Choix du Premier ministre: l'interview en intégralité de Marine Tondelier (Les Écologistes)
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Bonsoir Marine Tondelier.
Bonsoir.
Patronne des écologistes, merci beaucoup d'être avec nous ce soir dans Tout le monde veut savoir. Patronne des écologistes, tête d'affiche donc du nouveau Front populaire. Je le disais hier, Emmanuel Macron, on l'a vu, vous a donc notifié qu'il ne nommerait pas de gouvernement NFP, qu'il ne nommerait pas donc Lucie Casté, votre candidate pour Matignon, au nom de la stabilité institutionnelle. La France insoumise appelle donc en réponse à une grande mobilisation le 7 septembre.
On ne va pas commencer tout de suite par la France insoumise.
On va commencer par Marie Tondelier, jusqu'à preuve du contraire, jusqu'à preuve du contraire, je choisis mes questions. Vous allez me répondre que vous choisissez vos réponses, je pose la question et on aura le temps de traiter toute une série de sujets. Je reprends donc sur cette proposition de la France insoumise de manifester le 7 septembre.
Mais on peut parler d'aujourd'hui quand même, parce que c'est une date anniversaire.
Le Parti socialiste, vous permettez ?
Oui mais on part direct sur le 7 juillet la France insoumise, alors que nous sommes le 27 août et qu'on a des choses à dire sur Emmanuel Macron.
Le Parti socialiste a annoncé tout à l'heure par la voix de ses porte-parole en début d'après-midi qu'il n'irait pas, qu'il ne participerait pas, qu'il n'appellerait pas à manifester le 7 septembre. Est-ce que vous, écologiste, Marie Tondelier, est-ce que vous vous joignez à l'appel de la France insoumise ou pas ?
Je pense que vos auditeurs s'en fichent de savoir ce que je vais faire le 7 septembre. Nous sommes le 27 août 2024. C'est une date anniversaire. Ça fait 50 jours que les Français ont voté en se déplaçant aux urnes comme jamais. 50 jours. Ça fait 50 jours que le nouveau Front populaire est arrivé en tête des élections législatives.
Vous ne pouvez pas répondre à ma question.
Ça fait 42 jours qu'on a un gouvernement démissionnaire. Et moi je pense que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures et que là on a pour le coup assez plaisanté. Ça n'a d'ailleurs fait rigoler personne. Moi je veux bien qu'on parle du 7 septembre, mais c'est dans 1000 ans à l'échelle de ce que nous vivons en ce moment. Il faut quand même se rappeler.
Attendez, Marie Tondelier, pardon. Ce matin je vous ai écouté attentivement. C'était chez nos confrères de France Info. Vous avez dit, oui, c'est des manifestations républicaines. En attendant, il y a cette proposition de la France insoumise. Le Parti socialiste, donc composante, composante, importante.
Excusez-moi, ne s'organisent pas sur vos plateaux. Elles s'organisent entre nous. Et moi je vais discuter avec les organisateurs.
Mais donc Marie Tondelier, attendez, pardon, excusez-moi, on va essayer de ne pas faire la langue de bois.
Nous manifesterons, je l'ai dit.
Le nom de cette émission c'est Tout le monde veut savoir. Le Parti socialiste dit.
Oui mais je ne pense pas que c'est ça.
Le Parti socialiste dit, nous n'irons pas.
Je ferai toutes les manifestations que vous voulez. Il n'y a pas de problème. Et les écologistes en seront parce qu'on ne se laissera pas voler cette élection. Mais ce que tout le monde veut savoir,
avec les insoumis, le 7 septembre.
Ce que tout le monde veut savoir, ce n'est pas à quelle date je vais manifester. C'est ce qui est bien en train de se passer. On a un président de la République qui a demandé une dissolution, dont Pascal Praud était au courant avant Gabriel Attal quand même. Nous avons été votés. Il a ensuite passé tout l'été à faire de l'obstruction. Il nous a quand même expliqué que c'était irresponsable de nommer un Premier ministre au milieu de l'été. Il a le droit de le penser. Mais alors pourquoi il avait demandé une dissolution juste avant s'il trouvait qu'il ne fallait surtout pas changer de gouvernement l'été et que c'était impossible ?
Et puis surtout, il faut rappeler que cette élection législative, elle a été marquée par une chose. Il y a une chose qui a rassemblé une grande partie de la classe politique. Puisqu'on veut de l'union rassembler. J'ai bien entendu Patrick Pouyanné dans l'intervention précédente qui disait que la France a besoin d'union. Il y a un truc qui nous a unis. C'est le front républicain. Et qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Aujourd'hui, on nous dit des gens qui ont sauvé la face grâce au front républicain, les macronistes, qui, je vous rappelle, sont francs républicains et qui sont nos électeurs, auraient très très peu de députés.
