Sébastien Peytavie, député "Écologiste et Social" de Dordogne | La politique et moi
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Bonjour Sébastien Paytavie.
- 0:30OuverteRéponse directe
Vous êtes le premier député en fauteuil roulant à siéger sous la Ve République. Comment avez-vous vécu vos premières heures à l'Assemblée ?
- 2:00OuverteRéponse directe
On voit que vous en riez, qu'on peut avoir de l'humour sur son propre handicap ?
- 3:30OuverteRéponse directe
L'Assemblée a engagé des travaux pour vous, sauf que les bonnes volontés ne suffisent pas toujours. Qu'est-ce qui s'est passé en juillet 2024 lors de l'élection à la présidence ?
- 5:30OuverteRéponse directe
Une place a été aménagée pour vous juste à côté des ministres. Est-ce que ça a permis de surprendre des conversations confidentielles ?
- 7:00OuverteRéponse directe
Votre élection a suscité beaucoup d'espoir chez les personnes handicapées. Comment avez-vous géré cet écart entre les attentes et vos propres objectifs politiques ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Sébastien PeytavieFait
« On est dans une société qui n'a pas été pensée pour des personnes en situation de handicap, qui malgré 20 ans de loi n'a pas trop évolué. »
- 4:00Sébastien PeytavieChiffre
« 16 % de la population a un handicap et il n'y a que 0,1 % des élus qui sont en situation de handicap. »
- 7:30Sébastien PeytavieFait
« La présidente revient et dit qu'on va procéder à un vote assis-levé. Je lui dis : "Comment je fais ?" »
- 9:30Sébastien PeytavieFait
« Le Sénat s'est opposé à ça, et a dit que c'était à la personne en situation de handicap de trouver un moyen pour pouvoir voter. »
- 12:30Sébastien PeytavieFait
« Il y a quand même énormément de femmes qui, aujourd'hui, quittent le salariat parce qu'elles ont des règles trop douloureuses. »
- 16:00Sébastien PeytavieChiffre
« Moi, j'habite à cinq heures de train de Paris. Donc déjà, il y a dix heures de train aller-retour chaque semaine. »
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Il n'avait pas prévu de faire du handicap son principal combat, mais son élection a changé la donne, une charge pas toujours évidente à assumer. Il siège au sein du groupe écologiste à l'Assemblée. Générique --- --- Bonjour Sébastien Paytavie. -Bonjour. -Elu député, tous les regards se sont tournés vers vous pour une raison simple.
Vous êtes le premier député en fauteuil roulant à siéger sous la Ve République. Vous êtes évidemment venu avec votre fauteuil qui est là, ici. Et on va voir que dès le premier jour, ça a posé des problèmes très concrets à l'Assemblée. *-Premières heures dans l'Assemblée et déjà premiers obstacles à dépasser. *-Alors, descente très sportive, parce que si on se loupe, c'est le mur qui nous arrête. *-Avec Sébastien Paytavie, le Palais Bourbon connaît son premier député en fauteuil, d'où de nécessaires aménagements. *-La maison est ancienne à l'époque, il y avait des chaises à porteurs. *-Et il n'y a plus ? *-Non, malheureusement. *-Comme je ne peux pas accéder dans les rangs, donc je vais être à côté des ministres tout à fait en bas. -On voit que vous en riez, qu'on peut avoir de l'humour sur son propre handicap ? -On peut...
On est dans une société qui n'a pas été pensée pour des personnes en situation de handicap, qui malgré, 20 ans de loi n'a pas trop évolué. -Il y a une loi votée depuis longtemps sur l'accessibilité des bâtiments publics et votre élection a montré qu'elle n'était pas appliquée à l'Assemblée. -Oui.
Ils y avaient pensé. Evidemment, quand la loi a été votée, mais comme jamais la situation s'était présentée, ils n'avaient pas fait les travaux. -L'Assemblée a donc engagé des travaux pour vous, sauf que les bonnes volontés ne suffisent pas toujours.
