Fonds Marianne : Tout savoir sur Sifaoui, l'homme qui pourrait faire tomber Schiappa
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 85 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:06OuverteRéponse directe
Tu as voulu revenir sur le sujet du fonds Marianne ?
- 2:02RelanceÉludée
Pourquoi ça vous gêne ?
- 3:15OuverteRéponse partielle
Comment on peut avoir la juxtaposition de ces deux contrats ?
- 4:10OuverteRéponse directe
Peux-tu nous parler de la biographie de Mohamed Sifawi ?
- 10:52OuverteRéponse directe
Quelles sont les lunettes que M. Sifawi utilise pour voir le terrorisme djihadiste ?
- 14:09OuverteRéponse directe
Comment c'est possible que Sifawi n'ait pas été discrédité avant cette affaire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:06PrésentateurChiffre
« un fonds doté de 2,5 millions d'euros destinés à accompagner les porteurs de projets qui veulent promouvoir les valeurs républicaines et combattre les discours séparatistes. »
- 1:41PrésentateurChiffre
« Mohamed Sifawi a été le plus gros bénéficiaire de la manne du fonds Marianne via l'union des sociétés d'éducation physique et de préparation militaire qui a eu droit à 355 000 euros contre des contreparties dérisoires. »
- 9:40InvitéFait
« Moi, je trouve honnêtement votre travail totalement malhonnête. »
- 11:36InvitéFait
« je suis étonné quand même qu'on honore à ce point une femme qui a perdu son fils, mais qui porte le voile, par ailleurs, pour aller dire partout... »
- 17:53InvitéFait
« la première erreur que j'ai faite, c'est d'avoir fait confiance à Mme Schiappa, aux équipes de Mme Schiappa et d'avoir foncé un peu parce que j'ai, vous savez, j'ai des défauts comme tout le monde. »
Temps de parole
- Invité36 %
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Salut Théo, ça va ? Salut Jemil, je m'installe un peu brusquement, mais ça va. Ça me fait plaisir de te voir sur le plateau face à moi. Alors, tu as voulu revenir toi sur un épisode, rien à voir avec les canicules, etc. Quoique c'est assez chaud aussi. Tu as voulu revenir en début de semaine sur le sujet qui a fait le buzz de la semaine dernière, la commission d'enquête sénatoriale sur le fameux fonds Marianne. Oui Jemil, on peut l'affirmer. L'affaire dite du fonds Marianne a occupé le devant de la scène médiatique la semaine dernière et continuera d'être à la une cette semaine.
Pour celles et ceux qui auraient décidé de s'isoler du monde pour méditer peut-être pendant un certain temps et n'en ont du coup pas entendu parler, l'affaire du fonds Marianne est un véritable scandale qui aurait dû, qui aurait pu installer le pouvoir sur des braises ardentes si le système médiatique ne protégeait pas à ce point Emmanuel Macron et son exécutif.
En gros, suite à l'émotion produite par l'assassinat à caractère terroriste du professeur de lycée Samuel Paty à Conflans-Saint-Odorin, le comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation crée, sous l'égide de Marlène Schiappa, alors ministre déléguée à la citoyenneté, un fonds doté de 2,5 millions d'euros destinés à accompagner les porteurs de projets qui veulent promouvoir les valeurs républicaines et combattre les discours séparatistes. La suite, on la connaît, cynisme, cabjie et coputnage à tous les étages.
Et celles et ceux qui ne le connaissaient pas jusqu'alors ont bien découvert aussi un sacré personnage, moi avec eux d'ailleurs, qui a fait le buzz, buzz sur buzz durant cette audition de la commission d'enquête sénatoriale. J'ai nommé ce monsieur Sifawi, Mohamed Sifawi. Alors oui, Mohamed Sifawi a été le plus gros bénéficiaire de la manne du fonds Marianne via l'union des sociétés d'éducation physique et de préparation militaire qui a eu droit à 355 000 euros contre des contreparties dérisoires en matière de lutte pour la République et contre le séparatisme. Mais qui est Mohamed Sifawi ? À première vue, un personnage nerveux, voire grossier. Exemple 1.
