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interviewRadio J — L'interview politique· 10 avril 2024 14 min

Pierre Jouvet - Le Barbier du matin du 10/04/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Pierre Jouvet, bonjour. Bonjour Christophe. Bienvenue. Vous êtes aussi troisième sur la liste de Raphaël Glucksmann pour les élections européennes. On va parler de la campagne des européennes. Un tour d'horizon pour l'instant de l'actualité sociale. Elle est chargée. La négociation entre les partenaires sociaux sur l'emploi des seniors a échoué cette nuit. Ils ne sont pas tombés d'accord pour améliorer l'emploi des plus âgés. Il faudra donc que l'État reprenne la main. Il faudra une loi.

0:29
Pierre Jouvet

Oui, mais on avait vu que pendant la réforme des retraites, le gouvernement avait affiché en permanence comme seule avancée, paraît-il, de la loi que le travail des seniors serait revalorisé, repris. Et on s'aperçoit que finalement, ça n'a pas fonctionné. C'est finalement encore un leurre de la part de ce gouvernement. Et moi, je le regrette. Donc on va voir maintenant comment tout ça est repris. C'est les syndicats et les patronats. Le patronat aussi qui devait tomber d'accord. Le dialogue social est en panne dans notre pays.

Oui, le dialogue social est en panne parce que de toute façon, on voit que les crispations d'un côté comme de l'autre sont tellement grandes sur des sujets qui sont amenés, qui font polémique, qu'on n'arrive pas aujourd'hui à se sortir de sujets qui pourraient et qui devraient faire consensus. Mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui, on voit que des choix qui ont été opérés ces dernières années, notamment avec le recul de l'âge légal de départ à la retraite, vont précariser encore les seniors.

Et comme dans ce pays, depuis de trop nombreuses années, on ne fait plus confiance aux seniors dans l'entreprise et que finalement, dès qu'ils arrivent à un certain âge, on leur fait voir plutôt la porte de sortie que la porte de maintien, on se retrouve dans ces situations de blocage qui sont inquiétantes parce qu'on voit que le chômage chez les seniors reste malgré tout relativement élevé et qu'il n'y a pas d'accompagnement spécifique qui est prévu dans ce pays.

1:41
Présentateur

Stanislas Guérini, le ministre chargé de la fonction publique, met le feu aussi ce matin en annonçant qu'il veut réformer la possibilité de licencier des fonctionnaires. Alors pas licenciement économique, bien sûr, il y a la garantie de l'emploi, mais licencier pour inaptitude. Seuls 13 en 2022 ont été licenciés de cette manière. Est-ce qu'il a raison ? Est-ce que c'est une manière de dynamiser le management de la fonction publique ?

2:01
Pierre Jouvet

Savez-vous combien il y a de postes vacants dans la fonction publique aujourd'hui ? Beaucoup dans l'éducation en tout cas. 70 000 postes vacants dans la fonction publique en France. Et si Stanislas Guérini pense que c'est en mettant au-dessus de la tête des fonctionnaires la possibilité d'être licencié, alors qu'on sait parfaitement que les fonctionnaires de ce pays sont stigmatisés, stigmatisés, sont plus maillets de payer que les salariés du privé, c'est une erreur majeure. Mais surtout, c'est un état d'esprit.

Quand on est ministre de la fonction publique comme Stanislas Guérini, qu'on est comme préoccupation première, celle de vouloir licencier les fonctionnaires, c'est un mépris supplémentaire de ce gouvernement vis-à-vis des fonctionnaires de notre pays qui, je le rappelle, font tenir dans nos collectivités, dans nos mairies, partout là où la République et les petits bouts de République qui incarnent la fonction publique sont encore debout, font tenir ce pays. Et moi, je trouve que c'est une attaque qui est finalement absolument odieuse vis-à-vis des fonctionnaires que fait Stanislas Guérini avec ce ballon d'essai.

Parce que de toute façon, on sait que ça n'ira pas jusqu'au bout, mais c'est encore une stigmatisation supplémentaire qui fait dire aux Français par la bouche de leurs ministres que les fonctionnaires seraient surprotégés, que les fonctionnaires seraient des feignants, que les fonctionnaires devraient avoir plus de contraintes dans leur travail. Je trouve que c'est absolument inadmissible.

3:21
Présentateur

Néanmoins, il y a un vrai problème d'absentéisme dans la fonction publique, les chiffres le disent.

