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debateFrance Inter — L'invité de 6h20· 16 juin 2026 8 min

Autonomie de la Corse : Gilles Simeoni a "beaucoup d'espoir" alors qu'un débat constitutionnel s'ouvre à l'Assemblée

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h21, les parlementaires vont-ils changer la constitution pour la deuxième fois sous la présidence Macron ? Ils l'ont déjà fait pour y inscrire le droit à l'avortement, cette fois ça concerne la Corse. Va-t-elle devenir une région autonome au sein de la République ? C'est tout l'enjeu du projet de loi constitutionnel qui arrive aujourd'hui à l'Assemblée Nationale, projet que défend notre invité. Bonjour Gilles Siméoni.

0:30
Gilles Simeoni

Oui, bonjour madame.

0:31
Présentateur

Vous êtes le conseiller exécutif chargé d'autonomie de la Corse, maire de Bastia également depuis le mois de mars. Avant cela, vous avez été pendant plus de 10 ans président du conseil exécutif de Corse. L'autonomie, qu'est-ce que ça changerait pour les Corses ?

0:45
Gilles Simeoni

L'autonomie, c'est bien sûr un enjeu symbolique, politique et historique, mais c'est aussi un moyen qui vous permettrait, dans différents domaines stratégiques, dans lesquels l'insularité crée des contraintes supplémentaires par rapport à un territoire continental. L'autonomie nous permettrait donc, dans ces domaines stratégiques, de prendre des normes conformes à l'ordre constitutionnel français et global, conformes aux principes fondamentaux, mais mieux adaptées aux réalités. Par exemple ?

Par exemple dans le domaine des transports, du développement du territoire, du non-cumul de contraintes d'un certain nombre de dispositifs législatifs, ou bien sûr dans le domaine du statut de la langue corse, de la lutte contre la spéculation, puisque vous savez que dans l'île, la spéculation fait des ravages et prive la plupart des habitants de la possibilité d'accéder à un logement, à la propriété, ou au foncier agricole pour les agriculteurs.

1:43
Présentateur

Et pour lutter contre la spéculation, il faut en arriver à l'autonomie ? Il n'y a pas d'autres outils possibles ?

1:48
Gilles Simeoni

Écoutez, on a essayé de tout mobiliser, et depuis 20 ans, Nicolas Sarkozy, lorsqu'il venait de devenir président de la République, était venu en Corse, il y a donc presque deux décennies, et avait dit que le fléau absolu, c'était la spéculation foncière, et que si on n'y mettait pas un terme, cela générerait des violences. C'était le président de la République qui parlait. C'était il y a 20 ans, et depuis lors, malgré la multiplication des réformes, non seulement la spéculation immobilière n'a pas reculé, mais elle a fortement augmenté.

2:23
Présentateur

Alors, tout l'enjeu, c'est de savoir jusqu'où doit s'étendre cette autonomie, de savoir où est-ce qu'on positionne le curseur, entre une simple décentralisation et un vrai pouvoir législatif. Pour vous, ça doit aller jusqu'où ?

2:35
Gilles Simeoni

Pour nous, l'aspiration à l'autonomie, qui est portée, je le rappelle, depuis 50 ans en Corse, et qui aujourd'hui est soutenue par la très grande majorité des élus de Lille, toutes tendances confondues, doit être une véritable autonomie. Qui dit autonomie, dit pouvoir législatif.

Et donc, parmi les éléments essentiels du dispositif, à propos duquel le Parlement, et d'abord l'Assemblée nationale, va avoir à se positionner, c'est effectivement d'avoir un pouvoir législatif, sur habilitation du Parlement, et un pouvoir législatif qui sera encadré et contrôlé, notamment à travers le contrôle du juge, tantôt administratif, s'il s'agit d'un pouvoir réglementaire d'adaptation, tantôt le Conseil constitutionnel, lorsqu'il s'agit de normes de nature législative.

3:25
Présentateur

En dehors du régalien, bien sûr.

3:28
Gilles Simeoni

En dehors du régalien, qui reste exclusivement de la compétence de l'État, et c'est bien sûr prévu, y compris, bien sûr, la police et la justice, puisque, parmi les arguments invoqués par celles et ceux qui sont opposés à la réforme, il y a un risque d'emprise mafieuse renforcée, ce à quoi nous répondons que la Corse n'est pas autonome, pour l'instant, et que malheureusement, ça n'a pas empêché la criminalité organisée de se renforcer.

