Commerce international : le grand désordre douanier
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France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent.
Bonjour à tous. Sans demander l'autorisation du Congrès, comme l'exigerait la Constitution, Donald Trump vient de lancer avec Israël une nouvelle guerre contre l'Iran. Ce n'était évidemment pas le thème mardi dernier de son très long discours sur l'état de l'Union, où il affirmait que les États-Unis, grâce à lui, bien sûr, vivaient leur âge d'or, jamais aussi fort, aussi glorieux, aussi puissant, aussi riche. Leur, ce jour-là, n'était plus à injurier la Cour suprême, qui venait de retoquer en grande partie les droits de douane dits réciproques, déclenchés en avril dernier au nom de la libération de l'économie américaine.
Illégal, donc, décide plusieurs mois plus tard, six juges contre trois, puisqu'il n'appartient pas à l'exécutif d'en décider à la place des parlementaires. Pas grave, réplique furieux. Le locataire de la Maison-Blanche invoque une autre loi d'exception et je frappe les importations de 10%, de 15%, non de 10% et tant pis si ce barème ne peut tenir que cinq mois jusqu'en juillet prochain. Donald Trump joue en fait la montre avant les élections de mi-mandat, alors que plus de 60% de ses concitoyens se disent mécontents de sa politique. Qui est maintenant visé par le nouveau système tarifaire ? Quel secteur ? Tous les partenaires commerciaux sont-ils concernés ?
Ou quelques-uns plus que d'autres ? Plus personne n'y comprend rien. Les taxes indûment répercutées sur les entreprises et les consommateurs américains doivent-elles être remboursées par l'État fédéral ? L'arrêt de la Cour suprême n'en dit mot, une vague de contentieux va déferler sur les tribunaux et le commerce international est à nouveau en plein chaos. Un chaos bien sûr aggravé depuis ce matin par la guerre déclenchée contre l'Iran. Paradoxe, malgré les chocs infligés par la guerre tarifaire, les échanges n'ont cessé de croître plus de 2,5% l'an dernier. Vont-ils résister à cette nouvelle secousse ?
Selon les dernières statistiques, les exportations européennes vers les États-Unis ont globalement progressé. Comment l'Union va-t-elle réagir aux nouvelles mesures annoncées ? Le Parlement européen a opportunément gelé la ratification des accords, conclu l'été dernier en Écosse, entre la présidente de la Commission et le président américain. Sont-ils toujours valables ? Peuvent-ils être améliorés ? Friedrich Merz, le chancelier allemand, doit aller, en principe, mardi prochain à Washington, armé d'une position commune.
Ironie de cette nouvelle séquence trumpienne, la Chine en sort gagnante, avec des droits de douane en baisse de 7 points, un mois tout juste avant la visite annoncée du président américain à Pékin. La guerre contre l'Iran déclenchée ce matin aggrave, évidemment, un tel climat d'incertitude. Quels sont les effets de ces dérèglements continus du commerce international ? Quelles conséquences pour les entreprises et pour les consommateurs que nous sommes ? Eh bien, c'est ce que nous allons comprendre ce matin. Grâce à vous, Anne Désine, vous êtes juriste américaniste, professeure émérite de l'Université Paris-Nanterre.
Elvire Fabry, vous dirigez le programme commerce et sécurité économique à l'Institut Jacques Delors. Sébastien Jean, professeur d'économie au Conservatoire national des arts et métiers, directeur associé de l'initiative géo-économie et géo-finance à l'IFRI. Et François Schimitz, responsable de Projet Europe à l'Institut Montaigne. Sébastien, première question, bien évidemment, quel impact cette guerre déclenchée donc à l'aube ce matin, par Israël aussitôt soutenu et accompagné par les Etats-Unis ? Quel impact sur l'économie mondiale ? On est vraiment à chaud, donc c'est très difficile de répondre à cette question.
