Jordan Bardella : "Le RN n'est pas le FN, même s'il y a une continuité dans ma volonté de défendre la nation"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour. Dans la noble pratique de son art, le journaliste professionnel se fait, de temps à autre, paysagiste élagueur. En général, ce n'est pas la partie la plus épanouissante du métier, mais pas le choix. En intégrant une rédaction, le journaliste se voit confier l'entretien d'une petite forêt de marronniers. Les marronniers, pour nous autres, scribe de l'éphémère, ce sont ces sujets qui reviennent à intervalles réguliers, qui donnent lieu à une montagne de poncifs, voire au même reportage que l'an dernier, qui déjà était la copie de l'année précédente, par exemple, la rentrée scolaire, le premier jour des soldes, d'où le chat s'est croisé du 15 août, sur la 6 à Montélimar.
Et ça marche dans tous les domaines. Au moment de la formation imminente d'un gouvernement, on entendra obligatoirement, dans la bouche du journaliste politique, ceci. Ce sera un gouvernement, nous dit-on, ramassé, resserré, très technique. Mais c'est le président qui est le maître des horloges. Bon, intérêt nul. Autre marronnier, la sortie du dernier conseil des ministres avant les vacances d'été. L'interview donnera forcément... Oh, je vais me ressourcer en famille. Le président nous a demandé de ne pas partir à plus de 2h de Paris, donc moi, ça sera vierzon. Une dizaine de jours, j'emporte 25 livres que j'ai en retard.
Je compte écrire la biographie de Balzac, dormir, me mettre au deltaplane, faire de la randonnée, réaliser un puzzle 15 000 pièces. Et je pars avec mes dossiers pour rester en contact, bien sûr, avec mon équipe, mais surtout, surtout, je vais me reposer. Voilà, donc, sauf à tomber sur un rebelle, peu de chances d'entendre. Ben, moi, je pars à Ibiza, draguer, mettre la tête à l'envers toutes les nuits, mais je vais tenir, grâce à la coque. Donc, finalement, ce marronnier a peu d'intérêt, lui aussi. Heureusement, un nouvel arbuste est en train de pousser pour bientôt devenir un gros marronnier parmi les autres.
La révélation du patrimoine des membres du gouvernement par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Alors, ça commence par un petit jeu amusant. Le ministre fait son addition dans son coin et la transmet à la Haute Autorité qui va enquêter pour voir si cela correspond à ce qui a été déclaré aux impôts. Donc, première interrogation. Pourquoi ne pas regarder directement du côté des impôts, sauf à absolument vouloir faire passer les membres d'un gouvernement pour des menteurs ? Et deuxième question à laquelle je n'ai personnellement toujours pas trouvé de réponse. Pourquoi rendre public le patrimoine d'un sous-secrétaire d'État au barbecue, par exemple ?
Quel est le lien entre son patrimoine et la qualité de son travail ? Suis-je un meilleur ministre de l'intérieur si j'habite seul avec maman dans un très vieil appartement rue Sarazate ? Meilleur que si j'achète à crédit un 120 m² à Tourcoing ? Moi, ministre de la Santé, vais-je mieux gérer la 9e vague de Covid si je roule en Laguna, année 94, plutôt qu'en 5008, payer cash ? Demands-nous bien à quoi ? Demandons-nous bien à quoi ? Et à qui cela sert de savoir qu'une ministre possède deux hôtels particuliers, si ce n'est aux extrémistes de comptoir, aux conspirationnistes de bazar, bref ? Aux académiciens du tous pourris, magouilles et compagnie.
Alors à nous, journalistes, de balayer devant notre porte, de tronçonner, de déraciner ce marronnier-là. En d'autres termes, de ne pas se faire les artisans du déballage de trottoirs façon braderie de l'intimité de nos gouvernants. À moins de vouloir suggérer que la vertu d'un responsable politique serait par hypothèse inversement proportionnelle à la taille de son patrimoine. Être ou avoir, il faudrait donc choisir. Permettez-moi seulement d'ajouter mon grain de sel ironique au présumé coupable, qui est l'axe de réflexion dominant chez les 67 millions de spécialistes politiques que compte la France.
Si le ministre du Logement vivait en colocation avec un ancien copain de fac, et que le ministre de l'Économie et des Finances était à découvert sur son compte courant, je ne trouverai pas le présage excellent non plus. Il n'y a donc qu'un seul moyen de clarifier pacifiquement le débat. Arrêtons avec les déclarations de patrimoine, mais demandons au ministre de déclarer leur matrimoine. Au Moyen-Âge, il s'agissait simplement des biens matériels hérités de la mère. Aujourd'hui, le terme désignerait essentiellement l'héritage culturel transmis par les femmes, alors que la haute autorité s'en tienne à cela.
Et à titre personnel, lors de mon entrée au gouvernement, je révélerai avec émotion et fierté mon matrimoine. Ma mère m'a transmis le goût des chanteurs contestataires espagnols et des tartines de beurre salé. Avec ça, bon courage pour en tirer la moindre conclusion sur ma vertu et mes capacités ministérielles. Au Parlement européen, c'est plus simple, on ne s'intéresse qu'au patrimoine constitué par de l'argent liquide que verse le Qatar en petites coupures de 600 000. Il y en a qui se font prendre. La désormais ex-vice-présidente du Parlement, la grecque Eva Kayli, dort en prison depuis dimanche. Nous sommes justement à Strasbourg.
Aujourd'hui, dans les studios de France Bleu Alsace, le Parlement européen tenait sa session toute la semaine à Strasbourg. Et nous accueillons sur France Culture l'eurodéputé et nouveau président du Rassemblement national, Jordan Bardella. Bonjour. Bonjour, merci de votre invitation. Et bienvenue dans Sens Politique. Jordan Bardella, puisque nous sommes à Strasbourg, honneur à l'Europe et à ses institutions. Si les faits sont avérés, un système de corruption par le Qatar a été mis au jour. Tout le monde s'en offusque à Bruxelles et Strasbourg. Mais personne n'en semble étonné. Est-ce votre cas ?
