Sacha Houlié - L'interview politique du 02/12/25
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7h45 sur Radio-J, place à l'invité politique du jour, Sacha Houllier, député et ancien président de la Commission des lois, au micro de David Rodallon. Bonjour à tous les deux.
Bonjour Sacha Houllier. Alors, pour commencer, un petit mot sur votre trajectoire qui est quand même originale. Avocat de formation, vous avez commencé votre parcours en politique au Parti Socialiste. Vous avez rejoint Emmanuel Macron. Créer les jeunes avec Macron. C'est ça, rejoint et créé en 2015 les jeunes avec Macron avant d'être élu député de la Vienne en 2017. A partir de 2022, vous avez été le plus jeune président de la Commission des lois de l'Assemblée de l'Histoire. Mais après la dissolution et votre réélection en 2024, vous avez quitté le parti présidentiel, rejoint le PS et Place Publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann.
Pourquoi est-ce que, pour commencer, vous avez pris vos distances avec le macronisme à ce moment-là ?
Écoutez, il y avait plusieurs dispositions à compter de la loi immigration dont j'avais d'ailleurs dénoncé les nombreuses mesures anticonstitutionnelles qui faisaient que je n'étais plus d'accord avec la majorité présidentielle. On se contredisait sur la réforme de l'assurance chômage qui visait à remettre tous les Français au travail en remettant en cause les propres principes que nous avions établis. On voulait réformer la réforme des mineurs en enfreignant tous les grands principes constitutionnels. Je dis « on » puisque c'était le parti présidentiel.
On avait également une orthodoxie sur la question des recettes de l'État qui a combi dans le mur, puisqu'effectivement, elles étaient en quantité insuffisante pour 2024 et pour 2025. Les incidences majeures sur le budget de l'État qu'on n'a pas fini de payer parce qu'on est aujourd'hui en train d'essayer de réparer les pots cassés sur ce sujet.
Et puis, dans bien des mesures, nous mettions même en cause toutes les avancées écologiques que nous avons mises en place, alors que nous aurions dû être fiers de la loi de 2021 qu'aujourd'hui les écologies défendent la loi climat sur le ZAN, sur le zéro artificialisation nette, sur les zones de faible émission, sur la question des diagnostics de performance énergétique.
Donc, tous ces réuniments m'ont conduit à rejoindre des personnes, Raphaël Glucksmann en l'occurrence, qui ont une ambition écologique pour le pays, qui assument qu'en matière fiscale également, certes, il faille réduire les dépenses puisque nous en sommes tous là, mais qu'il faille aussi de la justice fiscale et puis qui, en termes régalien, assume un message puissant sur l'identité de la France, sur la présence de la police, sur le traitement de la délinquance.
On va reparler de Raphaël Glucksmann, mais est-ce que dans un premier temps...
...qui respecte nos règles aussi essentielles ?
C'est la droitisation du parti présidentiel qui vous a incité à le quitter ?
La droitisation, la confusion, et puis au fond, ce que l'on voit, et dans le cadre de l'élaboration du budget, on ne cesse de le mesurer. Finalement, le morcellement, l'éclatement ou l'absence de ligne politique, ce qui est désespérant pour les Français. Et lorsque vous interrogez les gens, il y a un sondage qui vient de paraître hier, lorsque vous interrogez les gens sur aujourd'hui leur principale préoccupation, c'est celle de, je ne dirais pas la médiocrité, mais en tout cas la mésentente, ou l'incapacité de la classe politique à pouvoir les gouverner ou adopter des textes. 30% des Français répondent que cette préoccupation est la leur en tout premier ordre.
Ils sont atterrés par leur classe politique ?
Alors, ils sont atterrés par la classe politique, et pourtant, ils n'ont jamais été aussi nombreux à la choisir en 2024.
C'est vrai.