Pourquoi ça vous gêne ? Non, je ne sais pas que ça me gêne. Pourquoi ça vous gêne qu'on parle de ça ? Vous voulez toute la vérité, non ? Rien ne me gêne. Ah bon ? Alors, laissez-moi continuer. Non, si vous voulez, je vais poursuivre. D'accord. Parce que nous avons encore un certain nombre de questions. Comme ça, les gens voient que certaines réponses vous gênent. C'est très bien. Non, mais d'abord, vous savez, les Français, ils regardent ceux qui s'y intéressent, ils porteront le jugement qu'ils souhaiteront. Ce qui compte, c'est que la démocratie puisse exercer sereinement dans le respect à la fois des débats et des personnes, et surtout du sujet.
dire amen ne vous apporte rien, et n'apporte rien de constructif au débat. D'accord. Père témoin de vous le dire.
Exemple 1. Exemple 2.
Je vous raconte des faits. D'accord ? Donnez-moi juste une réponse. Non, non, mais c'est ce que je suis en train de faire, en étant le plus détaillé, même si ça vous embête, parce que je pense que l'heure du déjeuner est proche, etc. S'il vous plaît, s'il vous plaît, enfin, c'est bon. Alors, je vais vous dire, on va prendre, si vous voulez bien, le temps qu'il faut pour que vous puissiez comprendre. Ok ? Et on va parler calmement. Ne venez pas me piquer au vif, et je demandais de garder mes nerfs.
Un fanfaron, et aussi par certains aspects, le Mohamed Sifawi.
Comment vous faites là ? Vous avez à la fois un 35 heures, qui n'est pas d'ailleurs décrit comme un 35 heures, mais comme une, comment dire, une action permanente, avec l'association, et en même temps, un contrat de consultant qui porte sur certains aspects particuliers, si je puis dire, formation, etc., avec le CIPDR. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment on peut avoir la juxtaposition de ces deux contrats ? Ceux qui ont travaillé avec moi, à différentes époques, vont comprendre ce que je vais vous dire. J'ai une capacité de travail qui est bien supérieure à la normale, par passion, par, je dirais, intérêt intellectuel, pour la matière.
C'est son côté un peu macroniste, finalement, il travaille beaucoup, il dort très peu, qu'est-ce pas ? Ouais, en tout cas, d'un point de vue biographique, Mohamed Sifawi est d'abord un journaliste né, il y a bientôt 56 ans, en Algérie. Après avoir travaillé dans son pays d'origine pour de nombreux médias, après avoir été notamment le correspondant de l'hebdomadaire Jeune Afrique, il fait le choix de s'installer en France en 1999. Et il connaît, contrairement à de nombreux journalistes exilés d'Afrique du Nord, une ascension extrêmement rapide. Pourquoi ? Le journaliste et éditeur Thomas Delthombe porte un regard critique sur son travail et ses dérapages.
Il y a d'ailleurs consacré un chapitre dans son livre « L'islam imaginaire, la construction médiatique de l'islamophobie en France, 1975-2005 ». Il vient de publier dans Off Investigation un article passionnant dont le titré « Mohamed Sifawi, un provocateur insubmersible, retour sur 20 ans de complaisance médiatique ». Pour lui, au-delà de sa propre personne, la mise en avant de Mohamed Sifawi témoigne avant tout d'un système.
Justement, on l'écoute. Dans ces années 2003-2005, il était devenu, il devenait une figure centrale finalement de la médiatisation de l'islam, entre guillemets, en France. Et donc j'avais décortiqué à l'époque les reportages qui passaient, son infiltration, sa supposée infiltration dans Al-Qaïda à Paris, différentes enquêtes où je m'étais rendu compte que ça s'assimilait à du bidonnage, on peut dire ça comme ça. Et ce qui m'intéressait, moi, c'est qu'en réalité, ce n'était pas nouveau. C'est-à-dire qu'en fait, dans les années 80 et surtout 90, il y avait déjà pas mal de pratiques journalistiques extrêmement contestables à la télévision dès qu'il s'agit de l'islam.