Et concrètement, depuis trois ans que vous êtes élu ici, est-ce que vous avez personnellement été confronté à des tentatives ou des situations, disons, brumeuses ?
Non, mais si vous voulez, les votes du Parti Socialiste, du groupe socialiste ici, dans l'hémicycle de Strasbourg, commençaient à éveiller les soupçons. C'est-à-dire qu'à l'heure où l'intégralité des groupes au Parlement européen condamne le Qatar pour la manière dont sont organisés les chantiers de la Coupe du Monde, et où, je vous rappelle, 6500 ouvriers sont morts sur les chantiers pour avoir travaillé dans des conditions absolument indignes, humainement indignes, le groupe socialiste, lui, et notamment la vice-présidente du Parlement, expliquait que le Qatar était chef de file en matière de progrès dans la défense des droits humains.
Donc je pense que ça a dû évidemment éveiller un certain nombre de soupçons. En réalité, tout cela est d'une hypocrisie sans nom, parce qu'on sait que depuis dix ans, le Qatar arrose la classe politique française et européenne. Le Qatar, je le rappelle, est une dictature islamique où la liberté d'expression n'existe pas, où l'égalité entre les hommes et les femmes n'existe pas, où l'homosexuel est puni de mort, mais qui achète une partie de la classe politique. Et cette affaire n'est, je le crains, que la face émergée de l'iceberg.
Comment doivent maintenant réagir les institutions européennes pour qu'un système de corruption par des pays non membres de l'Union, quels qu'ils soient, ne soit plus possible ?
Nous avons déposé il y a quelques jours de cela, à la fois au niveau européen, mais aussi à l'Assemblée nationale en France, une demande de commission d'enquête sur toutes les ingérences étrangères dans la vie politique, dans les partis politiques français. Vous savez que l'Union européenne est en la matière d'une hypocrisie là aussi totale, parce que l'Union européenne passe son temps à moraliser tous les régimes du monde, à donner des leçons de droit de l'homme, à donner des leçons de démocratie, à s'ériger en redresseuse de tort. Or, on s'aperçoit qu'elle est aujourd'hui présumée corrompue à son plus haut niveau.
Il y a deux de vos confrères, Messieurs Chénault et Malbruneau, qui travaillent au Figaro, pour M. Malbruneau, qui ont écrit des ouvrages depuis 10 ans. Et à Radio France pour Christian Chénault. Exactement, qui ont écrit des ouvrages, notamment Très cher Zemir ou Qatar Papers, dans lesquels on voit, là encore, les logiques d'arrosage et de corruption qu'il exige. Donc tout cela est parfaitement connu, et Marine Le Pen a été, dès 2012, d'ailleurs, la première responsable politique à s'ériger contre ces pratiques et à les dénoncer.
Jordan Bardella, quel sens vous donnez à votre mandat de député européen ? En d'autres termes, quels outils pour quelles actions ?
J'ai été élu en 2019, avec 22 autres de mes collègues au Parlement européen. Nous avions remporté les élections européennes en France. Et on s'aperçoit que le courant populaire souverainiste qu'on incarne en France, il y a une petite nouveauté aujourd'hui, c'est qu'il traverse l'ensemble des frontières d'Europe.
Et en vérité, on est en train d'assister aujourd'hui sur tout le continent à l'émergence partout de gouvernements souverainistes, patriotes, qui défendent l'intérêt des peuples et qui s'opposent au fonctionnement actuel de l'Union européenne, qui multiplient les accords de libre-échange et qui pénalisent nos filières agricoles, qui mettent en concurrence nos entreprises avec des normes du monde entier.
Et évidemment, notre objectif au Parlement européen, c'est d'accompagner ce mouvement souverainiste et de faire entendre la voix des peuples dans l'hémicycle de Strasbourg, à l'heure où on continue, encore une fois, d'affaiblir nos filières agricoles, d'ouvrir notre économie à des économies du monde entier, qui, notamment en matière agricole, ne respectent aucune de nos normes sociales ou environnementales.
— Précisément, au Parlement, vous siégez, vous, les eurodéputés RN, au sein du groupe Identité et Démocratie, Identité au singulier, je le précise, des élus RN, presque aussi nombreux dans ce groupe que les Italiens issus de la Ligue du Nord. Qu'est-ce qui vous réunit ? En l'occurrence, quelle identité et quelle démocratie ?
— D'abord, ce qui nous réunit, c'est la volonté de construire une Europe des peuples, c'est-à-dire de tourner la page de cette Union européenne ultra-libérale, qui s'est construite sur la promesse de la protection et qui, en fait, livre nos peuples et nos nations à tous les vents de la mondialisation. On s'aperçoit que toutes les grandes puissances qui marchent dans la mondialisation marchent parce qu'elles protègent leur économie, elles protègent leur marché intérieur. L'Union européenne fait figure d'exception parce qu'elle fait précisément l'inverse. Cette volonté de protection l'a en commun avec l'ensemble de nos alliés.
Alors évidemment, on a des différences sur la conception qu'on a de nos États, parce qu'on est des souverainistes, donc on accepte qu'il y ait des différences dans nos différents États. Et puis, on est surtout réunis par la volonté de protéger notre identité. À l'heure où, encore une fois, depuis 2015, on passe aujourd'hui en Europe des records de chiffres d'immigration qu'on n'a jamais connus depuis la crise syrienne en 2015. Et la volonté de l'Union européenne aujourd'hui à l'égard de ces flux migratoires, c'est de se comporter comme une hôtesse d'accueil pour migrants. La nôtre, c'est de maîtriser les frontières et de protéger nos peuples.
On va, dès la première partie de cette émission, découvrir une archive sonore que vous avez souhaité nous faire découvrir ou redécouvrir. Chacun de nos invités, dans le sens politique, vient à l'émission avec un extrait de son choix. Alors vous, Jordan Bardella, vous êtes venu avec un discours consacré à l'Europe, prononcé trois ans avant votre naissance, par une figure politique n'appartenant pas à votre parti. Loin de là, puisqu'il qualifiait la normalisation du vote FN d'une honteuse exception française. Pour autant, vous l'avez choisi. Je vous laisse, Jordan Bardella, nous présenter et l'orateur et le contexte de l'extrait.
