LE DROIT DE MANIFESTER N’EXISTE PLUS
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 80 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:30Alexis BaudelinFait
« pourquoi vous nous provoquez ? »
- 3:30Alexis BaudelinFait
« il n’y avait aucun motif non plus pour me menotter »
- 5:00Alexis BaudelinFait
« on ne nous a pas indiqué si on était placés en garde à vue »
- 7:30Alexis BaudelinFait
« On a passé un tournant dans l’autoritarisme de l’État, et dans la réponse policière que l’on connaît face aux mouvements sociaux »
- 8:30Alexis BaudelinFait
« les forces de police à interpeller des gens de façon totalement préventive, sans véritable motif »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Je m’appelle Alexis Baudelin, je suis avocat au barreau de Paris, membre de la Black Robe Brigade, avocat engagé sur le terrain, déterminé et irréprochable. J’étais dans la rue le 12 décembre dernier pour participer à la manifestation contre le projet de loi contre le séparatisme et le projet de loi Sécurité globale. J’étais aux côtés des citoyens justement qui souhaitaient manifester contre l’atteinte à leurs libertés.
J’y étais à titre personnel même si d’autres avocats de mon mouvement étaient également présents. C’était très calme, ça a commencé donc sur la place du Châtelet. Il y avait quand même une forte présence policière, on a été contrôlés tous plusieurs fois, fouille des sacs avant d’arriver sur la place du Châtelet.
Mais ensuite, c’était effectivement calme, j’ai pu retrouver des gens que je connaissais, et discuter avec eux. La manifestation a pu commencer assez rapidement, on s’est orienté en cortège direction République. Au bout d’une demi-heure, on perçoit un peu d’agitation devant nous, on se demande ce qui se passe.
Le cortège se dirigeait calmement vers République. Et on perçoit donc au loin, des charges de part et d’autre de l’avenue, c’était assez perturbant, assez intriguant. Et je me retrouve, avec d’autres manifestants, assez rapidement, au plus près de ces charges.
Je m’aperçois assez rapidement qu’il s’agit de provocations des forces de l’ordre. Indigné par ce qui se passait, je m’adresse à ces forces de l’ordre et je leur dis “pourquoi vous nous provoquez”, donc je répète plusieurs fois, je leur crie même “pourquoi vous nous provoquez ?”.
Et arrive un moment où effectivement, je me tourne vers la droite et j’aperçois des membres de la BRAV qui se dirigent vers moi en courant et qui m'attrapent. Donc, les voltigeurs de la BRAV arrivent sur moi, passent un bras autour de mon cou et me tirent, me sortent du cortège en disant “on vous interpelle”. Donc, je suis interloqué je me demande “mais pourquoi vous m’interpellez ?” sachant que je n’avais rien commis.
Je leur demande à plusieurs reprises “pourquoi vous m’interpellez”. Ces personnes ne me répondent pas, alors que normalement ils devraient. Arrive un moment où ils décident carrément de me menotter.
Ce qui est pour moi totalement scandaleux, car il n’y avait aucun motif non plus pour me menotter. Il faut savoir que, normalement, le menottage n’est utilisé qu’en cas de nécessité : quand un individu peut paraître dangereux pour lui-même ou pour les autres, mais également s’il y a un risque de fuite. Or, ces membres de la BRAV avaient bien compris quand ils m’ont attrapé que j’étais disposé à les suivre, ce que j’ai fait, je n’ai opposé aucune résistance.
Même si je parlais peut-être fort, en tout cas, je n’exprimais aucune résistance physique, il n’y avait aucun motif pour me menotter. J’ai été retenu pendant 5 heures, plus de 5 heures dans différents commissariats. J’ai été trimballé d’un commissariat à un autre, à partir de cette interpellation.
Et, à aucun moment, les agents de police que j’ai pu rencontrer, même les OPJ, ne m’ont indiqué pourquoi moi et les autres manifestants qui étaient avec moi, lors de cette interpellation, ont été interpellés, pour quels motifs ? Il s’est écoulé environ 40-45 minutes avant qu’un bus de la police nous embarque. Nous avons fait un premier commissariat dans le 18e qui, je ne sais pas, en raison peut-être de ses capacités, ne pouvait pas tous nous accueillir.