3:24
Pierre Jouvet

Mais il y a un problème d'absentéisme dans le travail en France en général. Il ne suffit pas de parler que de la fonction publique. Si vous parlez à n'importe quel chef d'entreprise, il vous dira aujourd'hui que la question de l'absentéisme est un sujet. Mais la question de l'absentéisme, elle est un sujet aujourd'hui. Pourquoi ? Parce qu'on voit de plus en plus de mal-être au travail, parce qu'on voit de plus en plus de difficultés, parce qu'il y a des maladies professionnelles qui ne sont pas reconnues. Et là encore, depuis 7 ans maintenant, le gouvernement ne travaille pas là-dessus.

Quand on sait que dans ce pays, on a notamment des accidents du travail qui sont en augmentation, qu'on a des métiers qui sont sous tension permanente, qu'on a des burn-out qui sont en multiplication tous les ans, et qu'on ne traite pas ces questions de bien-être au travail, là aussi, il y a un problème. C'est une question d'état d'esprit une nouvelle fois. Et on voit encore que les libéraux, comme c'est le cas de ce gouvernement, sont là pour taper sur la tête des travailleurs et ne pas les accompagner.

4:14
Présentateur

Pour inciter les Français à reprendre un poste, par exemple dans la fonction publique ou dans le privé, il va y avoir le durcissement de l'assurance chômage. Est-ce qu'il n'y a pas quand même encore un peu à gagner des emplois en changeant un peu les critères ?

4:25
Pierre Jouvet

Je ne sais pas. En tout cas, c'est la deuxième réforme qui va être proposée. Le ministre Olivier Dussopt en avait déjà fait une. On voit qu'a priori, il en faudrait encore une deuxième. Mais la réalité, c'est que tout ça est fait pour gagner de l'argent. Tout ça est fait parce que l'incurie de gestion de ce gouvernement est telle qu'aujourd'hui, les finances publiques sont dans un mur, qu'on a un ministre de l'économie et des finances, Bruno Le Maire, qui était le grand argentier de ce pays, le grand Mozart de la finance avec Emmanuel Macron, qui a planté les finances de ce pays. Ils ont planté les finances de ce pays.

Ils appauvrissent les Français, ont enrichi les plus riches par des choix idéologiques qui font qu'aujourd'hui, les cadeaux fiscaux qui ont par exemple été faits ces dernières années aux entreprises, rien que sur la CFE, la cotisation foncière économique, et la CVAE, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, représente 40 milliards d'euros de cadeaux aux entreprises.

5:22
Présentateur

Pour améliorer leur compétitivité, dit le gouvernement.

5:24
Pierre Jouvet

Oui, mais pour des entreprises qui n'en ont pas besoin, elles le reconnaissent elles-mêmes. Quand vous pensez qu'au moment de l'annonce de la suppression de la CVAE, le président du MEDEF lui-même disait que ce n'était pas une demande du patronat. Quand vous pensez que moi, dans ma collectivité que je préside, la communauté de communes porte de Dromardèche, les entreprises qui sont exonérées de CFE et de CVAE depuis le Covid, ce sont les entreprises du luxe et de la logistique qui n'ont jamais gagné autant d'argent ces dernières années quand en plus de ça, on y rajoute les exonérations qui sont faites sur les entreprises productrices d'énergie. Mais on marche sur la tête.

On a un gouvernement qui fait de l'idéologie et qui ensuite, après avoir fait des cadeaux fiscaux aux plus riches de ce pays, veut faire payer à tous les Français et aux Français qui travaillent l'incurie de leur gestion quotidienne.

6:11
Présentateur

La droite fait le même constat que vous sur les finances publiques et elle a une proposition, une tentation, la motion de censure. Vous la voterez si elle est déposée ?

6:19
Pierre Jouvet

Mais chiche, qu'on fasse une motion de censure. Vous savez, je crois qu'aujourd'hui, et on le voit, l'impopularité de ce gouvernement et de ce président de la République est telle son incapacité à tenir le pays par tous ses bouts, à rassembler, à être en capacité de faire avancer la France dans le bon sens. On voit qu'aujourd'hui, on a une situation de blocage qui est complète. Et je pense qu'en réalité, quand on n'a plus de majorité dans le pays, quand on n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale, on va devant les électeurs.

6:50
Présentateur

Parce que ça veut dire dissolution, la motion de censure. Donc, vous n'avez pas peur de retourner devant les électeurs ?

6:53
Pierre Jouvet

Non, moi, je n'ai pas peur parce que je n'ai jamais peur du débat démocratique. Je pense qu'il est sain d'avoir un débat démocratique qui permette de trancher des grandes orientations. Vous savez, la dernière élection présidentielle, je crois qu'elle n'a pas suffisamment tranché les sujets de fond et qu'aujourd'hui, on est dans une situation politique de blocage, en réalité, qui vient d'abord et avant tout de là. Et c'est un grand moment démocratique que serait de faire demain un débat avec une dissolution.

