait au bilan d'E.Macron.

S'il y a une inversion de la courbe du chômage dans le mauvais sens pour lui, ce serait une fin de mandat plus difficile que prévu. - C.Roux: C'était l'objet de votre édito, D.Seux. - D.Seux: On s'en doutait un peu depuis le début de l'année.

Il y avait un ralentissement des créations d'emplois. Le taux de chômage frémissait vers la hausse. Nous saurons demain matin à 7h30 l'évolution du taux de chômage au 3e trimestre 2024.

On verra s'il est très probablement à la hausse. On voit mal comment il pourrait être baissé d'ici 2 ans. Le mandat d'E.Macron a commencé par un grand débat, par un plan social Whirlpool.

Depuis 2017, il n'y en avait quasiment pas eu. Je ne me souviens pas de période aussi longue sans grand débat avec des piquets...

Vous avez mentionné Auchan, Michelin...

Je pourrais citer 10 entreprises qui préparent des plans sociaux. - C.Roux: Sommes-nous à la veille d'une crise industrielle avec des ajustements structurels qui ont lieu en Allemagne et chez nous, avec de la casse sociale inévitable?

Le gouvernement peut encore prendre des mesures? - D.Seux: On est à 0h30 ou 1h sur l'automobile.

Le grand sujet qui est devant nous, c'est la concurrence et la désindustrialisation possible de l'Europe face aux Etats-Unis. D.Trump va dire aux entreprises européennes de s'installer là-bas.

Les chefs d'entreprise disent: "S'il baisse les impôts et s'il y a des droits de douane, on va aller s'installer là-bas." Ils ne vont pas immédiatement fermer les usines, mais les investissements vont se passer aux Etats-Unis. - C.Roux: Le quotidien des Français les plus modestes est difficile depuis longtemps.

La crise a laissé des traces. Le gouvernement ne peut plus mettre la main à la poche. Dans les supermarchés, le vol à l'étalage a augmenté de 14 % en 2023.

Au Havre, on a même mis les steaks sous antivol. - Derrière sa caisse, en 22 ans, Sophie en a vu, des articles défiler. Des histoires de vie évoluer et des porte-monnaie se vider... - On voit que les gens ne mangent plus comme avant.

Ils n'achètent plus la même chose. Soit ils préfèrent payer au fur et à mesure... - C'était moins le cas avant? - Ca arrivait, mais moins souvent. - Une précarité qui pousse certains à ne plus payer. - Je peux voir le sac?

Merci. - A l'intérieur du magasin, le directeur multiplie les antivols. Au rayon alcool, hygiène et, récemment, sur des produits plus étonnants... - On a décidé D'antivoler tous les biftecks.

C'est sur l'emballage. - Des antivols sur la viande? - Sur la viande et le poisson, les produits de nécessité.

Ils volent en fonction de leurs besoins. Il y a des vols inattendus. Une personne assez forte avait mis un poulet entre ses seins pour le voler.

Une personne avait mis une pizza congelée dans son pantalon. Ca devient quotidien. - Pour lutter contre les vols, Laurent a décidé d'innover.

Avec son regard sévère, ce robot scrute chaque client, chaque rayon. Un agent de sécurité sur roues qui intrigue, voire énerve. Il est régulièrement attaqué. - Les caméras sont cassées? - Depuis son arrivée, les vols ont reculé de 30 %, selon le directeur. - Il est très dissuasif.

Certains se disent qu'ils sont surveillés 2 fois plus qu'avant, dans tous les rayons, dans tous les recoins. En plus de la vidéosurveillance et de l'agent de sécurité, il vient en complément. - Mais les techniques des voleurs évoluent souvent plus vite que la technologie.

Chaque jour, l'équipe retrouve des emballages vides. - Vous l'avez trouvé où, le fromage? - Juste derrière.

On va regarder les caméras. C'est fastidieux, comme travail. C'est très long.

Il a une boîte de camembert dans la main. C'est lui. Il l'a jetée dans le rayon.

C'est confirmé. Il met quelque chose dans sa poche. - Le directeur va confier la photo du voleur à l'agent de sécurité. - On a eu un vol de camembert hier.

C'était ici. C'est ce monsieur. - Des visages connus et, justement...

Voilà un client que le directeur surveille. Laurent fait attention car, il y a 3 mois, cet homme a tenté de subtiliser de l'alcool avant d'être interpellé. - Pas de conneries, on est d'accord?

Vas-y, on regardera après. - C'est compliqué de s'en sortir au quotidien? - Oui, c'est dur. - Vous ne travaillez pas? - Je ne trouve pas.

J'ai envie de travailler. - Vous cherchez dans quoi? - Dans n'importe quoi, tant que ce n'est pas trop compliqué. - Derrière chaque voleur ou chaque vol, il y a une histoire.

C'est toujours compliqué. Voler de l'alcool, ce n'est pas une nécessité. - Selon le ministère de l'Intérieur, les vols à l'étalage ont augmenté de 14 % en 2023 par rapport à l'année précédente. - C.Roux: Question.

