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speechyoutube.com· 1 avril 2023 32 min

Discours de Marine Tondelier - Conseil fédéral des 1 et 2 avril 2023

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Marine Tondelier

Chers amis qui êtes assis, j'ai une confession à vous faire. J'ai toujours aimé les conseils fédéraux. Et ça n'est pas en poisson d'avril. J'ai toujours aimé ces moments de retrouvailles, de débois parfois constructifs, parfois houleux, mais toujours conclusifs au service de notre projet commun. Mais dans le climat politique inédit des dernières semaines, pour la France, pour nos droits sociaux, pour l'écologie, je dois vous dire que je suis particulièrement émue et heureuse de vous retrouver ce week-end et de le passer avec vous.

Quand ça tangue, comme en ce moment, quand ça s'accélère, quand ça se tend, savoir qu'on peut, chacune, chacun, compter sur sa famille politique, en être fiers et se retrouver de jour pour analyser, travailler, réfléchir et se projeter ensemble. Savoir pouvoir compter sur la richesse de nos débats, la qualité de nos travaux et la solidité de nos valeurs, c'est un réconfort immense pour moi et je le sais pour vous aussi. Alors merci. Merci d'être là. Merci à tous nos militants et au peuple de l'écologie pour sa grande détermination, dont il fait preuve chaque jour. Merci de tenir bon. C'est ça l'écologie.

Nous devons en être très fiers et évidemment que personne ne doute du fait que nous allons continuer. Je reviendrai dans un deuxième temps sur le contexte politique, les événements de ces derniers jours et les conclusions que nous devons en tirer. Mais je souhaitais d'abord revenir sur les travaux menés par le parti et son bureau exécutif, toujours solide et solidaire, que je remercie infiniment pour sa disponibilité, son engagement et son sens du dialogue collectif pour une gestion au consensus.

Nous avons d'ailleurs mis en place, avec toute l'équipe et la présidente du Conseil fédéral, une méthode pour que vous ayez désormais les comptes rendus de nos travaux systématiquement et rapidement. Je sais à quel point c'est important pour beaucoup d'entre vous. Ça l'est donc aussi pour nous. Oui, notre parti est au travail et l'ordre du jour de ce Conseil fédéral le démontre. Les motions sont nombreuses, tout comme l'ont été les concertations pour aboutir à un maximum de consensus. Nous pouvons être fiers de la richesse du travail collectif, des conseils fédéraux et des commissions. Merci tout le monde.

Côté bureau exécutif, depuis le dernier Conseil fédéral, nous travaillons sur plusieurs axes pour améliorer les conditions de travail et de militantisme dans notre parti. En mettant en place la cellule VSS il y a quelques années, nous avions montré que nous prenions au sérieux, avant tous les autres partis, la question des violences sexistes et sexuelles et la parole des victimes. C'est indispensable, mais évidemment, ce n'est pas suffisant. Ce que notre parti doit rechercher et travailler aujourd'hui, c'est l'amélioration du fonctionnement de la cellule, d'une part, évidemment, mais aussi et surtout le bien-être des militantes et des militants.

Comme nous nous étions engagés, nous avons donc lancé un audit de la cellule VSS. Il se déroule en ce moment même en plusieurs phases. D'abord, l'analyse des cas passés depuis les modifications de fonctionnement que l'ECF avait adoptées en février 2022. Ça prend du temps parce qu'il faut anonymiser ces données, bien sûr. Et puis, en deuxième phase, des entretiens avec les membres passés et présents de la cellule. Le cabinet qui nous accompagne va aussi lancer une enquête de perception auprès de l'ensemble des militantes et des militants de ELV, à laquelle chacun, chacune d'entre vous pourra participer s'il ou elle le souhaite.

La question de l'élargissement du champ de compétence de la cellule aux questions de harcèlement moral est également à l'étude. Et puis, côté salarié, nous avons réfléchi depuis le début du mandat à un plan de prévention des risques psychosociaux parce qu'on doit anticiper et assumer pleinement notre responsabilité d'employeur. Ce travail est en cours. Nous vous en tiendrons évidemment informés. Nous poursuivons aussi avec les régions et les groupes d'élus, avec l'ACEVA, les travaux pour la mise en place d'une instance de dialogue en application de la motion du Congrès, qui s'appelait « Renforcer le dialogue social ».

