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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 18 février 2024 28 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsOutre-merEurope & international

Droit du sol à Mayotte : qu’est-ce qu’être Français ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:22OuverteRéponse directe

    Est-ce que déroger au droit du sol à Mayotte est pertinent ?

  • 5:54RelanceRéponse partielle

    Faut-il que la République assume sa volonté intégratrice à Mayotte ?

  • 8:45OuverteRéponse directe

    Ce qui se passe à Mayotte va-t-il au-delà de Mayotte ?

  • 9:52ComplaisanteRéponse directe

    Ce n'est pas la seule mesure proposée par le gouvernement ?

  • 12:19OuverteRéponse directe

    Pourquoi cet attachement au droit du sol en France ?

  • 16:01OuverteRéponse directe

    Qu'entendez-vous par unité de la France et non de la République ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:48PrésentateurFait
    « « Il ne sera plus possible de devenir français si on n'est pas soi-même enfant de parents français ». »
  • 1:59PrésentateurChiffre
    « « Près de la moitié sont étrangers, des Comoriens pour la plupart ». »
  • 3:02PrésentateurFait
    « « Est-ce un premier pas vers un détricotage de cette règle qui stipule qu'un enfant né en France de deux parents étrangers peut devenir français automatiquement à ses 18 ans ? » »
  • 3:45InvitéFait
    « « Mayotte est restée française au terme d'un référendum qui a consulté la population de l'archipel des Comores pour savoir si elle souhaitait l'indépendance ou le rattachement continu à la France. » »
  • 4:36InvitéFait
    « « Le rattachement de Mayotte à la France n'a jamais été reconnu par la communauté internationale. » »
  • 11:49InvitéFait
    « « Si vous avez deux parents français, vous êtes français. Ça, c'est automatique. » »
  • 20:05InvitéFait
    « « On avait simplement besoin de soldats face à une menace qu'on considérait toujours présente, qui était la menace allemande. » »
  • 21:57InvitéFait
    « « Le RSA aux étrangers n'est accessible que si on possède un titre de travail depuis au moins 15 ans. » »
  • 26:54InvitéFait
    « « En Allemagne, où ça n'avait pas cours pendant longtemps, maintenant on applique une partie de droit du sol. » »

Temps de parole

  • Invité27 %
  • Invité 221 %
  • Présentateur19 %
  • Invité 318 %
  • Invité 414 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:09
Présentateur

Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans l'esprit public. Aujourd'hui, le Panthéon, un miroir tendu à la France et droit du sol à Mayotte, qu'est-ce qu'être français ? Nos débatteurs ce dimanche, Jean-François Colosimo, bonjour. Bonjour. Directeur des éditions du Cerf, La Crucifixion de l'Ukraine, c'est votre dernier ouvrage en date. C'est chez Alba Michel, mais il y en a un qui arrive très prochainement. Thierry Pech, bonjour. Bonjour. Directeur général de Terranova. Anne Lorraine Bujon, bonjour. Bonjour. Directrice de la rédaction de la revue Esprit, le dernier numéro qui était un numéro double, Histoire de famille. Et puis Christophe Prochasson, bonjour. Bonjour.

Historien, directeur d'études à l'EHESS, je citerai notamment votre dictionnaire critique de La République qui a été publié chez Flammarion. Alors dans la deuxième partie de l'émission, nous parlerons du Panthéon, temple républicain dans lequel Missac Manouchian et son épouse Méliné feront leur entrée mercredi prochain. Robert Badinter, disparu il y a seulement quelques jours, pourrait lui aussi être panthéonisé. C'est ce que souhaite le chef de l'État. Alors qu'est-ce que ce lieu et ce cérémoniel disent de ce qu'est la France ? Nous en débattrons. Mais avant de se demander ce qu'est la France, demandons-nous ce que c'est qu'être français.

1:27
Invité

Il ne faut pas être dans des logiques principielles. Il y a un territoire français, un département français, qui vit une situation exceptionnelle et qui a besoin de mesures exceptionnelles pour l'aider à sortir de la situation dans laquelle il est.