C'est un discours qui a été prononcé à la tribune de l'Assemblée nationale par Philippe Séguin, qui est une figure du souverainisme et en cela une figure de la nation. Il est vrai que pendant très longtemps, M. Séguin a eu des mots très durs à l'égard du Front national, mais je pense vraiment qu'aujourd'hui, le clivage en réalité dans la vie politique n'oppose plus la droite et la gauche, mais ceux qui défendent la nation, sa souveraineté, et évidemment ceux qui sont partisans de l'Europe fédérale.
Dans cette affaire éminemment politique, le véritable et le seul débat oppose donc d'un côté ceux qui tiennent la nation pour une simple modalité d'organisation sociale désormais dépassée dans une course à la mondialisation qu'ils appellent de leurs voeux et de l'autre, ceux qui s'en font une tout autre idée. La nation, pour ceux-ci, c'est quelque chose qui possède une dimension affective et une dimension spirituelle. C'est le résultat d'un accomplissement, le produit d'une mystérieuse métamorphose par laquelle un peuple devient davantage qu'une communauté solidaire, presque un corps et une âme. Certes, les peuples n'ont pas tous la même conception de la nation.
Les Français ont la leur, qui n'est pas celle des Allemands ni celle des Anglais. Mais toutes les nations se ressemblent quand même. Et nulle part, rien de durable ne s'accomplit en dehors d'elle. La démocratie elle-même est impensable sans la nation.
Philippe Séguin, le 5 mai, le 9 mai 1992 à l'Assemblée nationale. Un discours de 2h25 pour exprimer son hostilité, les dangers que représentait et que représenterait, selon lui, l'application du traité de Maastricht, Philippe Séguin qui va faire campagne pour le nom. Et c'est finalement le oui qui l'emporte de justesse, 4 mois après ce discours. Pourquoi ce choix d'archive, Jordan de Bardella ?
Parce que le même discours pourrait être prononcé aujourd'hui. Et je pense que Philippe Séguin était de ses dirigeants, c'est pas un dirigeant politique, c'est un homme d'État, qui avait une vision haute, qui voyait loin, et qui était surtout des visionnaires. Un peu comme l'a été pendant très longtemps le général de Gaulle et le premier président de la 5ème République.
Le clivage aujourd'hui qui, je crois, qui fait foi dans la vie politique française et qui est en train de s'installer d'ailleurs dans toutes les sociétés européennes et dans toutes les sociétés de par le monde, c'est cette opposition entre les tenants de la nation, de ses frontières, de son identité, de son modèle de protection sociale. Renan aurait pu ajouter au texte de Séguin, la nation est un plébiscite de tous les jours, ceux qui la défendent comme cadre idéal, comme maison idéale pour protéger la démocratie, l'intérêt des peuples et assurer leur prospérité.
Et des gens qui considèrent que la nation est un concept complètement ringard, dépassé, effacé, et qui considèrent qu'il faut transférer nos souverainetés, notre souveraineté, c'est-à-dire le pouvoir de décision du peuple français, à des institutions non élues, et notamment chez nous, à l'Union Européenne. Sauf qu'en réalité, le second modèle que défend Emmanuel Macron, c'est-à-dire celui du libre-échange total, qui considère qu'on doit abolir l'ensemble des frontières, on se rend compte que c'est un modèle complètement dépassé. Et que ce que défend Emmanuel Macron, sous couvert d'un aspect un peu moderne, un peu jeune, un peu rajeuni, un peu nouveau monde, appartient en réalité au passé.
Et on s'aperçoit que toutes les grandes puissances, que j'ai eu l'occasion de vous rappeler il y a quelques instants, qui, dans la mondialisation, s'en sortent, c'est des nations qui protègent leur économie, qui protègent leur marché intérieur, qui maîtrisent leurs frontières, et qui considèrent que l'intérêt du peuple, et en tout cas leur intérêt propre, doit passer avant tous les autres. Et je trouve que ce discours est pour le coup très visionnaire. Et vous savez, moi, je suis aussi l'enfant de cette génération. C'est-à-dire que moi, je suis né en 1995, mais en réalité, c'est 2005 qui a accouché de ma génération.
C'est à la fois les émeutes en banlieue, et à la fois le nom des Français au référendum, qui ensuite a été trahi dans ce fameux vote du traité de Lisbonne, par, à l'époque, l'UMP et le Parti Socialiste.
Depuis votre élection en 2019, Jordan Bardella, vous vous retrouvez dans le même groupe d'eurodéputés que les Italiens de la Ligue, le parti de Matteo Salvini. Vous étiez donc aux premières loges, j'imagine, pour assister à leur marche vers le pouvoir, la construction de leur victoire aux législatives, en octobre dernier, en faisant alliance avec l'autre parti d'extrême droite, celui de Giorgia Meloni. Est-ce que, sur le fond, comme sur la forme de ce qui s'est passé en Italie, il y a, selon vous, matière à inspiration, voire à reproduction, pour le Rassemblement National, que vous présidez désormais, en vue des échéances présidentielles et législatives, par exemple, de 2027 ?
D'abord, moi, je rejette les accusations d'extrême droite. En réalité, en Italie, Mme Meloni et M. Salvini sont présentés comme une coalition de centre-droits.
On présente aussi comme néofascistes.
Oui, je m'en suis tenu à extrême droite. Il faut bien trouver des choses à dire, mais de manière à tout ce qui défend le peuple est d'extrême droite, néofascistes, cryptofascistes, etc. Tout ce qui n'est pas dans la doxa dominante, si vous voulez, est forcément extrémiste, radicale ou brutale. Ça vous inspire ? En vérité, l'Italie, ou allez, je dirais même la France, a un mode de scrutin assez à part en Europe. Vous savez que la France est l'un des seuls pays qui, en Europe, peut-être avec l'Angleterre, puisque si on la considère dans l'espace européen, elle a une proportionnelle, un scrutin majoritaire à un tour, n'a pas de scrutin proportionnel à ses élections législatives.