Les états généraux de l'écologie seront enfin un excellent moyen de réfléchir à un mouvement inclusif qui ne se contente pas de garantir un cadre où les agressions et les harcèlements soient prévenus. C'est bien au bien-être, à l'épanouissement, à l'émancipation de chaque militante, de chaque militant que nous devons réfléchir et travailler, quel que soit son âge, quelle que soit son origine géographique, quelle que soit sa région, quelle que soit son origine sociale, quelle que soit sa religion, quel que soit son genre, quelle que soit la couleur de sa peau. Le voilà le défi du mouvement de l'écologie politique. Et sur ces sujets-là aussi, nous serons au rendez-vous.

Nous préparons également les prochaines échéances électorales, évidemment, sous la houlette de notre délégué aux élections Olivier Bertrand et de toutes celles et ceux qui, élus, membres du BE, membres de la CPE, responsables locaux du mouvement, se mobilisent pour un formidable travail d'équipe afin de renforcer l'écologie dans les institutions. Tout d'abord, même si nous avons du mal à croire en la probabilité d'une telle hypothèse immédiatement, nous avons lancé, parce que nous sommes prévoyants, c'est aussi le sens de l'écologie, un travail de préparation des législatives en quête dissolution en lien avec le groupe à l'Assemblée.

Nous refaisons le tour des candidats et des candidats de juin pour nous assurer qu'ils repartiront en quête dissolution et aussi pour se préparer sur les aspects techniques, logistiques d'une campagne qui ne manquerait pas de défis de ce point de vue-là, parce que, je vous rappelle, quand il y a dissolution, les élections doivent se jouer dans les 40 jours qui suivent maximum. On porte également une attention particulière aux circonscriptions qui ont été gagnées ou perdues de peu par les écologistes ou par la gauche, bien conscient qu'il faudra y consacrer des moyens supplémentaires, des moyens évidemment nécessaires.

Concernant les sénatoriales, en lien avec le groupe écologiste au Sénat, les travaux avancent également dans le bon sens avec nos partenaires, avec les consultations en cours sur les territoires et bientôt, au niveau de la CPE, la Commission permanente électorale, à qui je renouvelle ma confiance et souhaite bon courage. Nous consacrerons également beaucoup d'énergie à la préparation des élections européennes, évidemment en lien avec la délégation des Verts français au Parlement européen, mais aussi avec le Parti Vert européen, présidé par notre amie Mélanie Vogel.

J'étais hier à son invitation et à celle de son co-président, réunie avec mes autres collègues chefs de Parti Vert européen à Bruxelles, pour un beau travail d'équipe, je peux en témoigner. Le bureau exécutif vous a proposé une motion de cadrage sur les futures élections européennes. Je vous souhaite de bons débats aussi ce week-end à ce sujet.

Aujourd'hui, je vous rappelle juste que le groupe écologiste au Parlement européen, c'est la seule famille politique qui soit en dynamique au niveau global, et que notre responsabilité collective à nous tous, Parti Vert européen, ce sera de réussir les élections de la prochaine année, pour redevenir, pour devenir un groupe pivot qui permettrait de mettre à mal la coalition d'opportunités PPE, Renaissance, PSE, que l'Europe connue depuis des années. C'est à notre portée et cela considérablement changerait l'histoire de l'Europe politique. Alors, on y va.

Comme nous le sommes en France, nous sommes très alignés, je vous le disais, au sein de la famille verte européenne, on l'a constaté hier à Bruxelles. Cette campagne sera ambitieuse, collective, mettra l'écologie en première ligne, tout en cherchant à allergir son assise. Je ne sais pas vous, mais moi j'y crois, j'attends cette campagne avec impatience, parce que seule une Europe forte et fédérale nous permettra d'agir à la bonne échelle, pour répondre aux besoins de justice sociale, de défense du climat, de l'environnement dont nous avons tant besoin. Les avancées sont nombreuses.

On salue d'ailleurs à cette occasion celle obtenue de haute lutte cette semaine par Marie Toussaint sur la reconnaissance de l'écocide. Sénatoriale européenne viendra ensuite le temps des municipales. Et oui, le temps passe très vite, nous sommes déjà à mi-mandat. Mardi, mercredi, en marge des journées des élus municipaux qui auront lieu à Lyon, les maires écologistes montreront, par un événement qu'on prépare depuis des mois, l'ampleur des changements qu'ils apportent sur toutes les questions du quotidien. L'alimentation, la gestion si précieuse de l'eau, l'éducation, la santé, les mobilité, les déchets.

