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interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 18 décembre 2024 13 min

Face aux experts du mercredi 18 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

8h34 à présent dans le 6-9 ce matin, notre interview politique, c'est la ministre de la Santé, ministre des Missionnaires de la Santé Geneviève Dariussec qui est avec nous. Bonjour et bienvenue Madame la Ministre. Mayotte, évidemment la situation, on va beaucoup en parler avec vous ce matin. Le bilan dressé hier par le ministère de l'Intérieur après ce communiqué, 22 morts, 1373 blessés. C'est un bilan provisoire évidemment Madame la Ministre. Dans combien de temps nous pourrons avoir un bilan un peu plus affiné selon vous ?

0:27
Geneviève Darrieussecq

C'est un bilan provisoire parce que c'est un bilan établi au niveau de l'hôpital de Mayotte. Et effectivement, je pense qu'il faut que toutes les recherches se poursuivent, que tout soit progressivement, le territoire soit progressivement examiné, que nous puissions avoir, et j'imagine que c'est le cas actuellement, avec les élus locaux aussi qui connaissent la population, avec les associations qui travaillent auprès des populations, et certainement que les choses évolueront. Aujourd'hui, ces 22 morts, c'est le bilan officiel que l'on peut donner, et qui est celui de l'hôpital de Mayotte.

1:11
Présentateur

Bruno Retailleau, juste un mot, le ministre de l'Intérieur qui est sur place en ce moment à Mayotte, craint que le bilan soit trop lourd. Le préfet de Mayotte avait parlé de milliers de victimes potentiellement.

1:25
Geneviève Darrieussecq

Le bilan peut être très lourd dans cet habitat qui est un habitat très précaire, qui a été totalement démoli. Et pour l'instant, nous n'avons pas de visibilité et pu suffisamment investiguer ces zones-là.

1:40
Invité

Et alors, la Croix-Rouge parle de 200 disparus, est-ce que vous en savez plus ?

1:46
Geneviève Darrieussecq

Nous n'en savons pas plus. Et vous savez que c'est une population musulmane qui, en plus, a des rites particuliers, et qui enterre les morts immédiatement, d'inhumations immédiates. Au bout de 24 heures. Donc, c'est vraiment une enquête qu'il faudra, qu'il faut mener actuellement, auprès de la population, pour savoir exactement.

2:12
Invité

Pardon, je reprécise ma question. Il y aurait 200 membres de la Croix-Rouge. Alors, il y a beaucoup, effectivement, de personnes disparues dans la population, mais spécifiquement, 200 membres de la Croix-Rouge qui ne répondent plus à l'appel. Est-ce que vous en avez su ?

2:24
Geneviève Darrieussecq

Nous avons également, par exemple, au niveau de l'ARS de Mayotte, nous avons également, dans les équipes, des personnes qui ne répondent pas. Alors, est-ce qu'elles ne répondent pas parce qu'elles n'ont pas de moyens téléphoniques, donc pas d'électricité pour recharger les téléphones ? Est-ce qu'elles ne répondent pas pour d'autres raisons ? Aujourd'hui, nous ne pouvons pas le dire.

2:47
Invité

Question sur le centre hospitalier de Mayotte. Alors, effectivement, on ne sait pas quelle est la part des personnes qui sont en situation irrégulière dans ce grand bidonville de Kauény. On pense que c'est significatif. L'hôpital de Mayotte, on dit que c'est la plus grande maternité de France. En fait, c'est une maternité étrangère. 75% des femmes qui y accouchent ne sont pas françaises. Est-ce que, pour vous, ministre de la Santé, après la crise, cette situation est durable ?

3:15
Geneviève Darrieussecq

Écoutez, la situation de la maternité est liée à la situation de l'immigration. C'est bien l'objet de ma question. Est-ce que, je crois que le Premier ministre l'a dit, le ministre de l'Intérieur également l'a dit, le sujet de l'immigration à Mayotte est un sujet depuis toujours, et notamment ces dernières années, avec des afflux massifs venant des Comores. On ne va pas régler ce sujet dans un cas aigu.

3:43
Invité

La responsabilité du politique n'est pas de nous dire que c'est un sujet. Tout le monde a compris que c'était un sujet. La responsabilité du politique, c'est de proposer des solutions. Est-ce qu'il en existe ?

3:54
Geneviève Darrieussecq

Ce sera à construire dans les prochains mois, à mon sens, avec le gouvernement et les élus. Mais la responsabilité d'un ministre de la Santé aujourd'hui est de vous dire que si une femme, y compris irrégulière, a besoin de soins et d'accouchement, elle sera soignée à l'hôpital de Mayotte.

4:11
Invité

Et alors, la grosse inquiétude, on l'a vu dans un reportage qui a été diffusé tout à l'heure, c'est l'eau, c'est le choléra, les épidémies. Est-ce que vous avez déjà des inquiétudes et des informations à ce sujet-là ?