1:41
Présentateur

Et la situation exceptionnelle, donc traitement exceptionnel, c'est cette logique qui préside à la promesse d'en finir avec le droit du sol à Mayotte. Mayotte, le plus pauvre des départements français, confronté à une pression migratoire sans équivalent ailleurs en France, 47 000 habitants en 1978, 310 000 aujourd'hui. Près de la moitié sont étrangers, des Comoriens pour la plupart, attirés, c'est en tout cas une conviction largement partagée à Mayotte, par les conditions généreuses d'accès à la nationalité. « Avoir un bébé qui naît sur l'île, ce serait la garantie que celui-ci plus tard deviendra français ».

Alors réalité au fantasme, toujours est-il que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et celle des Outre-mer, Marie Guévenou, ont écrit à la population mahoraise pour lui annoncer la fin du droit du sol. « Il ne sera plus possible de devenir français si on n'est pas soi-même enfant de parents français ». Nombreuses réactions depuis. De manière schématique, la gauche s'indigne, la droite applaudit. « C'est une rupture avec le principe d'indivisibilité de la République, dit la première. On ouvre la boîte de Pandore. C'est un bon début, dit la seconde. Il faut aller plus loin.

» Pour mémoire, la droite sénatoriale avait tenté le coup lors du débat de la dernière loi immigration, en mettant fin à l'automaticité de l'acquisition de la nationalité française sans succès. Alors la réforme voulue par la majorité ira-t-elle jusqu'au bout ? L'obstacle de la réforme constitutionnelle est-il surmontable ? Si oui, est-ce un premier pas vers un détricotage de cette règle qui stipule qu'un enfant né en France de deux parents étrangers peut devenir français automatiquement à ses 18 ans s'il réside en France à ce moment-là et s'il y a vécu pendant au moins 5 ans depuis ses 11 ans ? Et au fond, que signifie aujourd'hui être français ? Mais restons pour l'instant à Mayotte.

Thierry Pêche, est-ce que déroger au droit du sol à Mayotte, eu égard aux circonstances particulières que connaissait-il, ça vous paraît pertinent, en tout cas compréhensible ?

3:36
Invité

Alors je pense qu'avant d'avoir des grands débats de principe sur cette question importante, il faut avoir ces grands débats de principe, il faut faire un peu d'histoire et de géographie. Mayotte est restée française au terme d'un référendum qui a consulté la population de l'archipel des Comores pour savoir si elle souhaitait l'indépendance ou le rattachement continu à la France. On a séparé Mayotte du reste de l'archipel et on a dit Mayotte souhaite rester française. Très bien. Mais Mayotte était dans un archipel, dans un écosystème de relations, de liens familiaux, d'échanges. Les populations humaines des archipels circulent énormément d'une île à l'autre, etc.

Donc on a dit on va séparer Mayotte de l'archipel. Ce qui n'allait quand même pas de soi. Ça n'allait pas de soi d'abord parce que le droit international faisait obligation aux anciens empires de pratiquer la décolonisation sans porter atteinte à l'intégrité territoriale des populations concernées. Et d'ailleurs je crois que le rattachement de Mayotte à la France n'a jamais été reconnu par la communauté internationale. Oui voilà, ça ne bat toujours pas de soi effectivement. C'est très critiqué. Voilà, c'est très critiqué. Et donc il y a une espèce de péché originel au début de cette histoire. La France a créé son problème à Mayotte d'une certaine façon.

Je crois qu'il faut quand même le rappeler. Et de fait la circulation a continué, la circulation des populations. On n'a pas cessé d'approfondir le rattachement de Mayotte à la République. On en a fait un département en 2010-2011. On a supprimé toutes sortes de pratiques locales qui n'avaient absolument rien à voir avec le droit républicain. La polygamie, la justice des caddies, etc. Donc on a arrimé toujours plus solidement Mayotte à la République en désarrimant toujours plus fortement Mayotte de l'archipel des Comores. Mais en même temps les populations continuaient à circuler. Et on a eu beau faire, ça s'est poursuivi. Et ça s'est poursuivi pour un motif très simple à comprendre.