On est à peu près sûrs qu'il n'y a plus de marge de manoeuvre de la part du gouvernement pour mettre la main à la poche? - D.Seux: Budgétairement, oui.

Ce qui me frappe, c'est la différence entre les chiffres macroéconomiques...

Le pouvoir d'achat serait reparti. La réalité quotidienne...

L'écart entre les deux, ça nous invite à essayer de recoller les morceaux en tant que journalistes. Est-ce que l'inflation va repartir? En théorie, elle peut toujours repartir.

Pour cela, il faudrait qu'il y ait un choc sur le pétrole. Ca voudrait dire qu'il y a une intensification du conflit au Moyen-Orient ou que l'économie chinoise reparte brutalement. Le 1er point est plus probable que le 2d.

A cet instant, on ne voit pas d'emballement de l'inflation. - C.Roux: C'est un sujet qui a un peu disparu.

M.Barnier ne parle pas beaucoup de la question du pouvoir d'achat. C'est un mot qu'il n'utilise pas. - G.Daret: Ca a d'ailleurs été relevé par plusieurs députés, y compris des républicains.

Il parle beaucoup d'aspects financiers et budgétaires. C'est un peu désincarné. Quand on voit ce reportage, on voit le quotidien des Français.

Ils ont le sentiment qu'il est moins présent sur ces questions et qu'il devrait davantage y aller. Il devrait s'abstraire du côté budgétaire. C'est pour ça qu'il y a cette volonté de tourner le plus rapidement possible cette page du budget pour se projeter sur d'autres réformes.

Sur la question du pouvoir d'achat en tant que tel, on l'a assez peu vu, même sur des visites ministérielles. - B.Boucher: Il en a quand même parlé.

Il a avancé la revalorisation du Smic au 1er novembre au lieu du 1er janvier. Il a fait ce geste. Cet après-midi, il a parlé des minima de branches à l'Assemblée nationale.

Il y a des branches où on est payé moins que le Smic. Il y a aussi ces allégements de charges sur les bas salaires qui sont dans le budget et qu'il veut revoir pour éviter les trappes à bas salaires. Cet après-midi, il a aussi évoqué cette allocation sociale unique.

Son but, c'est qu'on touche plus d'argent quand on reprend un travail que quand on reste à la maison. Le pouvoir d'achat a baissé, entre 1,2 et 2 %. Il faut aider les entreprises.

Il faut surtout aider les ménages. C'est la 1re préoccupation des ménages, le pouvoir d'achat, depuis quasiment 2 ans et demi. Il faut mettre l'accent là-dessus.

Il y a le ressenti entre ce qu'on peut avoir comme pouvoir d'achat et...

Un sondage dit que 6 Français sur 10 ont l'impression d'avoir moins de pouvoir d'achat. Même si on vous donne de l'argent avec des chèques énergie, le chèque carburant, la taxe d'habitation qu'on supprime, on n'en a jamais assez à la fin du mois. - C.Roux: L'élection aux Etats-Unis a bien montré que les questions liées au pouvoir d'achat ont pesé lourdement sur le scrutin.

Politiquement, c'est un enjeu à ne pas rater. - O.Détroyat: Tout à fait.

C'était en haut de l'agenda politique il y a quelques mois encore. On a eu ce choc inflationniste dans les grandes surfaces. On voit que l'inflation est la plus forte quand on fait ses courses.

On est sur une tendance inflationniste en grandes surfaces. Les cours des matières agricoles ont reflué. Quand on fait ses courses au quotidien, on sent un peu moins ce choc d'inflation. - C.Roux: Mais les prix n'ont pas baissé. - O.Détroyat: Ils ont baissé sur un an dans un certain nombre de rayons.

La volaille et les pâtes, ce qui était le quotidien des Français... - C.Roux: Les prix n'ont pas retrouvé leur niveau d'avant-crise de l'inflation. - O.Détroyat: Ils ne le retrouveront pas. - D.Seux: Les salaires ont augmenté. - O.Détroyat: Les prix ne retrouveront pas leur niveau d'avant.

On ne va pas faire baisser les salaires. - B.Boucher: Quand l'inflation baisse, les prix ne baissent pas.

L'inflation ralentit. L'augmentation des prix ralentit, mais les prix augmentent quand même. C'est quand même plus cher à l'arrivée pour les ménages. - C.Roux: On parle aussi des retraités et des petites retraites.

On revient sur les annonces faites par L.Wauquiez. - D.Seux: C'est plus bas que si c'était moins haut! - C.Roux: C'est lumineux.

On revient à vos questions. Question. - G.Daret: Le Parlement, c'est le bicaméralisme.

C'est l'Assemblée et le Sénat. Il y a eu des discussions. On décrivait le côté baroque, mais sur l'aspect institutionnel, ça fonctionnait.

Le budget a été rejeté. Ca part désormais au Sénat, où une autre majorité politique existe, faite du centre et de la droite, qui va modifier ce budget à son tour dans un sens plus proche de ce que souhaite le gouvernement. Ensuite, le Parlement se prononcera au travers d'une commission mixte paritaire, qui rassemble quelques sénateurs et députés. - C.Roux: Qui a la main, dans cette commission? - G.Daret: Il y en a 7 et 7.