Nous, le parti et ces militants, nous valoriserons évidemment cela parce que nous voulons saluer le travail de nos maires, du président de la métropole de Lyon, dont nous sommes très fiers, soutenir leur action pour les trois prochaines années et faire en sorte que dans six ans, nous soyons encore plus nombreuses, plus nombreux dans notre pays à vivre dans des villes écologistes.

C'est la raison pour laquelle nous lancerons dès la rentrée de septembre, vous en discuterez aussi ce week-end, des formations pour que tous les élus, militants, citoyens qui se sentent écologistes mais vivent dans des villes qui ne le sont pas encore, puissent apprendre de ces réussites, préparer les élections de 2026 dans les meilleures conditions d'entraide et de formation possibles. Alors, vous le voyez, nous sommes prêts et heureusement, car nous comptons bien être au cœur de la sortie des crises que connaît notre pays. Depuis le début de cette année, on vit un moment politique très particulier.

Je pense que chacun et chacune d'entre nous en a bien conscience, Emmanuel Macron abîme la France. D'abord, parce que sa proposition de réforme des retraites abîme profondément notre pacte social qui est fondé sur la justice. Rappelons-le, le préambule de la Constitution de 1946, qui est l'un des piliers de la Constitution de 1958, le dit très clairement. La nation garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Intéressants les vieux travailleurs, parce que oui, je vous le confirme, à plus de 60 ans, la plupart des gens qui travaillent ne sont plus des jeunes travailleurs.

Et ce que propose le gouvernement, les Français l'ont bien compris, c'est qu'on leur prenne leurs deux plus belles années de retraite, les deux premières, et qu'on y substitue ce qui sera leurs deux pires années de travail, les dernières. C'est aussi simple que cela. Cette réforme, on l'a démontré en démontant un à un les mensonges du gouvernement. Elle est injuste et elle est inutile. Les Françaises et les Français l'ont parfaitement compris. Et d'ailleurs, plus le gouvernement essaye de faire preuve de pédagogie, comme ils disent, mieux ils comprennent.

Donc, comme on dit souvent que quand c'est bien, il faut le dire, merci au gouvernement, merci de nous avoir aidés à convaincre les Français que rien n'allait dans leur projet. Vous pouvez applaudir le gouvernement, si vous voulez. On n'a pas souvent l'occasion, il n'y a pas de problème. Mais, neuf actifs sur dix s'y opposent. Et après deux mois et demi de débat, dix journées d'action, deux Français sur trois pensent qu'elles devraient être retirées.

Comme si ça ne lui suffisait pas, Emmanuel Macron abîme aussi notre fonctionnement démocratique, en confondant l'égalité et légitimité, en oubliant les raisons d'une grosse partie du vote du second tour de l'élection présidentielle pour lui en 2022. Il respecte peut-être la règle de la Constitution, et encore, c'est très loin d'être sûr, attendons la décision du Conseil constitutionnel, mais en aucun cas, il n'en respecte l'esprit, et il le sait parfaitement. Rappelons-le, cet esprit, la souveraineté nationale appartient au peuple, qu'il exerce par ses représentants, et par la voie du référendum.

Oui, sur une réforme aussi importante, dans un contexte politique aussi fragile, l'usage du 49.3 est une faute politique, et une erreur historique. Gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, c'est un autre extrait de notre Constitution. Mais en ce moment, le gouvernement est minoritaire, fébrile, le peuple est dans la rue, le président est enfermé dans son palais, ou obligé de fermer les routes pour se déplacer, et ne surtout pas le rencontrer, ce peuple. Idem pour la Première Ministre, idem pour l'ensemble du gouvernement. Combien de temps cela peut-il continuer comme ça ? Pas longtemps.

Cela n'a jamais été aussi manifeste, la Vème République est à bout de souple, alors, à bientôt 65 ans, elle aussi va devoir prendre sa retraite. Le système français, c'est une anomalie démocratique. Quand on se compare à toute l'Europe, c'est de plus en plus flagrant. En tant qu'écologiste, nous portons depuis des décennies des propositions pour revivifier la démocratie dans notre pays, et nous continuerons à le faire. Alors, face à l'écrasement de la représentation nationale par l'exercice brutal du pouvoir par le président et sa Première Ministre, que nous reste-t-il ? Il nous reste, mes chers amis, la mobilisation sociale. Et elle continue, et heureusement.