C'est les écarts de niveau de vie entre le reste de l'archipel et Mayotte. qui sont, selon la façon de compter, de 1 à 6 ou de 1 à 12. Enfin, ils sont considérables. La frontière qui sépare Mayotte du reste de l'archipel aujourd'hui est comparable à celle qui sépare le Mexique et les Etats-Unis en termes de niveau de vie. Et donc le nord du sud, d'une certaine façon.

5:54
Présentateur

Et donc vous voulez dire quoi Thierry Pêche ? Il faut que la République, elle assume jusqu'au bout sa volonté intégratrice de Mayotte est restée avec le droit du sol tel qu'il existe ailleurs ?

6:03
Invité

Non, non, je ne suis pas là pour vous dire que j'ai des solutions miracles à un problème qui est devenu très compliqué. Je suis là pour vous dire qu'on a créé un problème très compliqué. On a des responsabilités historiques. On va parler ensuite des solutions. Pour en venir à votre question, on dit que la solution, c'est de supprimer le droit du sol à Mayotte. C'est la solution à quoi exactement ? On nous dit que c'est la solution à ces circulations de population.

Mais en 2018, la loi Collomb a modifié l'application du droit du sol à Mayotte en disant désormais, seuls les enfants nés de parents étrangers dans les conditions que vous avez dites tout à l'heure Hervé pourront prétendre à la nationalité à leur majorité ou à 13 ans si leurs parents le demandent. On a ajouté une condition, c'est que les parents devaient être présents régulièrement sur le territoire un mois avant la naissance de l'enfant. D'accord ? Depuis au moins 3 mois. Depuis au moins 3 mois. Donc, ça fait une vraie différence. Parce que vous savez, on dit toujours qu'il y a des femmes qui viennent accoucher. Donc, elles débarquent du bateau, elles vont à la maternité, elles accouchent.

Qu'est-ce qui s'est passé depuis 2018 ? Il y a eu en effet moins de jeunes qui ont accédé à la nationalité par ce mécanisme du droit du sol. Mais il n'y a pas eu moins de mobilité. Au contraire, ça s'est accéléré et ça a augmenté. Donc, les gens ne montent pas sur des bateaux pour avoir un papier. Ils montent sur des bateaux pour avoir une vie meilleure. Ce n'est pas du tout pareil. Changer le droit du sol autant que vous voulez, ça ne changera pas grand-chose aux mobilités, très probablement. Donc, ce n'est pas efficace. Après, il y a des questions de principe en effet.

Moi, je suis très curieux, et à ce stade, c'est très difficile d'en juger, de connaître le texte de la révision constitutionnelle, puisque le gouvernement veut passer par une révision constitutionnelle. Il pourrait passer par une loi ordinaire, mais il n'est pas très sûr de son fait, parce qu'en réalité, le Conseil constitutionnel serait fondé à trouver des formes d'inconstitutionnalité à cette réforme de suppression du droit du sol et non d'adaptation. Donc, il passe par une révision constitutionnelle, mais l'effet de levier d'une révision constitutionnelle sur ce sujet peut être dévastateur dans les années qui viennent. Qu'est-ce qu'on va mettre dans la Constitution ?

Quel principe on va altérer ? Et selon le principe qu'on altère, qu'est-ce qui demain pourra être fait, qui aujourd'hui ne peut pas l'être ? Donc, ce n'est pas une question qui ne concerne que Mayotte. C'est une question qui concerne notre texte fondamental, et donc les principes à partir desquels, demain, nous ferons ou ne ferons pas des lois qui altéreront ce que signifie être français pour reprendre votre formule herbé.

