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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 22 septembre 2025 25 min

Rémi Féraud : « Une alliance de gauche pour la mairie de Paris n’est possible qu’autour du PS »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Rémi Ferrou, bonjour, merci d'être avec nous, sénateur socialiste de Paris. Vous êtes l'un des spécialistes du budget ici au Sénat, on va évidemment en parler. Mais d'abord, on va regarder les unes de la presse régionale. On a sélectionné trois titres. D'abord la une de l'Est républicain, Palestine, le geste fort de Macron, la France et une dizaine d'autres pays qui vont donc reconnaître ce soir la Palestine aux Nations Unies. La deuxième une, c'est celle de la Charente Libre.

Du pain frais, 7 jours sur 7, à la justice de trancher le tribunal de Poitiers qui devra dire si les boulangeries de Charente peuvent ouvrir 7 jours par semaine contre 6 actuellement. Et puis la dernière une, c'est celle de la Provence. Et ce très beau titre, orage et désespoir, au MPSG reporté à ce soir 20h en raison des pluies diluviennes qui ont frappé Marseille hier soir. De quelle une avez-vous envie de parler ?

0:59
Rémi Féraud

Évidemment, un jour comme aujourd'hui, de la première, celle de l'Est républicain parce que c'est un fait historique que la France, avec d'autres pays d'ailleurs, reconnaissent l'État de Palestine. Et moi, qui n'ai jamais été un soutien du Président de la République, je veux saluer cette décision et cette démarche du Président de la République aussi.

1:21
Présentateur

Il a réussi un pari diplomatique selon vous ?

1:23
Rémi Féraud

Certainement, puisque d'autres pays, et notamment la Grande-Bretagne, le Canada, l'Australie, accompagnent la France dans cette démarche. La France n'est pas isolée. Donc oui, c'est un progrès démocratique qui a un objectif, de permettre une solution à deux États. À un moment où le risque, notamment d'annexion de la Cisjordanie, d'expulsion des Gazaouis de la bande de Gaza, est extrêmement fort. Et je salue aussi la démarche qu'a eue Anne Hidalgo, la ville de Paris, hier soir, d'afficher sur la tour Eiffel, non pas un seul drapeau, mais les deux drapeaux, celui d'Israël et celui de la Palestine, en même temps. C'est le symbole que nous voulions envoyer.

2:03
Présentateur

Et on va revenir sur cette question des drapeaux, et notamment cette initiative d'Olivier Faure qui fait polémique, mais pour revenir sur la reconnaissance de la Palestine. Est-ce que c'était le bon moment ? Est-ce qu'il n'aurait pas fallu attendre le démantèlement du Hamas ?

2:15
Rémi Féraud

– Le président de la République, je crois, avait dit il y a quelques mois qu'il fallait d'abord que les otages soient libérés et que le Hamas soit totalement désarmé. Et d'ailleurs, il n'a pas reconnu la Palestine à ce moment-là. Il a estimé qu'aujourd'hui, il n'était plus possible d'attendre. Je crois qu'il avait raison.

2:32
Présentateur

– Mais pourquoi alors que ces deux conditions ne sont toujours pas remplies ? Il y a toujours des otages au moins du Hamas, et le Hamas n'est pas démontré.

2:37
Rémi Féraud

– Mais en raison de la folie meurtrière de Netanyahou et de son gouvernement. Et je crois que tout le monde le comprend très bien. Non, je crois que ça aurait été une erreur aujourd'hui de ne pas le faire et qu'il a raison de le faire dans le cadre de l'Assemblée générale de l'ONU. Et après un travail diplomatique qui permet à un autre membre du Conseil de sécurité de l'ONU, c'est-à-dire la Grande-Bretagne, d'être sur la même position que la France et à d'autres grands pays, on peut penser au Canada, d'être sur cette position.

3:06
Présentateur

– Derrière les mots, qu'est-ce qui va se passer concrètement ? Est-ce que selon vous, un État palestinien peut voir le jour tant il semble clair que Benyamin Netanyahou fait tout pour l'en empêcher ?

3:16
Rémi Féraud

– Bien sûr qu'il ne verra pas le jour demain tel quel, mais l'erreur ça aurait été de ne pas avancer sur cette voie, de protéger la perspective d'un État palestinien.