Nous savons la dette que nous avons collectivement vis-à-vis de celles et ceux qui maintiennent la grève, alors que celle-ci leur coûte si cher. Mais nous ne l'oublierons pas, jamais, évidemment, et je vous invite une nouvelle fois à faire des dons à la hauteur de vos possibilités aux différentes caisses de grève. C'est comme ça aussi qu'on prolonge le mouvement social. Mais cette mobilisation sociale, elle ne plaît pas aux présidents et au gouvernement. Alors que font-ils ? Au lieu de se remettre en question, ils répriment. Les huit premières journées nationales d'action s'étaient impeccablement passées.

On se réjouissait de pouvoir à nouveau manifester en famille et tout d'un coup, on bascule. La différence entre les huit premières journées de mobilisation nationale, qui se sont passées dans le plus grand calme, et la neuvième, c'est très simple. Le 49-3 par lequel l'exécutif a jeté, en conscience, de l'huile sur le feu et un entretien hallucinant de déconnexion, de mépris et de cynisme du président de la République. L'attention est brutalement montée, comme on l'a redouté, comme on l'avait annoncé, et comme, évidemment, il fallait s'y attendre. Comment y a répondu le gouvernement ? Par la répression.

Des manifestants non violents ont eu à subir des comportements inacceptables de la part de certains policiers. Il ne s'agit pas du tout, évidemment, de toutes les forces de l'ordre, et heureusement, mais il ne s'agit pas non plus de dérapages individuels sous le coup de la fatigue. Il s'agit bien de moyens qui ont été consciemment et massivement déployés, d'ordres qui ont été donnés. Il s'agit bien d'une doctrine qui a été rigoureusement appliquée. Que ce soit sur les manifestations retraites ou à Sainte-Solise, le mécanisme est le même. Assumer la confrontation, ne pas tenter la désescalade.

Les tactiques utilisées, les armes utilisées, que la loi française elle-même n'en déplaise à Gérald Darmanin, qualifient d'armes de guerre, n'ont rien à faire dans un tel contexte. Oui, il y a au milieu des dizaines de milliers de manifestants non-violents des personnes qui cherchent l'affrontement, qui veulent blesser des policiers. Ce n'est d'ailleurs pas spécifique à la France et notre parti l'a toujours, toujours, et continuera à le faire, condamné, parce que la non-violence fait partie de nos fondamentaux.

On enverra vos applaudissements à Gérald Darmanin, parce que oui, la non-violence fait partie de nos fondamentaux et il serait bien que le ministre menteur de l'Intérieur et que les porte-paroles aîlées de la Macronie arrêtent, eux, d'entretenir l'ambiguïté là-dessus à notre sujet. Si ambiguïté il y a, c'est bien la leur, celle de ceux qui déploient des trésors d'énergie, d'amalgame douteux et d'énergie mal dépensée pour tout faire pour l'entretenir.

Ce n'est pas républicain de leur part, c'est même dangereux, car cela crée volontairement, oui, volontairement, la confusion chez les Français à notre sujet, alors que nous sommes, on ne peut plus clair, nous le réaffirmons solennellement aujourd'hui, mais nous ferions aussi une erreur politique en ayant peur d'affirmer également que, oui, la France a un problème de doctrine, du maintien de l'ordre. Quand je dis maintien de l'ordre, je le mets bien entre guillemets, parce que cette expression est assez déconnectée des réalités que nous vivons en ce moment, toutes et tous, sur le terrain.

Cette doctrine, elle est d'ailleurs aujourd'hui remise en question par une large partie de la population et par de nombreux organismes indépendants, internationaux ou nationaux. Des factieux aussi notables que l'ONU, le Conseil de l'Europe, la Défenseur des Droits, la Ligue des Droits de l'Homme, Amnesty International, Human Rights Watch et même la Maison Blanche. Ça commence à faire beaucoup. Que leur faut-il de plus au gouvernement pour se remettre en question ? Pourquoi le monde entier serait choqué, sauf les autorités françaises ? Sont-ils une exception de génie pour avoir raison contre toutes les structures crédibles et respectées que je viens de citer ? La question est bien celle-là.

