Valises de billets au Parlement européen: Comment les lobbies ont tout pourri | Leïla Chaibi
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est un scandale qui fait l'effet d'une bombe en plein cœur de la démocratie européenne. Vous le savez, nous avons abordé le sujet et suivi l'affaire depuis le départ ici aux médias. La vice-présidente du Parlement européen, Eva Kaili, vient d'être destituée aujourd'hui, mardi 13 décembre, suite à un vote des eurodéputés. Arrêtée vendredi, écrouée dimanche, elle est accusée d'avoir participé à une affaire d'influence du Qatar alors que ce dernier accueille le mondial de football en ce moment même. L'ex-présentatrice grecque de journaux télévisés, Eva Kaili, est-elle au centre du jeu ? Peu avant la tenue de la Coupe du Monde, elle tenait ses propos au Parlement européen.
Ces propos illustrent-ils là les prémices d'un lien de causalité ? Cette affaire, plus gros scandale de son histoire, entache le Parlement européen et jette le discrédit sur ses élus, déclaré l'eurodéputée LFI, Leïla Chaïbi, hier sur France Info. Elle est mon invitée pour ce nouvel entretien d'actu. Eh bien, bonjour Leïla Chaïbi, merci d'avoir accepté notre invitation ce soir.
Bonjour, merci pour cette invitation.
Avec plaisir. Alors, vous parlez de cette affaire comme étant le plus gros scandale de l'histoire du Parlement européen. Alors, c'est vrai que depuis vendredi, 5 interpellations, on rappelle, 16 perquisitions qui ont notamment permis de mettre à jour d'abord 600 000 euros en cash. Maintenant, on parle près d'un million d'euros. Comment vous avez réagi en apprenant tout ça vendredi soir ?
Je crois que comme l'ensemble des députés, c'était la stupeur, on n'y croyait pas, on avait l'impression de lire le résumé d'une série Netflix, d'être en plein dans une série Netflix, des mallettes de pillés retrouvées avec des petites coupures de 20 euros, de 50 euros, des perquisitions en pleine nuit, de gens qu'on croise dans les couloirs du Parlement, qui sont des collègues. En fait, on sait qu'à Bruxelles, le lobbying est fortement présent, que c'est un peu l'endroit privilégié pour les lobbies qui se pensent souvent comme à la maison.
Mais à ce point-là, en fait, où on passe carrément le cap non pas du lobbying, mais de la corruption, d'abord donc stupeur, et puis ensuite très préoccupé, parce qu'on se dit finalement que le discrédit, voilà, il entache tout le Parlement, qu'il y a des élections européennes dans un an et demi, et que déjà les politiques n'ont pas forcément super bonne presse, et d'autant plus les politiques à Bruxelles, dans les institutions européennes, au Parlement européen, et que malheureusement, là, en fait, on va tous, tous en pâtir si le Parlement ne prend pas des décisions d'urgence à la hauteur des enjeux.
Alors, Eva Kelly semble être présentée, là, comme la pièce centrale dans cette affaire, sans précédent, on peut le dire, mais d'autres personnes sont aussi impliquées, faisant partie ou autant proches du groupe social-démocrate, que ce soit ici des élus socialistes qui sont visés par cette affaire, par une affaire de corruption. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
C'est ça qui rajoute de la stupeur. Alors, c'est vrai qu'on parle beaucoup d'Eva Kelly, la vice-présidente du Parlement européen, dont on vient de voter, là, d'ailleurs, tout à l'heure, on vient de voter à une très large majorité, la démission de son mandat de vice-présidente, ce qui est un premier pas, pas loin d'être suffisant, mais qui est un premier pas, mais elle n'est pas la seule. Il y a Marc Terabella, un député bel socialiste, et effectivement, en fait, c'est d'autant plus choquant que ça provient de députés socialistes, en fait.
Quand on s'attaque au lobbying, moi, je suis investi sur les questions de transparence vis-à-vis des lobbying dans le cadre de la Commission Affaire Constitutionnelle, ici au Parlement. Bien sûr. Et les plus réticents, les plus frileux, généralement, sur ces questions-là, c'est plutôt les groupes de droite. On a plutôt l'habitude d'être plus exemplaires à gauche, et là, de voir que ce scandale-là touche des députés qui sont des députés de groupes dits progressistes, c'est encore plus choquant, parce que je pense qu'à gauche, on doit être deux fois plus exemplaires, en fait. Mais comment vous l'expliquez, alors ? On doit montrer deux fois plus l'exemple.