3:28
Présentateur

– Mais pour le moment, ça ne restera que des mots ?

3:31
Rémi Féraud

– Probablement, mais l'inverse aurait fait que les faits auraient été rendus peut-être davantage impossibles. Je vois bien les menaces, le chantage de Benyamin Netanyahou, mais avec ce genre de dirigeants politiques extrémistes, il ne faut jamais céder à leur chantage et à leur menace.

3:49
Présentateur

– Reconnaître l'État de Palestine le jour de la fête juive de Rochachana, ça aussi, ça fait débat au sein de la communauté juive, est-ce que ce n'est pas un mauvais signal qui leur est envoyé ?

3:57
Rémi Féraud

– C'est le moment de l'Assemblée Générale de l'ONU, donc ne confondons pas tout. Je sais par ailleurs l'inquiétude des Juifs de France, et je la comprends, et je la partage. J'ai vu qu'après avoir manqué à participer à la manifestation contre l'antisémitisme, le président de la République a eu des propos extrêmement clairs sur l'antisémitisme récemment, comme il l'a d'ailleurs toujours eu. Ne confondons pas les choses, et ne mélangeons pas le religieux, le politique, ça n'est pas Emmanuel Macron qui a choisi la date de l'Assemblée Générale de l'ONU, je ne veux pas faire de lien entre les deux.

4:46
Présentateur

– Olivier Faure, on en parlait il y a quelques instants, demande à Emmanuel Macron d'autoriser les drapeaux palestiniens sur les mairies aujourd'hui. On va retrouver Guilhem Rikavi pour en parler, directeur éditorial de Varmatin. Guilhem, alors que la polémique enve sur les drapeaux palestiniens, il y a une autre affaire de drapeaux qui avait défrayé. La chronique dans le Sud, c'était à Nice il y a quelques mois.

5:03
Invité

– Oui, effectivement, parce que Christian Estrosi, maire de Nice, lui n'avait pas mis des drapeaux palestiniens au balcon de son hôtel de ville, mais des drapeaux israéliens. Il avait tenu tête au préfet des Alpes-Maritimes qui lui demandait de les supprimer. Il l'avait d'ailleurs finalement fait. Est-ce que pour vous, c'est une provocation de la part de Christian Estrosi d'avoir affiché comme cela un soutien très fort à Israël en mettant en place ces drapeaux ?

5:33
Rémi Féraud

– Christian Estrosi, je crois, a affiché le drapeau israélien après les attaques terroristes du Hamas. Et nous-mêmes, à Paris, nous avons projeté le drapeau israélien pour marquer notre solidarité face au terrorisme. Non, ce n'est pas une provocation. Et aujourd'hui, quand on affiche un drapeau sur une mairie qui n'est pas le drapeau de la République française ou le drapeau européen ou le drapeau de la Commune, c'est qu'on veut envoyer un signal politique. Et le signal politique qu'il faut envoyer aujourd'hui, je crois, celui qui est juste, c'est la défense d'une solution à deux États, la préservation de cette perspective. Et donc, c'est d'afficher les deux drapeaux.

– Donc vous nous dites qu'Olivier Faure,

6:16
Présentateur

il n'aurait pas dû seulement demander d'afficher le drapeau palestinien. Il aurait dû dire qu'il faut afficher les deux drapeaux au fronton des mairies.

6:21
Rémi Féraud

– Mais évidemment, parce qu'en plus, c'est notre identité politique de socialiste. Vous savez, aujourd'hui, il y a le président de la République qui va dire que la France reconnaît l'État de Palestine. Vous voyez les soutiens du président de la République ? Vous les entendez s'exprimer en soutien à cette position ? Non. Et vous avez, d'un autre côté, Jean-Luc Mélenchon qui court dans une espèce de dérive qu'il ne faut pas suivre non plus. Donc, il faut que les socialistes puissent affirmer cette position qui a toujours été la nôtre et l'affirmer avec force. Les deux drapeaux pour une solution à deux États, pour deux peuples qui ont le droit de vivre en sécurité et en liberté.

Même si la situation est extrêmement grave aujourd'hui, il faut maintenir cette perspective. Et c'est aux socialistes de le faire en France.