Pourquoi persiste-t-il dans cette dérive ? Oui, ils pourraient faire autrement. Ils pourraient faire comme tous nos voisins européens, développer la désescalade, expliciter ce qu'ils font, ne pas utiliser d'armes de guerre dans les manifestations, analyser leurs erreurs publiquement et de façon indépendante et transparente. Mais non, ils ne le font pas parce qu'ils ont en réalité objectivement un intérêt à cette violence. Cette violence, ces embrasements que nous regrettons, eux, c'est le ferment de leur récit. Ils ne cessent de l'utiliser, ces images choquantes qu'ils contribuent à provoquer pour décrédibiliser leurs opposants.

ils font des amalgames entre les individus violents et leurs opposants politiques. Et ça, dans un état de droit, c'est dangereux. Les manifestants, des factieux. Les mouvements qui les soutiennent, des factions. Les 30 000 personnes présentes à Sainte-Solines pour défendre notre bien commun le plus précieux, des irresponsables. Quand ils feignent de ne pas entendre que nous cadenons les violences, c'est pour mieux tenter de faire croire aux Françaises et aux Français qu'ils auraient le monopole de la raison. Mais comme cela est injustifiable, ils en sont parvenus à devoir recourir aux mensonges.

Heureusement que nous étions à Sainte-Solines ce week-end avec des parlementaires pour pouvoir documenter ce que nous avons vu. Côté manifestants, car nous avons, oui, assisté à des violences et nous l'avons déploré. Mais aussi, côté force de l'ordre, et cela pose une question d'état de droit.

Alors que nous tentions de protéger des blessés, en constituant un cordon d'élus en écharpe, devant que nous ne représentions aucune menace, que nous n'affichions aucune hostilité, nous avons, alors que nous étions très loin des heures, été chargés par des quads, l'équivalent de la brave M des Champs, créée d'ailleurs la même année, qui se sont approchés très près de nous, nous ont aspergés de l'acrymo, ainsi que les blessés que nous avions dû porter dans le chaos et la confusion la plus totale, un peu plus loin.

Parmi eux, une jeune fille, mineure, toujours à l'hôpital, qui venait de recevoir un tir tendu de grenade en pleine tête, enfoncement orbital, mâchoire en morceaux et membres inférieurs dans un deuxième temps criblés d'un pack de balles par les grenades lancées par les quads à l'endroit même où elle était prise en charge au sol dans un premier temps. Puis le temps long de la prise en charge, très long, trop long. Les coups de fil à la préfète osse-dise au poste de commandement, nous avons fait le maximum pendant que les avocats de la LDH s'activaient de l'autre côté de la zone avec les deux autres urgences vitales recensées ce jour-là.

La réponse de la Macronie nous reprochait notre présence. Que veulent-ils ? Que l'on arrête de manifester parce qu'ils ne sont pas capables de maintenir l'ordre ? Que l'on arrête de se rendre sur place pour que nous ne puissions jamais raconter la vérité et qu'ils puissent continuer à mentir tranquillement ? Eh bien non, nous ne le ferons pas puisqu'ils ne le font pas eux. Nous allons le faire tous, ici et maintenant. Nous allons applaudir les observateurs de la LDH sur place. Nous allons applaudir les parlementaires insoumis. Nous allons donc applaudir ces parlementaires insoumis et verts qui ont fait ce qu'ils avaient à faire sur place et depuis.

Merci Benoît Viteau, député européen, paysan charanté, à l'avant-poste sur le sujet des bassines depuis le début. Merci à Thomas Dossu, à Marie Toussaint, à David Cormand, Lisa Bellicot, Daniel Salmon. Merci à Claire Desmars et Benjamin Battoir, membres du bourg exécutif. Et merci aux militants ELV et aux jeunes écolos qui étaient présents sur place. Comme vous applaudissez, vous n'avez rien entendu. Donc, vous venez d'applaudir. La LDH sur place, les parlementaires insoumis et verts qui ont fait ce qu'ils avaient à faire sur place et depuis.

Benoît Viteau, aurait député européen, ça ne veut rien dire, député européen, paysan charanté à l'avant-poste sur le sujet des bassines depuis le début. Thomas Dossu, Marie Toussaint, David Cormand, Lisa Bellicot, Daniel Salmon, Claire Desmars et Benjamin Badoir, membres du bureau exécutif. Et aussi, les militants ELV et les jeunes écolos qui étaient présents sur place. Je précise qu'évidemment, aucune, aucun n'a pris part aux violences. Je tiens à le rappeler. Qu'aucune et aucun n'a été blessée. C'est un soulagement et je tiens à le souligner. Et tous, nous restons en contact. Nous avons accès à un suivi psychologique mis en place par ELV et continuerons de témoigner.

