Episode 8 : Olivier Duhamel raconte la naissance de la Ve République
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- 2:49PrésentateurFait
« l'autorité indivisible de l'État est confiée tout entière au président par le peuple qu'il a élu. »
- 8:39InvitéPromesse
« La responsabilité, je l'exercerai. »
- 16:51InvitéFait
« Deux décisions seront prises. »
Temps de parole
- Présentateur78 %
- Invité6 %
- Invité 25 %
- Invité 34 %
- Invité 43 %
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Bonjour à tous, c'est Olivier Duhamel. C'est notre série sur la naissance de la 5ème République. Elle aurait pu s'arrêter avec l'épisode précédent, mais j'ai pensé que ça méritait une vraie conclusion, un ultime épisode qui vous raconte ces 60 années de 5ème République à travers leur président.
Française, Français ! Il est de l'intérêt supérieur du pays. De tout mon cœur, au nom de la France ! Le général de Gaulle me paraît parmi les plus qualifiés. Je vous demande de répondre oui ! Une réforme profonde est de la Constitution et de nos institutions. Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence ?
Vous parlez d'Alger, Europe numéro 1.
Il y a beaucoup de façons possibles de raconter 65ème République. J'ai choisi de prendre dans le fond ce que probablement vous connaissez le mieux, mais aussi ce qui est le plus important, c'est-à-dire l'histoire des présidents. Et sur ces présidents, je voudrais montrer que quelles que soient les immenses différences de De Gaulle à Macron, en passant par Pompidou, par Giscard, par Mitterrand, par Chirac, par Sarkozy, par Hollande, ils ont deux choses en commun. Ils ont tous été aussi présidentialistes qu'ils le pouvaient.
Et le deuxième point commun, c'est que par-delà la différence qui fait qu'il y a des présidents de droite, élus par la droite en tout cas, et des présidents de gauche, élus par la gauche, finalement, tous ont été au-delà de cette grande partition. Tous ont été aussi colorés par le camp adverse. Commençons par le général De Gaulle, qui a présidé la 5ème République de 1959 à 1969. Alors, pour ceux qui douteraient que De Gaulle a été présidentialiste, entendons-nous bien ce que j'entends par présidentialiste, affirmer la domination du président sur les autres pouvoirs.
Dans une conférence de presse, le 31 janvier 1964, le général De Gaulle déclare « Il doit être évidemment entendu que l'autorité indivisible de l'État est confiée tout entière au président par le peuple qu'il a élu. Qu'il n'en existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire, qui ne soit conférée et maintenue par lui. » Incroyable déclaration, qui d'ailleurs même des gaullistes se trouveront excessive, du moins en leur feu intérieur, parce qu'il ne valait pas mieux dire ces choses-là publiquement du temps du général De Gaulle. Alors, De Gaulle, par certains aspects, était de gauche, par d'autres, était de droite.
Le plus bel exemple, c'est dans l'entre-de-tours des élections présidentielles de 1965. Il récuse la division entre la droite et la gauche. Il dit qu'il faut être des deux et au-delà des deux pour rassembler les Français. Et comme exemple, entre guillemets, de gauche, il déclare « La maîtresse de maison, la ménagère, elle veut avoir un aspirateur, elle veut avoir un frigidaire, et même si c'est possible qu'on ait une auto, ça c'est le mouvement. » Et le mouvement, le progrès, c'est la gauche, n'est-ce pas ? Mais elle ne veut pas la pagaille. Et ça c'est vrai aussi pour la France, pour le progrès, il ne faut pas la pagaille.
Et puis par ailleurs, le général de Gaulle était, pourrait-on dire, pour pousser encore plus loin l'oxymore, la contradiction, un empereur démocrate. Un empereur, un Bonaparte, qui faisait appel au plébiscite. Et c'est ce qu'il fait encore une fois, en 1969, quand il veut réformer les régions et le Sénat. Mais un empereur démocrate, parce qu'il met en jeu sa responsabilité. C'est utile de vous dire que ses successeurs, quand ils ont fait des référendums, ils n'ont pas mis en jeu leurs responsabilités, ils n'ont pas pris le risque. Mais lui, si, écoutez-le, son dernier discours aux Français, avant le référendum de 1969. Ce discours est du 24 avril 1969, écoutez l'extrait.
Françaises, Français, vous, à qui si souvent j'ai parlé pour la France, sachez que votre réponse va engager le destin de la France. Si je suis désavoué par une majorité d'entre vous, ma tâche actuelle de chef de l'État deviendra évidemment impossible et je cesserai aussitôt d'exercer mes fonctions.