8:26
Présentateur

À propos de la Constitution, on peut préciser alors qu'il y a un article qui évoque cette question des dérogations dans les territoires d'Outre-mer. C'est l'article 73 qui dit qu'on peut déroger sur certaines règles, sauf sur... Enfin, il y a plusieurs saufs, mais en tout cas, notamment pas sur la nationalité. Anne-Laurene Bujon, ce qui se passe à Mayotte, ça va au-delà de Mayotte. En tout cas, ce qui pourrait être fait à Mayotte va bien au-delà de Mayotte ?

8:55
Invité

Alors, oui, sans hésiter, si vous voulez. Et la façon dont cette question d'une modification éventuelle du droit du sol à Mayotte en vient à écraser le débat ces derniers jours, je pense, le témoigne. Moi, ce qui me frappe, si vous voulez, c'est que la façon dont ces questions d'immigration sont instrumentalisées, manipulées par une droite et une extrême droite qui se dit réaliste contre une gauche qui serait angéliste, droite lomiste et dans le déni de réalité, ça témoigne d'un sérieux déni de réalité.

Donc, pour aller dans le sens de ce que dit Thierry à l'instant, imaginez qu'on va résoudre une crise économique, sanitaire, humanitaire de très grande ampleur parce qu'il n'y a plus d'eau potable à Mayotte, par exemple. En modifiant un article de droit, ça ne me paraît quand même pas extraordinairement réaliste.

9:52
Présentateur

En même temps, ce n'est pas la seule chose qui est proposée non plus par le gouvernement. C'est-à-dire qu'il n'y a pas seulement le fait de...

9:56
Invité

Et heureusement, mais imaginez que cette chose-là va modifier la situation avec les réalités historiques et géographiques que Thierry vient d'écrire, c'est quand même un peu dingue. Ensuite, la comparaison entre Mayotte et la métropole, si vous voulez, qui ferait aussi de la France une sorte de petite île menacée de l'extérieur par des territoires totalement différents et qui menace d'être submergée par des vagues de migrants, alors qu'on sait que la France accueille moins que ses voisins européens, que la France a les moyens d'accueillir des étrangers et des réfugiés aujourd'hui. C'est une autre image que je trouve folle.

Et puis, en fait, ça contribue à continuer d'avoir un débat sur l'immigration qui est en partie stérile parce qu'en partie fondée sur des idées fausses plutôt que d'avoir un débat sur l'intégration, précisément, sur comment, qu'est-ce qu'être français ? Et aussi, comment est-ce qu'on devient français ? Et si vous voulez, dans tout ce débat, c'est intéressant, les gens qui connaissent Mayotte vous disent que la catégorie d'étrangers est aussi très déconnectée de la réalité. La différence entre un Mahorais et un Comorien, c'est trois fois rien. Et donc, on fabrique...

11:02
Présentateur

Il y a quand même un institut qui... Il y a aussi des droits qui sont afférents au fait d'être français ou pas. Ah, bien sûr, bien sûr. Et quand on est quand même sur une île où il y a près de la moitié de la population qui est étrangère, on est quand même confronté à bien notre chose...

11:13
Invité

Près de la moitié de la population qui est étrangère, dont ces enfants nés à Mayotte, qui n'acquièrent pas automatiquement la nationalité française, contrairement à ce qu'on dit. Parce qu'en fait, l'acquisition de la nationalité française, aujourd'hui, n'est pas automatique. Et en métropole non plus. C'est Patrick Veil, Qu'est-ce qu'autre français ? C'est le titre d'un grand ouvrage de Patrick Veil, qui explique très bien que l'opposition entre droit du sol et droit du sang, elle est en partie artificielle, parce qu'en France, le droit du sol est venu compléter le droit du sang. La première manière qu'on a d'être français, c'est bien d'avoir deux parents français.