Ils ne nous feront pas taire, non, ils ne nous feront pas taire ni arrêter de militer pour un partage juste et durable de l'eau. Et puis, côté gouvernement, ils vont surtout devoir arrêter de mentir, de brutaliser et enfin, agir. Oui, bien sûr, nous avons un problème particulier avec Gérald Darmanin pour sa politique, pour ce qu'il représente, qui ne sert pas les policiers et les gendarmes en les mettant en première ligne de la violence qu'il attise, ni en se mettant en scène, ni en multipliant les mensonges. Il se met en scène car il joue un moment important de sa carrière politique. Il est évident que l'intérêt général commanderait la concorde et la désescalade.

lui, il fracture et jette de l'huile sur le feu. Mais cela va en réalité bien au-delà de Gérald Darmanin car la responsabilité est bien celle d'Emmanuel Macron, de son gouvernement, pas celle d'un homme qu'il laisserait faire, seul, en roue libre, fut-il aussi caricatural que Gérald Darmanin. Parce que, dernière étape de leur dérive mortifère, que font-ils ? Ils décrètent que ceux qui ne sont pas d'accord avec eux ne sont pas dans le champ républicain. Désormais, ils passent encore un cap en allant au bout de cette dérive. Ils interdisent. Ils prévoient de dissoudre les soulèvements de la terre. Attentés à la liberté d'association, en démocratie, ça n'est pas une mince affaire.

C'est même pas léger du tout. Cela ne peut être utilisé comme une simple diversion politique après les lacrymos, l'écran de fumée. Je vais vous faire une confidence. Depuis plusieurs jours, on me demandait parfois, mais toi, est-ce que tu fais partie des soulèvements de la terre ou pas ? En fait, j'en savais rien. J'en savais rien. Je ne savais pas quoi répondre à cette question parce que les soulèvements de la terre, c'est un collectif informel. On n'y adhère pas. On n'en est pas membre. On peut participer à des actions. C'est ce que j'ai fait avec Benoît Biteau en octobre dernier à Sainte-Solines. C'est ce que nous avons fait ce week-end avec beaucoup d'autres.

Je ne savais pas quoi répondre à cette question, très sincèrement. Maintenant, je sais. Le gouvernement essaye de les dissoudre et donc, cela a créé un énorme élan ANL, Cyril Dion, des factieux aussi. Nous avons signé cette tribune avec un certain nombre d'entre vous pour dire chacun oui, je suis, oui, nous sommes les soulèvements de la terre, nous nous soulevons pour la terre et ça, ils ne nous pourront pas nous en empêcher. Parce que c'est quoi les soulèvements de la terre ? C'est des associatifs, c'est des politiques, c'est des fermes, c'est des collectifs plus ou moins structurés. Comment dissoudre des structures qui travaillent ensemble ? Vont-ils dissoudre chacun d'entre nous ?

Bah sinon, merci. Et après qui ? La Confédération Paysanne ? Et après qui ? Europe Écologie Les Verts ? Ça fait des mois qu'avec le mouvement associatif, nous alertons comme nous le faisons déjà pendant son examen sur l'application de la loi séparatisme pour faire taire les associations écologistes, proposer de dissoudre un collectif plutôt que lui intenter une action en justice, ce qu'il pourrait faire s'il pensait qu'ils avaient violé la loi. Tout cela a des conséquences graves, tout comme il est extrêmement inquiétant que le ministre de l'Intérieur, toujours lui, désolé, mais c'est son palmarès, qui nous qualifie régulièrement d'éco-terroristes. Les mots ont un sens.

Quand il dit cela, il fait de nous une cible, il le sait et il continue. Cela fait monter la défiance et la violence à notre égard, cela fait le lui du Rassemblement National, cela rabaisse le débat public, alors même qu'il y a un immense appétit de débat de démocratie dans ce pays. Il a fait de l'écologie, de toute l'écologie, sans distinction, un bouc émissaire pour des gens qui seraient dangereux. Cela a une conséquence directe d'effets graves partout sur le territoire. Gérald Darmanin a contribué à faire monter la violence envers les écologistes dans le pays qui atteint un point culminant.

En février, Paul François, l'agriculteur qui a fait condamner Monsanto, a été violemment agressé à son domicile, capturé, ficelé, étranglé, menacé par un couteau sous la gorge. Ils ont tenté de force de lui faire avaler un liquide. Cette semaine, la journaliste Morgane Lange qui enquête sur l'agrobusiness a fait l'objet d'une deuxième tentative de meurtre. Sa voiture a été sabotée en Bretagne. La présidente de Sea Shepard que j'ai eu au téléphone lundi, s'est retrouvée deux fois cette semaine avec des pêcheurs dans son jardin, des dizaines de pêcheurs venus l'intimider à quelques jours d'écart dans son domicile.