Et c'est la difficulté, donc, par choix de cohérence, par volonté de reconstruire finalement une offre politique qui soit plus forte, une offre politique qui tient compte de la quadripartition que nous avons aujourd'hui, avec une droite, une extrême droite très puissante, avec une droite très morcelée, avec une gauche qui a été trop longtemps radicalisée par les discours de Jean-Luc Mélenchon, et dont j'espère que les électeurs vont vouloir se débarrasser dorénavant, viennent proposer la quatrième offre, celle d'une gauche de gouvernement, qui, encore une fois, est capable d'avoir des discours, y compris là où on ne l'attend plus, sur la question régalienne principalement.
Alors, vous dénoncez Jean-Luc Mélenchon, mais vous avez rejoint le PS juste après qu'il ait fait alliance, dans le cadre d'une offre populaire, avec les Insoumis, c'était en juin 2024.
D'abord, le parti que j'ai rejoint, c'est celui de Raphaël Glucksmann, et dont la ligne est intransigeante, claire, y compris pour les élections municipales, de aucun accord, à aucun titre, avec le parti de Jean-Luc Mélenchon.
C'est un danger à l'EFI pour la République ?
Mais, de toute évidence, c'est une brutalisation de la vie politique, c'est des propos à l'égard de nos forces de l'ordre qui sont inacceptables, et je vous invite à lire les propos de leurs députés vis-à-vis de la Chine et la Russie, c'est une glorification des régimes autoritaires qui est proprement inacceptable, et donc, de ce point de vue-là, c'est orthogonal à tout ce que j'ai fait en politique. Et sur l'antisémitisme ? Et sur l'antisémitisme, je pense que les propos qui ont été portés par tous les députés LFI depuis le 7 octobre 2023, les classes parmi des partis qui tiennent des propos ou défendent une doctrine antisémite.
De ce point de vue-là, vous dire que le groupe socialiste que j'ai rejoint un an après l'élection de 2024 a pris aussi bon nombre de distances, et c'était bien évidemment une des conditions à ce mouvement que j'ai opéré et qui ne s'inscrit que dans le fait que j'appartiens au parti de Raphaël Glucksmann.
Alors, vous évoquiez le budget, les difficiles discussions sur les textes financiers. Il y a le PLF, le projet de loi de finances, il y a le PLFSS, projet de loi de financement de la sécurité sociale, qui revient aujourd'hui en deuxième lecture à l'Assemblée. Est-ce que vous avez le sentiment qu'on va aboutir, que ces textes vont être adoptés d'une manière ou d'une autre, et que Sébastien Lecornu va sauver sa tête à Matignon et va y passer l'hiver tranquillement au chaud ?
Alors, le sentiment, ce serait un peu insuffisant. La volonté, oui. D'abord, prenons les textes dans l'ordre. Est-ce que sur le budget de la sécurité sociale, nous avons fait les efforts nécessaires pour y parvenir ? En tout cas, on a fait des propositions. On a acté le fait qu'il fallait des recettes supplémentaires, notamment sur l'augmentation de la CSG, sur les produits du capital ou d'une partie de l'épargne qui est aujourd'hui, non mobilisée. Ensuite, on a fait toute une partie des économies en dépense qui étaient insatisfaisantes. Le fait qu'on augmente, qu'on double à nouveau, après les avoir déjà doublés l'année dernière, les franchises médicales, ça n'était pas acceptable.
Puis il y a toute une série de mesures sur lesquelles on travaille encore. C'est aussi dans ce projet-là qu'il a été inscrit, la suspension de la réforme de retraite, ce qui pose une question tout entière d'ailleurs pour la question de la prochaine élection présidentielle. Mais sur le sujet du budget de la sécurité sociale, on avance avec des choses encore à régler.
Mais ça peut passer, les socialistes sont quand même... Il y a eu une réunion hier à Matignon avec le Parti Socialiste, ils étaient quand même plutôt optimistes.