En France, c'est le président de la République qui fixe la feuille de route, qui est élu au scrutin majoritaire à deux tours après qu'une majorité de Français a été rassemblée. L'Italie, c'est très différent. On est sur des coalitions électorales où, en faisant 25% des voix, vous pouvez vous retrouver Premier ministre. Ça n'est pas le cas en France. Donc, c'est des contextes extrêmement différents.
En revanche, et c'est là peut-être mon ambition comme président du Rassemblement national, c'est de réussir à rassembler autour de l'idée de nation et autour de ce projet que nous portons, qui est un projet d'inspiration nationale, l'ensemble des patriotes d'où qu'ils viennent et d'aller aussi convaincre des gens qui, par le passé, au-delà des gens qui viennent de la gauche, ont pu voter pour les Républicains ou pour Éric Zemmour au premier tour de la dernière élection présidentielle.
Effectivement, parce que quand on regarde le résultat du premier tour de la présidentielle française, on a les candidats Zemmour et Dupont-Aignan qui totalisent 9 millions de voix, ce qui fait précisément, j'ai calculé, 40% du score de Marine Le Pen. Donc, j'imagine que vous considérez comme tel cet énorme réservoir d'électeurs. Que doit devenir votre parti par sa ligne, par son mode d'action pour aimanter ses personnalités ou en tout cas leurs mouvements et leurs adhérents ?
Le Rassemblement national est un parti qui va sans doute arriver au pouvoir dans les prochaines années, et qui, je le crois, va succéder à Emmanuel Macron. Donc, notre responsabilité est d'être cette maison aujourd'hui qui accueille l'ensemble des patriotes d'où qu'ils viennent, quels qu'étaient leurs choix politiques passés, quelles que soient aussi d'ailleurs leurs origines ou leurs religions, si tant est qu'ils aiment la France, qu'ils sont attachés aux valeurs de la République et qu'ils veulent avec nous participer du redressement national. Vous savez, il y a beaucoup de principes qui sont défendus par le RN que partagent beaucoup d'électeurs d'Éric Zemmour ou des Républicains.
Et moi, j'ai envie de leur dire que le meilleur avocat de leur idée qui peut permettre aux idées nationales d'arriver aux responsabilités, c'est le Rassemblement national qui marche aujourd'hui sur ses deux jambes et sur ce que moi, j'appelle les deux grandes inquiétudes du peuple français, c'est-à-dire l'inquiétude sociale des fins de mois, toujours plus difficile pour les Français, et évidemment l'urgence vitale de la fin de la France à l'heure où la politique d'immigration qui est conduite en France menace la cohésion nationale.
Vous ne changez rien de particulier sur la ligne ou sur le mode d'action, vous êtes certain d'y arriver en 2027 et viendra qui voudra ? Non, on va continuer à travailler
et je pense que les gens sont d'accord avec nos idées, je pense qu'une grande partie des Français partagent très largement nos idées, mais c'est vrai que pendant très longtemps, les Français avaient besoin et ont encore besoin aujourd'hui de voir en nous des gens qui peuvent incarner l'alternance à Emmanuel Macron et c'est la raison pour laquelle depuis 10 ans, Marine Le Pen et moi je souhaite poursuivre ce travail a fait le choix de quitter le terrain de la contestation de l'air éminemment respectable des éclaireurs qu'ont occupé les militants qui nous ont précédés pour vraiment entrer dans l'air d'un parti de gouvernement et c'est vrai que ce groupe de 89 députés à l'Assemblée nationale comme cette force qu'on incarne au Parlement européen comme demain d'ailleurs j'espère les nouvelles mairies qu'on va pouvoir conquérir dans le cadre des municipales vont nous permettre d'amplifier cette doctrine du parti de gouvernement et montrer aux Français qu'on est capable de changer les choses concrètement.
Vous évoquez vous-même Éric Zemmour je voudrais qu'on prenne le temps de comprendre le sens de votre positionnement et le positionnement à venir puisque vous en êtes le chef maintenant du Rassemblement National sur la notion de grand remplacement vous réprouvez l'expression mais reconnaissez dites-vous la juste réalité qu'elle décrit puisque le pronostic vital du peuple français est engagé quelle différence fondamentale y a-t-il entre Éric Zemmour le grand remplacement est en cours et Jordan Bardella le pronostic vital du peuple français est engagé
De manière un peu plus large je pense qu'Éric Zemmour il dresse un constat de l'état du pays aujourd'hui dans lequel beaucoup de Français se retrouvent mais sans y apporter de solution Éric Zemmour il dresse des constats et en cela il fait parfois d'ailleurs avec une brutalité que nous n'avons pas que nous n'utilisons pas parce que ça peut blesser parfois dans les propos qui peuvent être tenus un certain nombre de Français un certain nombre de personnes ce que faisait le Front National il y a 20-30 ans si vous voulez la question n'est pas aujourd'hui de convaincre les Français de nos idées les gens partagent très largement nos idées que ce soit sur l'immigration sur l'Europe la critique qui est formulée à l'égard de la mondialisation sur la nécessité de sauver notre modèle de retraite de protection sociale en réalité l'enjeu pour nous aujourd'hui c'est de rassembler une majorité de Français au second tour et pour cela il faut rassurer il faut rassembler et moi je trouve que Marine Le Pen était largement puisqu'on peut parler évidemment de l'élection présidentielle en capacité de le faire ce que ne pouvait pas faire avec Zemmour là où il apparaissait comme brutal et excessif auprès de beaucoup de gens qui ne voyaient pas en lui une incarnation politique maintenant sur le fond effectivement pour parler du grand placement moi c'est un terme que je n'utilise pas mais il pointe une réalité qui est juste venez vous balader avec moi dans les quartiers où j'ai grandi en Seine-Saint-Denis à Drancy à Bobigny ou à Saint-Denis et vous allez voir que effectivement beaucoup de Français qui étaient là avant ont le sentiment de se sentir étrangers dans leur pays et de voir on va vous suivre