7:17
Présentateur

S'il y a des législatives, comment la gauche s'organisera-t-elle ? Ça sera le retour de la NUPES, un accord PS, LFI, vert ou chacun pour soi ?

7:24
Pierre Jouvet

En tout cas, moi, je suis, je reste et je resterai un artisan, un défenseur du rassemblement de la gauche et de l'écologie. On voit, malgré tout, que le centre de gravité de la gauche est en train de changer. On voit que les résultats annoncés dans les sondages aux élections européennes demandent et donnent aux partis socialistes, notamment, une place plus importante. Sans doute parce qu'il y a besoin, dans une gauche française, de plus de mesures, d'avoir une capacité de meilleure gestion que ce qu'on a pu le faire ces derniers mois et ces dernières années. Mais moi, je souhaite que nous continuions à travailler ensemble avec les écologistes.

Moi, je souhaite d'abord et avant tout travailler avec les écologistes, avec les communistes et avec celles et ceux qui, à la France Insoumise, sont capables aujourd'hui de tenir des propos qui sont des propos acceptables et raisonnables. Vous savez, moi, j'ai fait partie de ceux qui ont négocié la NUPES. J'ai fait partie de ceux qui ont fait ce moratoire de la NUPES après le 7 octobre et les attaques terroristes du Hamas. Vous aviez tenu des propos très sévères sur Mélenchon. Mais je redis toujours la même chose.

Moi, tant que Jean-Luc Mélenchon ne sera pas capable de condamner le Hamas comme une organisation terroriste, tant que Jean-Luc Mélenchon ne sera pas capable, sur les questions internationales, d'avoir des propos plus clairs, je ne vois pas comment on peut retravailler ensemble. Je le regrette. Par contre, ce que je sais, c'est que je peux travailler avec Clémentine Autain, je peux travailler avec François Ruffin, je peux travailler avec Alexis Corbière, je peux travailler avec tout un tas de militants de la France Insoumise... Il vous faut un éclatement des défis en fait. ...qui sont aujourd'hui dans le sens de ce que nous construisons ensemble.

Il y a besoin d'une alternative politique à gauche dans ce pays. Je le répète, si la gauche n'est pas rassemblée, alors le risque est de voir l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir. On le voit aujourd'hui dans les sondages. Et donc, soit toute la gauche est responsable, soit on avance dans un sens commun pour construire cette alternative que les Françaises et les Français veulent, sont prêts à entendre dans un projet politique commun partagé vers plus de justice sociale, plus de justice fiscale, vers un meilleur, finalement, rassemblement de ce pays, soit sinon on laisse les clés à l'extrême droite. Et ça, je m'y refuse.

9:26
Présentateur

Cette campagne des Européennes ne se passe pas mal pour l'instant, pour la liste Glucksmann. Certains disent, attention, il y a peut-être un effet de bulle, parce qu'il vous manque des candidats populaires sur la liste, des candidats ouvriers, un contact avec cette France populaire et prolétaire.

9:38
Pierre Jouvet

Vous savez, je rentre à l'instant, il y a quelques heures, d'un déplacement dans la Haute-Marne. J'étais à Langres. Juste avant d'être dans la Haute-Marne, j'étais à Troyes. Je vais sillonner le pays. Je vais sillonner, comme je l'étais la semaine dernière à Charleville-Mézières, cette France populaire, cette ancienne France industrielle qui aujourd'hui s'est jetée dans les bras de l'extrême droite, justement pour aller convaincre partout. Nous allons le faire pendant toute cette campagne, pendant ces deux mois de campagne. En portant un discours clair, le problème ne vient pas de l'Europe.

Le problème vient de la façon dont l'Europe est pilotée par la droite, par les libéraux et par les amis d'Emmanuel Macron. Et l'Europe, elle peut être plus sociale, elle peut être plus écologiste, elle peut être plus juste et elle peut être plus forte. Et c'est ça que nous allons démontrer. Et moi, je vais me faire cette mission d'aller reconquérir partout les cœurs de celles et ceux qui ne croient plus en la politique, qui est cette France des silencieux, cette France qui se sent parfois abandonnée, qui a tendance à aller vers l'extrême droite et qui ne voyait plus ces dernières années une réponse politique dans la gauche française. Et c'est ce que nous faisons.

Et c'est un axe prioritaire de notre campagne.