Si vous avez deux parents français, vous êtes français. Ça, c'est automatique. Le droit du sol vient compléter ça, dans certains cas de figure. Mais ce que je veux dire, c'est que tout ça contribue pour moi à surcharger cette catégorie de l'étranger qui nous menace, qui nous menace presque de façon essentielle, de façon existentielle, alors qu'on devrait s'interroger sur la façon dont on peut intégrer les gens qui arrivent en France en nombre raisonnable. Jean-François Colosimo. Oui, enfin, moi, cette affaire ne provoque aucune émotion chez moi, parce que je me suis beaucoup intéressé aux territoires ultramarins pour le statut de la laïcité.

Et la plupart des territoires ultramarins ne sont pas sous le régime de la laïcité. Ce n'est pas pour autant que la République est en péril. La Guyane, par exemple, est réglementée par les lois de Charles X. Un bon exemple de l'indivisivité de la République. Et ces statuts de la Guyane sont conservés au titre de l'exception du territoire. Bon, la laïcité n'est pas menacée pour autant. Et personne ne veut restaurer les règlements de Charles X à Paris, n'est-ce pas ?

13:03
Présentateur

Donc, sur le principe, pourquoi pas ?

13:05
Invité

Bien sûr. La deuxième chose, c'est qu'il y a une véritable souffrance de nos compatriotes maorais qui ont choisi la France. A la différence du reste de l'archipel des Comores. Je crois que la dernière fois, d'ailleurs, qu'ils ont refusé véritablement d'être dans l'archipel des Comores, c'était dans les années 70-80 qu'à l'archipel des Comores, c'était déclaré république islamique. C'est un point d'histoire important aussi. Donc, il y a un véritable choix des maoïens. Bon, il s'avère qu'aujourd'hui, l'immigration, elle n'est pas que comorienne. Elle vient aussi de la région des Grands Lacs d'Afrique, qui est égard à l'instabilité de cette région.

Et il est vrai que Mayotte, de toute façon, est d'ores et déjà sous des réglementations particulières. Pour tout ce qui est, par exemple, des obligations de quitter le territoire, etc., Mayotte a une législation déjà différente. Alors, le problème, évidemment, c'est de savoir si Mayotte servirait de laboratoire à, je dirais, un transfert de l'abolition du droit du sol dans l'Hexagone. Bon, moi, je n'y crois pas une seconde, parce que Mayotte a un traitement d'exception depuis que la France a voulu conserver Mayotte, mais que les Maorais ont voulu rester français. Ça, c'est quand même le point le plus essentiel.

Il faut savoir aussi que Mayotte, contrairement au reste de l'archipel, était une possession française acquise au dernier sultan de Mayotte, n'est-ce pas ? Alors que le reste de l'archipel était sous protectorat. Et c'est pour ça que, dans le cas d'un protectorat, le problème de la décolonisation, tel que vous l'avez expliqué, Thierry, est tout à fait clair. Il y a une obligation à décoloniser dans l'intégrité du territoire. Mais Mayotte, ce n'était pas, en 1840 déjà, ce n'était pas un territoire de l'archipel des Comores qui n'existaient pas en tant qu'entité politique. Donc je crois que là-dessus, il faut quand même être un peu vigilant, mais j'y reviens.

Il y a quand même un véritable problème. Nous avons des compatriotes qui vivent en proportion écrasante en dessous du seuil de pauvreté. Vous l'avez dit, Anne Lorraine, les conditions sanitaires, autres, sont désastreuses. Voilà. Ça, pour moi, c'est un véritable problème.

Il est vrai qu'aujourd'hui, ces problèmes-là, redresser l'économie de Mayotte, permettre aux gens d'accéder à un niveau de vie qui se rapproche de celui de la métropole de l'Hexagone, assuré, etc., tout ça est largement empêché par des vagues migratoires qui sont d'autant plus faciles que pour certaines, effectivement, elles viennent directement de la proximité et qui se doublent aujourd'hui de vagues migratoires plus importantes venant du continent.

