Philippe Vigier - L'interview politique du 28/01/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Philippe Vigier. Bonjour. Vous êtes député Modem d'Eure-et-Loire, ancien ministre chargé des Outre-mer et proche de François Bayrou. On va bien sûr parler de politique française, mais d'abord un mot sur Donald Trump et l'onde de choc créée non seulement aux Etats-Unis après la mort de deux manifestants tués par l'ICE, la police de l'immigration, mais aussi les menaces à l'égard de l'Europe, sur le Groenland, sur les droits de douane. On a l'impression qu'aujourd'hui, Washington n'est non seulement plus un allié, mais presque un adversaire.
C'est une situation absolument dramatique que l'on vit avec les Etats-Unis, dont on sait qu'il y avait des liens tellement solides avec eux. Moi, je n'ai pas oublié la dernière guerre, 39-45, ils sont venus, mais pour autant maintenant, la nature de relation a totalement changé. C'était très bien dit dans la rubrique précédente. Il dit bien en même temps qu'il détruit tel ou tel, son volonté hégémonique sur le monde. Comme il a très mal vécu le fait de ne pas être prix Nobel de la paix, il imagine maintenant qu'il peut faire tout et n'importe quoi.
Cette histoire du Groenland est totalement ubuesque, il veut protéger les Etats-Unis, mais vos auditeurs savent qu'au Groenland, il y a des bases américaines. Mais pire, Donald Trump, il y avait 6500 militaires. Il n'en reste plus que 250 américains à l'heure actuelle. Les Etats-Unis les ont retirés ? Absolument, ils les ont retirés. Sur les droits de douane, c'est la même chose, parce que la France et d'autres voix se sont élevées pour dire que c'était inacceptable. On leur dit très bien, un peu comme on va punir un gamin à l'école, je vous mets des droits de douane derrière.
Non, ça veut dire une chose, l'exigence absolue, moi qui suis européen, c'est que cette souveraineté en matière de défense, on soit capable de la bâtir. L'OTAN n'est plus le filet protecteur qu'on avait auparavant.
Justement, il a eu raison le président Macron, au-delà de ses lunettes qui ont tant fait suscité de commentaires, tant fait couler d'encre et de salive. Est-ce qu'il a eu raison d'engager le rapport de force à Davos la semaine dernière avec Donald Trump ?
Oui, il a eu raison et je pense que là, il a trouvé le bon ton. Les Européens ne peuvent pas rester en ordre dispersés, première chose. D'ailleurs, quand je vois les Européens qui achètent encore des avions américains, dont on sait que les avions américains, sont priorités aussi avec des logiciels, malheureusement américains, donc si vous...
J'exagère à peine, mais on ne peut pas démarrer un F-35 si on n'a pas l'accord des Etats-Unis.
On ne peut pas démarrer un F-35 si on n'a pas l'accord des Etats-Unis. Il faudrait peut-être que les Européens arrêtent. La deuxième chose, oui, l'Europe doit partir en croisade pour sa souveraineté, pour sa protection, pour sa défense. Tout le monde reste endormi, naturellement, à la fin de cette guerre de 39-45, mais non. Le nouvel ordre économique mondial exige une souveraineté en matière de défense. Et là, je voudrais dire, le parlementaire que je suis, moi, j'ai vécu la baisse des crédits de défense sous Nicolas Sarkozy. J'ai vécu la baisse des crédits de défense sous, naturellement, François Hollande. Là, au moins, il y a eu des décisions fortes qui ont été prises.
On a mis du temps à le faire, mais nous sommes au rendez-vous. Il faut que, derrière, l'industrie de la défense suive.
Est-ce qu'il n'y a pas un décalage entre le discours de fermeté et ce rapport de force, justement, engagé par le président Macron ? Et quand même, il faut le dire, une situation de faiblesse, pour ne pas dire d'impuissance politique, du président sur le terrain national depuis la dissolution ?
Évidemment qu'il serait plus en situation des forces s'il avait une assemblée à sa main et s'il avait une majorité. Bon, maintenant, les budgets sont là. Donc, il peut parler en disant, moi, j'ai mis de l'argent sur la table. Faites comme moi, mais plus que l'argent. Est-ce que, oui ou non, les Européens veulent, et je dis bien veulent, dans un nouveau monde où, eh bien, cette Chine qui, tous les jours, a envie d'aller chercher Taïwan, ce qui se passe en Russie, c'est évidemment scandaleux avec les Ukrainiens. Je ne parle pas du Moyen-Orient, qui est une poudrière de tous les instants. On ne parle plus d'Iran, puis un mot sur l'Iran.