7:15
Présentateur

– Comment vous l'avez pris, je vois Paris, la décision d'afficher les deux drapeaux ? C'est une décision qui s'est prise en Conseil de Paris ou c'est une décision d'Anne Hidalgo ?

7:21
Rémi Féraud

– C'est une décision d'Anne Hidalgo et j'avais échangé avec elle sur cette décision. Et je crois que c'est la bonne décision. Je crois d'ailleurs qu'elle a été très bien comprise. Évidemment, la Tour Eiffel est un symbole qui sera vu dans le monde entier.

7:35
Présentateur

– Guilhem, à Marseille, on parle également de drapeaux aujourd'hui.

7:39
Invité

– Oui, effectivement, c'est une initiative du président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier, qui ce matin a décidé, lui, de pavoiser le bâtiment du Conseil régional, non pas avec des drapeaux israéliens, non pas avec des drapeaux palestiniens, mais avec une vingtaine de drapeaux tricolores. Là aussi, il faut y voir un symbole. Est-ce que ce n'est pas d'ailleurs la bonne solution de réaffirmer ce qu'est la France à ce moment-là ?

8:07
Rémi Féraud

– Je ne sais pas en quoi 20 drapeaux changent par rapport à un. Je n'ai pas de commentaire à faire. J'ai envie de vous dire, chacun envoie le message qu'il souhaite envoyer. Et je crois que chaque mairie, chaque institution locale, régionale, peut aussi faire ses choix. Moi, je suis fier du choix qu'a fait Paris. Que vont faire d'autres ? J'ai vu que Karim Bouamran, à la mairie de Saint-Ouen, avait pris la même décision, affiché les deux drapeaux aujourd'hui.

8:37
Présentateur

– Merci beaucoup Guilhem Rekavi. Merci d'avoir été avec nous ce matin. Et à très vite. On va passer à la politique avant de parler du budget dans quelques instants. Est-ce que vous souhaitez qu'un accord soit trouvé avec Sébastien Lecornu ou est-ce que la censure du PS dès le discours de politique générale, elle est quasiment inéluctable ?

8:57
Rémi Féraud

– Elle est probable. Mais attendons le discours de politique générale. Pour le moment, vous savez ce que Sébastien Lecornu va faire, va dire ? Moi, je n'en sais rien. C'est le grand silence. Donc, il y aura une déclaration de politique générale au début du mois d'octobre. Sébastien Lecornu a annoncé une rupture. Quelle rupture ? Si les orientations qu'il annonce correspondent notamment à ce que nous avons demandé, proposé dans le contre-budget du Parti Socialiste, alors il y a des possibilités. Je reste franchement très sceptique.

9:32
Présentateur

– Mais est-ce que le PS va tout faire pour trouver un accord ou pas ?

9:35
Rémi Féraud

– Non, non, c'est à Sébastien Lecornu de tout faire pour trouver un accord. C'est à Sébastien Lecornu. Nous, nous avons montré notre responsabilité au mois de février dernier pour que la France ait un budget. C'est François Bayrou qui n'a pas tenu ses engagements, notamment sur la réforme des retraites. N'inversons pas les rôles. C'est au Premier ministre de remplir les conditions d'un accord possible. Je reste très sceptique. Et même s'il y a dialogue, ça n'empêchera pas une censure.

10:01
Présentateur

– Et au cœur des discussions, il y a le budget. Le Parti Socialiste qui demande l'abandon du budget Bayrou et a formulé ses propositions. Et c'est l'objet de votre éclairage, Alexandre. Le Parti Socialiste qui défend donc en cette rentrée un contre-budget avec plusieurs propositions. Qu'est-ce qu'on peut en retenir ?

10:15
Invité

– Alors d'abord, ce contre-budget socialiste propose au total un effort budgétaire de 21 milliards d'euros, une baisse du déficit de 21 milliards d'euros. C'est moins que les 44 milliards d'euros qui avaient été proposés cet été par François Bayrou. Les socialistes veulent étaler dans le temps la baisse de notre déficit pour qu'il atteigne 3% de la richesse nationale d'ici à 2032 et pas en 2029 comme c'était proposé par l'ancien Premier ministre François Bayrou. Les socialistes proposent d'abord des mesures sociales pour le pouvoir d'achat, une augmentation de 900 euros par an pour les salaires nets en dessous de 2000 euros par mois, une mesure financée par une baisse de la CSG.