16:01
Présentateur

Christophe Prochasson, quand on vous a soumis le sujet, vous nous avez dit, notamment, remettre en cause le droit du sol, à Mayotte, notamment, remettre en cause l'unité de la République, mais pas l'unité de la France. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

16:17
Invité

Non. Simplement pour rappeler, on procède souvent à une confusion entre l'unité de la France et l'unité de la République. La Constitution dit bien d'unité de la République. C'est ce que je voulais préciser. Mais je voulais, peut-être, si vous voulez bien rebondir sur ce que disait Jean-François Colissimo à l'instant, c'est vrai que les gens de Mayotte ont fait le choix en 1976 de rester français lorsqu'on leur a posé la question. Il est vrai qu'on les a un peu convaincus par des arguments qui n'ont pas été respectés ultérieurement. Notamment, je crois qu'on sera tous d'accord là-dessus pour dire que le problème fondamental de Mayotte est celui du développement.

Du développement, c'est-à-dire que les gens, les Mahorais qui vivent sur cette île ont des conditions de vie qui sont, vous l'avez rappelé à l'instant, tout à fait insupportables. Et c'est cette question-là qu'il convient de régler et qui ne sera évidemment pas réglée par une solution de type juridique comme elle nous est proposée. Je crois d'ailleurs même que Gérald Darmanin a proposé de mettre dans la mer des barrières, un rideau de fer, ce qui est tout à fait remarquable pour arrêter les coissas, c'est-à-dire ces petites embarcations qui permettent aux gens des Comores de se rendre sur Mayotte.

Donc, mon sentiment est le suivant de façon plus générale, c'est qu'on peut en effet discuter très longuement des conditions d'acquisition de la nationalité française à Mayotte. Il me semble que jouer avec ça aujourd'hui dans le contexte politique qui est le nôtre est extrêmement dangereux et extrêmement préoccupant. Je refuse à avoir de la naïveté ou simplement une volonté de résoudre une question dans la proposition qui nous a été faite. J'ajoute qu'il y a tout de même quelque chose qui est décidément troublant de lancer des solutions dont on ne sait si elles pourront être mises en place pour des raisons constitutionnelles.

On a vu ça pour la loi immigration, c'est-à-dire que le gouvernement fait des propositions qu'il sait être, si j'ose dire, retoquables par le Conseil constitutionnel. Maintenant, il nous fait une proposition, comme on dit, un effet d'annonce. Nous sommes sous ce régime-là désormais. une annonce dont on ne sait pas si elle pourra être respectée avec une révision constitutionnelle pour le moins et extrêmement incertaine. Mais Christophe Prochazon,

18:50
Présentateur

pour sortir un petit peu maintenant de Mayotte et s'interroger aussi sur cette question du droit du sol. Il y a des pays où ça n'existe pas le droit du sol. Je regardais en Europe, Danemark, Italie, Suisse. Ça n'empêche pas d'avoir des règles qui sont fortes d'adhésion à ce qu'est aussi la nationalité. Pourquoi est-ce qu'en France, on est à ce point attaché historiquement au droit du sol ? Il y a le droit du sang, évidemment, aussi. Mais pourquoi est-ce qu'il y a cet attachement à ce point important, à cette notion qui n'est pas universelle, loin de là ?

19:24
Invité

Elle est loin d'être universelle. Anne Lorraine Bujon le rappelait. Il y a une subtile composition entre le droit du sol et le droit du sang. Fondamentalement, la France fonctionne comme la plupart des pays. C'est-à-dire que vous êtes français parce que vos parents l'ont été ou le sont. Mais en effet, le droit du sol, et il y a un moment très important dans l'histoire de la République, c'est 1889, cette loi, au moment qui institue l'automaticité de l'acquisition de la nationalité française à ce moment-là. pour des raisons, d'ailleurs, il faut le rappeler, tout à fait historiques.