dans ce quartier Toujours sur le sens de l'ouverture du RN tel que vous la souhaitez je voudrais vous entendre sur une autre frange potentielle de votre électorat ce sont les identitaires et notamment le groupuscule d'extrême droite radicale Génération Identitaire dissous par le ministre de l'Intérieur l'an dernier il n'y avait pas de lien juridique ou politique avec le RN mais vous aviez salué à l'époque cette association de jeunes qui militait pour défendre l'identité française et qu'on avait beaucoup caricaturé ce sont vos mots les guillemets ne se voient pas à la radio comment vous pourriez à la fois catalyser et canaliser ce genre d'activistes pour en faire des militants oserais-je dire normaux du Rassemblement National
mon boulot n'est pas d'aller convaincre les activistes un peu plus énergiques que les militants du RN c'est le moins qu'on puisse dire de venir avec nous je veux dire s'ils sont dans des mouvements comme Génération Identitaire c'est parce qu'ils considèrent que nous sommes beaucoup trop modérés or moi je revendique cette modération vous ne changerez pas de ligne je pense que on ne reviendra pas au Front National si telle est votre question nous ne reviendrons pas au Front National le Rassemblement National a vocation à rassembler une majorité de Français et je crois aussi parce que c'est encore une fois l'exemple de ma famille mais qu'on peut être issu de l'immigration et se sentir pleinement français
Vous avez Jordan Bardella 27 ans et 3 mois pour donner quelques heures perses cela signifie que vous êtes né 5 mois après que Jean-Marie Le Pen a totalisé 16% des voix à l'élection présidentielle de 1995 qui a finalement vu les candidats Chirac et Jospin se qualifier et vous avez vu le jour 3 mois après que le Front National a remporté ses premières mairies en l'occurrence Marignane Toulon et Orange 27 ans donc et pourtant un parcours étoffé comme vos collègues politiques Quadra ou Quinca double raison à cela vous êtes allé très vite et vous avez commencé très tôt naissance a bondi la Seine-Saint-Denis un père patron de PME une mère Adsem c'est-à-dire assistante dans une école maternelle parents séparés vous grandissez citez Gabriel Péry à Drancy vous le trois quarts immigré italien par votre mère et par votre grand-père paternel d'abord Jordan Bardella en quoi cela change d'après vous votre conception de la société et de la politique par rapport à la conception qu'aurait une famille Le Pen de l'ouest parisien extrêmement favorisée ou à la conception d'un Louis Alliot plutôt originaire d'une zone rurale aux confins des Pyrénées
je ne sais pas si la plus-value de mon parcours est liée à la géographie je pense qu'elle est peut-être plutôt liée à l'histoire de ma famille je suis un français de s'en mêlée et en cela je suis attaché au fait qu'on peut être parfaitement issu de l'immigration et aimer la France et se sentir participer de la même communauté de destin vous savez ma famille est arrivée d'Italie dans les années 60 et quand elle est arrivée d'Italie dans les années 60 elle a fait ce qu'ont fait beaucoup de générations issues de l'immigration c'est à dire aimer la France respecter l'histoire du pays qui nous a accueillis apprendre la langue respecter les enseignants respecter la police respecter le cadre et la ville et le quartier qui nous a accueillis et on a un peu le sentiment aujourd'hui que des générations de personnes qui arrivent sont dispensées de cet effort cet effort ça s'appelle l'assimilation et l'assimilation moi j'y tiens j'y crois mais je pense que quand on arrive dans un pays et bien à Rome on fait comme les Romains et on abandonne aussi peut-être une petite partie de sa culture et de ses coutumes qui sont celles de notre pays initial pour se fondre dans la communauté nationale et mon engagement politique aussi c'est un moyen de remercier la France et de rendre aussi à la France ce qu'elle m'a donné parce que ce pays nous a accueillis et ma famille et moi lui devons beaucoup
et sur votre géographie sociale cette fibre sociale que vous revendiquez par vos origines ça va se traduire comment dans un parti politique que vous dirigez désormais
moi je je me suis engagé politiquement très tôt vous l'avez rappelé à l'âge de 16 ans parce que j'ai grandi en Seine-Saint-Denis et que j'ai été confronté à une double réalité d'abord une réalité sociale qui était celle de voir ma mère compter chaque euro ma mère qui m'a élevé avec un petit salaire et les fins de mois difficiles et les fins de mois qui commencent le 5 du mois c'est une problématique à laquelle sont confrontés beaucoup de gens dans notre pays beaucoup de familles beaucoup de mamans beaucoup de papas à laquelle j'ai été confronté très tôt et j'ai aussi été confronté à une réalité qui est celle de rentrer chez soi et d'être fouillé par des trafiquants de drogue que de grandir dans un quartier vous avez évoqué la cité à Saint-Denis qui est aux mains du trafic de drogue où j'ai vu aussi des gamines de 5-6 ans porter un voile islamique sur la tête et avoir grandi en Seine-Saint-Denis m'a fait prendre conscience très tôt d'un certain nombre de défis qui allaient se poser à la France et cette insécurité qu'elle soit économique sociale ou culturelle je l'ai je l'ai refusé et la contester a été pour moi un leitmotiv de mon engagement en politique très tôt à 16 ans
alors vous allez donner pendant deux ans semblablement pendant vos années lycée si je calcule bien des cours d'alphabétisation aux migrants vous parlez de ces migrants comme de gens exploités et vous constatez ce que vous appelez le revers de la politique humaniste expliquez-nous comment la suite de cela devient une adhésion au Front National le cheminement qui vous conduit de façon presque concomitante de ce temps que vous donnez aux migrants à votre engagement très actif au FN