Comment vous l'expliquez, du coup, que ça touche ces personnes qui se disent, de gauche et exemplaires, enfin, qui ont cette image, normalement ?
Moi, il faut différencier. Il y a deux choses. Il y a une part de responsabilité personnelle, évidemment, et elle est importante. Et il y a des choses qui sont plus d'ordre systémique, ici, au Parlement. D'abord, effectivement, le Qatar effectue un lobbying intensif, comme d'autres sociétés privées, d'autres États tiers. Mais ce n'est pas pour autant qu'on répond. Vous savez, moi, par exemple, là, j'ai reçu, je regardais, là, du coup, quand il y a eu un scandale, là, avec mon équipe, on regardait juste dans les trois derniers mois, j'ai reçu deux invitations tentatives de hameçonnage de la part de l'ambassade du Qatar et du Qatar.
Il n'a pas plus tard que la semaine dernière, j'ai reçu une invitation à participer à une réception dans un des hôtels les plus luxueux de Bruxelles, avec une invitation de l'ambassade du Qatar.
Je crois qu'à l'écran, on peut voir passer.
Oui, quelques mois avant, donc j'ai pris, j'ai ramené l'invitation, donc je reçois un truc qui est signé « Democracy Center for Transparency », donc le centre démocratique pour la transparence. On se dit, oh ben tiens, c'est une organisation, une ONG qui lutte pour la transparence. Et là, donc, je regarde et donc je suis invitée en mission au Qatar. Très étonnant. Je travaille, moi, principalement sur les questions de droits du travail et des questions sociales.
Et donc là, on me propose d'aller au Qatar pour aller observer la manière dont sont bien traités les ouvriers et les travailleurs, de venir dans des stades, regarder sur le terrain du bâtiment comment sont traités les ouvriers, avec des soirées festives, etc., etc. Et ça, comme ça, à première vue, évidemment, vous pouvez vous dire, tiens, je vais me faire avoir, mais il suffit. Il ne faut pas creuser très, très longtemps. À partir du moment, entre le moment où vous lui recevez l'invitation et le moment où vous allez prendre votre billet d'avion et répondre oui, OK, répondre positivement à cette invitation, il y a quand même une marge.
Donc, en fait, je pense que les élus ici, ils sont peut-être plus… c'est plus facile d'être déconnecté de sa base, de ses citoyens, parce qu'on est loin, tout le monde est loin de son pays, que ce soit à Bruxelles ou à Strasbourg. Déjà, de manière générale, quand on est un élu, on peut avoir tendance à être déconnecté du peuple, mais là, ici, c'est encore plus facile. Mais pour autant, par ailleurs, il y a quelque chose qui est vraiment systémique, c'est que l'Union européenne, les décisions qui sont prises ici, elles sont très éloignées des citoyens, parce que c'est très compliqué, parce que c'est très loin.
Et dès que vous arrivez ici, moi, je me rappelle, quand je suis arrivée en 2019, vous avez des gens qui, eux, savent déjà ce qu'il y a à l'ordre du jour de vos commissions, qui vous proposent directement d'écrire pour vous leurs amendements. Et ces gens, ce sont des gens qui peuvent rentrer au Parlement comme ça, sans se faire accréditer. Vous, si vous voulez rentrer dans le Parlement européen, vous devez vous faire accréditer par mois, vous devez aller faire la queue au bureau d'accréditation. Ces gens-là, ils peuvent rentrer grâce à un badge, ils peuvent rentrer ici comme dans un moulin et exercer leur influence. C'est le royaume des lobbies.
Et puis, les mesures qui sont mises en place par le Parlement, on pourra en parler, mais elles pourraient être beaucoup plus fortes. Elles pourraient être beaucoup plus fortes. Moi, j'ai travaillé sur plusieurs dossiers qui vivent justement à faire en sorte de rendre plus transparents les échanges avec les lobbies, parce qu'il y a ce qui est de l'ordre de la corruption, donc illégale. Et puis, il y a de ce qui est de l'ordre du lobbying, qui n'est pas illégal, mais qui peut être contraire à l'intérêt général. Et l'important, en tout cas, c'est que pour les citoyens, on rende transparent la façon dont ont été prises les décisions.