4:22
Geneviève Darrieussecq

Alors, il n'y a pas aujourd'hui de raison de penser que le choléra serait présent, mais bien sûr que c'est une inquiétude puisqu'il y avait du choléra le printemps dernier jusqu'au mois de juillet. Donc, nous prenons toute disposition, bien sûr, au sujet de l'eau, ne serait-ce qu'en essayant de recouper au niveau des élus et des associations les messages à donner à la population sur les gestes préventifs à effectuer. Il y a des pastilles de chlore, il y a des mesures particulières qui sont données à la population et nous faisons, bien sûr, des réserves de vaccins potentiellement afin de pouvoir les déployer quand ce sera nécessaire, si c'est nécessaire.

Tout cela est très surveillé, bien sûr, sur le plan sanitaire et mérite une attention. Il y a l'eau, il y a aussi des choses qui surviendront, les vecteurs, les moustiques, par exemple, les maladies diffusables par les moustiques. Donc, nous avons vraiment une attention importante sur tous ces sujets au niveau sanitaire.

5:28
Invité

On a vu, Madame, au moment de la réunion de crise à Beauvau, que vraiment, autour de la table, il y avait tous les services de l'État qui étaient représentés, votre ministère, évidemment. Et on se pose la question de savoir, vous qui avez longtemps travaillé également auprès des armées, à quel moment il faut déclencher ce processus qui consiste à impliquer l'armée, pas seulement dans des opérations logistiques, mais également, par exemple, avec le service de santé des armées qui avait été très présent et très mobilisé, par exemple, pendant le Covid. Est-ce qu'on est dans cette forme d'urgence-là, à Mayotte ?

5:59
Geneviève Darrieussecq

Aujourd'hui, il y a, bien sûr, tous les services santé et la cellule de crise qui existe au niveau du ministère de la Santé, qui est activée 24-24, qui suit la situation. Nous avons la sécurité civile qui a immédiatement mis en œuvre ces dispositifs et l'hôpital de campagne qui sera déployé par la sécurité civile. Et bien sûr, notre action se poursuivra et s'amplifiera en fonction des besoins. Aujourd'hui, nous n'avons pas non plus à déployer des besoins qui ne seraient pas nécessaires.

Mais, par exemple, pour ce qui est du ministère des Armées, nous avons envisagé et nous allons déployer une unité modulaire de réanimation pour venir en soutien de l'hôpital qui est très dégradé quand même sur le plan bâtimentaire. Donc, nous avons besoin de structures qui seront là à moyen terme et jusqu'à ce que nous puissions faire une réparation, une reconstruction efficace.

7:00
Présentateur

Madame la ministre, nous avons annoncé en début de semaine qu'il y avait eu 25 évacuations sanitaires entre l'île de la Réunion et Mayotte. Est-ce qu'on a pu affiner ce chiffre ? Est-ce qu'il a augmenté depuis ?

7:11
Geneviève Darrieussecq

Aujourd'hui, c'est 51 avec celles qui ont eu lieu hier. Et tous les jours, il y a une noria, si vous voulez, de patients qui sont envoyés sur l'île de la Réunion. Moi, je veux vraiment saluer la Réunion qui a un système de santé qui participe beaucoup, beaucoup à la résilience et au traitement de cette urgence. Donc, voilà, c'est 51 aujourd'hui. Et aujourd'hui, il y aura dans la journée d'autres patients qui seront évacués, sachant que ce sont des patients qui ont des maladies chroniques lourdes et qui nécessitent des soins lourds. Ce ne sont pas des patients forcément blessés dans ce cyclone.

7:55
Invité

Et on sait combien de lits peuvent être mobilisés à la Réunion encore aujourd'hui pour accueillir de nouveaux patients ?

8:00
Geneviève Darrieussecq

Alors, il ne faut pas forcément que des lits. Il faut aussi... Les patients dialisés, par exemple, n'ont pas forcément besoin de lits. Ils ont besoin d'un hébergement. Donc, tout ceci est construit avec les préfets, le préfet de Mayotte et le préfet de Zone, qui est le préfet de La Réunion, qui, bien sûr, travaille sur ces modalités d'accueil.

8:20
Présentateur

Dans le même ordre d'idée, combien de professionnels de santé réservistes sont arrivés à Mayotte ?

8:24
Geneviève Darrieussecq

Alors, des professionnels de santé réservistes, aujourd'hui, il y en a 71 qui sont arrivés à Mayotte. Il y en a une trentaine qui vont rejoindre Mayotte le plus rapidement.

8:33
Présentateur

Donc, une centaine en tout. Vous êtes également médecin, Madame la Ministre. Quelle est la priorité absolue, aujourd'hui, à l'heure où l'on se parle à Mayotte ?

8:40
Geneviève Darrieussecq

Eh bien, la priorité absolue, c'est de, bien sûr, venir en secours de la population, accueillir les blessés quand ils arrivent jusqu'à l'hôpital. Et puis, c'est, je crois, avec toutes les forces de sécurité civile et de génie aussi, ceux qui déblaient, etc., de pouvoir repérer des blessés éventuels, des malades qui seraient en rupture de médicaments aussi. Ça, c'est quelque chose d'important pour lequel nous avons une attention particulière. L'hôpital a mis en place une structure particulière.