Le nom l'emporte, communiqué du général de Gaulle, je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République, cette décision prend effet aujourd'hui à minuit. Et le général de Gaulle ne s'adressera plus aux Français jusqu'à sa mort. Lui succède Georges Pompidou. Et Georges Pompidou va être, comme son prédécesseur, présidentialiste. Beaucoup pensaient que, dans le fond, cette cinquième République, elle avait été faite pour de Gaulle, mais qu'après de Gaulle, ma foi, on trouverait un équilibre différent, on trouverait un pouvoir parlementaire réveillé. Que nenni ! Georges Pompidou assume l'héritage du général de Gaulle.
Je crois que le choix fait par le peuple français démontre son adhésion à la conception que le général de Gaulle a eu du rôle du président de la République, à la fois chef suprême de l'exécutif, gardien et garant de la Constitution, il est à ce double titre chargé de donner les impulsions fondamentales à la fois arbitres et premiers responsables nationals. C'est ce que dit Pompidou dès sa première conférence de presse le 10 juillet 1969. Georges Pompidou n'a pas été président très longtemps puisqu'il meurt, à la surprise des Français, qu'il ignorait même sa maladie, début avril 1974.
Et là commence une campagne présidentielle éclaire qui va ne durer que quelques semaines et entre les deux tours, vous avez un choc frontal droite contre gauche. Giscard contre Mitterrand. Et c'est Giscard qui l'emporte. Et donc là, tout a fait de Giscard un candidat de droite, tous devraient faire de Giscard un président de droite. Et ce sera un président de droite. Mais néanmoins, ce même Giscard, dans le début de sa présidence, il va prendre des mesures qui sont des mesures progressistes, qui sont des mesures de gauche. Il va accorder le droit de vote, par exemple, aux jeunes dès l'âge de 18 ans.
Ça, franchement, c'était d'autant plus audacieux que les jeunes, à l'époque, étaient très orientés à gauche. Donc c'était tout sauf son intérêt politique. En général, les politiques prennent des décisions dans leur intérêt politique. C'est assez normal. Alors on leur reproche, comme si les chefs d'entreprise ne prenaient pas des décisions dans l'intérêt de l'entreprise, les syndicalistes des syndicats, et les animateurs de radio des animateurs de radio. Non, mais bon. Deuxièmement, ça c'est beaucoup plus connu. Il va dépénaliser l'avortement. Ça va être la loi Veil, qui accepte l'interruption volontaire de grossesse.
Cette loi, elle est contre la volonté d'une partie non négligeable de sa majorité. et elle ne passe à l'Assemblée que grâce au soutien de la gauche. Donc, même Giscard a été et de droite et de gauche. Quant au présidentialisme, alors là, Giscard, d'emblée, il a laissé entendre qu'il était hors de question de faire une évolution modérée des institutions. Écoutez.
Dans une élection présidentielle, ce qui compte, c'est la décision, et c'est la responsabilité. La décision, vous l'avez prise. La responsabilité, je l'exercerai. Je sais que de ce jour, date une ère nouvelle de la politique française, celle du rajeunissement et celle du changement de la France.
Du jour de mon élection, date une ère nouvelle de la politique française. Non mais, c'est incroyable. D'audace, diront ses partisans, de prétention, diront ses adversaires. Je vous laisse choisir. Giscard ne va pas être réélu. Ça va être sa souffrance. Et dans les raisons de son échec, il y a bien sûr la division de la droite. Mais il y a un autre facteur qui a joué, qui est l'excès de présidentialisme. Le monarchisme. Il a été caricaturé en Louis XV par une du magazine Le Nouvel Observateur, qui a été transformé en affiche et qui était dans les rues de Paris. Donc, le présidentialisme est la condition de la force du président, mais il faut qu'il s'exerce dans un style démocratique.
Et les Français ont eu l'impression que pour Giscard, ils s'exerçaient dans un style trop monarchique et ils n'ont pas réélu. A la place, ils ont élu Mitterrand. On pourrait dire Mitterrand, alors là, du coup, c'est fini le présidentialisme avec Mitterrand. Mitterrand, c'est un homme de la Quatrième République. Mitterrand, c'est un républicain. Mitterrand, c'est un parlementaire. Mitterrand, c'est quelqu'un qui a dénoncé la Cinquième République. Mitterrand, c'est quelqu'un qui a voté non en 1958. Mitterrand, c'est quelqu'un qui a publié en 1964 un livre qui s'appelait « Le coup d'État permanent ». Mitterrand, c'est celui qui a dénoncé haut, fort et avec quel talent le pouvoir personnel.