Parce que quand on est élu, est-ce qu'on est élu par des citoyens qui ont voté pour vous ? Et donc, les décisions que vous devez prendre, le mandat que vous avez, il vient des citoyens, et donc vous devez les prendre en fonction de l'intérêt des citoyens ? Ou est-ce que ces décisions-là, vous les prenez à la lumière de votre rendez-vous de la veille avec l'ambassade du Qatar, avec le patron d'Uber ? Et ça, ne serait-ce que de faire la transparence. Moi, je dis souvent, les lobbies, c'est un peu comme les vampires. Quand vous mettez des plans phares dessus, vous mettez la lumière, et bien, ils partent en courant. C'est un système qui part en courant.
Pour en revenir à votre déclaration d'hier sur France Info, où vous disiez que le discrédit serait jeté sur les élus européens suite à cette affaire-là. Est-ce que c'est la raison pour laquelle la destitution aujourd'hui des vacallés a été votée à la quasi-unanimité ? Pour faire une sorte d'exemple, en marquant aussi une rapide des actions. Est-ce que c'est une sorte de prise de position de tous vos collègues pour dire qu'on ne veut pas de la corruption, on agit vite et fort ?
C'est vrai que je pense que là, tout le monde s'est dit, oulala, des valises entières de billets, enfin, ce n'est pas possible. Que vont penser les gens ? Est-ce qu'ils vont penser que moi aussi, je me balade avec des valises, je me fais livrer des valises ? Et donc, il y a tout de suite eu comme ça un réflexe de dire, moi, ça ne me touche pas, moi, ça ne me concerne pas.
Mais je crois que si on veut être cru, si on veut être entendu, si on veut que cesse ce discrédit, si on veut que les gens, quand ils vont voter dans un an et demi aux élections européennes, dans pas longtemps, qu'ils ne se disent pas, tiens, je vais voter pour des pourris qui se font acheter par le Qatar et puis en fait, une fois que je les ai élus, leurs décisions, ils ne vont pas les prendre en fonction de moi, ils vont les prendre en fonction de la taille des valises qu'ils vont recevoir, il faut des actes forts et pas juste demander à Eva Kaili qu'elle démissionne de son mandat de vice-présidente.
Je rappelle que là, ça a été voté à une large majorité, on ne lui a pas demandé de démissionner de son mandat de députée européenne, mais de son mandat de vice-présidente du Parlement, ce qui est quand même le minimum du minimum. Donc, pour moi, la deuxième étape, c'est évidemment qu'elle démissionne de son mandat de députée.
C'est, deuxièmement, qu'on ait une résolution, on a un débat tout à l'heure qui va commencer d'ici quelques minutes, d'ici une demi-heure, sur la situation au Qatar, qu'il soit poursuivi d'une résolution avec un acte fort pris par le Parlement, qu'il soit une commission d'enquête, et puis ensuite, on a des outils qui sont en place, vous savez, il y a un registre de transparence à l'Union européenne. Si vous allez sur le site du Parlement européen, vous pouvez aller voir, vous tapez le nom de n'importe quel député, et bien, vous avez dans sa fiche un endroit où il y a marqué « mes rendez-vous », « mes réunions ».
Et là, normalement, tous les députés doivent indiquer les rendez-vous qu'ils ont avec des lobbies, qui sont tirés de ce qu'on appelle un registre de transparence. Tous les lobbies sont censés s'inscrire sur ce registre de transparence. Et bien, il n'y a même pas la moitié des députés qui le font, parce que déjà, ce n'est pas obligatoire, c'est obligatoire que pour les présidents de commissions et les rapporteurs, mais qu'ils ne le font pas, parce que c'est obligatoire, mais il n'y a pas de sanctions.
Et donc ça, si déjà, il y avait l'obligation, assortie de sanctions, de déclarer ces rendez-vous avec les lobbies, ce serait déjà quelque chose qui permettrait, je pense, de lutter contre cette influence des intérêts privés.
Bien sûr, on le comprend tout à fait. Alors, pour en revenir à l'affaire elle-même, votre collègue Manon Aubry publiait une vidéo le mois dernier, c'est important de le souligner, pour poser la question d'un lobbyisme actif potentiel, qui se révèle de plus en plus clair, du Qatar au sein même des négociations européennes. On regarde un court extrait.
