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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 2 février 2017 12 min

François Bayrou : "La démocratie française a besoin d'une garantie de loyauté"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
François Bayrou

Bonjour François Bayrou, en attendant de savoir si vous vous lancez dans une quatrième campagne présidentielle, vous vous déciderez dans 15 jours, vous publiez un nouveau livre aux éditions de l'Observatoire, c'est un hommage à Mitterrand ? Non, Observatoire, un livre résolution française.

0:20
Présentateur

C'est une nouvelle maison d'édition, dirigée par Muriel Beyer, qui était au parent la patronne des éditions de Plomb.

0:28
François Bayrou

Un livre résolution française, résolution comme la volonté, même si vous n'êtes pas encore résolu à être candidat, comme la résolution d'un problème, la sortie d'un conflit, car vous pensez que la France peut trouver la voie du redressement avec des idées simples que vous exposez dans ce livre, et parmi ces idées, il y a celles que vous défendez depuis longtemps déjà, la moralisation de la vie publique. Montesquieu, rappelez-vous, disait que le propre de la République, c'est la vertu. La République est malmenée, elle est abîmée par l'affaire Fillon. François Bayrou ?

0:58
Présentateur

C'est une période extrêmement bouleversante pour des millions et millions de Français. Et extrêmement bouleversante pour l'ensemble de la démocratie française. C'était rappelé par Bernard Guetta à l'instant. N'est-ce pas ? Je pense qu'il y a des millions de Français qui ont cru aux primaires, entre guillemets, d'un bord ou de l'autre. Moi, je n'y ai jamais cru. Mais eux y ont cru. Et ils ont cru que les primaires permettaient de résoudre cette question, d'avoir enfin une représentation qui corresponde aux attentes des citoyens.

1:39
François Bayrou

Est-ce que ce sont les primaires qui sont en cause ? C'est la personnalité ou le comportement ?

1:43
Présentateur

Non, non. Les primaires ne font pas une véritable campagne électorale. Les primaires ne permettent pas d'aller vers la vérité des personnalités, comme le fait, avec ruauté, une campagne présidentielle. Et on se trouve aujourd'hui devant des habitudes ou des pratiques qui, en réalité, sont explicables, parce que la démocratie française, depuis très longtemps, n'a pas de contrôle. Des habitudes sont prises, qui sont des habitudes des deux partis dominants au travers du temps et dont on a vu qu'elles avaient des répliques nombreuses. Pourquoi ? Parce qu'au sein de notre Parlement, ce ne sont pas les Français qui sont représentés. Plus des deux tiers d'entre eux en sont absents.

Et donc on n'a pas à craindre le regard d'un autre parti, d'une autre inspiration, même si elle est parfois un peu plus rude. Et donc on ne fait plus attention et on en est là. La démocratie française, aujourd'hui, de ce que j'en ressens, la démocratie française a besoin d'avoir une garantie de loyauté. D'avoir, et l'élection présidentielle devrait servir à ça, j'explique dans le livre qui était écrit longtemps avant ces histoires, j'explique dans ce livre que le président de la République devrait être, doit être le garant de la loyauté de notre vie publique et de nos institutions.

Pas seulement de l'honnêteté, ça va sans dire, mais du fait que, par exemple, les citoyens sont informés des raisons pour lesquelles les décisions sont prises, qu'il n'y a pas des réseaux d'intérêts qui se glissent dans tout ça. C'est le président de la République qui empêche la prise de contrôle par des réseaux d'intérêts, de l'organisation de la décision publique, par exemple dans les sujets économiques. Vous savez bien qu'il y a mille et mille recoupements entre des influences et des décisions.

3:48
François Bayrou

Et vous plaidez à nouveau pour que le Parlement représente le peuple de façon proportionnelle, proportionnellement aux opinions qui sont dans la diversité de la tête des citoyens.

3:59
Présentateur

Vous voyez bien que c'est la garantie de cette loyauté. Si les grands courants du pays sont tous représentés, on ne peut pas tricher. Mais s'il n'y a que deux courants du pays, minoritaires, de très très loin, aujourd'hui si vous additionnez ces deux courants, on arrive, celui qui était représenté par le PS et par l'UMP devenus les Républicains, on arrive peut-être au maximum à 35%. Et donc les deux tiers des Français ne sont pas représentés.

4:27
François Bayrou

Vous parlez de l'absence de contrôle, ça a progressé. La loi qui a suivi l'affaire Cahuzac, la loi sur la transparence de la vie publique, a instauré des règles qui ont permis de mettre fin apparemment à certains contrats litigieux.

4:40
Présentateur

Excusez-moi de vous rappeler que s'il n'y avait pas la presse, et notamment la presse indépendante, aucune de ces pratiques ne serait sortie. Nous avons un problème de loyauté de nos institutions. Et je prétends que ce devrait être la première fonction du Président de la République que d'apporter une assurance aux citoyens que désormais sur tout cela, la page va se tourner. Qu'il n'y aura plus ces abus qu'on constate tous les jours, sous toutes les formes, parce que là on a une forme, mais il y en a bien d'autres. Et donc, oui, je plaide pour que les citoyens français se voient apporter les garanties nécessaires de la loyauté de la vie publique.

5:30
François Bayrou

Quelques questions sur l'actualité politique. François Fillon, est disqualifié à vos yeux, François Bayrou ?

5:35
Présentateur

Vous voyez bien comment les choses tournent. Il va y avoir encore, semble-t-il, des événements dans la journée. Oui, je pense qu'on entend... Ce soir, le témoignage de Pénélope Fillon... On entend, ça a été annoncé ce matin, on entend dans son entourage, chez les principaux responsables de son parti, des jugements, qui sont en effet des jugements dans lesquels une page risque de se tourner. François Fillon, vous le connaissez depuis longtemps.