mais moi j'en ai pas après les personnes si vous voulez et effectivement une grande partie des gens qui viennent aujourd'hui en France alors une partie qui vient pour travailler ou en croyant que la France et l'Europe sont un eldorado sont exploités bien sûr et en vérité les gens qui je pense que nous sommes les véritables humanistes parce que je pense que la politique de fermeté en matière d'immigration c'est aussi celle qui sauve des vies en Méditerranée parce qu'elle dit à ces personnes-là ne tentez pas l'aventure au péril de votre vie parce que la France n'a plus rien à vous offrir et en réalité moi j'ai vu des gens exploités j'ai vu des gens qui bénéficiaient d'un certain nombre de documents au titre de séjour alors qu'ils ne parlaient pas un mot de français alors je crois moi dans la langue comme vecteur d'assimilation très enrichissante et généralement l'accueil de l'immigration est un drame aujourd'hui elle est un drame pour les gens qui partent elle est un drame pour les personnes qui doivent subir aussi parfois un certain nombre de nuisances c'est une forme d'insécurité dans les quartiers qui sont aujourd'hui submergés par le communautarisme et si vous voulez le propre aujourd'hui de ce système basé sur la suppression totale des frontières et du libre-échange total c'est ce système qui revient à utiliser l'immigration pour faire peser à la baisse sur les salaires et pour créer aussi une concurrence déloyale avec les travailleurs français
c'est la deuxième archive sonore de l'émission et c'est le moment de vous entendre Jean-Dane Bardella vous ne savez pas encore quelle archive vous concernant nous avons décidé d'écouter tout petit indice c'est un discours devant une petite trentaine de personnes on découvre ensemble et puis ensuite vous nous aidez à contextualiser ce moment et surtout vous nous donnerez le sens de votre propos
nous voulons tourner la page de cette banlieue asphyxiée par des années de gestion PS et communiste rongée par une immigration massive non assimilée terreau du communautarisme du clientélisme de l'insécurité et de l'islamisme radical nous ne voulons plus mes chers amis de cette banlieue black blanc beurre que les élites qui nous dirigent tentent de nous imposer depuis 30 ans nous voulons une banlieue bleue une banlieue blanc une banlieue rouge une banlieue bleu blanc rouge
Jordan Bardella vous ne voulez plus d'une banlieue black blanc beurre mais bleu blanc rouge est-ce que vous pouvez nous situer ce discours
j'ai l'impression que je n'avais pas muet à l'époque de mémoire c'est en 2015 au mois de décembre pendant un meeting au Blanc Ménil des élections régionales où j'étais tête de liste en Seine-Saint-Denis
novembre 2015 Blanc Ménil effectivement vous avez 20 ans
alors c'est mon premier discours ce qui explique le ton un peu raide et un peu abrupt mais quand on se lance
je mets au défi tout le monde de se lancer à 19 ans et de faire un discours politique je vous assure que ce n'est pas facile
vous êtes tête de liste départementale en Seine-Saint-Denis pour les régionales de décembre au cours desquelles vous serez élu sur la comment dites-vous la raideur quel est le sens de votre diatribe contre les banlieues black blanc beurre qui peuvent c'est je crois l'idée d'origine de l'expression suggérer au contraire une intégration réussie
je vais vous dire en vérité depuis maintenant je crois 30 ans la gauche disons la gauche parce qu'elle est aux mains aussi de la politique locale dans les banlieues à chercher à enfermer les populations issues de l'immigration dans leur culture d'origine et à les enfermer dans un communautarisme en vérité la gauche porte une responsabilité très lourde aujourd'hui par SOS Racisme par les associations gavées de subventions publiques qui ont entretenu aussi une partie des populations dans ces banlieues dans leur culture de départ en vérité c'est eux qui sont obsédés de la race c'est la gauche aujourd'hui qui est obsédée par la race et cette obsession elle se traduit aujourd'hui par l'émergence du mouvement du mouvement woke qui vise à faire fi de tout ce qu'on est qui vise à déconstruire les identités notamment notre identité nationale vous savez la conception que moi j'ai de la république c'est une conception qui ne reconnaît que des individus et qui ne recommit qu'une seule communauté c'est la communauté nationale et justement la force de la France c'est de pouvoir être français quelle que soit sa couleur de peau son origine ou sa religion alors c'est exactement le contraire qui a été mis en place par la gauche depuis 30 ans là où la gauche voit une France black-blanc-beur moi je ne vois qu'une France bleu-blanc-rouge
Dernier mot sur votre département de naissance de coeur d'action politique la Seine-Saint-Denis aux dernières législatives 12 circonscriptions 12 députés 9 insoumis 2 communistes 1 socialiste Pourquoi Jordan Bardella vous n'avez pas trouvé au RN la clé de ce département ?
Je pense qu'il pourrait y avoir plusieurs explications bon d'abord je pense que c'est des territoires qui sont qui sont qui sont frappés par le communautarisme et qui sont aussi il faut le dire frappés par un clientélisme qui est très fort la gauche détient les municipalités donc la gauche a le chéquier et donc la gauche peut faire une politique clientéliste qui est très forte regardez à Saint-Denis par exemple aux élections municipales vous avez un taux de participation qui doit être de l'ordre de 20-25% qui doit être dérisoire et en réalité ce sont les clientèles qui sont gavées de subventions publiques par le chéquier municipal qui se déplacent pour aller voter pour la municipalité soit socialiste soit communiste donc ce sont des territoires qui sont extrêmement fragmentés mais je pense que notre discours à la fois de force sur le patriotisme est fort sur la fermeté sur l'autorité notamment sur les sujets sécuritaires et pénales sont les seules mesures qui pourraient permettre de ramener l'ordre et la sécurité dans ces quartiers je pense que beaucoup d'habitants de ces cités le savent
France Culture Sens Politique Arnaud Rusquet Jordan Bardella pour comprendre pour comprendre avec le plus avec le plus de justesse les tenants et les aboutissants de votre parcours politique il convient de préciser comme nous l'avions fait avec Louis Alliot en évoquant sa vie de couple passé avec Marine Le Pen il convient de préciser que vous formez un couple à la ville comme l'on dit avec Nolwenn Olivier dont le père Philippe Olivier est votre collègue député RN au Parlement européen Nolwenn Olivier dont la tante s'appelle Marine Le Pen Nolwenn Olivier dont le grand-père s'appelle Jean-Marie Le Pen alors question directe simple et sincère Jordan Bardella en quoi ces liens personnels voire familiaux ont-ils une influence sur votre vie politique au quotidien ?