Ça fait plus d'un an qu'on se bat ici au Parlement européen pour qu'on ait une résolution, pour qu'on prenne une position claire qui dénonce les violations des droits humains au Qatar. Et on savait que le combat et la bataille seraient difficiles. On a réussi en début de semaine à enfin faire voter le Parlement et acter le fait qu'on fasse cette résolution cette semaine. Manifestement, il y a des groupes qui n'en voulaient pas et qui ont voté contre et qui sont venus pourrir les négociations.
Et à un point où je me demande, en fait, si autour de la table des négociations, est-ce qu'on avait des représentants des groupes politiques ou est-ce qu'on n'avait pas, tout simplement, l'ambassade du Qatar.
C'est donc avant l'affaire Kylie. Selon vous, peut-on désormais aujourd'hui, à la lumière de l'affaire, à ce stade, parler d'une tentative d'ingérence du Qatar dans les politiques européennes ? Et si oui, quels seraient les objectifs du Qatar ?
Ma collègue Manon Aubry a eu des fins, pour le coup, sur cette affaire. Je rappelle le contexte lors de la dernière plénière. Donc, ça fait des mois, ça fait quasiment un an qu'elle réclame une résolution sur le Qatar, la Coupe du Monde va avoir lieu, et une résolution sur les violations des droits de l'homme au Qatar. Là, donc, bizarrement, c'est le groupe socialiste qui s'oppose. Ce n'est pas la droite, c'est le groupe socialiste. Bon, ils n'ont pas la majorité, ils sont obligés d'accepter cette résolution.
Et donc, cette résolution, ils sont les premiers, les socialistes, à essayer de la vider de son contenu, à essayer d'enlever tous les passages qui parlent de violation des droits humains, qui parlent du nombre d'ouvriers qui sont morts. Et pour autant, à rajouter des choses très, très, très étranges qui indiquent que le Qatar fait énormément d'efforts en matière de respect du droit du travail, en matière de respect des droits humains. Et donc, ça a l'air, et je sais que Manon, elle me racontait, elle me disait, mais c'est la première fois que je prenais des notes. Je trouvais ça tellement bizarre, d'habitude, je ne fais pas ça, mais je prenais des notes sur ce qui était dit.
Je me disais, mais c'est un peu gros, cette histoire. Et après, quand il faut regarder les votes, d'ailleurs, du groupe socialiste, bien bizarrement, vous savez, quand on a le résultat des votes, vous avez tout l'hémicycle qui apparaît, et puis si c'est vert, s'il s'est vote pour, c'est vert, s'il s'est vote contre, c'est rouge. Et bien souvent, c'est un peu homogène entre ce qu'il y a en vert du côté droit de l'hémicycle, en rouge du côté gauche. Et vous savez, une espèce de bande au milieu qui n'est pas pareil que les autres groupes progressistes, et le groupe socialiste, donc, se positionne différemment.
Je précise quand même que pas les socialistes français, on parle des socialistes belges, italiens, grecs. Et donc, effectivement, on apprend aujourd'hui que cette attitude-là, Manon ne croyait pas si bien dire quand elle disait, on se demande s'il n'y a pas l'ambassade du Qatar autour de la table. Oui, ces décisions-là, politiques, ont été prises sous influence, ce qui est extrêmement grave. On est une institution politique élue par des citoyens, et on obéit non pas aux citoyens, mais on obéit à des états tiers, à des ambassades, à des intérêts qui sont des intérêts extérieurs aux intérêts de l'Union européenne.
Et c'est assez scandaleux que des élus du peuple se comportent de cette manière-là.
Qu'est-ce que ça dit, au fond, rapidement, comme ça, de cette affaire qui révélerait aussi quelque part l'état de l'Union européenne, de son Parlement, de sa commission, commission qui est de loin pas très démocratique, il faut le dire, où l'on sait, vous l'avez rappelé, la forte présence de nombreux lobbyistes qui peuvent rentrer comme ça avec des cas. Qu'est-ce que ça dit ? Est-ce que finalement, là, cette affaire-là, en plus, ça touche la gauche, mais pas que, mais là, pour le coup, quand même, les personnes qui se disent de gauche, est-ce que c'est pas l'affaire de trop ?
Est-ce que c'est pas une chose qui pourrait enterrer complètement la croyance dans les élections encore plus européennes, là ?
Il y a la question des lobbies et il y a la question plus large du manque de démocratie au sein de l'Union européenne. La question des lobbies, elle est importante. Moi, c'est quelque chose que je constate sur notre dossier, vous savez, sur la question des travailleurs des plateformes.
