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interviewBFMTV· 26 septembre 2025 17 min

Procès Jubillar: les secrets de sa défense

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] Albi se réveille ce lundi 22 septembre habité d'une rar effervescence. Au cœur de la cité médiévale, son tribunal s'apprête à vivre un procès d'ampleur au suspense total. Celui de Cédric Jubilard, jugé pour homicide volontaire sur sa femme Delphine Jubilard. [Musique] Il est à peine 8h.

Ils sont déjà des dizaines à patientés pour espérer assister à ce premier jour d'audience. Ce que je conseille, c'est de d'aller faire la queue là-bas s'il vous plaît parce que làbas non là il y a une trentaine là. Si on perd du temps, si on perd du temps, il y aura plus de place.

On est arrivé ici pour 6h pour qu'au final en fait on soit dans les premiers vu qu'ils annoncé quand même une quarantaine de places au niveau de la cour d'assise pour qu' au final il il nous annonce que là à 8h20 qu'on puisse pas rentrer parce qu'il y avait soisant que 10 places. Quelques minutes plus tard [Musique] dans une contrealée face au public et aux caméras Cédric Jubilard sort menoté de cette voiture de l'administration pénitentiaire. puis s'engouffre dans le palais de justice.

Cette image furtive ne permet pas de répondre à la première question que se pose le public. Dans quel état l'accusé se trouve-t-il 4 ans après sa dernière apparition et son incarcération à l'isolement ? C'est inimaginable les conditions de détention qui sont imposées à cet homme depuis 4 ans et demi.

Il ne voit personne et dans une cellule de 9 m² tout seul. Il se promène dans une cage grillagée sur le côté au plafond. Voilà, le seul détenu médiatique qui a subi ce traitement, c'est monsieur Beslam, un des auteurs des attentats du Bataclan.

Vous voyez de quoi on parle ? À l'intérieur de la salle d'audience, l'attention monte et à la surprise générale, les caméras sont autorisées à rentrer. Cédric Jubilard a accepté de se montrer. [Musique] Il échange quelques mots avec ses avocats.

Crâne rasé. Sa tenue et son attitude dévoile un homme détaché avant les 4 semaines d'audience qu'il s'apprête à affronter. Allez s'il vous plaît.

Allez. Je vais vous demander Je vais vous demander de sortir. Je vais vous demander de sortir s'il vous plaît. 9h30.

Près de 5 ans après la disparition de Delphine Jubilard, le procès peut démarrer. Pour sa première question, la présidente s'adresse au suspect. Pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Jubilard Cédric. Je suis né à Béier, j'ai 38 ans. J'étais peintre en bâtiment plaquiste.

Les jurés sont ensuite tirés au sort. Six citoyens, quatre hommes et deux femmes qui forment le jury populaire au côté de magistrats professionnels. Ils auront ensemble l'immense responsabilité le 17 octobre prochain de dire si oui ou non Cédric Jubilard est responsable du meurtre de sa femme.

Ce lundi, il clame en tout cas à nouveau son innocence. Avant toute chose, j'ai une question à vous poser. J'ai terminé mon rapport.

Quelle est votre position aujourd'hui ? Je conteste toujours les faits qui me sont reprochés. Cédric Jubilar est le principal et seul suspect dans cette affaire sans corps ni à veu.

Plusieurs éléments troublants de l'enquête semblent faire de lui un coupable idéal. Pour ses avocats, la tâche est immense. C'est vrai que Jubilard, c'est contradictoire ce que je veux dire, mais il ne se défend pas.

Il répond aux questions telles qu'il est, il répond sans détour. Quand il lui est demandé s'il fume encore du cannabis sans détention, il dit oui. Quand il lui est demandé s'il a pu voler des choses à Lecler, il dit oui.

Je crois que lui a compris qu'on en était pas là, qu'il allait pas être rattrapé par le trésor public ni par les centres lecler. Donc je crois qu'il répondent de manière extrêmement extrêmement simple et cache à à ce qui aux questions qui sont posées. Avant d'attaquer le fond de l'affaire, le tribunal se penche sur la personnalité de Cédric Jubilard.