C'est qu'à ce moment-là, on avait simplement besoin de soldats face à une menace qu'on considérait toujours présente, qui était la menace allemande. mais cette réponse circonstancielle a fait que depuis et peut-être même dès avant, l'idée que l'appartenance à une communauté nationale passée par sa présence ici et là, s'est inscrite, en effet, dans une tradition politique qui a été maintenue en France. Alors, les traditions, ça s'invente, ça se change, etc. Enfin, il semble tout de même que pour le moment, nous y soyons très attachés. Thierry Pêche.

Je voudrais revenir sur quelques points et notamment sur celui qu'a soulevé Jean-François Colosimo concernant la différenciation des territoires d'outre-mer et des départements d'outre-mer. Là, on parle d'un département, ce ne sont pas tous des départements. Bien sûr, il a raison, il y a énormément de différenciations aujourd'hui même et on ne hurle pas tous les matins à l'affront qui serait fait à l'indivisibilité de la République. On est même allé très très loin sur ce chemin. Souvenez-vous qu'on a gelé le corps électoral calédonien après les accords de Nouméa pendant plus de 20 ans sur la demande des Canaques.

Donc, on est capable de faire des choses en effet et à Mayotte, ça va plutôt croissant. J'ai là sous les yeux, je ne vais pas vous l'infliger, une liste de différences majeures. Il y a quand même quelques pépites. C'est un peu le paradis de la droite et de l'extrême droite. Mayotte, en réalité, si on la regarde au regard des règles de la migration, il n'y a pas d'aide médicale. Prenez un exemple alors. Il n'y a pas d'aide médicale d'État, il n'y a pas d'allocation aux demandeurs d'asile. Le RSA aux étrangers n'est accessible que si on possède un titre de travail depuis au moins 15 ans. C'est trois fois plus qu'en métropole et on pourrait continuer.

Donc, c'est à peu près tout ce que souhaitent la droite et l'extrême droite qu'on a installé là-bas et parfois encore récemment. La question, c'est jusqu'où on peut aller dans la différenciation ? Parce qu'il y a eu un terme ultime de la différenciation qui était en fait les statuts qu'on réservait aux indigènes du temps de l'empire colonial. C'est-à-dire qu'il y a des gens de différentes catégories, il y a des droits personnels différents. Touché à la nationalité, est-ce que ce n'est pas la limite de ce qu'on peut faire en matière de différenciation ? L'article 73 de la Constitution semble suggérer que oui. Donc, on n'est pas là sur un terrain qui est complètement anecdotique.

On n'est pas en train de parler d'une mesure de droit social sur les 35 heures ou sur, je ne sais pas, une prestation sociale. On parle de quelque chose qui est assez essentiel. Est-ce qu'on peut aller jusque-là ? Je ne tranche pas la question. Je pense qu'ils iront jusque-là et sans vergogne parce qu'après ce qu'on a fait en Calédonie, on fera sans doute ça à Mayotte. La question, et c'est celle que je pose, c'est qu'est-ce qu'on écrit dans la Constitution et qu'est-ce que ça fait à nos principes, à notre bloc de constitutionnalité d'écrire ce qu'on va écrire ? Un dernier mot quand même. Oui, vous avez raison Jean-François, les trois grandes îles des Comores sont une république islamique.

Ça ne nous a pas dérangé du temps de Bob Denard, de toutes ses aventures et barbouseries. Bob Denard, qu'on était bien content de voir soutenir Yissène Abré au Tchad de temps en temps puis ensuite ça nous a un peu dérangé donc on a un peu débranché. Ça a été ça la politique française dans le canal du Mozambique aussi. Et Bob Denard a été successivement, vous le savez très bien, catholique, juif, musulman puis à nouveau catholique. Mais musulman à ce moment-là parce que ça l'arrangeait bien pour cette universalité. Jean-François Colasimo. Et sans Bob Denard à Bob Denard.