Ah oui, mais quand il devient lui président, c'est autre chose. Il aura ce mot incroyable disant que les institutions étaient mauvaises avant lui, seraient mauvaises après lui, mais sous-entendu, avec lui, elles étaient bonnes. Ce qui veut dire que l'alternance de 1981 est une grande alternance politique, mais que c'est une grande continuité constitutionnelle pour la Cinquième République. Bon, François Mitterrand, président de gauche, toutes les premières mesures prises pendant les deux premières années, l'atteste l'abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans, les nationalisations, la cinquième sommette de congés payés, etc., etc. Mais Mitterrand avait aussi des aspects de droite.
On peut dire que le tournant de la rigueur en 1983, quand on décide, pour rester dans l'Europe, de faire une politique de rigueur, de contrôle des salaires, d'arrêt d'augmentation des salaires, les uns diront que c'est ni de droite ni de gauche, c'est la seule politique possible, mais dans les clivages de l'époque, c'était un virage à droite, même s'il n'était pas assumé comme tel et de manière totalement évidente. Enfin, Mitterrand, il est le premier président de la République qui va subir la cohabitation et qui va d'ailleurs la subir deux fois. C'est-à-dire que deux fois, il va perdre les élections législatives et il va quand même rester.
Excusez-moi, mais un démocrate de gauche qui perd des élections législatives, il s'en va. C'était le côté de gauche de De Gaulle, on a dit tout à l'heure. Mitterrand, pour lui, le plus important, c'est de rester. Donc, c'est un monarque. Donc, il est de droite. Donc, Mitterrand est de droite et de gauche comme les autres. Chirac. Alors, Jacques Chirac, c'est quelqu'un, Jacques Chirac. Comme ses prédécesseurs, même s'il n'a pas trop trop envie d'être trop activiste comme président, et puis de toute façon qui ne pourra pas pendant 5 ans du 1er septembre parce qu'il va se faire une cohabitation et puis lui, pas de 2 ans, mais de 5. Il a quand même l'idée que le président est le chef.
Alors, il a une formule tout à fait à la Chirac pour le résumer. Il dit, un chef, c'est fait pour cheffer. Donc, il a quand même quelques postures très présidentialistes. Chirac est de droite. Chirac a été élu contre Jospin en 1995. Chirac devait être élu contre Jospin en 2002. Sauf que vous savez que ça a été l'incroyable surprise de 21 avril 2002. Jospin écarté du second tour. Le Pen, le leader d'extrême droite, se retrouvant au second tour. Ce qui fait que Chirac, en vérité, lui, est complètement élu de droite et de gauche en 2002. Et puis, Chirac a eu un autre moment extrêmement, entre guillemets, de gauche. C'est celui où il s'est opposé aux Américains.
Alors, traditionnellement, la droite est plus pro-américaine et la gauche plus anti-américaine. Où il s'est opposé à la guerre, alors que, traditionnellement, le fond de la droite est plus militariste et le fond de la gauche est plus pacifiste. Où il a refusé de suivre George Bush, fils, pour faire la deuxième guerre d'Irak. Écoutez.
J'ai entendu parler de cette résolution qui m'apparaît comme un moyen après coup de justifier l'intervention militaire et qui n'est donc pas, de mon point de vue, adaptée à la situation actuelle. La France, par conséquent, n'acceptera pas une résolution de cette nature, celle que vous avez évoquée, c'est-à-dire une résolution tendante à légitimer l'intervention militaire et à donner aux belligérants américains et qui n'est donc pas, de mon point de vue, adaptée à la situation actuelle.
La France, par conséquent, n'acceptera pas une résolution de cette nature, celle que vous avez évoquée, c'est-à-dire une résolution tendante à légitimer l'intervention militaire et à donner aux belligérants américains et anglais les pouvoirs d'administration de l'Irak.
Donc, le 18 mars, il avait annoncé qu'il ne suivrait pas une intervention militaire et qu'il voulait essayer encore d'arrêter la guerre et le 21 mars, il refuse d'accepter de légitimer l'intervention américaine qui vient d'avoir lieu. Succès d'Ajaccio comme vous le savez, Nicolas Sarkozy en 2007 et là, vous le connaissez mieux donc on va aller peut-être un peu plus rapidement sur les présidents tout récents. Nicolas Sarkozy est évidemment présidentialiste, vous vous souvenez comment il a qualifié son premier ministre François Fillon, il l'a traité de collaborateur, ce qui était quand même le réduire à peu de choses et très très humiliant.
Finalement, ce qui a nuit à Sarkozy, ce qui l'a empêché d'être réélu, c'est de s'être pipolisé au-delà du raisonnable et donc de ne pas avoir incarné la fonction présidentielle comme il convenait. Allez, un seul exemple pour vous le remémorer. Écoutez,
comment vous répondre ? Je ne voulais pas qu'on prenne une photo de moi au petit matin. Glauque. Je ne voulais pas qu'on prenne une photo de moi le soir. Et donc, avec Carla, nous avons décidé d'assumer. Et puis, vous l'avez compris, c'est du sérieux.