Cette semaine, ce sont plus de 300 fusées de détresse qui ont également été tirées contre le bâtiment de l'Office français de la biodiversité à Brest. Tout ça en une seule semaine. J'ai dû, moi, en début de semaine, effectuer un déplacement dans le Lot-et-Garonne organisé depuis longtemps sous protection policière suite à des menaces d'un président de la Chambre d'agriculture très contesté tant pour ses méthodes que pour sa gestion mais pourtant toujours en place car certains, manifestement dans ce pays, sont plus protégés que d'autres. Un président de la Chambre d'agriculture condamné plusieurs fois mais qui, je reprends ces mots, s'en fout.

Un président de la Chambre d'agriculture qui terrorise sur place les élus, les agriculteurs, les représentants de l'État et des forces de l'ordre. Je tiens d'ailleurs à remercier très sincèrement les militaux locaux qui ont tenu bon dans un sang-froid et une détermination exemplaire parce que sans eux, cet individu dangereux aurait gagné car je n'aurais pas pu venir et la République aurait reculé. Nous sommes en France, nous sommes en 2023 et nous recevons chaque jour des messages de militants qu'ils soient politiques ou associatifs, des militants écologistes en tout cas, qui nous font état de recrudescence de menards à leur égard sur tout le territoire.

Nous sommes non violents mais déterminés à continuer à nous battre pour l'habitabilité de la planète et Europe Écologie Les Verts soit échangée en urgence avec la Première Ministre à ce sujet. Le parti a donc sollicité un rendez-vous la semaine prochaine avec Elisabeth Borne pour discuter de l'urgence à apaiser le climat social et politique car à ce sujet, pour l'instant, ils sont assez silencieux. Elles se taisent, ils se taisent car en réalité, ces violences servent de diversion pour cacher leur impuissance et leur indigence. Pendant que nos militants sont intimidés, que se passe-t-il ?

La partie Renaissance et les autres parties de la majorité présidentielle refusent d'interdire les nitrites alors que la science a largement démontré, comme le reconnaît l'OMS, qu'ils sont à l'origine de plusieurs milliers de morts par an. Les lobbies, au-dessus de la science, au-dessus de l'État de droit, le confort de quelques-uns, au-dessus de notre santé, tels sont leurs choix, nous en prenons acte. Non, Emmanuel Macron et son gouvernement ne préparent pas l'avenir. En refusant d'entendre réellement les scientifiques, ils nous préparent à des changements irréversibles. Qui sont les éco-saboteurs ? Vous avez six heures.

Ils nous proposent un plan O qui s'adresse aux conséquences de la pénurie mais jamais aux causes, qui ne nous préparent en rien aux décennies à venir et qui, en réalité, sera totalement obsolète dans un an. Dans la même semaine, le gouvernement annonce vouloir revenir sur l'interdiction du S-métho-laclore, qui est l'un des pesticides dont la preuve est faite qu'il pollue l'énaphréatique.

Marc Fénaud, parce qu'il faut le nommer, le même ministre qui avait expliqué à moi comment faire pousser une tomate, celui qui défend jusqu'à l'absurde les bassines et ne fait rien contre le balarrage illégal de Cossade construit par notre ami président de la chef d'agriculture du Lot-et-Garonne, il annonce au congrès de la FNSEA que le gouvernement ne respectera pas la recommandation de l'ANSES, sans doute encore un signe du génie de ces gouvernements décidément très incompris des Français. Ce gouvernement annonce aussi que l'interdiction de la pêche de fond dans les aires marines protégées ne s'appliquera pas en France. C'est ça, sûrement, l'exception française.

Passer une loi sur le nucléaire en faisant tout à l'envers. D'abord, le vote de la loi avant la loi de programmation et pire, vote de la loi avant la fin de la consultation publique. Nous leur avons proposé un vrai débat et de donner le pouvoir aux citoyens car la démocratie directe est une solution face à ce type de blocage. De quoi ont-ils peur ? Ils n'arrêtent pas de nous dire qu'ils sont majoritaires sur le sujet dans les sondages. Eh bien, allons-y.

