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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 20 juillet 2026 10 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sportEnvironnement & énergie

Redonner voix aux orphelins du Morvan : "Le Feu et la Rose" de Maud Simonnot

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:32OuverteRéponse directe

    Le Morvan semble être un matériau littéraire inépuisable pour vous, terre rude mais hospitalière, on en parlera, mais paradis sauvage aussi. Ce roman, plus que les autres, vous a permis de redécouvrir quoi de votre Morvan natal ?

  • 2:15OuverteRéponse directe

    Quand il quitte le Morvan à l'adolescence, Lily lui dit « Maintenant que vous avez bien voyagé, maintenant que tu as bien voyagé, mais je vous le dis à vous, maintenant que vous avez bien voyagé, vous vous rendez compte que l'endroit où vous avez grandi est pour toujours le centre du monde. »

  • 2:42OuverteRéponse directe

    Et vous racontez pourtant, au tout début, quand vous retrouvez le jardin de votre grand-père, vous écrivez « Je dédaignais ces pétunias en peau, ces zinias et ces œillets d'Inde, toutes ces fleurs qui me semblaient si communes, moi qui me promenais dans les romans, sous des arches entrelacées de roses anglaises ou parmi les orchidées de Corfou. » C'est étonnant comme le temps rend précieux ce qui semblait inintéressant durant l'enfance.

  • 3:29OuverteRéponse directe

    Il y a votre rapport, évidemment, à la nature, qui est présent dans beaucoup de vos livres. Et vous rendez, à propos du Morvan, hommage aussi au combat écologiste local qui est assez puissant.

  • 4:59OuverteRéponse directe

    Déjà, pourquoi le feu et la rose ?

  • 5:34OuverteRéponse directe

    Pourquoi la lier à Jean Genet spécifiquement ? Vous dites qu'il ne vous était pas particulièrement sympathique, mais ça vous a touché de redécouvrir le gamin de l'assistance publique, en fait ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:45Invité politiqueChiffre
    « En fait, il y a eu plus de 200 000 enfants qui ont été placés dans le Morvan. »
  • 7:08Invité politiqueFait
    « Il faut imaginer le Morvan dans les années 20. Donc, la plupart du temps, sans eau courante et sans chauffage. »
  • 7:14Invité politiqueFait
    « Un moment où les hivers étaient de six mois très rudes. »
  • 8:05Invité politiqueFait
    « Des nourrices du Morvan qui souvent, alors qu'elles venaient à peine d'accoucher, étaient coupées de leur famille et envoyées à Paris pour allaiter ou s'occuper des petits-enfants de la bourgeoisie et de l'aristocratie. »

Temps de parole

  • Invité politique54 %
  • Présentateur40 %
  • Présentateur 26 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

France Culture France Culture, les matins d'été, Bérangère Bronte Au cœur de la Bourgogne, Avalon, Autun, Solieux, Vézelay constituant ses portes, le Morvan, toujours contourné à travers les âges, jamais traversé, reste une région à découvrir. Maintenant, parc naturel régional, avec ses forêts qui habillent les 3 cinquièmes de son territoire, avec ses vallées de la Cure, du Cousin, avec ses ruisseaux, ses lacs, ses prairies cloisonnées de haies vives, ses vastes horizons, le Morvan appartient à cette autre France, celle qui a gardé du mystère.

Le Morvan qui donne déjà le sourire à l'invité culture des matins d'été qui est devant moi puisqu'elle y a grandi au cœur de la région Bourgogne-Franche-Comté d'aujourd'hui. Et plus encore peut-être que dans ses précédents romans, ce Morvan est l'un des personnages centraux dans Le Feu et la Rose, publié aux éditions de l'Observatoire, La Rose, Lily Kanovitch, son arrière-grand-mère, et Le Feu, l'écrivain Jean Genet, recueilli dans le Morvan par l'assistance publique avec d'autres orphelins. C'est plein de nostalgie, de tendresse et de merveilleux paysages morvandés. Bonjour Maud Simono. Bonjour.

Je suis très heureuse de vous recevoir dans les matins d'été la romancière, mais aussi l'éditrice, directrice éditoriale d'Actes Sud. Le Morvan semble être un matériau littéraire inépuisable pour vous, terre rude mais hospitalière, on en parlera, mais paradis sauvage aussi. Ce roman, plus que les autres, vous a permis de redécouvrir quoi de votre Morvan natal ?

1:37
Invité politique

Il m'a permis de redécouvrir que j'avais eu une enfance privilégiée dans un endroit paradisiaque, ce que je savais, mais sans en avoir pleinement la conscience dans mon quotidien. C'est-à-dire qu'en vieillissant, je me rends compte de plus en plus que j'ai à cœur de revenir dans cette ère natale, parce que c'est le plus bel endroit du monde et que je lui dois tout. Je dois tout aux hommes et aux femmes que j'ai rencontrées dans mon enfance, mais aussi à ce pays qui ne cesse de m'inspirer.