Mais il y a à la fois le précédent de juin dernier et puis les préoccupations habituelles, j'allais dire, au sujet de l'Iran qui sont d'abord le détroit d'Hormuz, la sécurité du détroit d'Hormuz et donc du commerce de pétrole, sachant qu'environ 20% de la consommation totale mondiale de pétrole transite par le détroit d'Hormuz. Donc là, il y a un point majeur. Et l'Iran avait menacé de le bloquer. Absolument. L'Iran sait que c'est un de ses leviers qui, à la fois, est une balle qui se tire dans le pied parce que ça le gêne lui-même dans ses exportations, mais qui est majeur dans ses implications internationales. Donc, naturellement, tout le monde se tourne vers le marché du pétrole.
En juin, il avait augmenté, je crois, de 17% au moment de cette courte guerre de 12 jours. Est-ce que ce sera le cas aujourd'hui ? Il est déjà un peu remonté par rapport au bas de décembre. Le cours du pétrole, il est un peu au-dessus de 70 dollars. C'est important quand même le niveau de départ. C'est-à-dire, si on partait d'un niveau très haut, ça serait potentiellement d'un marché très tendu. Ça serait potentiellement catastrophique. Là, on est un peu à quelque chose d'intermédiaire. Donc, ça laisse plus de marge de manœuvre, disons, mais pas énormément non plus. Donc, ça, c'est le premier élément. Le deuxième élément, très rapide lui aussi, c'est l'effet sur la bourse.
C'est-à-dire que les marchés financiers, bien sûr, anticipent les conséquences de cette guerre et se posent des questions sur l'évolution du prix de l'énergie tout de suite, mais aussi un peu plus à terme et en tirent les conséquences. Donc, il y a aussi la menace des conséquences boursières qui ont été, là aussi, si on prend le précédent de juin, relativement limitées. Mais c'est un gros point d'interrogation quand même. Mais tout cela, Sébastien, ajoute évidemment à cette espèce de chaos où, franchement, même les tueriféraires habituels au sein de l'administration, les lutniks, etc., on ne les entend plus. Bessent, ministre des Finances, on ne l'entend plus.
Donc, où en est cette nomenclature, en quelque sorte, des droits de douane ? On a l'impression, effectivement, d'une situation dont le caractère chaotique ne s'estompe pas. Et d'ailleurs, je crois que c'est un premier élément à souligner. Dans la politique commerciale et politique économique de Trump, l'incertitude n'est pas un inconvénient. C'est une caractéristique structurelle, volontairement entretenue. Volontairement entretenue, je pense, pour les droits de douane, notamment parce qu'ils pensent que ça renforce leur caractère protectionniste et aussi parce que ça renforce sa main de son point de vue par rapport à ses partenaires. Sauf que, dans le cas présent, il l'a subie.
Donc, ça, c'est quand même quelque chose d'assez nouveau. Alors, où est-ce qu'on en est concrètement ? La situation est ubuesque au point que Donald Trump a annoncé qu'il utilisait une autre loi, donc la section 122 de la loi de 1974, pour mettre des droits de douane de 10%, vendredi dernier. Samedi ou dimanche, je ne sais plus, il a dit non, non, je l'ai mis à 15%. Et lundi, il publie la loi et c'est 10%. J'ai eu l'occasion d'échanger avec un responsable américain la semaine. Je peux vous dire que c'est eux-mêmes. Et déjà, on le félicite de leur courage d'arriver à dire quelque chose. Et ils disent, je peux juste parler de nos intentions. Eux-mêmes, on l'air perdus.
Donc, en fait, dans la protection américaine aujourd'hui, on a des droits sectoriels qui sont à 25 ou 50%, qui concernent des secteurs bien précis. Oui, l'acier, l'aluminium. L'automobile aussi. Très important pour le Japon. Entre 25 et 50%. Ceux-là ne sont pas impactés. C'est le reste qui est impacté, qui sont des droits transversaux, qui étaient variables par pays, qui étaient très maniables. Pourtant, c'était très commode. Donc là, il perd un outil qui est irremplaçable dans sa maniabilité, mais il peut quand même bricoler avec d'autres choses pour faire quelque chose d'un peu équivalent. Mais ça ne sera pas aussi souple. Ça ne sera pas exactement le même périmètre.