Et puis les socialistes entendent abroger la réforme de la retraite à 64 ans et revenir à un âge de départ à 62 ans. Rémi Ferrault, la suspension de la réforme des retraites à 64 ans, est-ce que c'est une condition des socialistes pour ne pas censurer Sébastien Lecornu ? Ou est-ce que vous dites que ce sera réglé à la présidentielle 2027 ?

11:13
Rémi Féraud

Non, c'est une condition pour ne pas censurer. Nous nous sommes attachés à la justice fiscale, à un effort pour le pouvoir d'achat, à la défense d'un modèle de protection sociale, au soutien aux services publics, à la transition écologique du pays volontariste. Vous avez vu encore les pluies diluviennes en Provence, elles sont liées au réchauffement climatique. Il y a une perspective politique derrière le contre-budget que nous avons proposé. Nous avons fait des propositions, avec notamment une trajectoire budgétaire plus juste et plus réaliste, plus raisonnable. Nous verrons bien si Sébastien Lecornu, il répond totalement, en partie, presque pas du tout, pas du tout.

Je ne suis pas très optimiste, mais franchement, dans l'État où est le pays, dans les risques qui pèsent sur nous, il faut suspendre cette réforme des retraites. Et d'ailleurs, une grande majorité des Français y sont favorables. Et puis, il y aura une élection présidentielle dans un an et demi. Donc, cette suspension de la réforme des retraites, oui, évidemment, ce serait un geste extrêmement fort. Je crains que ce soit surtout une ligne rouge pour les soutiens de droite de la majorité présidentielle, qui n'est pas majoritaire.

12:32
Présentateur

Et dans ce contre-budget socialiste, il y a aussi des mesures de justice fiscale.

12:35
Invité

Oui, notamment la taxe Zuckman, dont on parle beaucoup en ce moment. La taxe Zuckman, on le rappelle, c'est le prélèvement de 2% sur les patrimoines qui sont supérieurs à 100 millions d'euros. Cette taxe permettrait de rapporter 15 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Et cette taxe pourrait viser la valeur des actions possédées par certains dans une entreprise. Et donc, du coup, le bloc central n'en veut pas. Écoutez sur ce point le sénateur centriste, Vincent Capocanelas, qui était sur ce plateau la semaine dernière. Alors, je ne crois pas du tout à la taxe Zuckman parce que ça serait portée atteinte finalement à la propriété des entreprises. Et ça ne fonctionne pas.

Il faut trouver des solutions qui soient robustes économiquement. Le pays doit faire des efforts. Il faut qu'il soit bien réparti. Mais attention, ce n'est pas en fiscalisant en outrance qu'on y arrivera non plus. Rémi Ferrault, vous entendez cet argument du bloc central avec cette taxe Zuckman. Vous allez déposséder les entrepreneurs de leurs entreprises.

13:27
Rémi Féraud

Tout le monde sait que ce n'est pas vrai et qu'il existe un sujet. On a beaucoup parlé de Mistral sur les licornes. Il faut trouver à répondre à cet enjeu-là. Mais à dire tout le temps que ça n'est pas possible d'avancer sur la voie de la justice fiscale et notamment d'une meilleure participation des ultra-riches. Eh bien, c'est comme ça qu'on va dans le mur politiquement. Il y a une attente de justice fiscale.

13:53
Présentateur

Mais est-ce que là, un compromis est possible autour d'autre chose, une autre forme de taxation des ultra-riches que la taxe Zuckman ?

13:58
Rémi Féraud

Oui, mais ils ne la proposent pas. Et donc...

14:00
Présentateur

Mais s'ils vous proposent autre chose ? Vous n'êtes pas arquebouté sur la taxe Zuckman ?