Réponse claire et avec la même franchise ma vie privée ne vous regarde pas Et donc pas d'influence ?
Non ça n'a pas d'influence sinon on peut sortir aussi les gens qui dans les rédactions sont en couple avec des journalistes etc or je pense que s'ils sont là c'est parce qu'ils ont le mérite de leurs compétences vous voyez moi j'ai été j'ai reçu la confiance de Marine Le Pen à plusieurs reprises avant d'ailleurs la relation dont vous parlez notamment lors des élections européennes et j'ai été élu par les adhérents du mouvement à 84% avec 70% de taux de participation mais vous comprendrez aussi et je pense que les auditeurs comprendront aussi que quand on fait de la politique on ne s'appartient plus et une grande partie de notre vie privée de nos convictions aussi parce que ça rentre dans notre intime et connu et en vérité la vie privée c'est un peu le dernier espace de liberté qui nous reste et j'entends le préserver
et des fois dans les rédactions ça n'appartient plus non plus vous savez quand vous franchissez Jordan Bardella le portail du domaine de Montretout sur les hauteurs de Saint-Cloud quand vous entrez dans cette maison où la plupart des moments clés de l'histoire du FN se sont joués et que vous y rencontrez Jean-Marie Le Pen est-ce que vous avez le sentiment d'y trouver vos racines ou une sorte de musée mais qui n'aurait rien à voir avec le parti dont vous présidez les destinées du haut de vos 27 ans
alors je vais être très franc j'ai rencontré Jean-Marie Le Pen à trois reprises j'ai eu peu l'occasion d'échanger avec Jean-Marie Le Pen alors ça peut faire sourire mais c'est vrai qu'il y a quelque chose de générationnel moi j'ai du respect pour Jean-Marie Le Pen qui a créé le mouvement que j'ai l'honneur de présider aujourd'hui qui a considérablement changé je pense que le Rassemblement National n'est pas le Front National même s'il y a peut-être une continuité dans la volonté de défendre la nation dans la volonté de revendiquer un patriotisme très fort mais il est vrai que Jean-Marie Le Pen qui était un patriote français a eu le mérite parfois avec une forme d'excès parfois avec sa manière son trait de caractère son courage aussi qui est peut-être générationnel son histoire personnelle d'alerter le peuple français sur un certain nombre de périls qui pouvaient le guetter je pense évidemment à la mondialisation sauvage à la question de l'immigration je m'inscris vraiment dans une continuité avec Marine Le Pen mais en fait je vous fais une confidence moi le Front National de Jean-Marie Le Pen je l'ai très peu connu parce que lorsque je rejoins le parti en 2012 Marine Le Pen vient d'être élue depuis un an présidente du mouvement et donc c'est auprès d'elle que j'ai grandi politiquement
on va découvrir cette dernière archive sonore de l'émission Jean-Marie Le Pen justement 20 juin 2017 il tente de se rendre au bureau politique du Front National mais les portes lui sont fermées il reste donc sur le trottoir où les journalistes sont là micro tendu
on sait qu'au Front National il n'y a pas la reconnaissance du ventre sachant le poids qu'il faut attacher aux promesses de Madame Le Pen j'avais pensé que je pouvais aussi arriver la porte étant ouverte je pense quand même que par cette délicatesse du coeur particulière que Marine Le Pen a tenue à me faire ce cadeau le jour de mon anniversaire Madame Le Pen ne souhaite avoir autour d'elle que des courtisans elle a horreur du débat elle a horreur de la contradiction bon c'est clair Madame Le Pen ne veut discuter qu'avec les gens qu'elle nomme elle-même mais qui peut remplacer Marine Le Pen il y aura certainement quelqu'un personne n'est irremplaçable
quelles sont les causes de la défaite selon vous Jean-Marie Le Pen
la première c'est l'exclusion du président sans parler du rôle personnel que Madame Le Pen a pu y jouer dans les derniers moments et sur lequel moi par pudeur paternelle je passerai
Jean-Marie Le Pen bien qu'exclu du parti gardait à cette époque-là donc 2017 son titre de président d'honneur du Front National et voulait parce qu'il le pouvait statutairement insister aux différentes instances vous l'avez dit je crois deux ou trois fois depuis le début de l'émission vous ne voulez pas refaire l'EFN vous êtes dans une une ère nouvelle vous avez aussi souvent expliqué ou suggéré que c'était pas l'EFN que vous aviez voulu rejoindre à 17 ans mais davantage Marine Le Pen quel est le sens quel est le sens de ce distinguo dans l'attraction que vous ressentiez Jordan Bardella
la vision que j'ai du parti bon moi le parti politique c'est un outil c'est pas un musée c'est pas quelque chose d'immuable un parti politique c'est un outil qui doit permettre à nos idées à nos convictions d'arriver à la tête de l'Etat ce parti peut être amené à changer il n'est pas immuable c'est-à-dire que s'il faut changer le nom et que le Front National devienne le Rassemblement National alors on le fait s'il faut qu'on change telle ou telle organisation telle ou telle nomination parce que c'est dans l'intérêt de nos idées que de faire ce changement on l'a fait c'est-à-dire qu'on n'a pas j'ai pas une conception figée du parti politique et j'ai évidemment beaucoup de respect pour le passé il faut savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va mais moi j'essaie à chaque fois de regarder devant et de regarder comment est-ce qu'aujourd'hui notre parti peut rassembler peut convaincre peut se professionnaliser peut s'ouvrir j'ai beaucoup de projets pour le mouvement notamment l'envie de créer une école des cadres qui doit nous permettre aussi de faire émerger cette nouvelle élite issue du peuple qui ressemble à nos 89 députés où on a de tout on a des énarques des enseignants des femmes de ménage des ouvriers des fonctionnaires des commissaires de police des médecins on est je crois l'image du peuple français et il faut maintenant que cette nouvelle élite elle s'approprie le pouvoir en France