Eh bien, oui, il faut que cette Europe sache qu'elle ne sera jamais un espace d'économique et donc de prospérité pour ses peuples, sinon ils se réfugieront dans le communautarisme si cette Europe ne s'est pas se protégée. C'est la base de la base. Si vous n'avez pas de force de dissuasion européenne, vous n'y arriverez pas.
Alors, on va revenir à la politique française, mais un petit détour par la rubrique judiciaire, puisque l'ex-sénateur Joël Guériot, qui est du MoDem, votre parti, il a été condamné hier soir. Pas MoDem, mais ce n'est pas grave, on ne va pas faire de bagarre des étiquettes. Voilà, il a été condamné hier soir à 4 ans de prison, dont 18 mois fermes. C'est quand même une peine assez sévère par le tribunal correctionnel de Paris, parce qu'il est convaincu d'avoir drogué à l'ecstasie votre collègue, elle aussi du MoDem, la députée Sandrine Jossot, afin d'abuser d'elle. C'est une affaire qui a été perçue comme emblématique des affaires de soumission chimique. Quelle est votre réaction ?
C'est un jugement très lourd et un jugement qui est indispensable. Je connais très bien Sandrine Jossot, qui est une députée du groupe auquel j'appartiens. D'ailleurs, on a toujours cheminé ensemble l'Assemblée nationale, d'un même groupe politique au centre. Imaginez quand même qu'un collègue parlementaire, qui l'invite chez lui, lui met de l'ecstasie dans un verre de champagne, pour abuser d'elle succéde le monde. Donc elle a vécu un drame, et elle le vivra certainement encore longtemps, elle est en train de se reconstruire avec courage. Elle porte une voix qui est écoutée, j'ai encore un mémoire, un beau travail parlementaire qu'elle a fait, elle a eu une mission qui lui a été confiée.
Sur la soumission chimique ? Exemplaire, le travail qu'elle a réalisé. En tout cas, il faut qu'il y ait un avant et un après. Ceci soit des soumissions chimiques, et naturellement ce sont les parlementaires, donc c'est encore plus sous les feux de l'actualité. Mais plus que cela, tout ce qui touche à la soumission chimique, il doit y avoir derrière, je dis bien, des sanctions totalement exemplaires, de la prison ferme, et des déchéances de droits civiques et civils. On ne peut pas laisser comme cela, la drogue, sous n'importe quelle circonstance, se répandre partout. C'est une action de salubrité publique. Donc une pensée affectueuse ce matin pour Sandrine Jossot.
L'Assemblée nationale a voté lundi soir la proposition de loi d'une députée Renaissance qui s'appelle Laure Miller. Et cette loi, elle vise à légiférer sur l'usage des réseaux sociaux, à interdire l'usage des réseaux sociaux chez les mineurs de moins de 15 ans. La France est devenue donc le deuxième pays au monde, après l'Australie et le premier en Europe, à adopter une telle législation. C'est une bonne chose ? Très bonne chose.
Vous savez, moi je n'oublie jamais que ma formation de biologiste m'amène à comprendre un certain nombre de situations. le sujet de la santé mentale des ados. Où on les voit figés sur leur téléphone portable, leur ordinateur, 4h, 6h, 8h par jour. Ça sent le vécu. Moi je n'ai pas fait ça. J'ai des enfants qui n'ont pas fait ça non plus. Je vais vous dire que c'est trop grave. Ça veut dire quoi ? C'est-à-dire que certains se réfugient même dans leur monde. J'ai écouté d'ailleurs un reportage dans une radio, Ami, où on nous disait qu'une maman voyait que son fils ne quittait plus la chambre, lui a apporté des repas le midi, le soir, totalement fermé.