14:03
Rémi Féraud

Mais ce n'est pas un totem. Mais on attend leur proposition. Pour le moment, on n'a rien vu. Ce sont les socialistes, en effet, qui ont porté cette proposition de la taxe Zuckman dans le débat public. Et c'est ça qui est extrêmement important, extrêmement positif. Et bien sûr que les Français sont attachés à la justice fiscale. Cette injustice fiscale, qui est la marque de la politique macroniste depuis 2017, elle est arrivée au bout de son échec aujourd'hui. Et donc, il faut inventer de nouveaux outils. Emmanuel Macron avait supprimé l'ISF. Nous nous proposons aujourd'hui la taxe Zuckman, qui permet de prendre en compte l'augmentation délirante des inégalités de patrimoine.

Et c'est ça qui doit être une perspective pour le pays de justice.

14:50
Invité

Alors, dans ce contre-budget socialiste, vous demandez également des efforts aux plus riches supplémentaires, avec la flat tax, cet impôt unique sur les revenus financiers, qui avait été créé en 2017 par Emmanuel Macron. Avec vous, il passerait de 30% à 32%. Vous prévoyez également un plan de lutte contre la fraude fiscale, qui rapporterait 3 milliards d'euros. Et puis, ce contre-budget socialiste demande aussi un effort aux entreprises, avec la suppression de certaines exonérations de charges patronales, et la baisse de certaines aides aux entreprises. Par exemple, la niche fiscale, dont bénéficie le secteur du fret maritime.

Rémi Ferro, tous ces efforts demandés aux entreprises, est-ce que ce n'est pas le mauvais moment ? Est-ce que ça ne va pas casser la croissance ?

15:31
Rémi Féraud

Mais, d'abord, ils ne sont pas toujours demandés aux entreprises.

15:36
Invité

Alors, sur les suppressions d'exonérations de charges, sur la suppression de certaines aides aux entreprises.

15:41
Rémi Féraud

Mais parce que nous sommes allés trop loin en termes d'exonérations de charges, sans condition, et qu'il y a besoin de ressources pour notre protection sociale. On a vu au Sénat, dans un rapport, que les centaines de milliards d'aides aux entreprises, c'était un montant à la fois excessif et insuffisamment efficace, parce qu'insuffisamment conditionné. Les efforts que demande le Parti socialiste dans son contre-budget, sincèrement, ils sont raisonnables, ils sont cadrés budgétairement. Il y a un chemin possible.

16:15
Invité

Donc ça ne va pas casser la croissance ?

16:17
Rémi Féraud

Et ce n'est pas ça qui va casser la croissance. Non, ce qui casse la croissance aujourd'hui, c'est l'inquiétude des Français, c'est le risque d'une augmentation des impôts sur les classes moyennes et les plus modestes, c'est l'insuffisance en termes de pouvoir d'achat et donc de consommation. C'est ça aujourd'hui qui pèse sur la croissance, ainsi que le manque d'investissement public.

16:39
Présentateur

Et pour combler le trou de la sécurité sociale, qu'est-ce qui est proposé ?

16:42
Invité

Les socialistes prévoient une baisse du déficit de la sécurité sociale de 4,6 milliards d'euros, mais sans déremboursement de soins de santé. Ce contre-budget demande un effort aux travailleurs les mieux payés, avec pour ses salariés une baisse du cumul emploi-retraite, également une baisse des indemnités en cas de rupture conventionnelle, et puis un plan de lutte contre les addictions, alcool, drogue, sucre, un plan qui est censé également améliorer les comptes de la sécurité sociale.

17:10
Présentateur

Merci Alexandre. Rémi Ferrault, François Bayrou, il avait fixé l'effort à 44 milliards. Hier, dans le Parisien, Yael Brunpivet dit qu'on peut trouver un compromis autour de 35 milliards. C'est votre avis ?

17:22
Rémi Féraud

Déjà, ça diminue, mais ce n'est pas un problème de discussion de marchands de tapis. Ce n'est pas un problème seulement de montant de l'effort, c'est comment il est réparti. Et puisque, aujourd'hui, il faut faire des efforts, il faut d'abord demander ces efforts à ceux qui ont bénéficié de la politique fiscale d'Emmanuel Macron, puisqu'elle n'a pas rempli ses objectifs en termes de redistribution. C'est assez simple. Je crois d'ailleurs que tous les Français, enfin, les Français très majoritairement, le comprennent et l'approuvent, y compris ceux qui ne votent pas pour le Parti socialiste ou à gauche. Il est temps de l'entendre. Donc, voilà, ce n'est pas 44, 37 ou 35.