J'essaie de remettre en perspective le personnage de Sifawi dans l'histoire longue de la médiatisation de l'islam. Parce qu'en réalité, ce Sifawi, effectivement, c'est un personnage sulfureux, contestable, bidonneur, tout ce qu'on veut. Mais il est aussi un symptôme, il est le produit d'un système médiatique qui a, pendant très longtemps et encore aujourd'hui, demandé ce type de figure et ce type de discours. Moi, ce que j'avais constaté dans les années, quand j'étudiais justement l'histoire de la médiatisation de l'islam, c'est que dès qu'il s'agit de l'islam, la déontologie journalistique, elle s'évapore sans problème.
Ça, c'est la première chose, que quand on parle d'islam, très souvent à la télévision, on en parle comme d'un combat idéologique. Et que, troisièmement, il y a très peu de contre-pouvoirs. Déjà, les classes populaires, en général, ont très peu de la voix au chapitre dans les grands médias. Mais alors là, quand c'est des musulmans ou des personnes d'origine musulmane, etc., là, ils n'ont aucune voix au chapitre. Or, les seuls qu'on voit et qui sont mis en valeur, c'est des gens comme Mohamed Sifoui. C'est-à-dire des gens qui se prétendent ou se présentent comme musulmans. En l'occurrence, lui, il est d'origine algérienne, etc., mais qui tapent sur les musulmans.
Donc ça, c'est une figure extrêmement pratique pour les grands médias qui disent, regardez, ce n'est pas moi qui le dis, c'est quelqu'un qui connaît de l'intérieur la communauté musulmane et qui dit qu'il y a vraiment plein de problèmes, c'est horrible, etc., etc. Donc c'est vraiment des personnages clés, ce type de personnages sont des personnages clés dans le dispositif de médiatisation de l'islam.
Est-ce qu'on veut l'entendre ? C'est un des extraits de ton entretien avec M. Deltombe, du coup, ce matin. Oui, oui, c'était ce matin et c'était très intéressant. Le caractère racoleur des enquêtes audiovisuelles de Sifoui, publiées dans le cadre de compléments d'enquête ou de zones interdites, alertent assez vite des journalistes comme justement Thomas Deltombe et Alain Grech ou des universitaires comme Olivier Roy, qui pointent un dispositif qui attise la suspicion et des fois de manière complètement grotesque.
Les experts non musulmans, d'une certaine façon, ils parlent toujours de l'extérieur. Le plus souvent, ils parlent de l'extérieur, ils parlent de la communauté musulmane ou de l'islam, tout ça avec beaucoup de guillemets, de l'extérieur. La spécificité des gens comme Mohamed Sifoui, c'est qu'eux, ils peuvent prétendre parler de l'intérieur. En fait, ça ne veut rien dire intérieur-extérieur, mais ça donne l'impression, quand ils se sont dans les plateaux télé, qu'ils ont une connaissance particulière parce qu'ils seraient à l'intérieur de cet ensemble mystérieux que serait la communauté musulmane ou l'islam, etc.
Et c'est là-dessus qu'a joué à fond Mohamed Sifoui, c'est-à-dire que ses premiers reportages, ça parle d'infiltration, c'est-à-dire qu'il dit « je m'infiltre dans une cellule d'Al-Qaïda, je rentre dans la communauté musulmane pour débusquer le double discours des gens qui se font passer pour des musulmans tout à fait inoffensifs, mais qui en fait cachent des intentions extrêmement dangereuses, etc. » Donc tous ces reportages au départ fonctionnent un peu comme ça.
Et moi, ce qui m'avait amusé, mais c'était juste un exemple que j'avais utilisé dans le bouquin parce qu'il est très efficace, c'est-à-dire qu'il avait fait un reportage sur TF1 en 2003 et il utilise une caméra cachée, c'était sa grande spécialité à l'époque. Il va dans un bar PMU, soi-disant pour aller débusquer justement le double discours, chercher un complice possible d'un terroriste. Et en fait, il n'y avait pas besoin du tout de faire des caméras cachées dans un bar PMU. Le type qui cherchait, il était dans l'annuaire tout à fait connu dans la ville.
Donc il avait mis en scène une sorte d'enquête complètement incroyable, sulfureuse, pour en fait juste interroger quelqu'un qui était tout à fait connu sur la poste publique. Donc il avait jeté la suspicion sur un type qui, je crois par ailleurs, était syndicaliste à la CGT.
