Plan de paix : qui écoute l'Europe ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Et vous pouvez partir l'esprit tranquille. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. Sur quoi peut déboucher le plan de paix proposé par l'administration américaine, amendé ces dernières heures par les Européens? D.Trump semble vouloir imposer des conditions favorables à Moscou.
Nous en parlons avec A.Rufo, ministre déléguée aux Armées. Vous avez été aux premières loges de tous les sujets géopolitiques brûlants depuis des années.
Vous étiez à la direction générale des relations internationales et de la stratégie au ministère des Armées. Vous avez vécu la crise ukrainienne dans l'ombre, comme conseillère, depuis 3 ans. Vous avez participé à toutes les étapes, de la livraison des blindés à l'architecture de la Coalition des volontaires.
On se dit que vous connaissez la façon dont les choses se passent quand on est dans les coulisses de la négociation diplomatique. Est-ce que le plan Trump est un plan de reddition écrit par les Russes, pour les Russes? - A.Rufo: Le plan sur la table émis par les Américains comporte des éléments valables et des éléments pas valables.
Les éléments valables, c'est qu'il faut la paix. Tout le monde est d'accord, sauf la Russie. - C.Roux: Tout le monde la veut vraiment? - A.Rufo: La Russie ne la veut pas.
Ca a été confirmé hier. Des contacts avec les Russes ont dit que le cessez-le-feu était rejeté par la Russie. Le point positif, c'est que les Etats-Unis, l'Ukraine et les Européens veulent la paix, contrairement à la Russie.
Ce à quoi on est vigilant, c'est le respect de la souveraineté de l'Ukraine. Parmi les éléments de la souveraineté de l'Ukraine, il y a l'absence de limitation de son armée. - C.Roux: V.Poutine a considéré que les discussions, le plan amendé par les Européens et les initiatives diplomatiques européennes étaient inutiles.
Il veut le plan américain, rien que le plan américain. - A.Rufo: Ca ne m'étonne pas.
La parole et la diplomatie, en Russie, c'est une arme de guerre comme les autres. Il ne faut pas se laisser impressionner. Dimanche, j'étais à Genève avec beaucoup de mes collègues européens et des représentants de chefs d'Etat.
On a travaillé avec les Américains, avec les Ukrainiens. - C.Roux: Ce n'est pas la 1re fois qu'on travaille et qu'on avance.
Qu'est-ce qu'il y a de différent aujourd'hui? - A.Rufo: Il n'y a pas grand-chose de différent.
Il y a eu une période, au début de l'année, où les Américains voulaient pousser pour la paix, pour un cessez-le-feu. La Russie a dit non. V.Poutine et D.Trump se sont rencontrés en Alaska.
Finalement, il n'y a pas eu...
Mais on progresse, on avance. - C.Roux: Cette séquence était un peu désagréable pour les Européens.
On découvre un plan américain. Peut-être étiez-vous au courant...
On a l'impression que les Européens le découvraient. On est obligés de l'amender en urgence pour faire entendre également la voix des Ukrainiens? - A.Rufo: Surtout, on avance, nous.
Lorsque les Américains ont dit qu'ils voulaient la paix par la force, ils nous ont dit qu'il fallait que les Européens prennent leurs responsabilités. On les a prises. C'est pour ça qu'on a beaucoup travaillé dans la Coalition des volontaires.
Les Européens avancent, les Ukrainiens tiennent. - C.Roux: L'émissaire de D.Trump, S.Witkoff, échange à bâtons rompus avec le conseiller diplomatique de V.Poutine.
Ils se mettent d'accord sur comment imposer ce plan. Des conversations ont été enregistrées, diffusées, authentifiées. Qu'est-ce que ça raconte sur la façon dont les Américains discutent avec les Russes? - A.Rufo: C'est une période particulière qu'on vit. cette place publique permanente, c'est très inhabituel pour nous.
C'est très utilisé par d'autres. Quelles que soient les conversations entre la Russie et les Etats-Unis, une chose ne changera pas, et il ne faut pas avoir peur ou être inquiet: il n'y aura pas de paix robuste sans acceptation par l'Ukraine, sans respect de sa souveraineté et sans les Européens. - C.Roux: Mais ça n'indique pas la façon dont les Américains considèrent leur relation avec les Russes?
Ca n'indique pas un vrai changement de paradigme dans la relation entre Washington et Moscou, le fait qu'on deale entre un conseiller spécial et le responsable de la diplomatie russe? - A.Rufo: En diplomatie, il y a toujours des émissaires.
Ca fait partie de la diplomatie. Notre souhait est aussi de faire en sorte que dans notre dialogue avec les Américains...
On a parlé aux Russes pendant des années, y compris pendant les accords de Minsk. - C.Roux: Les Européens avancent, notamment en matière de défense.