Ça ne sera pas aussi facile de maniement. Et donc là, pour l'instant, ce qu'ils appliquent, c'est 10% sur tous les autres produits. Donc, voilà, le remplacement est, pour le coup, uniforme, alors que ce qui était en place était assez varié, notamment entre partenaires. Anne Désine, le président américain, était véritablement très choquée que la Cour suprême ait osé enfin lui dire non à quoi que ce soit. Enfin, en l'occurrence, six juges contre trois qui ont donc déclaré il y a une dizaine de jours que l'invocation d'une loi d'exception, d'une loi d'urgence, était illégale. Depuis ce matin, on voit ce président qui se lance à nouveau dans une opération militaire.
En principe, la Constitution exige l'approbation du Congrès. Oui, il y a deux aspects. Sur l'aspect commerce international, moi, ce qui me frappe, c'est la disparition de l'OMC. Attendez, avant de parler du commerce, parlons de cette guerre qui est en cours, qui est en cours, frappe contre l'Iran, suspension de nombreux vols de plusieurs compagnies aériennes européennes vers Israël et plusieurs pays du Moyen-Orient. Et Trump annonce une opération majeure, je le cite, et appelle à un renversement du pouvoir. Donc, c'est une opération importante. Et là encore, le président enjambe la Constitution de son pays. Oui, Nixon avait déjà essayé.
Et durant la guerre de Vietnam, beaucoup de présidents avaient envoyé des troupes, procédé à des frappes sans l'aval du Congrès. Donc, le Congrès avait tenté de limiter les dégâts, si j'ose dire, et voté ce qu'on appelle la War Power Resolution. Donc, une loi qui explique comment le président, même s'il envoie des troupes, doit immédiatement prévenir le Congrès, a posteriori, et surtout, le Congrès doit valider, a posteriori, après un certain délai. Sinon, le président doit retirer les troupes. Mais là, nous n'avons pas le cas de figure des premières frappes sur l'Iran, où c'était ponctuel, chirurgical. Là, les mots employés sont opérations d'envergure.
Et tout d'un coup, alors qu'on ne savait pas très bien quels étaient ses objectifs, alors c'était le nucléaire, c'était les missiles, c'était peut-être aider au changement de régime, tout d'un coup, il ressort le changement de régime, qui est totalement opposé à ses promesses électorales et à ce que souhaite une partie de sa base. C'est-à-dire que là, on revient presque à la période du néo-conservatisme et de ceux qui voulaient le renversement de l'Irak de façon à installer... Et donc, que devient encore une fois la Constitution ? Et comment se fait-il que le Congrès, même le Parti démocrate ? Qu'est-ce qu'ils font ? Alors, le Parti démocrate est minoritaire.
Dans le système américain, ça veut dire qu'il n'a pas beaucoup de moyens de faire quoi que ce soit. Donc, certains démocrates ont proposé un texte, donc une proposition de loi qui viserait à encadrer davantage les pouvoirs du président. Et les républicains refusent de voter ce texte. Et lorsqu'on leur pose des questions, lorsque les journalistes et de ça, ils expliquent, vous pensez, on ne peut pas téléguider, ces frappes, c'est très important, il faut profiter de ces faits de surprise. Donc, on ne peut pas priver le président de cet atout considérable. Et par conséquent, il refuse de voter le texte. Il refuse de voter le texte.
Mais on a vu que Donald Trump, qui est agile, a utilisé, après la rebuffade que lui impose la Cour suprême sur les droits de douane, il utilise une autre loi d'exception, en fait, cette loi sur le commerce qui date de 1974, mais qui ne peut être invoquée que s'il y a un problème de balance des paiements. Il n'y a pas de problème de balance des paiements. Et néanmoins, Anne, c'est en fonction de cette loi que la Maison-Blanche agit sur le plan commercial. Alors, effectivement, Trump a été très fâché, euphémisme, de la décision de la Cour suprême.
Et d'ailleurs, dans ses premières allocutions, il a utilisé des mots très durs en disant qu'ils étaient à la solde de l'étranger, y compris les juges que lui-même avait noté. Au discours à l'État de l'Union, je me demandais s'il allait les insulter en direct. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a simplement quatre d'entre eux qui sont venus. Donc, cinq ont boycotté le discours de l'État de l'Union. Ils étaient au premier rang et l'une d'entre elles, courageuse, donc la juge nommée par Trump, Barrett, était là. Elle souriait. Alors qu'elle avait voté contre lui. Voilà, tout à fait.