– Moi je veux bien qu'on refasse toute l'histoire depuis le retour des élections législatives. – Ce qu'ils s'apprêtent à faire, c'est donc de faire un gouvernement avec Laurent Wauquiez. Ils ont sauvé la mise.
– C'est des informations que vous avez ?
– Ça ne va pas être avec nous, j'ai compris ça. Donc du coup, ça va être avec qui ?
– Parce que Laurent Wauquiez dit, il n'y a pas question de participer à une quelconque coalition.
– En tout cas, je pense que c'est ce qu'envisage Emmanuel Macron. Je suis extrêmement choquée. Donc si ce n'est pas encore fait, tant mieux. Comme ça, on aura prévenu avant. – Je serais extrêmement choquée qu'ils, après avoir sauvé la mise grâce à un front républicain, qu'on a d'ailleurs dû expliquer à la moitié de leur gouvernement qui ne savait pas ce que c'était, vont gouverner, vont sauver la face grâce à ceux qui précisément ont refusé de le faire.
– Donc ça c'est ce qui vous inquiète.
– Qui usurpent leur nom et qui n'ont plus de républicains que la façade de leur demonture, dont on ne sait même plus qui est à la clé du local d'ailleurs.
– Vous parliez d'union. Vous n'êtes pas inquiète de voir que précisément à gauche, en ce moment même, sur un élément important, savoir quelle doit être la stratégie face à la décision du président de la République de ne pas nommer un gouvernement nouveau Front Populaire. La France Insoumise dit, il faut aller dans la rue, il faut assumer le rapport de force, le bras de fer. Le Parti Socialiste dit non, nous on n'appelle pas à manifester. Vous, je mets 4 minutes à essayer d'avoir une réponse.
– Non mais parce que, en fait, vous nous faites faire des réunions sur vos plateaux, ce n'est pas le sujet. En fait, Macron le sait d'ailleurs, pourquoi il a attendu tout l'été. Parce qu'il sait que la rentrée, c'est un moment compliqué. Parce qu'à la rentrée, on doit accompagner nos enfants pour leur premier jour à l'école, que le premier week-end, c'est, vous savez, les associations qui organisent des forums dans toutes les villes. Et donc qu'évidemment, un parti comme la France Insoumise, qui ne dirige pas plein de villes en France, est très libre le 7 septembre. Et ce n'est pas eux qui organisent la manifestation, c'est des étudiants. – Mais ils appellent à manifester.
– C'est les orgats de jeunesse. Donc les orgats de jeunesse sont libres le week-end du 7 septembre, il n'y a pas de problème. La France Insoumise, la majorité de ces 4, de ces élus, sont libres également. Le Parti Socialiste, qui, comme vous le savez, dirige beaucoup de villes en France, alerte sur le fait que le 7 septembre, en fait, ils seront présents. Moi, j'étais en réunion…
– Pardon, mais l'argument n'est pas un argument logistique.
– Attendez, j'étais en réunion avec eux cet après-midi. Donc puisque c'est moi qui étais en réunion, je me permets de répondre. – Vous avez raison. – Ils nous disent, ça ne nous empêchera pas d'y être, mais appeler à une manif à laquelle on n'est pas sûr de pouvoir être, parce qu'il y a les forums des assos dans nos villes. Moi-même, j'ai la braderie de rentrée des Limbeaumont. – Et donc vous, là-dedans ? – J'attends de voir les agendas, mais comme tout le monde. Enfin, on rentre à peine de vacances, les agendas bougent tout le temps parce qu'Emmanuel Macron nous convoque, nous déconvoque, fait de l'obstruction, puis accélère, puis ralentit, on ne comprend rien.
Et donc, quand je vous dis le 7 septembre, c'est dans 1000 ans, je le pense vraiment, le temps ressenti d'une journée en ce moment, c'est 15 jours.
– Marine Tendulier, je vous ai là encore entendu parler de dérive illibérale dans la volonté du président de la République d'écarter le nouveau Front populaire. Je voudrais vous montrer ce qu'a publié sur les réseaux sociaux Dominique Rousseau. – Vous voyez, le constitutionnaliste, il était à vos côtés d'ailleurs pendant le combat contre la réforme des retraites. Il considérait que c'était effectivement, là pour le coup, une sorte de déni de démocratie parlementaire, la façon dont le texte était discuté. Voilà ce que dit Dominique Rousseau aujourd'hui.
Assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, article 5 de la Constitution, c'est s'assurer que le Premier ministre qui va être nommé ne sera pas immédiatement renversé par une motion de censure élémentaire. « Non, ce n'est pas un membre des Républicains, ce n'est pas un homme de droite, c'est quelqu'un qui connaît la Constitution et qui là semble dire qu'au fond, ce que fait le président de la République, c'est précisément l'article 5 de la Constitution. »
– Il a le droit de le penser en tant que constitutionnaliste, j'ai le droit de penser l'inverse en tant que femme politique. Je vous explique pourquoi. Parce que, déjà, on est dans un moment où le match est hyper tendu et donc c'est normal, il va y avoir 70 millions de sélectionneurs. Tout le monde va avoir un avis, il a raison, il n'a pas raison, tout le monde se mêle du match et c'est hyper sain. Moi, je trouve que c'est bien que les Français s'intéressent comme jamais à la politique et que tout le monde donne son avis. Emmanuel Macron est dans une phase où, je trouve, il est très hypocrite. C'est-à-dire que pendant toute une phase, il a dit « le problème, c'est la France insoumise.
Comme il y a la FI, on ne peut rien faire avec le NFP. » Jean-Luc Mélenchon, ce week-end, dit « on ne doit pas être le problème. Et donc, si c'est nous le problème, on se retire. » Et là, on se rend compte qu'en fait, le problème, ce n'est pas la France insoumise, c'est tout le NFP, c'est le programme, c'est l'ensemble.
– Les membres de la majorité présidentielle, pardon, disent « personne n'a démontré qu'au moment où Lucie Casté serait éventuellement nommée, elle ne serait pas renversée dès le lendemain, puisque toutes les forces politiques reçues à l'Élysée ont dit « nous, ministres insoumis ou pas », avec d'ailleurs, vous avez raison, des changements de pied et une façon un peu embarrassée d'expliquer qu'au fond, le sujet, ce ne sont plus les ministres insoumis. Mais le résultat est elle-même. Ils disent « nous, il y a un gouvernement comme ça, on censure tout de suite. »
– Écoutez, moi, j'en ai marre des prétextes, j'en ai marre des alibis et j'en ai marre de l'hypocrisie. On passe notre temps à nous expliquer « Lucie Casté serait renversée, Lucie Casté serait renversée ». Premièrement, jusqu'à preuve du contraire, le président de la République a des députés à l'Assemblée, des députés macronistes. Jusqu'à preuve du contraire, ils sont en contact. Jusqu'à preuve du contraire, si Emmanuel Macron décidait de nommer Lucie Casté, il pourrait demander à ses députés de ne pas la censurer. Il a aussi un rôle dans sa TFR. Il n'est pas juste comme ça, juge arbitre de la finale de la Coupe du Monde.
– S'il y a des accords politiques, il censure et…
– Oui, mais il dit « je suis le garant de la stabilité des institutions ». Et donc s'il décidait de respecter la logique institutionnelle qui veut non pas qu'on réussisse et qu'il soit le garant qu'on réussisse, la logique institutionnelle c'est de permettre à la coalition qui est arrivée en tête aux législatives de s'y coller. De s'y coller et de tout faire pour que ça marche. Il n'a pas un objectif de résultat à la fin, c'est notre problème. Mais il ne peut pas décider tout seul qu'il ne va pas nous nommer par ailleurs. Qu'est-ce qu'il vous démontre ?
Enfin, on doit démontrer que Lucie Casté ne serait pas renversée, mais toutes les autres solutions, quand est-ce qu'il nous démontre que ça marche ? Moi je n'ai pas compris. Un Premier ministre Macroniste ne serait pas renversée d'ailleurs. – Il avait raison là-dessus. – Le Premier ministre des missionnaires, il est Président de groupe parlementaire. – On ne sait pas pour les autres, mais pour ça… – Un Premier ministre Rassemblement nationale serait renversé, un Premier ministre de droite serait renversé, tout le monde serait renversé. Pourquoi c'est que sur Lucie Casté cette question ?
– Deux questions extrêmement précises pour terminer cet entretien. La première question, il vous appelle dans ce communiqué, il vous exhorte, vous force du nouveau Front populaire hors la France insoumise de dialoguer avec les autres partis politiques, notamment ceux du Bloc central. Il s'est passé quelque chose cet après-midi au bureau national du Parti socialiste. L'opposition à Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, dit « Il faut qu'on continue de parler avec Emmanuel Macron. » C'est totalement inenvisageable d'essayer de monter une coalition, comme au fond ce que font vos homologues allemands, qui sont dans une coalition avec des sociodémocrates, des libéraux. Impossible ça ?