10:39
Présentateur

Est-ce que cette campagne européenne, c'est le premier acte du futur congrès du PS à la fin de l'année ? Est-ce qu'il y a un éventuel changement de ligne ?

10:45
Pierre Jouvet

Écoutez, je ne sais pas s'il y aura un congrès du PS à la fin de l'année. Je ne crois pas que ce soit une question de changement de ligne. Le choix de Raphaël Glucksmann, c'est un choix que nous avons fait avec le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Nous l'avions fait il y a cinq ans. Il était très critiqué. Je constate avec beaucoup de plaisir qu'aujourd'hui, l'ensemble de la famille socialiste est rassemblé derrière ce choix. Et Raphaël Glucksmann porte la ligne qui est la ligne que nous avons construite ces dernières années. Donc je ne vois pas pourquoi nous changerions de ligne.

En tout cas, ce que nous faisons, c'est que nous souhaitons être la surprise de cette élection en étant le vote efficace, le vote efficace à gauche, le vote efficace pour sanctionner Emmanuel Macron, le vote efficace pour contrer l'extrême droite de Jordan Bardella.

11:26
Présentateur

Biden lâche Netanyahou. Il y a eu une tribune signée par Emmanuel Macron, le maréchal Sicile, le roi Abdallah de Jordanie, pour dire stop, non, pas d'attaque sur Rafa. Est-ce qu'Israël se retrouve maintenant totalement isolé ?

11:37
Pierre Jouvet

Je crois que ce n'est pas Israël qui se retrouve isolé. C'est le gouvernement d'extrême droite de Benyamin Netanyahou. Et qu'on voit qu'après ces attaques terroristes du 7 octobre, la réplique qui a été donnée par Benyamin Netanyahou est absolument odieuse. Le massacre et la boucherie doivent s'arrêter. Et moi, j'appelle un cessez-le-feu qui soit le plus rapide possible. Et le cessez-le-feu, tout le monde en connaît les conditions. Il y a aujourd'hui des otages. Les otages du Hamas doivent être libérés. C'est un impératif. Les otages du Hamas doivent être libérés. Et les frappes doivent s'arrêter.

Parce que l'épuration qui est en train de se passer à Gaza, les images que nous voyons, sont absolument catastrophiques. Ce qu'on voit nous fait toutes et tous beaucoup, beaucoup d'inquiétudes.

12:20
Présentateur

Et donc aujourd'hui, tout ça doit s'arrêter. Ça ne serait pas une victoire militaire pour le Hamas, même s'il libère les otages, de dire voilà, on a arrêté de salles ?

12:26
Pierre Jouvet

Mais aujourd'hui, c'est une nécessité d'arrêter cette boucherie. Je le redis. On peut se dire, est-ce qu'il y aurait une victoire militaire ? Moi, je le redis. Le Hamas a des otages. Ces otages doivent être libérés. C'est la condition sine qua non. On ne peut pas tourner autour du pot. Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Les otages doivent être libérés. Mais ensuite, tout ça doit s'arrêter. Il doit y avoir des discussions qui sont menées pour trouver un cessez-le-feu, pour une solution à deux États qui permettent demain d'arrêter de voir ces massacres tous les jours d'enfants, de femmes, mais des deux côtés. Moi, cette situation m'est absolument insupportable.

Là encore, on veut cliver en permanence la société. Moi, ce que je veux, c'est qu'on soit capable demain de retrouver la paix partout dans le monde et au Proche-Orient en particulier.

13:11
Présentateur

Dans moins d'un mois aura lieu le dîner du CRIF. Arnaud Clarsfeld, notre chroniqueur sur Radio-J, dit mais est-ce que le PS a vraiment sa place tant qu'ils n'ont pas vraiment rompu avec la France Insoumise et Mélenchon ?

13:20
Pierre Jouvet

Écoutez, ça, je pense que c'est malheureusement des postures qui sont absolument détestables. J'ai vu d'ailleurs dimanche Jérôme Getsch qui est allé à une manifestation qui s'est fait huer, qui s'est même fait secouer quasiment physiquement. Alors qu'il a toujours défendu Israël. Alors qu'on a, je crois, des positions qui sont extrêmement claires. Est-ce que le PS a tergiversé sur le Hamas ? Jamais. Est-ce que le PS a tergiversé sur la paix ? Jamais. Nous continuons cette ligne. Pierre Jouvet, merci, bonne journée. Merci à vous. Merci messieurs.

13:48
Présentateur

Christophe, demain vous recevrez Geoffroy Boulard, maire du 17ème arrondissement de Paris.