Alors ces méthodes étaient déjà au centre d'un échange vif entre Thomas Delthombe et Mohamed Sifawi sur le plateau d'arrêt sur image en 2005. Et déjà transparaît comme arme de défense chez Sifawi, l'accusation de complotisme. Intéressant car Sifawi va progressivement s'allier par exemple à Rudy Reifted de Conspiracy Watch. Par ailleurs, justement, l'un des bénéficiaires du fonds Marianne, justement. Écoutons.
Moi, je trouve honnêtement votre travail totalement malhonnête. Je vais vous dire pourquoi. Parce que cette démarche, intellectuellement, est totalement insensée et idiote parce qu'elle repose déjà sur une question de complot. Vous savez, il y a le complot qui existe, mais le monde n'est pas un complot. Il ne faut pas voir le complot partout. Parfois, les choses sont très simples. Est-ce qu'aujourd'hui, depuis une trentaine d'années ou une vingtaine d'années ou depuis 2001, si vous voulez, est-ce que ce sont des gens qui se réclament de la religion musulmane ou les témoins de Jéhovah qui déposent des bombes et qui tuent des gens un peu partout à travers le monde ?
Est-ce que ce sont des bouddhistes ou ce sont des gens qui se réclament de la religion musulmane et qui, justement, se réclament de ce livre saint, qui tuent et qui menacent de tuer ? La question est posée en ces termes. Alors, comme vous le savez et comme nous le savons tous autour de cette table, les médias, par essence, s'intéressent aux trains qui déraillent et non pas aux trains qui arrivent à l'heure. Malheureusement, on pourra débattre peut-être un jour dans un autre lieu sur cette question. Oui, mais absolument, il y a une réalité. Moi, je ne le dis pas du tout qu'il y a effectivement des idéologues du terrorisme, des actes terroristes, absolument, il faut les combattre, etc.
Bon, la question, c'est de savoir comment on les combat et comment on analyse cette réalité.
Et justement, Théophile, quelles sont les lunettes que M. Sifawi utilise pour voir le terrorisme djihadiste ? Alors, ce qui est frappant, Jemil, c'est que progressivement, il cesse de s'intéresser à cette matière solide, tangible, le terrorisme, pour ne plus parler que de ce qu'il considère, à sa manière plus que contestable, comme l'islamisme. Beaucoup d'entre nous se souviennent de la violence avec laquelle il s'en était pris à Latifa Indiathène, maire d'un des militaires tués par Mohamed Merah, et qui depuis s'est engagé pour des causes comme le vivre ensemble et la déradicalisation. C'était sur France 2 en 2015.
On est dans un pays où on a compris qu'il y avait une guerre idéologique à mener. Avec tout le respect que je dois à toutes les victimes du terrorisme et à leur famille, je suis étonné quand même qu'on honore à ce point une femme qui a perdu son fils, mais qui porte le voile, par ailleurs, pour aller dire partout... Ça, c'est un autre débat, M. Sifawi. Oui, mais c'est un débat important. Je sais qu'on sacralise dans ce pays la victime. Je sais qu'on sacralise la victime dans ce pays, et c'est une vieille tradition, c'est très bien, mais il y a des limites. C'est-à-dire qu'il faut chercher aussi un peu de cohérence.
Ce n'est pas parce qu'une personne perd son fils, il y en a beaucoup, des centaines de personnes, qu'on va la sortir de ses fourneaux pour en faire une érigie, une égérie de l'avis français. Vous faites la tournée des établissements scolaires pour essayer de faire de la pédagogie auprès des jeunes. C'est un avis très personnel, Mohamed. Bien sûr, c'est un avis personnel qui n'engage pas la France Télévisions, évidemment,
mais je tenais quand même à l'exprimer. Alors, Jemille, on est d'accord, c'est odieux, mais c'est surtout politiquement terrible. Une femme qui porte un foulard, une mère endeuillée qui porte un foulard est tout aussi responsable des attentats djihadistes qu'un terroriste, que le terroriste lui a enlevé son enfant. On plonge dans une sorte de guerre de civilisation qui ne s'arrête pas aux musulmans trop pratiquants à son goût. Écoutant à nouveau Thomas Del Tombe.