parce que cette école de cadres ça se destine aux élus qui sont là de plus en plus nombreux c'est un fait vous les voulez mieux former pour quoi ? pour changer une image pour changer de logiciel tout simplement pour gouverner la France c'est à dire de plus seulement être conseiller départemental ou régional
mais pour gouverner la France et cette école d'écart elle va se faire là aussi symbole de l'ouverture que nous arrivons à mettre en oeuvre aujourd'hui en partenariat avec le politologue Jérôme Sainte-Marie qui est un spécialiste du débat public depuis près de 20 ans et qui va accompagner aussi la montée en gamme du Rassemblement National avec d'autres qui vont nous rejoindre on a autour de nous des gens qui viennent des républicains qui ont fait le choix de nous rejoindre alors évidemment au parlement européen je siège avec Thierry Mariani qui a été ministre de Nicolas Sarkozy avec Jean-Paul Garot et d'autres aussi qui au niveau local nous rejoignent mais si vous voulez il faut bien que et moi c'est le message que j'ai essayé de faire passer durant ma campagne interne au sein du mouvement c'est que notre parti est en train de changer de dimension nous sommes aujourd'hui un parti qui représente pour des millions de français le dernier espoir de changer les choses dans leur pays et moi j'ai cette vision très enthousiasmante de la politique et je ne cesse de dire à mes compatriotes que ce qu'ils vivent c'est la conséquence de choix politiques sur le pouvoir d'achat sur la santé sur la sécurité sur l'immigration et qu'on peut faire différemment que tout ce qui a été fait depuis 30 ans et il faut regarder ce qui se passe ailleurs en Europe pour voir que nos idées peuvent trouver aussi une expression gouvernementale
mais c'est aussi un nouveau logiciel qu'il leur faut intégrer à ces militants sympathisants et peut-être élus demain du rassemblement national comme vous accepter le mariage pour tous autoriser le cannabis à usage thérapeutique éviter les tweets racistes se maîtriser dans les assemblées c'est un travail de fond que vous reconnaissez comme indispensable et encore à mener Jean-Dame Bardella
mais c'est une culture du pouvoir c'est une culture de gouvernement enfin regardez on nous annonçait entre 20 et 30 députés aux élections législatives on a aujourd'hui le premier groupe d'opposition à l'Assemblée Nationale 89 députés qui est le groupe le plus présent d'après tous les sondages les études qui sont faites par vos confrères qui est le groupe le plus présent aujourd'hui dans l'hémicycle et qui je crois donne de nous l'image d'un parti de gouvernement et si vous voulez tout ce travail tout sérieux c'est évidemment pour arriver au pouvoir mais c'est aussi la moindre des choses qu'on doit à nos électeurs pour qui bien souvent on représente le dernier espoir les gens qui votent pour nous ils ont essayé la droite ils ont essayé la gauche ils ont vu que c'était la même chose depuis 30 ans or aujourd'hui ils viennent avec nous exiger que soit mis en oeuvre à la tête de l'Etat une politique qui n'a jamais été mise en oeuvre de contrôle de l'immigration de baisse de la fiscalité de développement des services publics dans des territoires aujourd'hui où il n'y a plus une boulangerie où il n'y a plus un commerçant où il n'y a plus un médecin parce que ces territoires ont été totalement abandonnés notamment au profit des banlieues de la politique de la ville depuis 30 ans et encore une fois ces idées là sont en train d'arriver au pouvoir dans beaucoup de pays et notamment chez nos voisins en Italie par exemple on parlait de Mme Mélanie tout à l'heure
quelle est la place dont vous êtes convenu avec Marine Le Pen qu'elle devait avoir au quotidien dans la gestion du Rassemblement National j'entends par gestion stratégie présence dans les médias les investitures puisqu'à ce jour elle n'est que je mets des guillemets mais chef du groupe RN à l'Assemblée
c'est déjà beaucoup c'est déjà bien elle est la chef de l'opposition à l'Assemblée Nationale elle a souhaité se mettre en retrait de la présidence du mouvement parce qu'elle veut vraiment se concentrer sur ce sur ce travail parlementaire quand il va s'agir de voter la réforme des retraites si tout le monde est sur les bancs de l'hémicycle on peut mettre Emmanuel Macron en minorité et empêcher cette réforme de casse sociale d'être mise en oeuvre dans les prochains mois donc tout se joue aujourd'hui à dix voix près et ça c'est aussi notre réussite que d'avoir mis Emmanuel Macron en minorité donc elle est la chef de l'opposition à l'Assemblée Nationale et elle siège évidemment au bureau exécutif où son avis m'est toujours précieux m'est toujours utile et j'ai évidemment l'occasion tous les jours de la voir de l'appeler d'échanger avec elle et de faire ce qui est le mieux à faire pour notre mouvement et pour nos idées
Jordan Bardella nous arrivons au terme de l'émission je vous remercie d'avoir répondu à notre invitation au Sens Politique à Strasbourg aujourd'hui je rappelle Jordan Bardella que vous êtes député européen et donc avec vos 700 collègues vous teniez session toute cette semaine à quelques encablures de ce studio au Parlement européen Sens Politique à Strasbourg grâce à toute l'équipe de France Bleu Alsace que je remercie non seulement elle nous a accueillis avec beaucoup de gentillesse mais aussi assurer le dispositif technique de l'émission avec Gaël Neymar qui a la réalisation à Paris Martin Desclosaux et Anne-Claire Bazin qui m'a aidé à préparer cette émission que je vous invite à retrouver si vous le souhaitez sur notre site franceculture.fr et sur l'appli Radio France et sur l' Soviets
Jordan Bardella