Il y a eu un incident en juillet 2024, à l'occasion de l'élection à la présidence de l'Assemblée. Ca vous a mis en colère. Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ? -On avait demandé avec mon équipe si toutes les dispositions avaient été prises pour pouvoir voter.
On nous avait garanti que oui. Et en fait, c'est un huissier qui s'était proposé pour pouvoir voter à ma place. Parce que l'urne était installée en haut de la tribune et donc je ne pouvais pas monter donc plutôt que de descendre ou de mettre une urne en bas pour que tout le monde puisse voter au même endroit, l'idée était qu'un huissier sans avoir fait de délégation de vote ce n'était pas un député ce n'était pas quelqu'un à qui je pouvais donner mon pouvoir pour voter.
Il y a plein de choses qui n'allaient pas et ça n'a pas été pensé donc...
Bon, j'ai été pris de court, on va dire, sur le premier scrutin. Entre le premier et le deuxième tour, j'ai demandé à ce que l'on puisse modifier. On nous a dit que comme nous avions commencé d'une certaine manière, on ne pouvait pas...
Et puis sur le troisième tour, je me suis bloqué devant les marches et j'ai refusé de donner mon bulletin pour qu'ils descendent l'urne. -C'est l'image qu'on voit là, l'urne qui est descendue. On ne vous voit pas au pied de la tribune, mais on voit vos collègues vous applaudir pour avoir fait ce geste, pour pouvoir voter vous-même personnellement.
Une place a été aménagée pour vous juste à côté des ministres. C'est une position stratégique d'être juste à côté des ministres ? Est-ce que vous avez pu surprendre des conversations confidentielles ? -Il n'y a pas tellement de conversations confidentielles, mais ça permet de discuter. -Est-ce que ça a permis de sympathiser avec certains ministres ? -Ca permet de porter des sujets.
Quand on a un problème avec la fermeture de la maternité de Sarlat et qu'on a le ministre de la Santé à proximité, on peut en discuter rapidement. -Votre élection a suscité beaucoup d'espoir chez un grand nombre de personnes handicapées. Sauf que vous, au début, ne vouliez pas être réduit à cette cause du handicap.
Vous étiez là pour défendre les services publics, pour lutter contre le réchauffement climatique. Comment vous avez géré cela, cet écart entre les attentes porté sur vous et vos propres objectifs politiques ? -Quand je suis candidat en 2022, la question du handicap n'est pas du tout un sujet, ni que je mets en avant.
Je crois qu'on me voyait même pas en fauteuil sur l'affiche. Et quand j'arrive et quand j'apprends, parce que j'ai découvert que j'étais le premier député en fauteuil roulant en arrivant ici. Je ne le savais pas.
J'ai reçu je ne sais combien de messages de personnes en situation de handicap qui, dans tous les problèmes rencontrés dans le quotidien, n'avaient pas de solution et n'avaient pas une voix qui était portée. Donc on se retrouve, malgré soi, à devoir porter ces sujets. 16 % de la population a un handicap et il n'y a que 0,1 % des élus qui sont en situation de handicap.
Donc on a besoin en fait de rentrer et je crois que c'est un des seuls moyens hélas de faire bouger les choses puisque les lois adoptées sur les questions de handicap ne sont pas appliquées. -Vous avez remporté plusieurs victoires. Vous avez notamment obtenu le remboursement intégral des fauteuils pour les personnes handicapées et puis une victoire peut-être plus symbolique, mais dans le fonctionnement de l'Assemblée, vous avez obtenu la fin du vote assis-debout.
C'était important pour vous, ça ? -C'était une situation complètement absurde. Je me suis retrouvé...
On l'utilise souvent pour exclure, par exemple, un camarade. Et donc, là, c'était le cas...
La présidente revient et dit qu'on va procéder à un vote assis-levé. Je lui dis : "Comment je fais ?" Et elle me dit : "T'as qu'à lever la main." Je lui dis : "Mais, c'est pas possible que dans l'hémicycle, dans la maison du peuple, en fait, tout le monde ne puisse pas voter de la même manière." Donc, je lui avais demandé à ce qu'on puisse changer le règlement intérieur.