Aujourd'hui, il ne parle même plus de terrorisme. Son dernier bouquin, ou avant-dernier, ou avant-avant-dernier bouquin, il en écrit tout le temps, « Les faux soyeurs », c'est soi-disant une enquête sur l'islamo-gauchisme. Et effectivement, il est passé en 20 ans d'une spécialisation, soi-disant, sur le terrorisme à une spécialisation sur la gauche. Parce que ce qu'il appelle l'islamo-gauchisme, en réalité, c'est l'UNEF, la CGT, la gauche, quoi, le DH. Pour moi, c'est vraiment ce basculement autour du... Enfin, ce glissement autour du concept d'islamisme.
C'est-à-dire, on peut plaquer islamisme sur des terroristes, peut-être, ou pas, en tout cas, il le fait, et beaucoup d'autres le font avec lui, et il peut en même temps dire « La CGT ou l'UNEF ou Mediapart sont des complices des islamistes ». Et du coup, on a une sorte de continuum entre Mediapart et le terrorisme. Et d'ailleurs, il le dit. Dans une interview au Point, il dit explicitement ça. Il dit « Ils peuvent sauter au plafond s'ils le souhaitent, mais je le répète, le discours victimaire des milieux indigénistes et islamistes, souvent relayés de bonne ou de mauvaise poivre à des gauchistes, arment la main des criminels ».
Arment la main des criminels. Ce logiciel de la disqualification, bien entendu, n'est pas uniquement celui de Mohamed Sifawi. Il est celui de l'extrême droite, mais également du valsisme et du printemps républicain, lequel forme en quelque sorte une partie de l'aile dite gauche du macronisme. Une aile gauche dont ferait partie Marlène Schiappa.
Justement, on peut se poser, j'imagine que beaucoup de personnes qui nous regardent se posent la question avec tous les extraits que je nous ressens là de ces archives, on peut se demander comment c'est possible qu'avec seulement les dérapages de nature qu'on le voit, sexiste, raciste, de Sifawi, ne l'ait pas définitivement discrédité avant même cette affaire de Font-Mariane.
Parce qu'on l'a vu, sont ressortis de nombreux tweets, notamment celui où il dit qu'un voile est une serpillère, sur les Asiatiques qui sont pour lui majoritairement, je le cite, « rien à foutre » de la communauté nationale française, ou sur une invitée de plateau de soirée électorale, présentée comme une botoxée, je vous cite encore une fois, « bas année », ce n'était pas suffisant ça ? À première vue, c'est un mystère français, Jemil, d'autant plus que le dossier Sifawi est encore plus lourd qu'il y paraît, et merci à Mediapart qui a consacré une recension assez complète sur le lourd CV scientifique du fonds, le lourd CV de la caution scientifique du fonds Mariane.
Témoignage arrangé et fantaisiste dans ses reportages, fausse piste conduisant à des erreurs judiciaires, notamment dans l'histoire du meurtre de la petite Estelle Mouzin qui a conduit à la démolition d'un restaurant chinois, une démolition complètement gratuite. Bref, plus personne ne serait crédible après tout ça, sauf Mohamed Sifawi. Parce que justement, sa stigmatisation de l'islamo-gauchisme qui ne va pas de l'extrême droite, mais qui l'y rejoint habilement, tout en donnant l'air de ne pas y toucher, eh bien, ça fait penser en même temps macronien. Écoutons ce qu'on dit, Thomas Deltombe.
Chez Sifawi, il y a un discours un peu de en même temps. C'est-à-dire qu'à la fois, il flirte avec les discours d'extrême droite, les discours en tout cas hyper réactionnaires, et dans le même temps, il n'arrête pas de dire qu'il est de gauche et que par ailleurs, il est musulman, etc. Donc, pour moi, c'est exactement ça en même temps. C'est-à-dire, en gros, on va toujours plus loin dans l'extrême-droitisation, la banalisation extrêmement, etc., de l'opinion. Mais attention, on fait ça en toute bonne conscience parce qu'on a des amis de gauche et arabe, alors c'est parfait.