Ce portrait va teinter les débats, donner une première impression au juré. Pendant un an et demi, Ga Caroal Fort, psychologue, adressé le profil psychologique de l'accusé. Aujourd'hui, Cédric Jubilard, il ne m'a pas parlé spontanément de son épouse.

C'est moi qui qui ai posé des questions effectivement. Cédric Jubilard, il parle spontanément de pas grand-chose, hein. Cédric Jubilard, un homme qu'elle décrit comme exubérant, sociable mais aussi colérique et arrogant.

Globalement, il est quand même beaucoup décrit, il énerve tout le monde quoi. Enfin, c'est quand même quelqu'un qui est pas une personnalité lisse et qui est plutôt agaçant. C'est quelqu'un qui est sans filtre.

Effectivement, il le dit. Moi, je suis un connard et j'assume. Pendant plusieurs heures, l'enquêtrice retrace alors sa vie.

Revient notamment sur son enfance et sur ses parents dont le rôle apparaît comme déterminant dans la construction de l'homme qu'il est devenu aujourd'hui. Sa mère effectivement, en tout cas dans la construction de sa personnalité est une pièce centrale parce que c'est une mère qui n'est pas une mère. Elle est adolescente lorsque elle le met tout au monde et elle n'y a pas de place pour lui quoi.

Ça a été indominé toute sa vie, toute son enfance, toute son adolescence et effectivement en grandissant, il devient dominant lorsqu'il le peut. Pourquoi ? Parce que il ne connaît que ça comme rapport.

C'est ou dominé ou dominant. n'est jamais dans des rapports justes. D'ailleurs, lorsque les avocats de Cédric Jubilard l'interrogent sur ses méthodes d'éducation et sur son lien avec ses enfants, l'enquêtrice répond sans détour et baler l'adjectif autoritaire employé par l'avocate pour préférer parler d'un père violent, humiliant parfois avec son fils Louis âgé de 6 ans au moment de la disparition de sa mère.

Nous savons que de sa naissance jusqu'à l'âge de 6 ans, il s'est fait un petit peu bousculer par un père sévère pour employer des termes qui relèvent du 12 euphémismes. Quand le bourreau et le le père, par définition, on est un peu déchiré puisque il aurait dû vous protéger. C'est celui qui vous secoue.

Ça donne des choses un peu bizarres qui consistent effectivement pour le gamin à dire bah moi mon papa je l'aime mais trois points de suspension. Voilà, ça c'est l'état d'esprit d'un enfant de 6 ans. Tout au long de l'audience, les avocats des partis civiles, déterminés à faire condamner Cédric Jubilard vont alors tenter de montrer qu'il est un mauvais père, un homme froid qui, depuis le début de sa détention reste sans nouvell de Louis et Elia.

Ces deux enfants qui vivent désormais chez leur tantees. Pas question de les faire témoigner au procès. Leur parole est relayée à la barre par leur administratrices et par leurs avocats qui interrogent l'accusé.

J'ai soutenu d'organiser des visites médiatisées de Louis au parloir de la prison de là où est Cédricard et que il a rien fait pour que ça se passe. Donc il fallait le rappeler ça. L'avocate de Cédric Jubilard passe alors à l'offensive et questionne son client.

Votre fils Louis a demandé à vous voir. Est-ce que vous avez envie que vos enfants viennent vous voir en prison ? En prison non.

Mais en vision oui. On vous l'a proposé ? Non. personne.

Vous avez baissé les bras ? Mon dernier courrier date du 28 juillet et mon courrier n'a toujours pas été transmis. Louis et Jubilard, aujourd'hui 11 et 6 ans, attendent pourtant des réponses de la part de leur père.

C'est ce que rapporte l'administratrice des deux enfants. Louis est convaincue du décès de sa mère. Elia pense qu'elle est vivante.

Elle nous dit qu'elle aimerait avoir une baguette magique. Elle fait abracadabra pour que sa maman revienne pour ne pas l'oublier. Louis est convaincu que c'est son père qui l'a fait. [Musique] Les 14 parties civiles sont représentés par 10 avocats.

