Prisons de haute sécurité : promesse tenue ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Et maintenant Bion, ... - A.Casse: Bonsoir à tous et bienvenue dans "C dans l'air".
Que se passe-t-il à la prison de Vendin-le-Vieil? Après avoir inondé leurs cellules, des détenus font la grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention au sein du nouveau quartier de haute sécurité où ont été transférés les 88 narcotrafiquants les plus dangereux du pays, dont M.Amra.
Bonsoir, D.Delseny. Les détenus se coordonnent entre eux.
Ils ont publié un communiqué. En tout cas, ils ont diffusé un communiqué sous le nom du "super cartel de Vendin-le-Vieil". - D.Delseny: Déjà, rien que le nom "super cartel", c'est étonnant.
On a du mal à savoir quelle est l'exacte coordination de tout ça. Cette prison est faite en grande partie pour éviter que les détenus ne se croisent ou ne se coordonnent pour des projets. - A.Casse: Là, c'est raté. - D.Delseny: Il y a un mouvement.
C'est une prison qui est très fermée. On n'arrive pas à savoir si tout ça est très coordonné ou pas. Mais il y a un mouvement de contestation qui regroupe plusieurs détenus. - A.Casse: Et qui prend plusieurs formes.
Je parlais des cellules qui ont été inondées. Il y a des détenus qui ont avalé des piles. Et il y a cette grève de la faim qui a commencé cette semaine.
Je ne sais même pas si l'appellation "grève de la faim" est justifiée. L'administration dit qu'ils refusent les plateaux, mais ils ont de la nourriture dans les cellules. - D.Delseny: On a la possibilité de cantiner pour acheter des cigarettes ou des choix différents du plateau repas.
D'après l'administration pénitentiaire, ils ne prennent pas le plateau repas, mais ils peuvent manger quelque chose dans leur cellule. Il y a une dédramatisation de cette situation. Mais il y a des robinets qu'on laisse ouverts volontairement pour inonder la cellule et les coursives.
Une fausse ingestion de piles qui visait à faire transporter le détenu à l'hôpital, aussi. Manque de chance pour le détenu, pour éviter les transferts à risque, il y a une équipe médicale qui vient sur place. Ce n'est pas le détenu qui va vers l'hôpital, mais l'hôpital qui vient vers le détenu.
Une vérification a été faite pour voir qu'il n'y avait pas de piles. - A.Casse: Que veulent-ils?
Ils protestent contre les conditions de détention. On va montrer une photo de ce nouveau quartier de sécurité. Quand il y a les parloirs avec la famille, ils ne peuvent pas se parler et se voir en même temps. - D.Delseny: Ce sont les parloirs Hygiaphone.
On ne peut pas être physiquement en contact avec la personne qui vient au parloir. Cela fait partie du rapport. On enfonce parfois des portes ouvertes, mais il y a cette problématique du parloir.
Il est stipulé que la règle du parloir à Vendin-le-Vieil, c'est pas de contact physique avec les personnes qui viennent vous voir. - A.Casse: Ca ressemble à la tentative de la dernière chance.
Il y a déjà eu des tentatives d'empêcher cette super prison pour narcotrafiquants. Est-ce que c'est la dernière possibilité pour les détenus d'obtenir quelque chose? - D.Delseny: Il y a l'institution d'un rapport de force.
Les gardiens et ceux qui ont pensé Vendin-le-Vieil ne sont pas surpris. Vu la population qui a été accueillie à Vendin-le-Vieil...
On parle de narcotrafiquants ou de gens dangereux. Ils se doutaient que ça n'allait pas bien se passer, d'autant que les conditions sont plus dures encore que les conditions qu'ils ont déjà connues d'incarcération. Il n'y a pas de surprise sur le côté incident.
Il n'y a pas de dramatisation. L'institution pénitentiaire dit qu'elle savait que ça allait se passer comme ça, que ce n'est pas si grave et qu'ils sont équipés pour gérer ces détenus. Mais il y a quand même chez les détenus probablement la volonté d'un rapport de force avec les surveillants et avec l'administration pénitentiaire. - A.Casse: On a parlé des parloirs et de la relation aux familles.
Quelle est la vraie raison derrière tout ça? Est-ce que cette prison les empêche de continuer leur trafic en prison comme ils pouvaient le faire avant? - D.Delseny: Il y a une accumulation de choses.
Les conditions sont plus drastiques. Normalement, c'est impossible d'avoir un portable à Vendin-le-Vieil. Il y a des contacts avec la famille qui sont moins simples.
Et le fait d'être incarcéré à Vendin-le-Vieil, beaucoup des détenus qui y sont aujourd'hui étaient avant à Aix ou à Marseille parce qu'ils sont originaires de la région marseillaise. Forcément, quand leur famille veut venir le voir, il faut prendre le train ou la voiture. C'est plus compliqué.
Ils voient moins leur famille, et dans d'autres conditions. Cet éloignement géographique les déstructure un peu dans ce qu'ils avaient l'habitude de faire. - A.Casse: L'administration pénitentiaire ne veut rien changer.