Ce n'est pas le seul sujet. Mais bon, je constate que plus personne ne trouve raisonnable, visiblement, ce que proposait en termes de réduction du déficit, François Bayrou.

18:12
Présentateur

On va parler de Paris pour terminer. D'abord, cette législative partielle qui avait donc lieu hier. Michel Barnier, l'ancien Premier ministre, est arrivé en tête de cette législative devant le Parti socialiste qui l'affrontera au second tour. Le score vous laisse vraiment de l'espoir ?

18:26
Rémi Féraud

Cette circonscription, elle a été découpée par le gouvernement de François Fillon pour être ancrée à droite. Et d'ailleurs, François Fillon a ensuite été le député. Il y a un deuxième tour. La candidate de la gauche a fait, pour une partielle en plus, où la gauche, c'était faible dans les dernières partielles, un score tout à fait honorable, je crois à peu près équivalent à celui de l'an dernier. Et dans le cinquième arrondissement, elle est nettement en tête.

18:57
Présentateur

Il y avait trois arrondissements, 5, 6, 7, et le PS est arrivé en tête dans le cinquième.

19:00
Rémi Féraud

Tout dépendra de la mobilisation. Et moi, j'appelle les électeurs de gauche à se mobiliser pour le deuxième tour. Parce qu'évidemment, si la participation augmente, alors tout est possible.

19:13
Présentateur

Vous étiez candidat au municipal à Paris. Emmanuel Grégoire a remporté la primaire socialiste. Est-ce que vous ferez campagne en faveur d'Emmanuel Grégoire ?

19:22
Rémi Féraud

Oui, je l'ai dit dès le soir de la désignation d'Emmanuel Grégoire par les militants socialistes. On peut rencontrer des échecs, avoir des déceptions en politique.

19:32
Présentateur

Comment vous l'avez vécu, cet échec ?

19:35
Rémi Féraud

Avec déception, c'est normal. Mais avec responsabilité aussi. C'est tellement important que Paris ne tombe pas dans les mains de la droite de Rachida Dati. Et pour cela, je souhaite que la gauche sache se réunir, la gauche parisienne, de la majorité municipale actuelle, autour de la candidature d'Emmanuel Grégoire et de celle, notamment, de nos maires d'arrondissement dans les arrondissements, pour avoir un dispositif le plus efficace possible. Et moi, je contribuerai autant que je le peux, avec mes convictions, à cette victoire de la gauche l'année prochaine au municipal.

20:17
Présentateur

Mais est-ce que pour ça, il faut s'allier dès le premier tour ?

20:20
Rémi Féraud

– Je pense que l'alliance du PS, des Verts, des communistes et de places publiques, notamment, dès le premier tour, nous permettra d'être plus efficaces. Donc oui, je le souhaite.

20:33
Présentateur

– Mais elle vous paraît possible autour de qui ?

20:34
Rémi Féraud

– Elle me paraît possible et elle n'est possible qu'autour du candidat socialiste. Tout le monde le sait. Et donc j'espère que ce rassemblement pourra se faire.

20:43
Présentateur

– Tout le monde n'a pas l'air de le savoir. Les écologistes, c'est préféré que ce soit autour de David Béliard, les communistes autour de Yann Brossard ?

20:49
Rémi Féraud

– C'est normal. Mais depuis 2001, le maire de Paris est socialiste. Et c'est autour d'un candidat socialiste que nous pouvons être le plus efficaces. Il y a une légitimité. Et c'est moi qui le dis. Donc voilà, moi je souhaite que ce rassemblement se fasse autour d'Emmanuel Grégoire pour Paris et autour de nos maires d'arrondissement sortant dans les arrondissements. Il y a des maires d'arrondissement socialistes. Il y a des maires d'arrondissement écologistes. Il y a un maire d'arrondissement dans le 20ème de places publiques. Ce sont eux et elles qui peuvent porter le combat si nous sommes tous unis.

Et puis évidemment que chacun et les socialistes devront faire des efforts pour la constitution de la liste parisienne. Mais voilà, ne perdons pas de vue l'essentiel. L'essentiel, c'est de l'emporter en mars prochain.