2:12
Présentateur

C'est exactement ce que dit Lily à Jean. Quand il quitte le Morvan à l'adolescence, Lily lui dit « Maintenant que vous avez bien voyagé, maintenant que tu as bien voyagé, mais je vous le dis à vous, maintenant que vous avez bien voyagé, vous vous rendez compte que l'endroit où vous avez grandi est pour toujours le centre du monde. »

2:29
Invité politique

Oui, finalement, non seulement ça nous constitue, mais on ne cesse d'y revenir. Et moi qui suis à Paris pour mon travail d'éditrice depuis maintenant 25 ans, je me sens toujours une provinciale, et particulièrement une fille du Morvan et des forêts.

2:42
Présentateur

Et vous racontez pourtant, au tout début, quand vous retrouvez le jardin de votre grand-père, vous écrivez « Je dédaignais ces pétunias en peau, ces zinias et ces œillets d'Inde, toutes ces fleurs qui me semblaient si communes, moi qui me promenaient dans les romans, sous des arches entrelacées de roses anglaises ou parmi les orchidées de Corfou. » C'est étonnant comme le temps rend précieux ce qui semblait inintéressant durant l'enfance.

3:07
Invité politique

Oui, quand on est jeune et quand on lit, et qu'on a la chance de lire des livres qui nous envoient très loin de notre quotidien, on n'a qu'une envie, c'est de se carapater, d'explorer le monde. Et en fait, c'est la bêtise de la jeunesse de ne pas se rendre compte des trésors qu'on a autour de nous.

3:23
Présentateur

Il y a votre rapport, évidemment, à la nature, qui est présent dans beaucoup de vos livres. Et vous rendez, à propos du Morvan, hommage aussi au combat écologiste local qui est assez puissant. L'enrésinement du 19e siècle s'était accentué avec la culture des épicéas après-guerre, puis dans les années 60 avec les groupes d'assureurs et la Caisse des dépôts qui avait tenté une main mise sur le Morvan.

Vous dites aussi, contre ces enrésineurs qui rendaient les sols acides et perturbés les écosystèmes, une poignée de citoyens convaincus que la valeur de la nature n'était pas réductible à des données économiques avaient créé un groupement forestier et un millier d'investisseurs individuels avaient racheté des hectares de feuillus pour les gérer en sylviculture raisonnée. En lisant ça, ces derniers jours, je voyais la forêt de Fontainebleau qui brûle et beaucoup d'autres endroits en France, et ça résonnait de façon très particulière.

4:13
Invité politique

C'est un combat, ce combat écologiste plus vital que jamais. On l'a vu au moment, en effet, de la canicule, combien les arbres nous sont précieux, combien il faut les préserver, préserver leur diversité. Et ce combat, c'était déjà celui de mes parents dans les années 70. Et voilà, j'avais à cœur, moi, de le placer au centre de ce livre, de raconter comment il y a des gens qui, très courageusement, se battent contre des institutions, même des fois étatiques, pour préserver la biodiversité, la beauté des paysages et la nécessité d'avoir ces arbres pour nous abriter et nous sauver.

4:51
Présentateur

Le roman explore donc les destins croisés de votre arrière-grand-mère, Lily, et de Jean Genet. On est quelque part entre fiction et réalité. Déjà, pourquoi le feu et la rose ?

5:01
Invité politique

Le feu, c'est toujours, dans le champ lexical, ce qui entoure Jean Genet. C'est un écrivain sulfureux, brûlant et qui n'a cessé d'irradier tout ce qui touchait. Et pour moi, c'était une évidence qu'il était en total contraste avec cette autre petite orpheline, mais qui était, elle, une petite paysanne anonyme, qui était mon arrière-grand-mère et qui vivait pleinement dans la nature et qui aimait tellement la botanique, donc la rose.

5:34
Présentateur

Pourquoi la lier à Jean Genet spécifiquement ? Vous dites qu'il ne vous était pas particulièrement sympathique, mais ça vous a touché de redécouvrir le gamin de l'assistance publique, en fait ?

5:45
Invité politique

En fait, il y a eu plus de 200 000 enfants qui ont été placés dans le Morvan. C'est une histoire massive et totalement silencieuse. C'est vraiment les laisser pour compte de notre histoire nationale. Et ces enfants-là, souvent, ont eu un destin, pas forcément de misère, mais en tout cas, en plein d'humilité. C'était le cas de mon arrière-grand-mère. Souvent, quand c'était des petits parisiens qui étaient, pour la plupart, passés dans le Morvan, ils restaient, soit pour les filles, des servantes, ou les garçons devenaient des petits paysans, donc, aidés au champ.