– Une coalition avec des gens à qui on a dû expliquer ce qu'était le Front républicain, une coalition avec des gens qui s'apprêtent à tendre la main à Laurent Wauquiez sous l'œil bienveillant, je ne l'ai pas encore dit, du Rassemblement national, parce que Marine Le Pen, dans le comble de l'hypocrisie, c'est quand même la championne. Elle dit « Si c'est un gouvernement du nouveau Front populaire, je censure immédiatement. » Donc tout ce qui va dans le sens de la justice sociale, des services publics, elle censure immédiatement.
Par contre, si c'est un gouvernement de droite qui applique la politique macroniste en pire et qui continue le service des plus riches, là, elle ne censure pas du tout.
– Vous ne craignez pas une fissure du nouveau Front populaire quand on voit précisément ces gens de gauche qui disent « Il faut qu'on continue à parler avec Emmanuel Macron. »
– Non, parce que j'étais encore il y a deux heures en réunion avec les chefs de parti du nouveau Front populaire et que nous sommes, et nous restons très clairs. Nous avons fait campagne sur un projet qui est extrêmement clair, nous avons une candidate, nous avons été transparentes depuis le début. La cohérence, elle doit payer. Parce que, vous voyez, un gouvernement, on dit peut-être qu'il va mettre un profil technique. Mais un gouvernement, ce n'est pas de la technique, c'est de la politique. Derrière, c'est la vie des gens. C'est comment on change leur quotidien et comment on permet leur lendemain. Notre programme le permet.
On ne va pas s'engager dans un gouvernement, on n'a même pas compris ce qu'il voulait faire. En même temps, ça fait sept ans qu'on donne, ça fait sept ans qu'on trinque. Maintenant, on veut faire la justice sociale et la justice environnementale.
Dernière question, Marine Tondelier. Quand les Insoumis ont proposé une motion de destitution, vous aviez dit, vous aviez réagi en disant que ce n'était pas votre idée et qu'au fond, le timing n'était pas formidable. Est-ce que là, vous changez d'avis ? Est-ce que maintenant, s'il y a une motion de destitution qui est déposée par les Insoumis à l'Assemblée nationale, est-ce que vous, là, voterez, vous n'êtes pas député, mais est-ce que les députés écologistes la voteront ?
Ils vont en décider tout seuls, c'est comme ça que ça marche chez nous, je leur fais confiance.
Vous êtes la patronne de la famille politique. Et Sandrine Rousseau ?
Je n'aurais pas posé le sujet comme ça dans le débat. Et je l'ai dit à l'époque, et ce n'est pas grave d'ailleurs, tout le monde a le droit de faire ce qu'il veut en politique. Mais ce qui est sûr, c'est que 44% des Français, ce week-end-là, quand ils ont été sondés, ont dit que c'est une bonne idée. Et y compris des électeurs macronistes. Et c'est ça qui est intéressant. C'est qu'en fait, on l'a vu pendant la législative, les électeurs macronistes et de droite sont vraiment démocrates, humanistes et républicains. C'est-à-dire qu'ils étaient plus pour le front républicain que leurs représentants.
Je pense qu'aujourd'hui, ils sont plus pour le respect de la règle institutionnelle que leurs représentants. Et je terminerai par une chose. Quand Emmanuel Macron nous parle de stabilité, il se fiche du monde. Parce que la stabilité, à la fin, en fait, il confond la continuité institutionnelle et la continuité de ses politiques. Et on peut avoir une continuité institutionnelle en changeant les politiques. Heureusement, on ne va pas continuer encore pendant 107 ans avec ces politiques grammatiques. Et donc, vraiment, j'appelle à la fin de l'hypocrisie là-dessus. Oui, on doit changer de politique. C'est d'ailleurs ce que les Français ont demandé. Ce serait peut-être bien de les écouter.
Ou alors, il ne faudrait pas leur poser de questions pour ne pas écouter la réponse.
Et donc, si je résume cette interview, la manifestation du 7 septembre, on verra. Et la motion de destitution, on verra aussi.
Eh bien oui. Vous reviendrez. Emmanuel Macron est maître de ses horloges. Et nous, on est maître des nôtres.
Merci Marie-Thondelier, patronne des écologistes.
Marine Tondelier