Sur Uber, c'est un dossier sur lequel on a eu sans cesse la pression des lobbies qui organisent des réunions au cœur même du Parlement, sans aucun travailleur, pour parler des droits des travailleurs, qui ont le numéro de téléphone portable des commissaires, qui s'incrustent de partout, enfin, qui sont vraiment comme une espèce de pieuvre, mais il y a un problème plus global de démocratie, en fait, au-delà des lobbies. Le Parlement européen, c'est le seul Parlement du monde qui n'a pas ce qu'on appelle le droit d'initiative législative, c'est-à-dire qu'on a un Parlement qui n'a pas le droit d'écrire la loi. Au sein de l'Union européenne, il y a trois institutions.
Il y a donc le Parlement, où on est ici, où je suis élue, où on est 700 élus des 27 États membres de l'Union européenne, il y a le Conseil de l'Union européenne qui représente les gouvernements et les chefs d'État, il y a la Commission, où il y a des commissaires qui sont nommés, qui sont nommés. Chaque État nomme un commissaire, mais aucune légitimité issue du suffrage universel, donc ils sont nommés. Et si on veut une loi, une directive, il faut que ce soit la Commission qui le propose.
Donc moi, quand je veux une directive, je dois faire pression pendant plusieurs années, à l'aide de différents leviers, pour que la Commission envoie face à son premier jet, daigne faire une proposition de directive. Donc dans ces conditions-là, on a une élection européenne où à chaque fois, on a une abstention énorme. C'est l'élection où il y a le plus de personnes qui se disent que ça ne sert à rien d'aller voter, parce que de toute façon, déjà l'Europe, c'est loin, on ne comprend pas, il y a des directives, mais après, on traduit en loi nationale, parce qu'on va élire des gens mais qui n'ont même pas le droit d'initier les lois. Parce qu'ils sont soumis au pouvoir des lobbies.
Et moi, je pense que si on veut que l'Union européenne, elle survive, elle ait du sens, c'est justement en la déconnectant de l'influence des lobbies, en faisant en sorte qu'elle retrouve de la démocratie, qu'elle serve à quelque chose, que les gens aient le sentiment d'avoir élu pour des députés qui servent à quelque chose. Et là, en l'occurrence, des affaires comme celle-là, je pense que les gens, ils vont plutôt avoir l'impression que l'Union européenne serve à quelque chose, oui, mais pas à l'intérêt général, plutôt à servir l'intérêt de quelques-uns. Et c'est justement ce qu'il ne faut pas faire.
Mais si je me permets, je finirai quand même par une touche d'espoir, parce qu'on a pu prouver sur certains dossiers, et je pense là, en l'occurrence, parce que sur la question des travailleurs des plateformes, on a eu un vente important hier soir, où on a réussi à déjouer l'influence des lobbies. On a réussi à faire valoir un autre type de lobby, le lobby des travailleurs, le lobby populaire, en permettant sa venue, son irruption dans les institutions, là où on n'avait pas l'habitude de le voir, on a été plus forts que les lobbies en faisant ça, et ça a permis d'aboutir hier soir sur une position sacrément ambitieuse.
Et je peux vous dire que là, juste avant qu'on se rencontre, je lisais un message d'une députée suédoise, Skara Skittedal, qui est outrée, qui est vent debout par le vote qu'il y a eu hier, et cette dame, c'est une porte-parole des lobbyistes, une dame, donc je n'irai pas dire qu'elle reçoit des valises de billets d'Uber, mais si demain on la prend dans la presse, ça ne m'étonnerait pas. Ça ne m'étonnerait pas. Mais en tout cas, je pense que c'est important, c'est dramatique. Ce qui s'est passé, c'est dramatique.
Il faut des réponses fermes, d'urgence, à la hauteur des enjeux, des solutions sur le moyen terme pour réguler les lobbies, et surtout faire en sorte, si l'Union européenne est utile aux gens à leur vie quotidienne, prend des mesures qui vont dans le champ de l'intérêt général, retrouve de la démocratie, je pense que comme ça, on arrivera à sortir par le haut de cette affaire.
Bien sûr. C'est intéressant que vous souleviez l'affaire de cette députée, enfin l'affaire tout du moins, l'existence de cette députée suédoise. On parle là, dans cette affaire-là, on se dirige à la fin de notre entretien, mais d'une Europe sous le choc. Beaucoup de personnes ont utilisé ce terme-là. Il y a des réactions sur les réseaux sociaux d'électeurs, d'électrices, de citoyens français. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, elle-même a jugé les faits très graves, très bien.