Mais non, mais d'ailleurs, quand vous allez au restaurant, vous voyez des gens qui sont là en face de l'autre, ils sont sur des portables. Oui, il faut légiférer. Parce que les enfants sont beaucoup plus fragiles. Beaucoup plus fragiles. Il faut des espaces de liberté. Je veux vous raconter une anecdote. Il se trouve que dans la commune dont j'ai eu la chance d'être le maire pendant de longues années... Commune qui s'appelle ? Clos-sur-les-Lois. En Orélois. Magnifique. Eh bien, qu'est-ce qui s'est passé ? On avait organisé des actions citoyennes pour les jeunes. De 9h à 17h.
Et en échange du travail qu'ils faisaient pour la commune, les travaux d'intérêt généraux, on leur donnait une rémunération. Et on leur a dit « Pas de portable de 9h à midi. Portable retrouvé entre midi et 14h. Pas de portable de 14h à 17h. » Je vous assure que certains m'ont dit « Merci, monsieur. »
Alors, l'Assemblée, elle a aussi repoussé hier soir deux nouvelles motions de censure déposées par la gauche hors PS et par l'extrême droite. C'était une réaction à la décision de Sébastien Lecornu d'utiliser une nouvelle fois le 49.3 sur la partie dépense du projet de loi de finances. Il est vraiment temps que ça se termine, ce budget, non ?
Il est temps que ça se termine. Je vais juste m'arrêter une seconde parce que je crois avoir beaucoup travaillé pour que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, beaucoup travaillé avec d'autres, naturellement, Sébastien Lecornu a réussi, avec les forces de l'Assemblée qui ne sont pas des casseurs, qui sont justement des hommes et des femmes qui avaient envie de trouver un budget, on a réussi à passer ce budget de la Sécurité juste avant Noël avec 14 voix d'avance. Là, il était temps d'arrêter cette séquence budgétaire. Vous venez de parler de défense, mais sur quel crédit si vous n'avez pas de budget ? Vous voulez que je vous parle des collectivités ?
Sur quel crédit si vous n'avez pas de budget ? Vous êtes chef d'entreprise ? Ou là, par exemple, les radios, vous savez qu'il y a des aides publiques qui sont données, mais sur quel crédit si vous n'avez pas de budget ? L'aménagère, le chef d'entreprise, l'artisan, la collectivité, l'État ? Mais ils n'ont aucune voix. Alors, évidemment, on va vous dire que c'est un mauvais budget, oui, je suis sûr que dedans, moi, je ne m'y retrouve pas complètement. Je vous le dis très clairement. Voilà. J'estime que, par exemple, les plus aiseurs me semblent-ils les plus solidaires.
J'aurais aimé que, par exemple, sur tout ce qui touche à l'optimisation fiscale, ça veut dire que ce n'est pas illégal, mais il y a des gens qui ne payent pas d'impôts parce qu'il y a une optimisation fiscale en soi, beaucoup plus offensif. Mais pour autant, maintenant, on a enfin un budget. Mais dans la configuration de l'Assemblée, puis n'injurions pas les Français, c'est les Français qui ont voulu que l'Assemblée soit éclatée comme elle l'est. Effectivement, ce sont eux
qui ont voté. Les casseurs, on les a retrouvés.
Vous évoquez les casseurs. C'est qui les casseurs ? Les filles, comme d'habitude. De toute façon, ils ne font que casser matin, midi et soir. Et puis après, le RN, c'est leurs amis d'un jour. Mais les amis de toujours parce que je m'aperçois que dès qu'il y a une motion de censurer les filles, le RN vote. C'est bizarre. Et dans leur question au gouvernement, et chaque fois qu'ils interviennent, ils se m'enveillent bien. Monsieur Macron a été réélu parce qu'il y a eu On les voit faire. D'ailleurs, sur la fiscalité, ils ont levé ensemble 34 milliards d'euros d'impôts. Et nous, nous faisons des signes pour montrer qu'ils s'étaient réunis.
Vous voyez, donc en fait, ce sont des politiques de fauner. Eux, ils veulent une seule chose. Une présidentielle anticipée. Ils ont une obsession matin, midi et soir. Une présidentielle anticipée. Ben non. Faut que cette France avance. Et les échéances, elles arriveront en 27. 13 mois ou 14 mois pour se préparer. Je pense qu'il y a du pain sur la planche pour se préparer et surtout, bâtir un projet pour les Français.