Et du coup, ça va passer en boucle avec Carla, c'est du sérieux. Et évidemment, dans la conception quand même également monarchique que les Français se font de la Ve République et de son président, on ne dit pas qu'avec X, avec Y ou avec Z, c'est du sérieux. D'une certaine manière, son successeur, François Hollande, va être victime de la même chose. Je pense que une des raisons pour lesquelles François Hollande était élu en 2012, c'est parce que les Français ne veulent plus de Nicolas Sarkozy. Et une des raisons pour lesquelles François Hollande ne pourra pas être réélu en 2017, c'est parce que les Français ne voudront plus de François Hollande.
Et pourquoi est-ce qu'ils ne voudront plus de François Hollande ? Parce que, comme son prédécesseur, il considère que, même s'il a essayé d'être présidentialiste, même s'il a eu des moments présidentialistes, globalement, il n'a pas incarné la fonction comme il convenait. On lui a beaucoup reproché sa théorie du président normal. Il a fini par même reconnaître qu'il n'aurait pas dû prononcer l'expression et que François Hollande reconnaisse une erreur, il faut vraiment qu'elle soit grosse. Il n'a jamais pu recueillir vraiment l'assentiment des Français, sauf dans quelques moments très dramatiques, comme lors des attentats. Juste un exemple.
J'ai également convoqué le Conseil des ministres. Il va se tenir dans quelques minutes. Deux décisions seront prises. L'état d'urgence sera décrété, ce qui veut dire que certains lieux seront fermés. La circulation pourra être interdites. La seconde décision que j'ai prise, c'est la fermeture des frontières. Nous devons nous assurer que personne ne pourra rentrer pour commettre quelque acte que ce soit. C'est une terrible épreuve qui, une nouvelle fois, nous assaille. Nous savons d'où elle vient, qui sont ces criminels, qui sont ces terroristes.
C'était donc le 13 novembre 2015, à 23h55, après les terribles attentats que l'on sait. Dans ces moments-là, il incarne totalement la fonction présidentielle. Dans les semaines qui suivent, il a un bond de popularité ou plus exactement, un recul énorme de son impopularité, donc un bond de popularité. Et puis ça disparaîtra. Et puis il n'en restera rien. C'est un des mystères de François Hollande. François Hollande, franchement, tout le monde doit reconnaître que c'est quelqu'un de fort intelligent. Tout le monde doit reconnaître que c'est quelqu'un de fort sympathique.
Qu'est-ce qui fait qu'un homme aussi intelligent et aussi sympathique ait été incapable d'incarner vraiment la fonction présidentielle ? Je crois que ça nous dit quelque chose sur le mystère de cette fonction à la fois monarchique et démocratique et sur la grande différence qu'il y a entre les talents requis pour conquérir le pouvoir et les talents requis pour l'exercer. Et notre dernier président, l'actuel Emmanuel Macron, question talent pour conquérir le pouvoir, il en a montré. Est-ce qu'il parviendra, lui, à l'incarner comme sûr le faire certains prédécesseurs ?
Comme le firent magnifiquement si je devais faire un nid de parade qui serait le même que celui que font les Français et le général de Gaulle et François Mitterrand ? Mais cela, il est vraiment trop tôt pour le dire, mais dans quelques années, nous pourrons le faire. Nous le ferons dans une autre série. Vraiment merci d'avoir suivi cette série du premier au huitième épisode. Merci à mes côtés, à Thomas Cahier, à la production, à Paul Lassen, Fanny Rascal et Claire Hazan à la préparation. On a beaucoup travaillé mais on s'est beaucoup amusé. Merci évidemment au service d'occupation d'Europe 1. Si vous avez raté un épisode, vous pouvez tout retrouver sur Europe 1.fr.
Ou alors, si vous avez beaucoup aimé un épisode, vous pouvez également le réécouter sur Europe 1.fr et en tout cas, les faire écouter Europe 1.fr les différentes plateformes d'écoute. Et j'espère vous retrouver très prochainement. Au revoir.
Une création Europe 1 Studio. Certaines choses gagnent à rester simples comme Simply Lemonade, préparée avec de vrais citrons et du sucre de canne pour un goût frais et entièrement naturel. C'est la boisson idéale pour illuminer les petits moments du quotidien. Elle est vive, rafraîchissante et conçue pour ceux qui apprécient les bonnes choses. Dites oui à la simplicité et retrouvez Simply Lemonade au rayon frais de votre supermarché. Appuyez sur la bannière pour l'acheter dès maintenant.