Donc, avec une partie du groupe des manifestants interpellés, nous sommes partis dans un autre commissariat, dans le 14e arrondissement. Nous sommes restés dans ce commissariat on va dire une heure. Là, à nouveau, on nous a dit “bon on ne peut pas vous prendre en charge ici donc vous allez devoir partir à nouveau dans un autre commissariat, qui a été le 13e arrondissement”.
Le temps passait, ça faisait 3 puis 4 heures, plus de 4 heures que nous étions retenus sans motif. J’ai donc essayé de discuter avec ces gens pour leur dire que ce qu’ils étaient en train de faire dépassait le cadre légal de la procédure, qu’on était détenus de façon totalement arbitraire. On ne voulait toujours pas me répondre sur les motifs, on essayait de me dire, de m’expliquer comme quoi il y avait des circonstances insurmontables qui faisaient que pour le moment on ne pouvait rien nous dire, mais qu’on rencontrerait l’OPJ très rapidement.
On arrive dans ce qui a été le dernier commissariat, dans le 13e arrondissement. Et là donc un OPJ m’identifie et m’indique que je suis libre, que je peux prendre mes affaires et que je peux repartir. A aucun moment, entre mon interpellation, à 15 heures, en marge du cortège, et ma sortie du commissariat à 19 heures, je n’ai eu d’explication sur les motifs de mon interpellation et à aucun moment je n’ai été placé en garde à vue.
La procédure normale si vous vous faites interpeller, en théorie, on peut vous demander votre identité, et si vous refusez de la donner, les agents de police ont un délai de 4 heures pour procéder à ce contrôle d’identité. Au-delà de ces 4 heures, on doit, sauf si on souhaite effectivement vous placer en garde à vue, au-delà de ces 4 heures, on doit normalement vous relâcher. Mon cas, et celui des autres manifestants, cela n’a pas été le cas : au bout de 4 heures, nous n’avions toujours pas eu d’explications sur le fait que nous soyons toujours retenus.
Le contrôle d’identité visiblement avait été fait depuis longtemps, et on ne nous a pas indiqué si on était placés en garde à vue. Ça a été une expérience qui m’a marqué. Effectivement, je ne pensais pas que des forces de l’ordre pouvaient interpeller comme ça, sans raison, aveuglément, et de façon totalement arbitraire des manifestants pour le simple fait qu’ils décident d’user de leur liberté de manifester.
On a passé un tournant dans l’autoritarisme de l’État, et dans la réponse policière que l’on connaît face aux mouvements sociaux. Faut savoir qu’en début de semaine le président Macron avait indiqué à Gérald Darmanin que pour la prochaine manifestation, aucun débordement ne serait permis. Et qu’il devait user de toutes les techniques et moyens nécessaires pour prévenir ces débordements.
Donc, on a bien vu que cela a été mis en oeuvre et exécuté par le ministre de l’Intérieur et par le préfet Lallement, en autorisant effectivement les forces de police à interpeller des gens de façon totalement préventive, sans véritable motif, juste parce que ces personnes soit portaient un drapeau, soit avaient des vêtements un peu sombres soit avaient un mégaphone ou parce que leurs têtes ne leur revenaient pas. C’est pourquoi je pense que c’était totalement arbitraire. Après cette journée, on a décidé avec d’autres avocats du collectif de la Black Robe Brigade de ne pas laisser cet événement sans réponse.
Effectivement, nous prévoyons des suites judiciaires contre ce qui s’est passé. Au vu de ce qui s’est passé samedi dernier, je peux comprendre effectivement que certains manifestants aient peur de revenir dans les cortèges face à cette répression policière aveugle. Personnellement, cet acte je l’ai vécu effectivement comme un défi.
Pour moi, ce n’est pas quelque chose qui me fait peur. S’il y a un appel, samedi prochain, à de nouvelles manifestations, je serai présent. Je serai présent à nouveau avec mon drapeau, pour porter haut nos libertés pour les défendre toujours plus et pour montrer que nous ne courberons jamais l’échine face à l’autoritaire.