Face à eux, Cédric Jubilard, lui peut compter sur maître Emmanuel Franck et maître Alexandre Martin. Ces deux conseils qui tout au long de la semaine vont tenter de saper un à un les éléments du dossier pour redorer l'image de leurs clients. Moi, j'essaie de et on essaie de faire ce qu'on peut avec le dossier qu'on a.

Et ce dossier n'a jamais cherché autre chose que de raconter une histoire. Il y a des éléments dans le dossier qui nous font avoir une autre lecture de l'histoire et des éléments dans le dossier qui manifestement n'ont pas intéressé les enquêteurs. Toutes les portes n'ont pas été fermées, que des pistes n'ont pas été exploitées, mal exploitées et que des choses ont complètement été mises de côté.

Par exemple, cette découverte 7 mois après la disparition de Delphine Jubilard, leur livret de famille est retrouvé sur la voie publique à Albi. Un élément clé que les enquêteurs n'auraient pas suffisamment exploité, estime Emmanuel Franck. Dans quel état il est, on ne sait pas.

Qui le retrouve ? On ne sait pas. On apprendra après qu'il est en très bon état, ce qui pose question.

Et vous n'avez pas fait un petit prélèvement ADN dessus ? Mais vous voyez que c'est grave là. Je n'ai pas de réponse.

Les avocats de Cédric Jubilard peuvent également compter sur des témoins venus semer le doute comme cet homme. À la barre, il raconte avoir vu une voiture à environ 2 km du domicile des Jubilards le 16 décembre 2020 au petit matin, soit quelques heures seulement après la disparition de Delphine. Ben moi, j'allais au travail comme tous les matins et je prends une routine une route de campagne si vous voulez, on voit jamais de voiture.

Et ben voilà, ce jour-là, sans le savoir que j'ai eu cette histoire de madame Juddar, bien on a vu une voiture allumée dans le sur le bas côté de de la route avec le le plafonier allumé. Et vous voyez un homme aussi vous dites oui qui est arrivé sur le côté gauche. C'estàdire il est pas dans la voiture à ce momentl.

Non. Et ça vous ça vous étonne ça ? Bah, j'ai été surpris sur le moment parce que on avait jamais vu de personne dans ce chemin.

On avait jamais vu de voiture et jamais vu personne dans ce chemin de campagne. Le témoin est formel. Lorsqu'il apprend la disparition de Delphine Jubilard, il contacte la gendarmerie qui, dit-il, lui assure que ce qu'il a vu n'a pas de rapport avec l'affaire.

Vous trouvez normal qu'à 48 heures de la disparition de Delphine Jubilard, vous appelez la gendarmerie, vous dites "J'ai vu un type courir comme un dératé, une voiture allumée" et que pendant 15 jours, vous ne soyez pas auditionné ? La présence inhabituelle de cette voiture pourrait pourtant selon les avocats de Cédric Jubilard permettre d'innocenter leurs clients car à cette heure-là, il était justement chez lui avec les gendarmes. On a assisté pendant 3h à vraiment une une démolition en règle quoi de la part de la défense par rapport à des indices qui apparaissent un petit peu fragiles. et la défense a tout repris, les indices les uns après les autres pour pour tout torpiller de manière méthodique avec du bon sens, avec des arguments qui s'entendent et c'est toute la difficulté de cette enquête puisque lorsqu'un indice nous paraît à charge, on peut aussitôt lui opposer le contraire.

Au total, 65 témoins vont se relayer à la barre au cours des 4 semaines de procès. Mardi dernier, deux d'entre eux sont particulièrement attendus. Deux femmes, deux gendarmes, Fanny et Sophie.

Elles doivent éclairer cette nuit du 15 décembre 2020 où elles sont arrivées les premières au domicile du couple juste après la disparition de Delphine Jubilard. Voici leur déclaration. Au lendemain des faits.