Par contre, c'est un problème qui est réel, et donc il faut à la fois une mobilisation de la société corse, une mobilisation des institutions, et nous l'avons fait, et aussi un État qui exerce sereinement, avec efficacité et dans la durée, ses pouvoirs régaliens, notamment la police et la justice.

4:10
Présentateur

Mais pour vous, ça, ce n'est pas un argument qui tient, justement, sur cette réalité mafieuse en Corse, et le fait d'accroître le pouvoir localement, si cette réforme est validée, ça permettrait d'accroître aussi la pression sur les élus pour les organisations mafieuses ?

4:25
Gilles Simeoni

La pression sur les élus, elle existe, et les élus s'en défendent par les moyens de la loi.

Non, l'autonomie ne viendrait pas augmenter le pouvoir de nuisance de la criminalité organisée, et nous pensons au contraire que dès lors que l'État joue son rôle avec efficacité dans le domaine de la police et la justice, que la société mobilisée, et que l'autonomie permet notamment de rompre avec un modèle économique, aujourd'hui dans l'île, qui est celui de la spéculation immobilière, qui génère une bulle financière qui suscite des intérêts, et notamment des intérêts mafieux, de rompre avec les logiques de surprofit, de construire une économie développée avec des mécanismes de solidarité, ça fait reculer d'autant les espaces dans lesquels la criminalité organisée peut prospérer.

5:16
Présentateur

Parmi les autres critiques, il y a des opposants au texte, il y a ceux qui disent que ça va ouvrir la porte finalement à une surenchère et que toutes les communautés régionales, les Basques, les Alsaciens, les Bretons, vont à leur tour pouvoir demander une forme d'autonomie. Vous, vous y seriez favorable ?

5:31
Gilles Simeoni

Écoutez, nous, ce que nous disons, c'est que la Corse aujourd'hui est dans une situation singulière, puisqu'elle n'est ni une région continentale, y compris une région continentale à forte identité, ni un territoire ultramarin, comme peuvent l'être par exemple la Martinique, à notre niveau la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie. Donc, une situation singulière qui appelle aujourd'hui un statut d'autonomie. Maintenant, si demain il y a une aspiration à une évolution du système global à travers la décentralisation et si les régions et les citoyens militent en cette faveur, je pense que le débat aura lieu, quelle que soit la situation en Corse.

Ceci étant, en Corse, il y a aussi depuis 10 ans 70% de la population qui, à chaque élection territoriale, s'est prononcée en faveur d'un statut d'autonomie. Donc, prendre en compte cette aspiration, c'est aussi, à mon avis, un enjeu démocratique puissant.

6:24
Présentateur

Gilles Simeoni, si le Parlement rejette au final cette réforme, est-ce que vous l'admettrez ou est-ce que vous repartirez au combat ?

6:31
Gilles Simeoni

Alors, le Parlement est souverain. Ceci étant, nous avons beaucoup d'espoir. Nous attendons, je vous l'ai dit, ce rendez-vous depuis des décennies. Nous arrivons avec une légitimité démocratique qui est forte, puisque, au-delà du résultat des élections, en ce qui concerne les nationalistes corse, nous avons accepté des concessions importantes par rapport aux revendications qui étaient les nôtres initialement. Ces concessions ont permis de construire un compromis auquel ont adhéré l'ensemble des élus de Corse. Donc, aujourd'hui, nous souhaitons, et nous espérons, bien sûr, que le Parlement répondra favorablement à cette aspiration démocratique.

Et je me situe dans la perspective de réponse favorable. Ceci étant, si le Parlement devait décider d'écarter cela, je considérerais, comme beaucoup de Corses, que c'est un rendez-vous manqué et sans doute aussi une forme de déni de l'expression démocratique corse. Mais en aucun cas, nous ne renoncerions. Nous continuerions à nous battre, bien sûr, dans le respect des règles démocratiques.

7:31
Présentateur

Merci beaucoup, Gilles Simeoni, conseiller exécutif chargé de l'autonomie de la Corse et maire de Bastia. Vous étiez l'invité du 5-7.

Autonomie de la Corse : Gilles Simeoni a "beaucoup d'espoir" alors qu'un débat constitutionnel s'ouvre à l'Assemblée — Gilles Simeoni · Pourquijevote