6:12
François Bayrou

François Bayrou, vous aviez perçu certaines fragilités ?

6:16
Présentateur

Jamais. Jamais. C'est un responsable public, moi. Je le connais, je l'ai croisé ou côtoyé depuis des années. Et jamais je n'avais eu ce sentiment-là.

6:28
François Bayrou

Puisque vous avez servi d'épouvantail pendant la primaire à cause de votre soutien à Alain Juppé, j'imagine que vous ne direz pas un mot de plus en faveur du maire de Bordeaux ou d'un plan B comme Bordeaux ?

6:40
Présentateur

Je ne crois pas, Alain Juppé l'a dit de la manière la plus explicite hier, je ne crois pas qu'il veuille se lancer dans cette aventure, mais si la question était posée, c'est à lui que la décision appartiendrait.

6:53
François Bayrou

Dans ce paysage présidentiel bouleversé, il y a un candidat qui émerge, Emmanuel Macron, que vous aviez qualifié d'hologramme et qui depuis, ici même encore hier matin, a précisé son positionnement et son programme. Est-ce que vous trouvez aujourd'hui, François Bayrou, que cet hologramme commence à prendre forme humaine ? Je vais vous dire,

7:13
Présentateur

Emmanuel Macron a annoncé qu'il reportait son projet, l'annonce de son projet à plusieurs semaines.

7:21
François Bayrou

C'est plutôt la présentation globale détaillée et chiffrée de son projet parce qu'il y a déjà des mesures.

7:26
Présentateur

Il y a une grande question que la France se pose, la France comme société, la France comme pays, la France comme nation. C'est que cette question est celle-ci. Est-ce qu'elle se rallie au modèle dominant dans le monde, qui est celui du capitalisme financier ?

7:42
François Bayrou

Ce que vous appelez l'hypercapitalisme.

7:44
Présentateur

L'hypercapitalisme. Est-ce qu'elle se rallie à ce modèle ? Ou est-ce qu'au contraire, tout en prenant absolument conscience des enjeux, elle est une force de résistance à ce modèle-là ? À ce modèle qui, dans le monde, pas seulement chez nous, a pris le contrôle de tous les instruments de pouvoir. Regardez comment s'est jouée la politique, l'élection présidentielle américaine. A pris le contrôle de tous les instruments de pouvoir. Et on a vu sortir une enquête cette semaine. Je voudrais que nos auditeurs écoutent bien le chiffre que je vais dire.

8 personnes dans le monde, 8, même pas les doigts des deux mains, possèdent à elles seules autant que 3,5 milliards d'êtres humains sur la Terre, la moitié de l'humanité. 1% possède autant que les 99 autres. Le modèle dans lequel nous sommes est un modèle d'inégalité devenue système, comme inégalité toujours plus grande et toujours croissante. On a cru pendant longtemps que ce modèle allait effacer les inégalités. Ça n'est pas vrai, il les creuse. Or, pour moi, la vocation de la France est d'apparaître, face à ce modèle dominant dans le monde, comme une force de résistance, en tout cas d'indépendance.

Et que chez nous, nous imposions le fait que la logique de notre politique est une logique civique, dans laquelle les valeurs auxquelles nous croyons, notamment le fait que nous avons une sensibilité sociale plus grande que les autres, tout ça soit défendu.

9:25
François Bayrou

Que voulez-vous dire, François Bayrou, que vous ne trouvez pas dans le discours d'Emmanuel Macron une réponse à cette question, ou que vous trouvez dans son discours un alignement à l'hypercapitalisme ?

9:34
Présentateur

Là, vous savez bien, il y a eu des exemples. Je vais prendre un exemple très simple. Membre du gouvernement, Emmanuel Macron, s'est battu pour supprimer la prime qui salarie les heures supplémentaires. Et c'est Emmanuel Valls qui a défendu cette prime, qui avait été baissée de 25% à 10%. Moi, je suis pour qu'on la remette à 25%. Pourquoi ? Parce que... Donc ça, c'est un point de désaccord. C'est une manière de signaler que le travail doit être payé. C'est une manière de signaler qu'on n'est pas sensible seulement à une idéologie qui veut que le travail soit moins payé. Peut-être Emmanuel Macron, dans les jours qui viennent, va-t-il donner des signes d'indépendance vis-à-vis de ce modèle-là.

Mais vous voyez bien que, pour l'instant, cette question se pose. Non, ça ne vous suffit pas. Et pour moi, c'est une question déterminante.

10:29
François Bayrou

D'accord. Mais j'ai noté par exemple aussi que vous voulez un gouvernement d'unité nationale au-delà du clivage droite-gauche actuel. C'est dans votre livre. Lui aussi. Vous voulez maintenir l'ISF, c'est un exemple, mais en le réformant, en exonérant le capital investi dans l'appareil productif. Lui aussi, il l'a dit hier.

10:44
Présentateur

Vous voyez, il fait mouvement sur des points significatifs dans la direction de ce que je défends depuis longtemps. C'est ceci, mais vous voyez, vous avez le sourire. Ce sont des questions très sérieuses, parce que ce n'est pas des questions de programme. Ce n'est pas des mesures. C'est un projet de société qui est ainsi annoncé. Et le projet de société que j'expose dans ce livre, Résolution française, c'est un projet de société qui incarne ce qu'est l'âme du pays, à mes yeux, dans son histoire et dans son avenir.

11:25
François Bayrou

François Bayrou, invité de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes avec les auditeurs de France Inter. Merci.

11:31
Locuteur

Merci. Merci.