On va en parler. Juste un mot sur l'antisémitisme qui a explosé en France depuis le 7 octobre. Est-ce que vous estimez que l'FI, puisque vous en parlez à l'instant, a une responsabilité ? Mais pour autant, également, est-ce qu'il faut exonérer l'ERN de cette poussée de l'antisémitisme ? Moi, sur l'antisémitisme,
comme toutes ces actions que l'on voit et qui explosent, il n'y a pas d'autres mots, il faut être d'une dureté terrible. Tous ceux qui préfèrent des encouragements, qui, par des tweets, le font régulièrement, eh bien, ceux-là, il faut les sanctionner. Et j'ai envie de les sanctionner très fortement. Moi, j'aime beaucoup, vous savez, la véritable sanction, c'est les droits civils, ce sont les droits civiques. Après, vous ne pouvez plus bouger. Vous vous rendez compte que la société, vous l'avez abîmée. Et quelquefois, oui, ils ne sont pas très clairs avec le sujet de l'antisémitisme. Je le dis très clairement.
Alors, vous parliez de la présidentielle. On y est, on y est, puisque Gabriel Attal a organisé hier soir à Paris un grand événement au Palais Brognard. Ça s'appelle, ça s'appelait La Nuit de la Nouvelle République, organisée par son parti Renaissance, qui l'envisage d'ailleurs de transformer en Nouvelle République. Cinq heures de débat avec des acteurs de la société civile, du monde de l'entreprise. Bon, il se dérive clairement vers une candidature. C'est un bon candidat, Gabriel Attal, pour 2027, pour le bloc central, comme on dit ?
Écoutez, il fait partie, si on prend une ligne de départ, il y a plusieurs candidats sur la ligne de départ. Naturellement, lui, il a décidé maintenant de pousser les feux, il dit, moi je vais y aller. Donc, il incarne une jeunesse, il incarne le fait qu'il a eu des fonctions ministérielles pendant de longues années. Après, il faut un projet. Lui-même d'ailleurs a dit, quel projet ? Parce qu'une présidentielle, c'est la rencontre d'un homme ou d'une femme avec le peuple. C'est très simple. Donc, qui, à un moment ou à un autre, incarnera cette solidité que l'on attend ? Après ces années, le marasme est très dur.
La Covid n'est pas loin, la guerre en Ukraine, et malheureusement, on s'invite tous les jours dans notre pays et le monde est stabilisé. Il y en a d'autres. Il y a Édouard Philippe, il y a Gérald Darmanin, Isabelle Borne. Donc, moi ce que je demande, je vous le dis franchement, en tout cas, ce sera un des derniers combats que je ferai pour faire en sorte que cette France échappe soit au RN, soit à LFI. Je demande qu'à un moment ou à un autre, il s'organise, du moins que chacun joue sa partition, si je peux m'exprimer ainsi, et qu'après, quelque part, la démocratie d'opinion va intervenir. On verra bien. Quelqu'un va s'installer. Ça veut dire qu'il ne faut pas de primaire pour le départager ?
Vous savez, les périmètres des primaires, on a payé, on a donné. Moi, j'ai vu, j'étais dans les curies d'Alain Juppé. Après, vous voyez ce qu'il se passe, on est attiré chez Fillon, on sait comment ça s'est terminé. Vous dites du mal de l'autre pendant des mois et des mois et après, il faut se rassembler. C'est une machine à perdre. C'est une machine à perdre.
Alors, vous avez cité pas mal de candidats, mais il y en a un que vous avez oublié, et c'est votre ami, votre ami, pardon, François Bayrou. Ça fait bientôt six mois qu'il a quitté Matignon. Est-ce que ça va ? Est-ce que lui aussi est toujours en lice pour 2027 ? Écoutez, lui,
je crois que son ambition légitime, et d'ailleurs, je pense qu'il sera réélu largement, c'est de reconquérir la ville de Pau, dont c'est un excellent bail, à transformer Pau. Ça a été pour lui un moment difficile que de partir de Matignon. Sorti comme il l'a été après ce fameux 49-1, pour lui, le fait d'aller négocier des mois et des mois devait être une mission impossible. Je sais qu'il comptera toujours dans l'espace politique. Je ne suis pas persuadé que pour les présidentielles, ce soit encore un candidat en lice. Merci beaucoup, Philippe Vigier, et à très bientôt sur Radio-G.
Merci beaucoup, David Rouveau-Dallon. Votre invité demain matin à 7h45 sera Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizon à la mairie de Paris.
Philippe Vigier