Mais non, ils préfèrent, sans contradiction, continuer à développer la merveilleuse fable du nucléaire dans un monde merveilleux où il n'y aurait pas de déchets ou pour résoudre le problème que nous avons avec les accords de Paris en 2030, les EPR qui ne verront pas le jour avant 2035 seraient la solution et chaque euro qu'ils mettent dans la filière nucléaire est un euro qui manque au déploiement des énergies renouvelables. Oui, Emmanuel Macron abîme la France. Un peu d'espoir quand même. Je ne voudrais pas vous laisser sur ces notes un peu tristes, un peu sérieuses, mais je pense que ces rappels devaient être faits.

Comment on sort de cette crise alors que les violences se multiplient, que la menace d'une arrivée au pouvoir de l'extrême droite n'a jamais été aussi forte ? Tout le monde semble chercher la sortie de crise. En politique, en démocratie, quand c'est bloqué, la solution est simple. Le président doit faire ce qu'il se refuse à faire depuis des mois par le peuple pour le peuple. Écouter le peuple, écouter les corps intermédiaires, écouter les représentants du peuple. Ils viennent de le faire sur le SNU, le Service National Universel, qui devait être obligatoire pour tout le monde et qui finalement ne sera pas. Bravo les jeunes écolos d'ailleurs qui ont mené une très belle campagne sur le sujet.

Et donc vous voyez, il a reculé et le monde ne s'est pas effondré, bien au contraire. Maintenant, ils doivent écouter les syndicats. Ils en auront l'occasion en les recevant cette semaine à Matignon. Le gouvernement doit retirer son texte, mais ils peuvent et doivent aussi écouter le peuple. Nos parlementaires ont proposé un référendum d'initiative partagée. Lorsque le Conseil constitutionnel aura approuvé ce RIP, nous serons sur le pont, nous écologistes, pour donner ce pouvoir au peuple. Nous irons recueillir une à une avec nos partenaires les 3,9 millions de signatures nécessaires pour arracher un vote. Nous montrerons que la petite démocratie peut trouver un débouché.

Et puis nous continuerons aussi à le faire avec les États généraux de l'écologie. J'en terminerai par là. Étés généraux de l'écologie, que rien n'arrêtera. Face à cette majorité qui fracture, nous écologistes allons rassembler, face à ce président qui abîme, nous écologistes allons faire ce que nous savons faire, réparer. Face au brouillage des valeurs qu'il nous impose, nous serons toujours clairs. Nous sommes républicains, nous sommes non-violents, nous sommes lucides sur les faits établis par la science, nous sommes attachés à la justice sociale, nous sommes ambitieux pour notre pays, nous sommes ambitieux pour notre planète. Oui, un autre chemin est possible.

Notre responsabilité est immense, alors nous le faisons à notre manière, par ce qu'on a appelé la refondation, les états généraux de l'écologie, nous faisons confiance. Ce processus inédit, nous le portons, vous le portez désormais partout sur le territoire. Nous avons organisé la première réunion clandestine des états généraux de l'écologie à Amiens mardi soir et même clandestinement, même dans un lieu tenu secret, même sous escorte policière, même sans avoir le droit d'ouvrir les portes ou les fenêtres, nous étions 40 dans une ambiance joyeuse, dans une ambiance d'espoir. Nous avons travaillé, nous avons avancé et nous serons ravis quand ces avancées porteront leurs fruits.

Car c'est bien en ouvrant, en accueillant, en écoutant qu'on peut découvrir des possibles, jamais en se renfermant. C'est en nous ouvrant que nous serons plus, plus nombreux, plus forts. C'est le chemin pour être un million avant la fin du mandat actuel. Notre rôle aujourd'hui c'est de faire masse, de faire masse pour gagner les élections parce que la transition écologique a besoin des écologistes à la tête de l'État. Nous sommes légitimes, l'immense défi climatique et social qui nous fait face implique de rassembler, de convaincre pour gagner les élections car les changements qui sont à mener vont nécessiter une légitimité politique inédite. C'est là notre ambition.

Nous allons continuer de faire, nous allons continuer de dire, nous allons continuer d'aller partout, nous serons accueillis partout, nous écrirons l'avenir de l'écologie, l'avenir de la démocratie, l'avenir de notre pays. Alors merci les copains, merci pour tout, on continue.

Discours de Marine Tondelier - Conseil fédéral des 1 et 2 avril 2023 — Marine Tondelier · Pourquijevote