Mais Jean Genet, lui, encore une fois, il a déjoué tous les pronostics de ce placement, puisqu'il est devenu l'écrivain international qu'on connaît. Et ça m'a plu de montrer le destin de ces deux enfants. Elle, dont la famille venait de si loin, puisqu'on sait maintenant qu'elle venait de Lituanie, et qui a fini par atterrir dans le Morvan et par n'en plus jamais partir. Et lui, qui n'a cessé de vouloir voyager et de parcourir le monde. Donc, vraiment, deux destins opposés. Aussi parce que c'était un petit garçon et une petite fille. Donc, je raconte ça. Déjà, dans les années 20, le traitement n'était pas le même pour les hommes et les femmes.

Et puis, parce qu'il était vraiment exceptionnel.

6:50
Présentateur

Des enfants jetés comme des coquillages sur la plage, écrivez-vous, en citant une phrase de Janusz Korsak à propos des orphelins.

6:58
Invité politique

Oui, parce que vraiment, les placements étaient dans le Morvan plus heureux qu'ailleurs. Mais c'était quand même des vies de misère, encore une fois. Il faut imaginer le Morvan dans les années 20. Donc, la plupart du temps, sans eau courante et sans chauffage. Un moment où les hivers étaient de six mois très rudes. Et la vie de ces enfants en sabots, qui ont été vraiment de la main-d'oeuvre gratuite. Enfin, ça a été des placements terribles. Mais il se trouve que c'était aussi une terre d'accueil, le Morvan. Ça l'a toujours été, depuis l'époque des Gaulois, de Vercingétorix jusqu'à nos jours. Ça a été aussi une terre de résistance.

C'est un endroit où les gens savent ce qu'est la vie difficile. Et savent aussi protéger les gens qu'ils aiment.

7:41
Présentateur

Avec des paysannes réputées pour leur fertilité et leur bonne santé. C'est ce que vous écrivez. Je découvre que Napoléon III a eu une nounou du Morvan. Félix Fort, le roi de Rome, Francis Poulenc.

7:52
Invité politique

Il y avait à la fois un effet de mode. Et puis aussi, c'était grâce à la proximité du Morvan par rapport à Paris. Parce que finalement, c'est un endroit que les Parisiens m'y connaissent. Mais qui est très proche. Vraiment une espèce de traite. Des nourrices du Morvan qui souvent, alors qu'elles venaient à peine d'accoucher, étaient coupées de leur famille et envoyées à Paris pour allaiter ou s'occuper des petits-enfants de la bourgeoisie et de l'aristocratie. Maud Simono, comment on écrit en étant éditrice ?

8:20
Présentateur

Ça fonctionne, les deux métiers mêlés ?

8:22
Invité politique

Alors moi, j'ai plusieurs journées en une. Je me lève très tôt le matin et c'est le moment où j'écris. C'est le moment à moi. Et quand j'écris sur le Morvan ou sur des îles paradisiaques, c'est un moment d'évasion. Et puis ensuite, il y a ce moment où je réveille mes enfants. Et tout d'un coup, je suis dans une vie tout à fait classique. où je m'occupe de ma famille et où je vais au travail. Donc vraiment, pour moi, la partition de la journée, elle est très claire et très équilibrante.

8:46
Présentateur

Vous êtes passée par une dizaine presque de maisons d'édition. P.O.L. Grasset, Mercure de France, Flammarion, Gallimard, Le Seuil. Et maintenant, Acte Sud, votre rôle d'éditrice, il évolue. Est-ce que vous sentez une responsabilité nouvelle dans un contexte de concentration des médias et de l'édition ?

9:03
Invité politique

Je me sens absolument, ce qui n'était pas le cas il y a 20 ans, en résistance. C'est-à-dire que quand j'ai commencé dans ce métier, j'ai eu la chance d'être dans des maisons où c'était très confortable. On ne se posait pas la question de savoir si on allait vendre des livres, mais de savoir juste ce qui nous plaisait. Et là, à l'heure actuelle, évidemment qu'on est forcément en soutien de la librairie et qu'on se pose la question de publications plus raisonnées, mais aussi, dans ce que je publie, puisqu'il n'y a pas que la littérature, il y a aussi des textes très engagés, de résistance face à un monde et des médias et de la culture qui se polarise et pas pour le meilleur.

Donc, je me sens vraiment, et dans une maison comme Acte Sud, qui est une maison indépendante et qui défend des valeurs, je me sens en résistance.

9:45
Présentateur

Le Feu et la Rose, qui est édité cette fois aux éditions de l'Observatoire, Maud Simono, merci beaucoup d'être passée par les Matins d'été. Merci à vous. Merci à vous.