Ça peut passer parce qu'on travaille aussi sur des mesures qui sont tout à fait justes. Quand vous parlez par exemple du gel des prestations ou des pensions, on estime que toute une partie des pensions ne peuvent pas être gelées parce qu'elles sont versées, ou les prestations sociales, elles sont versées à des gens qui en ont besoin, alors qu'une autre partie d'entre elles peut faire l'objet d'un maintien d'un gel. Donc ça, c'est une discussion qui est technique mais sur laquelle on a de l'espoir. La question est plus difficile en revanche sur la question du budget de l'État parce que d'abord, il y a des recettes supplémentaires sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord.
Et puis, il y a des dépenses supplémentaires qu'il faut acter sur lesquelles je pense, c'est l'objet de la démarche de Sébastien Lecône, nous devrions tous être d'accord. Les dépenses supplémentaires pour l'armée, les dépenses supplémentaires pour la police et la justice qui font tout l'objet de lois de programmation, puis des économies sur lesquelles, parfois, elles sont faites de façon trop drastique. Est-ce que la France peut se payer le luxe aujourd'hui de faire des économies en matière écologique alors que chaque été, et même dorénavant chaque hiver, les catastrophes naturelles se multiplient avec des incidences majeures pour nos concitoyens ? Pour moi, la réponse est non.
Pour le budget qui est présenté, les économies en dépense sont beaucoup trop importantes sur ces questions.
Un mot sur la présidentielle, puisque vous avez auquel cas de Raphaël Glucksmann, il y a pléthore de candidats à gauche aujourd'hui. Dans les sondages, Olivier Faure et François Hollande plafonnent grosso modo à 6%. Jean-Luc Mélenchon, lui, est toujours autour de 12-13%. Et le seul à gauche qui fait jeu égal et qui dépasse même un petit peu, c'est Raphaël Glucksmann. Il est 1-2 points devant Mélenchon selon les enquêtes d'opinion. C'est un bon candidat, selon vous. C'est votre candidat pour 2027.
Les enquêtes d'opinion, c'est toujours encourageant, c'est jamais satisfaisant. Là où il y a un élément qui porte Raphaël Glucksmann, c'est que d'abord, c'est sa capacité à incarner une gauche de gouvernement qui a fait défaut depuis de nombreux mois. Et puis, ça se manifeste avec une différence en termes d'enquête que vous avez mentionnée. C'est aussi la capacité de ne pas faire reporter le seul espoir de la gauche sur une personne dont on vous a dit les tourments. Le leader de la France insoumise, en l'occurrence.
Donc, c'est une manière, c'est une obligation de proposer une offre politique qui, demain, peut être qualifiable pour le second tour de l'élection présidentielle et peut-être d'apporter une chance de s'éviter le Rassemblement National. Parce que, moi, je lis bien aussi le dégagisme qu'on entend partout sur le terrain.
Ce dégagisme, c'est aussi une ruine pour notre pays parce que c'est un programme économique qui est extrêmement coûteux, qui n'est pas financé, qui, par ailleurs, est profondément stigmatisant pour toute une partie des professions qui, aujourd'hui, des professions ou des non-actifs qui, aujourd'hui, fondent leur espoir dans des logiques populistes portées par le Rassemblement National et qui, des prestations aux impôts à l'organisation des professions libérales, eh bien, seront grandement déçues et seront même très profondément frappées par et le programme économique qui est le leur et la récession économique qui ne manquerait pas d'arriver alors.
Alors, justement, sur l'extrême droite, avant la présidentielle, il y a les municipales, c'est dans quelques mois, en mars. Est-ce que vous craignez une poussée du RN à cette occasion, une conquête de certaines villes ? Je crois qu'ils espèrent en conquérir des grandes mais aussi une série de moyennes.
D'abord, le pire n'est jamais certain mais après, si ça devait advenir puisqu'il y a des vrais risques pour notamment des villes du sud de la France, dans le sud-est, pour celles qui sont les plus à risque, si on peut le dire ainsi, ça doit servir aussi d'électrochoc. Ça doit servir d'électrochoc parce que c'est des villes dans lesquelles, et si on prend l'exemple de David Racheline qui va être renvoyé après juste dans le Var, une ville qui est dirigée par le Rassemblement National depuis 2014, eh bien le maire va être renvoyé devant les juridictions notamment pour corruption, pour trafic d'influence.