Elle m'avait dit que c'était compliqué, qu'il y avait un risque de changer beaucoup d'autres choses avec. Mais pour les 20 ans de la loi du handicap, ça me semblait important que l'on puisse porter symboliquement, parce qu'effectivement, c'est un symbole, mais il n'est pas si simple, car le Sénat a voté contre. -C'est vrai ? -Le Sénat s'est opposé à ça, et a dit que c'était à la personne en situation de handicap de trouver un moyen pour pouvoir voter. -En tout cas, au sein de votre groupe, on voit cette image, les choses sont évidentes, quand vous participez à une conférence de presse, vos collègues députés s'assoient à vos côtés. -Vous voyez, derrière, le pupitre n'est absolument pas adapté.
On ne peut pas en régler la hauteur. Je suis rarement invité sur les plateaux télé parce qu'ils ne sont pas adaptés. -On a dû adapter un peu la situation pour vous recevoir.
On est ravis de le faire, mais c'est vrai que ce n'est pas pensé pour. -Non, ce n'est pas pensé pour. Moi, je pense à un enfant qui peut être en situation de handicap, comment lui va se projeter dans la vie qu'il va avoir ?
Et c'est vrai que quand on ne voit personne ou pas grand-monde sur les plateaux télé, si on se dit que l'Assemblée n'est pas un endroit prévu et adapté pour, et pour de multiples métiers, ça vient aussi bloquer les imaginaires et le champ des possibles. Et ce n'est pas raccord avec la promesse républicaine. -Ce handicap, vous vivez avec depuis l'âge de 3 ans, à la suite d'une opération chirurgicale qui a mal tournée.
Comment vous et votre famille a réagi à l'époque ? -C'est un drame familial, évidemment. Mais mes parents, à cette époque-là, quand on était en situation de handicap, on allait dans un foyer, enfin dans un centre pour handicapés, on grandissait là-dedans.
Il est évident que les perspectives d'une vie étaient de suite coincées dans une institution. Mes parents ont refusé à ce que j'aille dans une institution. Donc j'ai grandi à la campagne, dans la maison familiale.
Je suis allé à l'école publique du village. -"Je ne me suis jamais dit : ça, je ne peux pas le faire". Vous n'êtes pas fixé de limite du fait de votre handicap ? -Non, forcément, ça vient modifier notre manière d'appréhender et de vivre dans le monde.
Mais jamais je me suis dit que je ne pouvais pas pratiquer quelque chose parce que j'étais en situation de handicap. Après, j'ai voulu faire psychologue, ça ne m'empêchait pas, même si des conseillers d'orientation m'avaient dit que ça pouvait être difficile. Je ne voyais pas en quoi ça pouvait l'être pour écouter et accompagner des gens.
Mais voilà, ça s'est fait sans entrave. -Vos parents ont décidé de devenir famille d'accueil pour enfants placés. Est-ce que ça a pu aussi compter dans votre propre construction personnelle ?
Peut-être dans votre façon de vivre votre handicap ? -Je ne sais pas si ça a changé la manière de vivre le handicap. Je pense que certainement que l'arrivée de mon handicap a modifié aussi dans ma famille le fonctionnement. -Parce que vos parents faisaient d'autres métiers et effectivement, ils ont décidé de...
Votre père est devenu éducateur. -Oui, c'est ma mère qui a créé la structure. Ca a été famille d'accueil, après ils ont créé un lieu de vie.
Et avant qu'un bâtiment, la grange familiale soit rénovée pour pouvoir accueillir ces enfants, on a partagé avec mes frères et soeurs notre chambre, notre maison, notre quotidien avec des enfants placés par l'aide sociale à l'enfance. Et effectivement, c'est très riche. Et très certainement que le chemin qui a été le mien de devenir psychologue par la suite n'est pas sans lien avec ça. -Il y a cette dimension commune d'avoir le goût des autres.
Entre la politique et être psy, ça vous l'avez toujours eu. -Oui, je ne suis pas sûr que dans la politique, il y ait toujours le goût des autres, mais ça devrait nous animer. -Vos combats à l'Assemblée ne se limitent pas au handicap.