Alors, ce qui est intéressant, c'est que de toute façon, on savait que la Cour suprême staturait de cette façon. Sinon, elle se déjugeait complètement. Elle perdait toute sa crédibilité. Donc, la Cour a dit le président ne peut pas utiliser cette loi parce que la loi prévoit que le président peut, en cas d'urgence économique, c'est le mot dans la loi, Emergency Economic Powers, réglementer, imposer des embargos, etc. Mais dans la longue loi, il n'y a nulle part le mot droit de douane. Donc, le président n'a pas le droit. Mais ce qui est intéressant, c'est que la Cour n'a pas abordé la vraie question. Y avait-il une urgence ?
Or, il n'y avait pas d'urgence puisque les États-Unis sont en déficit commercial depuis des dizaines d'années. Donc, en fait, c'est un arrêt qui a l'air brutal mais qui reste un peu en arrière de la main d'une certaine manière. Mais tout à fait. Lorsqu'il y a des titres partout en disant c'est un revers, etc. Non, non. La Cour suprême a fait le minimum syndical pour ne pas perdre toute légitimité. Donc, a dit on ne peut pas interpréter la loi de cette façon. Donc, le Président. Alors, le Président, ça c'est intéressant. Il savait qu'il allait perdre. C'est pour ça qu'il a pu sortir de sa main tout de suite la section 122.
Mais il perd un instrument très important qui est ce que j'appelle l'extorsion-corruption. C'est-à-dire, il dit à un pays... Grande spécialité familiale. Oui, tout à fait. Donc, par exemple, la Suisse avait fait je ne sais pas quoi de bien. Immédiatement, elle hérite de droits de douane considérables. Les Suisses qui ont compris comment cela marche déboulent à la Maison Blanche avec des lingots d'or et une belle montre. Et le lendemain, Trump baisse les droits de douane. Donc, ce système d'extorsion-corruption, c'est fini. Cela étant, les proches de... J'espère qu'on va vous parler. Les proches de Trump ont compris qu'ils pouvaient trouver la corruption dans d'autres mécanismes.
Alors, 122, le gros problème, c'est que... Alors, il perd ce système d'extorsion mais surtout, c'est 150 jours. Cela veut dire que dans 150 jours, en théorie... Donc, c'est fin juillet. Donc, fin juillet, c'est-à-dire trois mois avant les élections, demi-mandat. Donc, il faudrait que les élus républicains votent la prorogation de droits de douane dont ils savent pertinemment que 65% des Américains, dont leurs électeurs, ne veulent pas parce que les électeurs ne sont pas idiots. Trump, pendant tout le discours sur l'État d'Union, en dit tout va bien, vous avez vu le chômage, la croissance, etc.
Mais eux, ils savent très bien et quand on va aux États-Unis, on le sent que le prix a été multiplié par 4, etc. Et il a menti sur le prix de l'essence, il a menti sur tout. Donc là, c'est compliqué parce que soit il va devoir violer la loi à nouveau en disant ça ne fait rien, je proroge ou bien se tourner vers une autre loi, la section 301 par exemple parce que les années 70, le Congrès avait donné tout un tas de pouvoir au président. Soit, continuer en violation de tout. En violation de tout, Elvire Fabry, et nous, on en est où ?
Nous autres Européens, donc on avait beaucoup critiqué, surtout à Paris, les accords conclus dans un golfe écossais entre Mme von der Leyen et Donald Trump, c'était l'été dernier. Et là, on voit en fait le chancelier, peut-être que cette visite de Mertz mardi prochain va être décalée à cause des événements d'Iran. Néanmoins, on a l'impression que, voilà, Bruxelles ne sait pas comment réagir. Est-ce qu'on est traité à 10% ? Est-ce qu'on est traité à 15% ? Comme l'expliquait Sébastien Jean, il y a des secteurs qui, eux, sont encore sous un régime différent et qui sont très importants pour nos économies. Où en est-on ce matin ?