Le Parlement européen a posé une première pierre avec une industrie de défense européenne, avec l'établissement d'une préférence européenne dans l'achat d'armement. Ca s'appelle le programme Edip. Qu'est-ce que ça raconte en termes de changement? - A.Rufo: Ca raconte quelque chose de fondamental.
Le lendemain de l'invasion de l'Ukraine, on sortait de la pandémie. Il y a eu un sommet européen à Versailles. On s'est dit qu'il fallait être plus indépendants et souverains en Europe.
La souveraineté, ça passe aussi par avoir une industrie d'armement propre. Face aux menaces, on doit être souverains. L'agenda de Versailles a été lancé.
Il y a eu plusieurs instruments. C'est compliqué à négocier. On a des industries plus ou moins dépendantes des Etats-Unis ou des Etats tiers.
On passe notre temps à expliquer qu'on n'est pas assez forts, mais c'est un progrès extraordinaire de l'Europe et un réveil stratégique européen important. - C.Roux: Ca veut dire qu'on exclut de fait l'industrie américaine? - A.Rufo: Non.
Il y a des coopérations avec les Etats tiers qui sont programmées parce qu'il y a des composants qui viennent des Etats tiers. Notre argent, l'argent européen doit aller vers le renforcement d'une base industrielle, technologique et de défense souveraine au niveau européen. - C.Roux: On sait à quel point les discussions budgétaires sont à l'arrêt au Parlement, en tout cas sérieusement contraintes.
Le Premier ministre a dit qu'il faudrait se mettre d'accord sur 5 sujets essentiels. Il est question de la défense. Est-ce qu'il y aura un budget de la défense?
On parle de 6 milliards d'euros de crédits prévus dans la loi. - A.Rufo: C'est 6,7 milliards.
C'est un effort important. Mais c'est un effort nécessaire face à l'évolution des menaces et qui s'inscrit dans l'effort qui a été fait depuis des années pour aller vers un doublement de notre budget de défense. Ca permet des emplois en France.
C'est à peu près 220 000 emplois en France, l'industrie de défense. Ca permet à des PME et à des ETI de fonctionner. Si on n'a pas de budget, si on va vers une loi spéciale, il n'y aura pas ces 6 milliards en plus.
Il y a une espèce de contradiction entre quelque chose qui est très reconnu partout...
Il faut augmenter notre dépense de défense. Le fait qu'on n'aille pas vers ce vote dont on a tellement besoin, dont nos armées et nos industries ont besoin... - C.Roux: Il y a un consensus dans la classe politique sur ce chiffre? - A.Rufo: Ce que j'ai vu au Parlement, c'est beaucoup de responsabilité des parlementaires sur la lecture du contexte stratégique.
En audition au Parlement, on a vu une très bonne connaissance du contexte et des enjeux de défense, de la nécessité de poursuivre notre effort de défense. - C.Roux: Les Français ont été un peu heurtés par les propos du chef d'état-major des armées.
F.Hollande était interviewé ce matin. - F.Hollande: Le chef d'état-major est dans son rôle quand il évoque le danger.
Mais attention, il y a des formules, des expressions. Les enfants ne sont pas les soldats. Les soldats peuvent être compris comme des enfants de la patrie.
Là aussi, attention aux mots utilisés. Quand il s'agit de mobiliser les Français sur une dimension de défense, c'est légitime. Quand il s'agit de prendre un mot qui n'est pas forcément le bon dans le contexte, il peut y avoir des effets contraires. - C.Roux: Il faut faire attention à ce qu'on dit, dans le contexte? - A.Rufo: Le président de la République cite notre hymne national, "allons, enfants de la patrie".
Je confirme que nos soldats...
Un est tombé il y a quelques jours. On leur doit le respect et la reconnaissance de leur sacrifice. Après, beaucoup trop de choses se mélangent en ce moment.
Quand on fait la Coalition des volontaires et qu'on parle de l'Ukraine, on ne va pas envoyer nos enfants se battre en Ukraine. Ce qui m'a heurtée, c'est que quand on a dit qu'il ne fallait pas envoyer nos enfants...
C'est juste, mais en même temps, ce sont des jeunes, nos soldats. Ils font partie de notre pays. On leur doit le soutien. - C.Roux: Demain, ça va être un gros dossier.
Le président de la République va annoncer le service militaire volontaire. - A.Rufo: Le président de la République fera des annonces. - C.Roux: Service militaire volontaire, a priori, sauf surprise. - A.Rufo: Avec quelque chose qui s'inscrit dans un effort...
Ca a été lancé il y a des années. On constate un plus fort engagement de la jeunesse et un besoin
Alice Rufo