On va le voir avec votre collègue Marie-Charlotte Garin. Vous défendez une proposition de loi pour créer un congé menstruel pour les femmes qui ont des règles douloureuses. Vous avez eu une idée assez originale pour convaincre vos collègues masculins de voter cette loi. *-Dans cette vidéo de sensibilisation, ces députés de tous bords politiques, tous des hommes, se sont mis quelques instants dans la peau des femmes. *Ils testent un simulateur de règles douloureuses et voici leur réaction. *-Ah stop stop stop ! *-Ah la vache ! *-Wow ! *-Ah putain ! *-Ca fait super mal en fait ! -Alors, ça a l'air très douloureux.
Vous l'avez testé vous-même ? -Moi, je n'ai pas de sensibilité à cet endroit-là, ça n'a pas fonctionné. -Ca n'a pas suffi à faire voter la loi... -Elle n'est pas passée dans l'hémicycle, parce que c'était lors d'une journée de niche parlementaire.
Et on a perdu à égalité en commission. Et en fait, mon texte n'a pas pu être présenté en hémicycle. Donc voilà.
Mais je pense que ça aurait été intéressant car beaucoup de personnes l'ont testé et qui ont été convaincues, qui n'étaient pas en commission des affaires sociales et qui étaient prêts à voter pour. Donc voilà. Mais c'est un sujet qui est important car il y a quand même énormément de femmes qui, aujourd'hui, quittent le salariat parce qu'elles ont des règles trop douloureuses et ont peur d'être impactées, soit dans leur carrière, soit dans leur possibilité de répondre au travail.
Donc, pouvoir aménager le temps de travail permet à des personnes d'y rester. -On va conclure avec le quiz de La Politique et Moi. Ce sont des phrases que je vais vous proposer, que vous allez devoir compléter.
Quand je joue au rugby ? Parce que vous êtes joueur de rugby fauteuil. -Le problème, c'est que là, je n'y joue pas.
Je n'y joue plus. On n'a pas le temps. Je n'ai absolument pas le temps.
J'ai fait le coup d'envoi de la finale de rugby fauteuil au mois de juin à Cahors, là où j'ai joué. J'ai revu tous les camarades avec qui j'ai pu jouer et ça démangeait terriblement de remettre...
Voilà, de pouvoir remonter sur mon fauteuil et puis d'y aller. C'est tellement fort de jouer dans un sport collectif. -Je crois que vous avez été champion de France D2 en 2018 ?
Et vous avez gagné la Coupe de France. -Oui, tout à fait. -Ensuite, la vie de couple quand on est député.
C'est compliqué ? -C'est compliqué. C'est très compliqué quand on voit le temps que l'on passe.
Moi, j'habite à cinq heures de train de Paris. Donc déjà, il y a dix heures de train aller-retour chaque semaine. J'arrive le lundi soir, je repars le jeudi soir et je suis dans une circonscription rurale.
Il y a 182 communes. Donc en fait, le temps de répondre un petit peu à toutes les invitations, ça fait qu'il y a à peu près une demi-journée de repos par semaine. Donc là-dedans, c'est du temps qui est très difficile quand on est célibataire pour pouvoir rencontrer quelqu'un.
Et quand on est en couple, pour avoir du temps à consacrer à l'autre, c'est quelque chose qui est très compliqué. -Enfin, quand on aime le foie gras et qu'on siège chez les écologistes, c'est compliqué ? -C'est compliqué, je crois que c'est un très grand sujet.
Il y a la question de la souffrance animale qui est un sujet, mais moi je suis très malheureux quand j'arrive à Paris, je mange à l'Assemblée, il n'y a rien de saison. Moi j'ai la chance en Dordogne, je vais à la boutique des producteurs à dix kilomètres de chez moi, et tout ce que je mange est à 30 kilomètres aux alentours, et donc je sais d'où ça vient, et quand je mange du foie gras, il vient d'une petite ferme, et je sais la manière dont c'est produit, la qualité qu'il y a, oui. -Merci beaucoup Sébastien Paytavie d'être venu dans La Politique et Moi.
Sébastien Peytavie