Mais à vrai dire, on ne sait pas encore très bien, puisque comme le disait Sébastien, ça n'est pas encore stabilisé à 10% parce qu'on entend le représentant au commerce Greer évoquer le fait de pouvoir imposer du 15% à la carte sur certains pays. Selon l'humeur du matin ? Alors que l'instrument lui-même ne le permet pas, en fait. Déjà, c'est un instrument qui impose un droit de douane horizontal pour tous les pays. Mais le simple fait qu'il évoque déjà le fait de pouvoir imposer 15% sur certains pays, voire plus, voire éventuellement élevé plus, on revient à cette logique de volatilité des droits de douane en fonction de l'humeur du président.
Ça reste un levier que le président peut activer d'un jour à l'autre. Cela montre une chose, c'est qu'en fait, on a affaire à Donald Trump qui est en train de jouer à saute-mouton entre les différents instruments juridiques en essayant d'activer le plus rapidement possible des instruments alternatifs, le temps de ne pas être attrapé par toutes les procédures judiciaires parce que fondamentalement le premier instrument qu'il a utilisé depuis le printemps dernier à IEPA qu'on vient d'évoquer, il savait très bien qu'il n'avait pas la légitimité pour l'utiliser.
Et là, lorsqu'il le repousse même encore, il vient d'annoncer qu'il demande au Congrès de pouvoir repousser les démarches pour commencer à enclencher le remboursement des droits de douane, c'est aussi pour gagner du temps. Le temps de pouvoir non seulement mettre en place ces nouvelles droits de douane, mais aussi de pouvoir utiliser des instruments alternatifs comme l'instrument 301 qui est invoquée au nom de pratiques commerciales illégales et qui va lui permettre de cibler de manière très féroce un certain nombre de pays tiers parce que ça lui permettra justement de jouer sur des niveaux de droits de douane.
Une fois qu'une enquête conclue qu'il y a un problème de distorsion commerciale et on voit bien un peu la marge de manœuvre que ça va lui donner, il pourra imposer des droits de douane très élevés et là, ce sont des procédures qui normalement durent 12 mois dont il a demandé à ce qu'elle soit raccourcie et donc ça pourrait tomber en fait dans le délai avant cette échéance de fin juillet.
Donc tout ça pour dire qu'on est sur un terrain très instable, que pour les Européens il y a un enjeu qui est de savoir est-ce que on est encore soumis à 10% et auquel cas ça reste intéressant pour nous parce que finalement on est sous le seuil des engagements de l'accord d'automne Oui, on est juste en dessous. qui était donc avec un plafond de 15% ou alors est-ce qu'on est exposé à un 15% qui vient en plus des droits de douane la nation la plus favorisée et auquel cas on est déjà cuisiné à des droits de douane qui sont plus élevés. Donc est-ce que l'on va jusqu'au bout de la procédure de ratification de cet accord ? Qui a été gelé par le Parlement européen fort heureusement. Exactement.
C'est-à-dire que le Parlement européen qui doit encore voter cet accord pour le moment a pris une posture de prudence en disant on ne va quand même pas ratifier un accord qui risquerait de nous exposer à faire des concessions supplémentaires en fait. On prend des engagements où on ouvre encore plus notre marché pour tous les produits industriels alors que les Etats-Unis eux-mêmes ne respecteraient pas cet accord. donc on a un Parlement européen qui joue un peu le bad cop la mesure de la prudence et une commission européenne qui est poussée à éventuellement respecter cet accord parce qu'il y a des exemptions très intéressantes pour un certain nombre d'accords.
Mais François Schimitz encore une fois la confusion règne et il semblerait que même à Washington le négociateur en charge du commerce donc Jameson Greer a pris l'initiative lui d'appeler Bruxelles pour dire en gros on va essayer de comprendre ce qu'il faut faire mais c'est le monde à l'envers.
C'est le monde Trumpien dans lequel nous vivons maintenant depuis notre Trump on va dire unchained dans lequel nous vivons maintenant depuis un peu plus d'un an et en effet je pense qu'il faut souligner que l'instabilité est faite loi. Ce qu'il veut c'est avoir un maximum de leviers pour pouvoir négocier.