Quant à la présidente du Parlement, Roberta Metzola, elle, elle a eu des mots encore plus durs, en parlant de la démocratie européenne attaquée, on est d'accord, exprimant sa fureur, sa colère, sa tristesse, et promettant qu'il n'y aura plus aucune, enfin tout de moi, aucune impunité, que rien ne sera mis sous le tapis. Eva Kaili, on rappelle, était sa collègue. On l'a dit, on connaît l'influence des lobbies, on l'a dit ensemble encore une fois. Donc, les risques de conflits d'intérêts, de corruption, est-ce qu'on nage pas là, en pleine hypocrisie quelque part, de découvrir ça comme ça et d'être étonnée ?
Franchement, quand j'apprends qu'en ce moment, des bureaux sont perquisitionnés, hypocrisie, je ne sais pas. Mais en tout cas, ça fait des mois et voire des années qu'on alerte sur la présence outrancière des lobbies dans nos institutions, l'éloignement de nos institutions par rapport aux citoyens, le fait que c'est un système qui est complètement déconnecté. Et je pense que ces alertes-là, elles ont plus de sens que jamais. Après, est-ce qu'ils ou elles savaient ? Bon, ça, moi, je ne suis pas dans leur bureau. Je ne suis pas dans leur tête. On ne peut pas savoir. Mais en tout cas, je pense qu'il y aura hypocrisie.
Il y aura hypocrisie s'il n'y a pas de solution, s'il n'y a pas de réaction, s'il n'y a pas de mesures qui sont prises. Si c'est avoir une résolution, je vous dis, si c'est avoir un débat et puis un texte qui dit « Ouh là là, on est choqués, c'est scandaleux, c'est dingue. » Et puis, on sort quelques larmes. Et puis, hop, robelote, dans trois ans, il va se passer la même chose. On ne sera pas ça à côté des enjeux. Et ce sera bon pour personne, je pense.
Et dernière question. Là, on a vu que tu as cette affaire, plusieurs réactions évidemment d'eurodéputés, notamment celui de Place Publique Raphaël Gluckspann qui a annoncé hier sur Instagram vouloir exiger la création d'une commission d'enquête. Est-ce que vous allez, dans son sens, l'appuyer ?
Évidemment. Moi, j'avais demandé, vous savez, à l'époque des Uberfights, au mois de juillet, au mois de juillet, on apprend que les liens entre Uber et des dirigeants politiques, et notamment Emmanuel Macron, nous, au Parlement, à ce moment-là, on est un peu plein dans les négociations sur la directive plateforme. Je demande à Mme Roberta Menzola, la présidente du Parlement, de mener une enquête interne pour voir ce que racontent les Uberfights, qui datent d'il y a quelques années. Eh bien, c'est toujours le cas, parce que mon petit doigt me dit que, oui, c'est toujours le cas, parce que ce que je constate depuis trois ans, c'est l'influence, justement, des lobbies d'Uber.
Je n'ai jamais de réponse. Je n'ai jamais de réponse à ce moment-là. Alors, je ne sais pas si le courrier s'est perdu ou si ce n'était pas jugé prioritaire. En tout cas, maintenant, j'espère qu'on va regarder ça d'un autre œil. Donc, je ne peux que soutenir la commission d'enquête. Toutes les mesures qui vont dans ce sens-là, qui vont au-delà de l'effet d'annonce et au-delà des larmes de crocodile, évidemment, que je soutiens à Bourgou-Raphaël Glucksmann, qui est nécessaire, mais qui en implique bien d'autres également.
Eh bien, merci beaucoup, Laëla Chaiby. Je rappelle que vous êtes élue LFI au Parlement européen. Je vous souhaite une bonne journée. À bientôt.
Merci beaucoup. À bientôt. À bientôt.
Merci. Quant à vous, derrière votre écran, merci d'avoir suivi cet entretien d'actu. Comme d'habitude, et vous le savez, je vous invite à soutenir Le Média en vous rendant sur lemediatv.fr. Objectif, 200 000 euros de dons d'ici le 31 décembre prochain. Déjà, plus de 130 000, enfin, près de 130 000 à l'heure où on tourne, ont été récoltés. Toute l'équipe vous remercie chaleureusement. On continue. On ne lâche rien. À très vite. On continue.
Leila Chaibi