J'arrive la première et vu que c'est éclairé à l'intérieur, je le vois accroupi. Pour moi, monsieur Jubilard est accroupi devant la machine à laver. Dans mon souvenir, le hublo est ouvert.

Il est en train de le refermer quand il nous voit arriver. Je ne saurais pas dire ce qu'il y avait dans la machine, ni ce qu'il faisait exactement. Pour que les jurés se fassent une meilleure idée, des documents sont projetés comme les photos de la reconstitution des fait car le comportement de Cédric Jubilard devant cette machine à laver paraît surprenant.

Pardon de le dire ainsi, mais l'hygiène corporelle de Cédric Jubilard interroge sur cette pratique. Je pense pas qu'il passait sa vie à faire des des machines à laver. À l'époque déjà, cette pièce du dossier autour de la machine à laver cristallise les attentions des enquêteurs.

Pourquoi Cédric Jubilard la remplit-il en pleine nuit ? Tente-t-il d'effacer d'éventuelles preuves ? La couette à l'intérieur aurait-elle un lien avec la disparition ?

Ça c'est quelque chose qui va lui être reproché dès le début. Et lui va l'expliquer de la façon suivante. Il va dire "Ben moi, j'ai appelé à 4h09 du matin.

Ils arrive 50 minutes après. Dans l'intervalle, ben je vais pas me recoucher, j'ai pas du tout envie de dormir. Je suis inquiet, je ne sais pas quoi faire et donc je prends des choses qui sont par terre puisque nous savons c'est pas très ordonné chez lui et je vais les mettre dans la machine à laver en attendant qu'ils arrivent.

Alors il aurait dû faire quoi ? Se servir un verre d'eau, prendre un café. De toute façon, tout lui aurait été reproché.

Ce mardi, les deux gendarmes sont à nouveau questionnés sur la scène de la machine à laver. Un doute persiste. Cédric Jubilard s'en est-il servi ?

Les deux gendarmes sont aussi interrogés à propos du témoignage de la meilleure amie de Delphine Jubilard. Elle leur aurait déclaré que la jeune femme pouvait s'absenter en pleine nuit pour promener ses chiens. Or, devant le jury, aucune des deux gendarmes n'a évoqué cette information cruciale, ce que les avocats de la défense ne vont pas manquer de relever.

Êtes-vous brief avant de venir ? Je prépare seul. Donc seul, vous oubliez la même chose que votre collègue qui a préparé seul, elle aussi.

D'accord. Vous vous êtes réunis avec les enquêteurs ? Euh oui, on avance.

Ce n'est pas votre procès, mais comme par hasard, vous faites la même erreur. Ce que l'on a relevé, c'est que il y a deux omissions qui ont été faites par les deux gendarmes à deux moments différents. Deux points très précis qui sont à décharge.

Et comme par hasard, ces deux gendarmes ont oublié ces deux points précis. C'est très curieux quand même que l'on puisse avoir deux éléments à décharge qui ne soient pas exposés par deux gendarmes à deux moments différents. Les avocats pointent des lacunes dans leur déposition et vraiment on sent que pied à pied, ils vont pas lâcher pendant 4 semaines.

À chaque fois qu'il y a moyen de retourner un témoin et de montrer qu'il y a des failles, ils vont aller là-dedans. Pour les avocats de la partie civile, il ne s'agit que de débats périphériques qui ne permettent pas de disculper Cédric Jubilard. C'est vrai que apprendre les choses de manière isolée, on finit pratiquement par s'y perdre.

On crée un brouillard de guerre qui n'est pas compatible avec l'idée qu'il faut se faire de l'ampleur et de la qualité des moyens qui ont été déployés pour retrouver des fines jubiles. Au terme d'une première semaine tendue et indécise, les témoins et les jurés ont commencé à retracer le fil de la disparition de Delphine Jubilard. Les débats, parfois houleux, n'ont pas encore permis de percer le mystère toujours entier de cette nuit du 15 décembre 2020.

Des témoins clés comme l'amant de Delphine Jubilard et ses plus proches amis pourraient dans les prochains jours changer la donne.