C'est comme ça qu'il voit le monde pour avoir un maximum de leviers il estime que l'incertitude autour de la trajectoire de la politique américaine constitue ses marges d'activation et donc de négociation vis-à-vis d'un certain nombre même presque de l'ensemble des partenaires mondiaux peut-être tempérer un tout petit peu l'incidence que cela a sur nous européens la réalité est que les droits de douane qu'on avait évoqué en contrepartie abaissés en matière industrielle de notre côté sont extrêmement faibles donc l'incidence de cela est assez secondaire qu'on opère ces leviers de droits ou qu'on ne les opère pas la différence pour nos économies est assez nulle et qu'on soit traité à 14 et quelques ou à 10 là aussi étant donné l'ampleur du choc que nous avons déjà encaissé en matière tarifaire les marges restent marginales je pense
oui mais enfin pour les entrepreneurs dans des secteurs précis prenons le vin par exemple comment on fait on ne sait pas d'après ce qu'on peut lire en tout cas les gros négociants qui exportent vers le marché américain en fait
la question qui va se poser c'est jusque là il avait bénéficié de l'attractivité incroyable de l'économie américaine malgré l'incertitude les acteurs étrangers désiraient rester presque coûte que coûte sur le marché américain et donc ignorez ou en tout cas prenez en compte cette incertitude mais ne modifiez pas leur décision d'investissement de tentative d'aller démarcher sur le marché américain il risque d'arriver un moment où des questions vont se poser jusqu'où peut-il tirer sur la corde de l'incertitude sans affecter la crédibilité et donc la trajectoire économique des Etats-Unis cela la question va se poser pour une économie qui a besoin d'un tel niveau de financement extérieur pour pouvoir financer ces déficits structurels qui eux ont assez peu évolué depuis Trump cela pose de très sérieuses questions sur la stabilité financière des Etats-Unis et a fortiori presque de la planète nous n'y sommes pas encore oui sur le dollar jusqu'où ce jeu peut-il être mené sans que en gros la centralité et la crédibilité du dollar dans le système monétaire international soit plus fortement érodée les questions vont se poser potentiellement assez rapidement cela étant dit avec les perspectives et on l'a déjà vu par le passé avec les perspectives électorales qu'il a face à lui il est assez probable comme par le passé Trump on va dire ce que les américains disent face à la poule mouillée chickens out face à des difficultés financières et les mouvements qu'on voit actuellement la guerre qu'il a annoncé vis-à-vis de l'Iran elle n'est pas par hasard annoncée un week-end c'est le moment où les marchés financiers sont fermés la question va se poser de combien de temps va-t-il pouvoir faire durer cela avec des marchés financiers actifs ce qu'on a vu par exemple sur le Greenland Trump a cette capacité à faire oublier ses redditions sur le Greenland il a tenté les marchés ont bougé il a reculé ça avait été un peu la même chose sur la première initiative des tarifs réciproques au titre du Liberation Day de l'année dernière et là aussi la question aussi va être posée de savoir dans la durée va-t-il être résilient vis-à-vis des conséquences économiques de la volatilité qu'il engendre dans la conduite de politiques commerciales ou internationales qui sont extrêmement aventureuses
Sébastien Jean d'autant plus aventureuse qu'en fait depuis un peu plus d'un an enfin un peu moins d'un an depuis le 2 avril on se souvient de Donald Trump avec une espèce de pancarte à l'ancienne où il y avait la liste de tous les pays par ordre alphabétique y compris une île où il n'y a que des pingouins mais qui était taxée à 40% en fait l'effet sur l'économie américaine n'a pas été celui espéré par son son d'administration la dette publique continue d'augmenter le déficit commercial a continué de s'aggraver Oui comme j'allais dire tous les économistes sérieux disaient depuis le départ qu'un droit de douane ça ne permet pas d'agir significativement sur le déficit commercial on en a déjà eu l'illustration lors du premier mandat de Trump avec la première guerre commerciale qui était certes moins généralisée mais qui n'a pas empêché le déficit commercial américain de continuer à dériver là ce qui s'est passé l'an dernier en fait on n'est pas en régime de croisière c'est difficile de tirer une leçon sur la suite pourquoi ?