Et ça, je pense que c'est un positionnement qui a beaucoup intéressé des gens comme Valls et ensuite des gens dans l'entourage de Macron. Valls avait dit « Malahicité », je ne me souviens plus de la citation exacte, mais « Malahicité », c'est celle de Caroline Forest et de Mohamed Sifawi. Il l'avait citée pendant les primaires, je crois en 2017, primaires socialistes en 2017. Donc, clairement, il se réclamait de ce courant-là, de Forest, Sifawi et compagnie qui sont parfaits. C'est-à-dire, on peut aller draguer la droite, voir l'extrême droite en toute bonne conscience parce que, quand même, Caroline Forest, c'est une grande féministe et Mohamed Sifawi, c'est un grand musulman.
Voilà, c'est parfait, quoi. Il a sorti en 2010 un livre sur Zemmour, donc assez en avance. C'était assez bien joué parce que c'est exactement cette logique dure en même temps. Regardez, je n'ai rien à voir avec l'extrême droite puisque je critique Zemmour. OK, il critique Zemmour, mais il y a plein d'idées d'extrême droite dans son discours à lui, Mohamed Sifawi. Et ça lui permet de se positionner. Il y avait eu un débat, je crois, sur CNews, un débat avec beaucoup de guillemets entre Zemmour et Sifawi. Et en gros, tout le débat, ça consistait à dire est-ce que l'islam est islamiste en tant que tel ou est-ce que l'islam n'est pas islamiste en tant que tel ?
Or, Mohamed Sifawi n'arrête pas de jouer sur la confusion entre l'islam et l'islamisme, mais devant Zemmour, il dit non, non, ça n'a rien à voir, on peut très bien être un musulman comme moi tout à fait modéré. Et quand on regarde ça, on se dit c'est quand même marrant, ils font débattre des gens qui partagent en fait beaucoup, qui ont beaucoup de choses en commun en réalité. Bon bref, c'est des jeux de positionnement.
Alors là, est-ce qu'on peut maintenant penser qu'au fond, Mohamed Sifawi a été l'instrument d'une narration et que désormais, vu qu'il est un peu gênant et qu'il fait le bad buzz sur bad buzz, il va être sacrifié par le pouvoir ? De fait, c'est ce qu'il semble penser lui-même manifestement, vu que lors de son audition au Sénat qui s'est déroulé à la suite d'une perquisition de son domicile décidée forcément par les services de Gérald Darmanin, il n'a pas été tendre mais alors pas tendre du tout avec Marlène Schiappa. Un petit extrait.
À mon modeste niveau, j'assume l'ensemble de mes responsabilités. Et la première erreur que j'ai faite, c'est d'avoir fait confiance à Mme Schiappa, aux équipes de Mme Schiappa et d'avoir foncé un peu parce que j'ai, vous savez, j'ai des défauts comme tout le monde. Et j'ai une qualité, peut-être, peut-être, c'est la sincérité, la naïveté parfois des gens engagés. Je suis quelqu'un d'engagé, M. le Président. Je ne suis pas quelqu'un d'engagé comme vous et vous savez, les gens engagés ont parfois cette naïveté de croire que les autres sont aussi engagés qu'eux. Et quand vous êtes face au cynisme, vous oubliez parfois que vous pouvez être manipulé, utilisé par le pouvoir politique.
Ça a été mon cas.
Qu'est-ce qu'il veut bien nous dire là, M. Stépho ? Alors, peut-être bien que la Macronie qui se dit républicaine ne l'est pas tant que ça et a voulu le museler dans son travail de déradicalisation et l'a empêché d'utiliser à bord les 355 000 euros qu'il a reçus. On attend en tout cas de voir si le monstre fabriqué par le système politico-médiatique va se retourner contre lui via des punchlines et des révélations. On attend de voir s'il va, pour survivre, par exemple, basculer totalement vers l'extrême droite après avoir participé à élargir comme personne la fenêtre d'Overton sur l'islamophobie. On regardera ça, bien sûr. Merci Jemille, en tout cas.
Merci à toi, Théophile, pour cette chronique riche. Et franchement, on a fait le point vraiment bien sur la chose et de manière rythmée sur ce qui semble devenir le feuilleton je pense de l'été là. On est parti pour ? Peut-être. En tout cas, on va y participer je pense en en suivant ça de près.