Qu'en est-il en off? Avez-vous parlé aux surveillants de prison? Certains sont inquiets de cette situation? - D.Delseny: Pour l'instant, non.
Ils savaient que c'était prévu, que c'était un public difficile et dangereux. Il y a un bras de fer, mais ils jouent sur le pourrissement. Ils font leur cinéma, une grève de la faim, un communiqué de presse...
Une fois que la pression médiatique sur Vendin-le-Vieil sera tombée, il se passera sans doute encore des choses, mais peut-être qu'on en parlera moins aussi. Les incidents continueront de se produire, mais ils seront gérés en interne. - A.Casse: M.Amra est détenu dans cette prison.
Son visage et son pedigree sont connus. Est-ce qu'il se pourrait qu'il soit derrière ce mouvement? - D.Delseny: C'est difficile à savoir.
Il y a d'autres grosses personnalités. M.Amra est très connu de par son parcours et son évasion.
Mais il y a d'autres très gros profils dans cette prison, des chefs de cartel, des caïds, M.Amra ou d'autres. Ce sont beaucoup d'alliances de circonstances, la prison.
On est tous enfermés au même endroit, souvent pas pour la même chose. Quand on peut lutter ensemble pendant un moment pour se rendre service, on peut se grouper. - A.Casse: Son avocat dément tout lien entre M.Amra et ce mouvement.
Il précise que M.Amra ne fait pas la grève de la faim. Nous avons contacté B.David, l'un des avocats de M.Amra.
Il raconte qu'il est étonné de voir certains détenus se côtoyer. - Normalement, quand vous avez des personnes dans un même dossier, ils ne doivent pas être incarcérés dans le même établissement. Des clients, quand ils sont mis en cause avec d'autres personnes, sont éclatés dans différents établissements pénitentiaires pour éviter les concertations.
Hier, j'étais au tribunal de Lille. Un de mes clients qui est mis en cause dans une affaire m'a dit que d'autres mis en cause dans ce dossier ont été ramenés dans cette prison, voire même sur la même coursive que lui. L'idée défendue, qui est de dire qu'il faut éviter un risque de concertation pour la manifestation de la vérité, là, à Vendin-le-Vieil, qui est celle du garde des Sceaux actuel, est une idéologie qui va à l'encontre des principes pénaux et de préservation des preuves. - A.Casse: Cette prison est censée éviter cela, que les détenus puissent se parler et se coordonner. - D.Delseny: Dans la vie carcérale de tous les jours, des gens qui ne devraient pas être dans la même prison y sont quand même parce qu'il n'y a plus de places en prison.
Ils sont dans la même prison, mais surtout dans la même unité de vie. Vendin est une prison hermétique à l'intérieur. Les détenus qui sont à Vendin-le-Vieil sont par groupes de 5.
Ils ne voient pas les autres. Si, dans un groupe de 5, vous en avez deux qui sont dans le même dossier, c'est problématique. Vous mettez dans la même prison des gens qui sont à peu près tous là pour la même problématique, qui est le trafic de stupéfiants ou des règlements de compte.
Il y a des chances qu'il y ait des croisements de dossiers. Et on essaye d'éviter les bandes rivales. Il y en a qui ont fait des affrontements.
Vous pouvez difficilement mettre des gens de la DZ ou de Yoda dans la même prison. Il y a certainement des loupés et on a peut-être mis des personnes qui ne devaient pas être ensemble. Ils ont quand même des contacts au quotidien qui sont très rares. - A.Casse: On parlait tout à l'heure de M.Amra, comment il a tenté de corrompre la police roumaine lors de son arrestation.
Est-ce qu'une évasion de M.Amra serait encore possible, aujourd'hui? Je pense au biais de la corruption. - D.Delseny: Tout est possible en la matière.
La sécurité autour de Vendin, avant qu'on décide d'en faire une prison pour narcotrafiquants...
Maintenant, la corruption est la faiblesse principale. On se rend compte tous les jours que ces narcotrafiquants ont compris qu'ils ont une arme énorme: l'argent. Ils essayent tous les jours de corrompre des douaniers, des policiers, des surveillants de prison.
Il y en a qui sont tombés dans d'autres affaires. C'est une problématique. Et c'est une problématique qui a été prise en compte puisque les surveillants qui ont été nommés à Vendin-le-Vieil ont fait l'objet d'une formation assez spécifique dans laquelle figurait justement toute la problématique de la corruption.
Comment on lutte contre ça? Comment on ne s'expose pas sur les réseaux sociaux pour ne pas donner un point de faiblesse? Et surtout, comment on traite la corruption?
Pour ce faire, les surveillants à Vendin-le-Vieil fonctionnent toujours par deux, pour des raisons de sécurité, mais aussi pour qu'on se surveille entre surveillants pour qu'il n'y en ait pas un qui puisse succomber aux pressions et aux tentations. M.Amra, au moment où il a été arrêté, pensait déjà
Gérald Darmanin