Et à cet égard, il y a des confrères à vous qui ont enquêté sur le système que ça représente.
C'est du détournement d'argent public, ce sont la ruine de tout le secteur associatif, c'est de la collusion avec certaines entreprises notamment de BTP, c'est la violation de toutes les règles qui sont celles en termes d'urbanisme, et donc par conséquent, là encore, puisqu'on parlait d'écologie, c'est l'aggravation de tous les problèmes écologiques que connaissent des régions comme le sud de la France avec les pluies diluviennes, les inondations, les glissements de terrain, enfin tout ça, tous ces comportements qui sont profondément répréhensibles et punis par la justice, ça a aussi des conséquences très directes sur la ville de nos concitoyens.
Alors, les écologistes, vous en parliez, l'écologie plutôt à Poitiers, votre ville, c'est une maire écologiste, comme dans plusieurs villes de France, conquise la dernière fois, elle est en difficulté, elle est un peu en difficulté, vraie question, est-ce que vous allez être candidat
au municipal dans votre ville ? C'est encore une réflexion que nous avons en cours, la vérité c'est que la maire écologiste de Poitiers elle souhaite négocier avec la France Insoumise et je vous ai dit l'intransigeance totale qui est celle de mon parti Place Publique à son égard, donc oui, nous travaillerons à lui proposer une alternative, ça c'est sûr et certain.
Donc si j'en crois les sondages, les hypothèses testées par les instituts, vous seriez pas mal placé dans l'hypothèse où vous conduiseriez
la liste d'une gauche non écologiste et non insoumise ? C'est effectivement les sondages qui ont été faits pour qu'une liste de gauche dite de gouvernement en tout cas intransigeante à l'égard de la gauche radicale puisse l'emporter à Poitiers comme ailleurs. Mais ce que je constate par ailleurs c'est que dans beaucoup de villes à Strasbourg, à Lyon, parfois même lorsque Place Publique ou le Parti Socialiste soutient des candidats écologistes sortants, les difficultés sont majeures parce qu'il y a une question de proximité à l'égard des gens, parce qu'il y a une question de respect à l'égard du quotidien. On a le droit de ne pas être d'accord avec les gens.
Combien de fois dans ma permanence les gens viennent me dire qu'ils ne sont pas d'accord avec la politique que je défends ? Pour autant, je ne les insulte pas. Je ne leur dis pas que la réalité est fausse. Donc il y a une façon de prendre en considération aussi les concitoyens qui à mon avis fait défaut à beaucoup de mères écologiques. Quand est-ce que vous allez vous décider ? Ça c'est une question locale et donc je n'ai pas encore de date à vous communiquer ici.
Un mot sur Paris pour conclure en beauté. Est-ce qu'après 25 ans de règne socialiste, les Parisiens n'auront pas envie de tourner la page aux prochaines élections municipales ? Rachida Dati, on le voit à une grosse avance dans les sondages de premier tour.
Oui, alors encore une fois ce sont des enquêtes. Je vous ai dit qu'elles peuvent être encourageantes. Parfois elles peuvent être désespérantes. Moi je considère que la politique TikTok, ça n'a jamais solutionné les problèmes des villes et j'ai bien vu...
Faites allégion à ces clips
de campagne avec les éboueurs ? C'est évidemment très viral sur les éboueurs. Enfin, personne n'est dupe sur le fait que Rachida Dati, elle n'a pas beaucoup de proximité avec les gens qui se lèvent à 5h du matin pour ramasser les poubelles.
Merci Sacha Oulier et à très bientôt sur Radio-J. On attend le verdict pour votre candidature à Poitiers avec impatience.
Merci à tous les deux et demain à 7h45, David, vous recevrez Patrick Haddad, le maire PS de Sarcelles. Dans un instant, un nouveau journal sur Radio-J. Bon réveil. et à très bientôt.
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Sacha Houlié