parce qu'à l'annonce de ces droits de douane il y a eu énormément d'anticipation d'achat et d'importation donc quand on regarde le déficit commercial américain il a énormément plongé au début au premier semestre puis après il s'est modéré est-ce qu'il s'est modéré parce que de toute façon les importations avaient été anticipées donc il n'y avait plus besoin de les faire est-ce que c'est quelque chose de plus stable on le verra plus tard mais d'une façon générale il y a un déficit commercial mais en fait ça n'est que la contrepartie du fait qu'on a une économie américaine dans laquelle on dépense plus qu'on ne gagne ou on investit plus qu'on épargne les américains épargnent très peu donc ça c'est une cause macroéconomique profonde à partir du moment où on n'agit pas sur cette cause il n'y a pas de raison qu'on efface ces effets donc il y a une sorte d'obstacle profond je dirais à ces politiques Anne Désine l'un des arguments invoqués par le juge Cavano qui a donc lui faisait partie donc des trois juges qui ont défendu jusqu'au bout l'administration Trump il disait ça va être le chaos parce qu'il va y avoir des procédures de remboursement exigées tantôt par des états américains tantôt par des entreprises donc ce remboursement est-ce qu'il peut avoir lieu il y a déjà je crois un bon millier un peu plus 1900 plaintes qui ont été déposées alors Cavano effectivement est l'un des juges nommés par Trump et il fait partie de ceux qui trouvaient que c'était tout à fait normal que le président se serve de cette loi d'urgence pour imposer mais dans sa longue opinion dissidente donc il explique mais quand même et c'est vrai la cour ne dit rien sur le remboursement donc et Trump a immédiatement dit moi je ne veux pas procéder au remboursement c'est-à-dire quand lui ce qu'il est prêt à faire le cas échéant c'est prendre l'argent des quelques 175 milliards de dollars qui ont été collectés au titre des droits de douane pour envoyer des chèques aux électeurs juste avant les élections un petit peu de corruption là encore donc il y a deux possibilités dans un monde normal il y aurait un processus administratif mis en place par le bureau des douanes Customs and Borders Trump a dit il n'en est pas question donc le seul recours c'est le contentieux devant la justice alors a priori c'est la cour du commerce international celle qui avait statué en première instance en disant que les droits en vertu de la loi n'étaient pas constitutionnels ni légaux donc cette Court of International Trade qui reçoit les demandes là ce sont trois juges il y en a un qui avait été nommé je crois par Reagan un par Trump un et un et un autre par Obama je crois donc mais trois juges qui sont au calme et là tout à coup il y a eu une avalanche phénoménale de dossiers qui vont leur tomber dessus et ils n'ont pas les ressources humaines ni administratives pour gérer tout cela alors ce qui est intéressant c'est qu'il y a déjà un certain nombre d'officines qui se chargent d'aider les entreprises à mener leurs recours et un ancien solicitor general donc l'avocat de l'administration devant la cour suprême d'Obama Neil Katyal qui a décidé de prendre les choses en main pour aider les entreprises mais en fait alors effectivement dans les recours on a à la fois des entreprises comme FedEx alors FedEx je crois que c'était les premiers mais c'est pas sûr il y a beaucoup d'entreprises de logistique ce qui est normal parce qu'ils ont bien sûr supporté une grande part des droits de douane il y a une entreprise française il y en a sans doute d'autres mais j'ai vu L'Oréal dans la liste et puis il y a beaucoup de grandes distributions comme Costco mais aussi des petites entreprises aussi des collectivités locales et également des états il faut se rappeler que le lendemain de la décision rendue par la cour suprême le gouverneur de l'Illinois a envoyé une lettre à Trump en disant voilà ce que vos droits de douane nous ont coûté à nous les citoyens les habitants les entreprises les collectivités etc et la facture était de 8,4 milliards de dollars avec soit vous remboursez soit nous intentons une action en justice donc tous ces gens sont devant la cour cela va prendre longtemps et ils se précipitent parce qu'il y a les délais de prescription qui peuvent jouer c'est deux ans à partir de