Chevallier remonte le temps : Emmanuel Macron à Damas, entre la Syrie et la France... une vieille histoire - 07/07
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est l'heure de remonter le temps avec Arthur Chevalier. Arthur Emmanuel Macron est arrivé hier soir en Syrie pour une visite d'État. C'est un événement diplomatique mondial.
Eh oui, déjà parce que c'est le premier président français à se rendre en Syrie depuis Nicolas Sarkozy. C'était il y a 17 ans. Mais c'est aussi marquant parce qu'Emmanuel Macron est le premier chef d'État européen à se rendre en Syrie depuis la prise de pouvoir du chef d'État actuel, l'ancien djihadiste Ahmed Al-Shara.
Symboliquement, la Syrie, c'est évidemment pas n'importe quel pays pour la France.
Non, puisque la Syrie, c'est une de ses zones d'influence dans le monde arabe. Et ça remonte au XIXe siècle. A l'époque, la Syrie n'est pas indépendante. Elle fait partie de l'Empire ottoman. Et en 1860, dans la ville de Damas, donc l'actuelle capitale de la Syrie, il y a un massacre de chrétiens, des chrétiens d'Orient. Qu'à cela ne tienne, l'empereur français de l'époque, c'était Napoléon III. Il réagit en envoyant des milliers de soldats français pour secourir les chrétiens en Syrie. C'était une première étape dans la relation entre nos deux pays.
La Syrie va ensuite devenir quasiment française ?
Oui, en 1920, la Syrie devient ce qu'on appelle un mandat français. Alors, un mandat, qu'est-ce que c'est ? C'était un statut international qui voulait dire, en gros, qu'un territoire était administré par un autre. C'est une sorte de tutelle, si vous préférez. La Syrie était donc sous tutelle française. Et ça s'est fait par la force, puisque les Syriens voulaient être indépendants. Mais nous, on a réglé ça en envoyant l'armée.
Comment va réagir à ce moment-là la population syrie ?
Forcément très mal. Même si ce n'était pas une colonie, qu'il y avait très peu de français sur place et que la langue officielle n'était pas le français. L'écrasante majorité des Syriens était pour l'indépendance. Même si c'est vrai qu'en Syrie, il y a toujours eu un intérêt pour la France, son histoire et sa culture.
Les Syriens vont finir par réclamer donc une vraie indépendance.
Absolument, ça se passe juste après la Seconde Guerre mondiale. En 1946, la population syrienne se soulève contre la France, mais Paris ne lâche toujours pas l'affaire. On envoie l'armée, on va même bombarder Damas en commettant des atrocités. Il faut que l'armée britannique intervienne contre nos soldats pour qu'on arrête le massacre. Une situation clairement intenable. La même année, donc, en 1946, la Syrie obtient son indépendance.
Après ça, est-ce qu'on va rester proche de la Syrie ?
Oui, plutôt, et surtout un de nos présidents, Jacques Chirac, se rapproche d'Afez al-Assad. Afez al-Assad, c'est un dirigeant très autoritaire qui a dirigé la Syrie pendant 30 ans. En 2001, ce même Jacques Chirac suscite même un scandale en remettant la Légion d'honneur au fils d'Afez al-Assad, un certain Bachar al-Assad. Ça revenait évidemment à rendre hommage à une dynastie de dictateurs. C'est donc une histoire longue, compliquée, et il faut bien le dire, pas très glorieuse pour nous, Apolline.
C'était Arthur Chevalier, l'historien d'Apolline Matin.