Je crois que l'équilibre devrait être plutôt favorable au gouvernement. Ceux qui le soutiennent au Sénat sont plus nombreux. Avec l'équilibre qui se fera à l'Assemblée nationale, il espère pouvoir sortir un budget de cette commission mixte paritaire qui soit dans la lignée de ce que souhaitait faire M.Barnier. - C.Roux: Question. - B.Boucher: A priori, oui.

Il y a 2 scenarii possibles. Soit il y a un 49-3 après la commission mixte paritaire sur le texte qui en sort et on demande à l'Assemblée de se prononcer...

Il faudra un 49-3 car il n'y aura pas de majorité. Soit on dépasse le délai du 21 décembre, comme ça s'est passé sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Le texte est parti au Sénat avant d'être étudié en entier.

Dans ce cas-là, M.Barnier peut, par ordonnance...

C'est un acte administratif. Il n'a pas besoin de demander l'aval de l'Assemblée nationale. Il peut faire voter un budget d'urgence. - C.Roux: Question. - D.Seux: Il est surtout porte-parole de lui-même!

Ce n'est pas négatif de dire cela. Il est l'un des présidents de parti parmi les 4 partis qui soutiennent le gouvernement. Il estime que c'est à lui de montrer qu'il tient les arbitrages. - G.Daret: C'est un retour sur le devant de la scène médiatique qui est plutôt réussi.

On verra si ça a été efficace sur la durée. Il y a quelques mois, il était président de la région Rhône-Alpes. Il a fait son retour sur la scène nationale.

Il s'est réimposé politiquement comme l'un des principaux personnages politiques de la vie politique française. Il essaie de marquer des points pour la prochaine présidentielle. - C.Roux: Question. - D.Seux: Les retraites seront toutes revalorisées au 1er janvier, mais de 0,9 % environ.

Au-dessus du Smic, elles ne le seront plus au 1er juillet. Elles continueront sur le même rythme. Elles manqueront une petite revalorisation. - C.Roux: C'est une façon d'encaisser le choc pour les retraités, qui devront malgré tout faire un effort, mais moindre. - D.Seux: Au-dessus d'une pension de 1400 euros, les retraités devront faire un effort modeste mais réel. - C.Roux: Question. - B.Boucher: Ce qui est certain, c'est que sans majorité absolue, on est condamnés à avancer, soit par 49-3, soit par décret, soit par ordonnance.

Il faut trouver des dérivatifs. Si vous ne pouvez pas faire passer de loi, vous êtes coincés au niveau législatif. Mais il y a quelques lois transpartisanes qui, bon gré, mal gré, trouvent des majorités.

Il y en a 5 qui ont été inscrites à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Je pense à une loi sur les fauteuils roulants, par exemple, qui vont être pris en charge par l'Etat. On peut trouver un compromis, un consensus.

Il y a des petites choses qui peuvent avancer. - D.Seux: Le projet de loi contre les narcotrafics devrait être adopté en janvier par consensus. - C.Roux: Question. - O.Détroyat: Cette recrudescence...

Mécaniquement, le chômage devrait augmenter. Entre-temps, Les entreprises gèlent les investissements et les embauches. Vous parliez d'urgence économique et d'incertitude politique.

On n'est pas de nature à embaucher pour compenser les plans sociaux dans les branches qui se portent moins bien. - C.Roux: Question. - D.Seux: Ce qui est frappant, c'est que c'est souvent en novembre que les cheminots lancent des avertissements.

On a ressorti un sujet sur le fret qui date un peu. Ont été rajoutés les TER. Ca se produira le jour même de l'ouverture des négociations NAO sur l'augmentation des salaires de 2025.

Je suis certain que ce n'est qu'un hasard... - C.Roux: Il n'y a pas de lien avec l'actualité sociale chez Auchan et chez Michelin? - D.Seux: Il n'y a pas de lien, mais le gouvernement n'est pas très fort.

Il est probable que les cheminots se disent qu'un gouvernement sera plus rapide à céder aux revendications. - C.Roux: Question. - D.Seux: La dette roule beaucoup.

Le sujet, c'est si les taux d'intérêt vont baisser suffisamment rapidement pour que le coût de cette dette énorme ne nous étrangle pas. Il est un peu en train de nous étrangler. - C.Roux: Merci.

Notre émission s'écoute aussi sur les plateformes. On retrouve A.-E.Lemoine et toute l'équipe.

Au programme? - A.-E.Lemoine: 7 ans après l'affaire Penelope, F.Fillon propose de rendre l'argent à l'Assemblée nationale. 700 000 euros étalés sur 10 ans.

Vers un procès de la Ville de Paris, accusée d'avoir une responsabilité dans l'explosion de la rue de Trévise qui a fait 4 morts? Enfin, E.Béart est allée à la rencontre de familles françaises qui, faute de moyens,