Moi je ne veux offenser personne mais je trouve que quand on s'occupe de Mayotte parce que d'un coup surgit l'idée d'un aménagement constitutionnel sur Mayotte et que d'un coup on rapporte ça à la vie politique parisienne, je suis désolé c'est un peu aussi néocolonialiste, n'est-ce pas ? Mayotte mérite mieux que ça. Enfin... Oui, ça me semble très troisième république un peu ratsoc pour dire la vérité. Mais pour continuer là-dessus, moi je vois dans la constitution qu'il y a une langue corse qui était admise dans la constitution. Patrimoine corse au titre du patrimoine dans la constitution. Bon. D'accord. Pourquoi pas.

je crois que ça pose une question à l'indivisibilité de la république parce que la langue c'est la France tout de même et c'est parce qu'on rentre dans la langue française n'est-ce pas ? Qu'on entre dans l'esprit français et qu'on adhère à ce pays qui est le seul, qui est peut-être l'un des rares pays au monde, peut-être le seul à s'être constitué en nation à partir de l'état alors que la plupart en fait des nations ou des peuples ont cherché un état dans l'histoire. N'est-ce pas ? Et donc entrer dans le pacte français ce qui est quelque chose d'important ça se passe effectivement d'abord par la langue. Bon. Est-ce que ce jour-là on a dit que la république était finie ?

Certains oui je me souviens très bien certains l'ont contesté Il y avait Angelo Rinaldi qui lui-même corse n'était pas convaincu qu'il exista une langue corse. Il n'y avait pas de souvenirs. Mais voilà donc la vérité c'est qu'elle est je dirais même plus que ça en dehors de tous les motifs d'intérêt pour être présent sur toutes les mers enfin etc. Quel est notre degré de soucis et d'affection pour nos compatriotes à l'autre bout du monde. C'est pour moi c'est ça la question essentielle n'est-ce pas ? Et c'est celle-là qui compte.

Et bien là-dessus je vais vous dire je suis très désolé qu'on ne parle des territoires ultramarins que lorsqu'on les rapporte à des affaires de politique politique aérie parisienne. Voilà. Parce que le reste du temps on n'en parle pas.

25:56
Présentateur

Un dernier mot sur cette question du droit du sol Anne-Norraine Bujon vous connaissez très bien les Etats-Unis aux Etats-Unis ça existe me semble-t-il le droit du sol est-ce que ça fait aussi l'objet de débat aujourd'hui ?

26:08
Invité

Alors non pas que je sache ce qui ce qui me frappe si vous voulez vous avez parlé des quelques pays européens qui ne l'appliquent pas mais en réalité je crois qu'en Europe

26:20
Présentateur

j'étais pas forcément exhaustif

26:21
Invité

aujourd'hui en Europe on va vers une grande convergence en fait de pays où on applique un mélange de droits de sang et de droits du sol pourquoi ?

parce que l'acquisition de la nationalité c'est un chemin vers l'intégration l'acquisition de la nationalité c'est le droit de résider légalement c'est le droit de travailler c'est le droit de payer des impôts c'est le droit c'est le droit d'avoir des droits comme disait Anna Arendt donc c'est ça qui vous ouvre la possibilité vers le fait d'être un citoyen constructif et participatif dans un pays donc en réalité y compris en Allemagne où ça n'avait pas cours pendant longtemps maintenant on applique une partie de droit du sol mais même si le droit du sol

27:02
Présentateur

n'existe plus ça n'empêche pas d'être naturalisé plus tard

27:05
Invité

oui absolument mais je trouve que ce qui est très dangereux dans tout ce débat c'est l'idée que certains ne seraient des français que de papier et c'est quand même ça qu'on nous fait circuler et pour répondre à Jean-François Colosimo évidemment que la situation à Mayotte est très très particulière et qu'elle demande un traitement particulier et que c'est urgent la situation est critique mais si on fait le lien avec la situation nationale c'est parce que la droite et l'extrême droite le font spontanément c'est parce qu'on sort d'une séquence terrible avec une discussion délétère sur la loi immigration et que la droite et l'extrême droite s'étant pressés de dire commençons par Mayotte et continuons par la métropole c'est pour ça qu'on fait le lien et puis

27:44
Locuteur

on fait le lien et puis on fait le lien