21:38
Présentateur

Vous étiez soutenue par Anne Hidalgo. Anne Hidalgo, dont les frais de représentation ont été révélés ces derniers jours et il passe mal, plus de 84 000 euros de vêtements de luxe financés par la ville entre 2020 et 2024, dont des robes Dior. Alors on précise qu'il n'y a rien d'illégal. Elle est restée dans l'enveloppe prévue par la loi. Mais quand même, est-ce que ce n'est pas déplacé à un moment où on demande tant d'efforts aux Français de voir des robes Dior à plus de 6 000 euros achetés par la maire de Paris ?

22:04
Rémi Féraud

Vous dites des robes Dior ? Je crois qu'il doit y en avoir deux. Peut-être une. Pour justement la représentation comme maire de Paris. Ce sont des frais de mandat dont les montants n'ont rien à voir avec ceux des ministres, des secrétaires d'État ou des parlementaires. Donc cette polémique est à la fois absurde, injuste, j'allais dire un peu dégueulasse, et qu'elle relève du pur populisme. Anne Hidalgo a respecté les règles pour des frais de mandat d'un montant de 20 000 euros, enveloppes votées par le Conseil de Paris. Et si des robes de grands couturiers ont été utilisées par ces frais de mandat, c'est justement pour représenter Paris.

Et notamment pour mener la campagne qui a permis à Paris d'obtenir les Jeux de 2024. Donc moi je suis indigné par cette énième polémique qui ne vise qu'Anne Hidalgo, alors que évidemment tous les responsables politiques de premier plan dans ce pays bénéficient de frais de mandat. On peut le contester éventuellement, mais pas en accuser Anne Hidalgo.

23:09
Présentateur

Et Olivier Faure, le premier secrétaire de Parti Socialiste, n'est pas forcément de votre avis Alexandre ?

23:13
Invité

Olivier Faure qui n'est pas tendre avec Anne Hidalgo, même s'il reconnaît que la fonction de maire de Paris exige certains frais de représentation. Et il y a certainement quelque chose entre le jeûne et la Robillard. Donc ? Ça veut dire qu'il y a des déontologues qui doivent être partout dans nos collectivités et qui doivent dire ce qu'il est possible de faire, ce qu'il est raisonnable de faire, ce qui ne l'est pas. Et parfois peut-être pour de grandes manifestations, se faire prêter des vêtements par ces grandes maisons qui ont intérêt, elles aussi, à ce que une présidente ou une maire ou une présidente de région ou de département s'habillent et fassent honneur à la création française.

23:50
Présentateur

Qu'est-ce que vous voulez répondre ?

23:51
Rémi Féraud

On peut toujours compter sur Olivier Faure. C'est affligeant.

23:54
Présentateur

Pas Anne Hidalgo, visiblement.

23:56
Rémi Féraud

Visiblement. C'est affligeant. Notamment au moment où la gauche parisienne, les socialistes parisiens, sont engagés dans un combat difficile et essentiel pour les prochaines élections municipales.

24:05
Présentateur

Mais il n'a pas raison de dire qu'il faut de l'exemplarité de la part des élus ?

24:09
Rémi Féraud

Mais 20 000 euros de frais de mandat par an encadrés, utilisés justement pour représenter Paris, je ne vois pas en quoi cela est contraire à l'exemplarité. Tout cela est un rideau de fumée monté par une officine d'extrême droite afin de créer une polémique.

24:28
Présentateur

Les chiffres sont vrais, Rémi Ferrand.

24:31
Rémi Féraud

Oui, d'accord, mais ils n'ont aucun caractère problématique tout cela vise à noyer la mise en examen pour corruption de Rachida Dafti.

24:42
Présentateur

Vous pensez que la révélation de ces chiffres, ça vient de Rachida Dafti ?

24:45
Rémi Féraud

Mais ça vient de l'extrême droite.

24:48
Présentateur

Et Rachida Dafti est l'extrême droite, c'est pareil.

24:50
Rémi Féraud

Tout le monde le sait et ça vise justement à noyer l'ensemble des polémiques et à oublier qu'il y a quelque chose de grave. C'est ça qu'aurait dit autour de Rachida Dafti, c'est ça qu'aurait dû dire Olivier Faure.

25:03
Présentateur

Merci Rémi Ferrand, merci beaucoup d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.