9:12
Invité

Et il y a une pharmacie suffisante, aujourd'hui, un stock suffisant ?

9:15
Geneviève Darrieussecq

Alors, il y a des médicaments qui sont en stock suffisant. Le grossiste, dit grossiste répartiteur, sur l'île, a des stocks qui n'ont pas été abîmés. Et nous avons envoyé d'autres stocks.

9:28
Invité

Mais, d'accord, le risque épidémique, là, je reviens aux images qu'on a montrées ce matin. Dans la matinale, on a montré des images de gens qui, à Kauény ou ailleurs, font la cuisine avec l'eau qui coule. Du ruisseau. L'eau du ruisseau. Des ruisseaux. Bon, vous imaginez, ça traverse des zones qui ont été habitées, il y a peut-être des cadavres, etc. Enfin, c'est un danger. Mais à quel moment on peut considérer qu'on sera hors de danger dans ce domaine, qu'on aura fait tout ce qu'on doit faire ?

9:54
Geneviève Darrieussecq

Ben, écoutez, quand nous aurons effectivement...

9:58
Invité

Mais c'est une affaire de jours, de semaines...

10:00
Geneviève Darrieussecq

Il y a des envois, il va y avoir, il y a des envois massifs d'eau et de nourriture. Et donc, ce qu'il nous faut...

10:06
Invité

20 tonnes par jour de...

10:08
Geneviève Darrieussecq

C'est pouvoir distribuer cette eau de façon efficace. On a bien compris qu'une fois que ça arrive à l'aéroport, il faut pouvoir le distribuer. Et c'est les capacités à distribuer qui sont importantes. Donc, il faut que les routes soient déblayées. Il faut que les véhicules puissent accéder. Et nous avons... Moi, je crois que c'est notre première urgence, c'est de pouvoir distribuer dans de bonnes conditions l'eau qui est envoyée afin que, justement, d'éviter cette utilisation.

10:35
Invité

Mais on n'avait jamais vu ça, en fait. C'est une catastrophe qui est... Enfin, d'une ampleur qu'on n'arrivait pas à imaginer. C'est-à-dire que le territoire entier a été dévasté.

10:45
Geneviève Darrieussecq

C'est une catastrophe qui est difficilement imaginable, effectivement, avec une dévastation totale de l'île, y compris ce qui était en dur. Certaines, nous en avons résisté, mais avec des dégâts néanmoins. Donc, il faudra bien sûr reconstruire. Ça, c'est une évidence. Et dans des délais assez rapides. Je crois que le Premier ministre l'a dit. Mais il faut aussi sécuriser les bâtiments qui sont encore debout le plus rapidement possible.

Et c'est pour cela que j'ai demandé, d'ailleurs, que l'on envoie, par exemple, à l'hôpital, des experts, des ingénieurs en bâtiment, pour immédiatement faire un diagnostic et pouvoir porter les premières mesures pour sécuriser ce bâtiment et faire en sorte qu'à moyen terme, il puisse être utilisé avant potentiellement une construction différente et des éléments d'avenir qui seraient plus adaptés.

11:41
Présentateur

Pour terminer, Mme Dariussec, vous parliez du Premier ministre. Il doit composer son futur gouvernement. À l'instar du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, vous êtes mobilisé sur cette crise sanitaire et cette situation à Mayotte. Il serait logique que vous continuez dans votre rôle dans les prochains jours pour avoir de la continuité, justement, sur ce dossier de Mayotte ?

12:02
Geneviève Darrieussecq

Écoutez, moi, je suis prête à continuer. Je suis aussi très consciente des équilibres politiques que le Premier ministre devra trouver. Et je suis aussi également très consciente que le milieu de la santé, qui est un milieu que je connais bien, souffre beaucoup d'avoir eu des changements incessants de ministres depuis ces deux dernières années. Et je suis très consciente aussi que nous avons un budget à construire le plus rapidement possible. Un PLFSS, parce que celui que nous avions construit, il avait peut-être des défauts, mais il est certain que c'était 9 milliards de plus pour la santé et aujourd'hui, c'est zéro.

Donc, nous avons vraiment besoin le plus vite possible de construire quelque chose, quelle que soit la personne qui sera là. Et voilà, je... En définitive...

12:50
Invité

Mais vous êtes disponible.

12:52
Geneviève Darrieussecq

Moi, je suis disponible, mais vu un petit peu l'urgence aussi de la situation, disponible ne veut pas dire indispensable.

13:02
Invité

Est-ce que les membres du Modem ne risquent pas de trinquer, si je puis dire, du fait qu'il y a un Premier ministre qui l'est lui-même ?

13:08
Geneviève Darrieussecq

Écoutez, c'est possible, mais moi, ce qui m'importe, c'est les Français, c'est la France. D'accord. Donc, il faut que ça fonctionne. Ma personne n'importe quoi.

13:16
Présentateur

Merci beaucoup, Geneviève Darius, d'être venu ce matin dans le 6-9 face aux experts. Sous-titrage Société Radio-Canada

Face aux experts du mercredi 18 décembre 2024 — Geneviève Darrieussecq · Pourquijevote