la date a priori de l'entrée en vigueur des fameux liberation day tariffs donc des droits de douane de libération et puis il y a le fait que si les droits de douane ont déjà été perçus ce qu'on appelle liquidation ce sera plus difficile pour les entreprises de récupérer leur argent donc il y a une sorte de précipitation pour faire vite vite parce que la plupart ne croient pas qu'il y aura un processus administratif géré de façon civilisée compte tenu de l'opposition de l'administration Trump Elvire Fabry dans le système européen la politique commerciale est une politique commune néanmoins j'imagine que chaque état membre est en quelque sorte obligé dans une telle confusion de donner quelques conseils aux entreprises comment agir est-ce qu'elles ont intérêt encore une fois à se joindre aux bataillons d'entreprises américaines qui vont tenter d'obtenir des remboursements comment se joue en fait la part le rôle plus précisément de la commission par rapport aux gouvernements nationaux dans encore une fois un tel chaos commercial alors là vous évoquiez l'Oréal mais ce sont quand même largement les entreprises américaines et les consommateurs américains qui en fait assument ce coût des droits de douane oui mais j'imagine qu'il y a des entreprises françaises par exemple qui vont dire nous aussi on a subi les conséquences de cette système illégal et donc allons-y essayons d'obtenir compensation alors ce qui est intéressant déjà dans le jugement de la cour suprême c'est que elle qualifiait en fait ses droits de douane de taxes d'impôts donc ça n'est pas un droit de douane en tant que tel c'est véritablement une taxe et ça faisait écho aux dernières estimations qui ont été publiées à la fois par des économistes l'institut qu'il en Europe mais aussi la réserve fédérale de New York montrant que entre 90 et 96% du coût de ces droits de douane était porté donc assumé par les entreprises américaines et donc les consommateurs américains c'est pour ça qu'on n'est pas tellement concerné du côté européen par toutes ces procédures de remboursement éventuel ou alors par des entreprises qui ont en fait des sites qui ont des filiales aux Etats-Unis et qui à ce moment-là elles-mêmes importaient des composants des produits mais les exportateurs européens ont répercuté en fait cette hausse de droits de douane sur les importateurs américains alors maintenant pour ce qui est de la compétence de la politique commerciale de l'Union européenne il y a ce qu'on évoquait tout à l'heure en termes de conformité enfin respect des engagements de l'accord de Thunbury il faut anticiper ce qui va venir c'est-à-dire que pour le moment les entreprises européennes doivent essayer de s'y retrouver dans ce brouillard et surtout cette volatilité de droits de douane mais il faut surtout essayer d'anticiper ce qui va venir les offensives futures qui vont arriver et c'est là où la stratégie de la commission européenne est importante parce que selon que l'on se conforme ou pas à cet accord ou que l'on s'expose à des mesures de rétorsion encore plus fortes ce qui s'annonce c'est quand même tout ce qui concerne les enquêtes en question menées par l'instrument 232 ou 320 je passe les détails mais qui là vont toucher des secteurs économiques très spécifiques en l'occurrence on pense au secteur de la pharmacie qui pour le moment est exempté de droits mais là l'administration Trump prépare ou annonce évidemment et toujours dans la perspective des élections de mi-mandat des réformes pour casser le prix des médicaments qui c'est un fait est beaucoup plus élevé aux Etats-Unis qu'il ne l'est en Europe et singulièrement en France absolument mais ça tient au modèle américain simplement il veut finalement remettre ou réformer ce système en imposant aux partenaires commerciaux de changer leur propre politique qui là touche vraiment nos préférences collectives des choix démocratiques nos systèmes de santé en nous forçant à augmenter le prix des médicaments en Europe en estimant que finalement les entreprises pharmaceutiques européennes se financent leurs recherches et leurs développements en ayant accès au marché américain donc il faut se préparer à ce type de mesures qui peuvent remettre en cause les engagements actuels alors que n'oublions pas que là on est concentré sur les Etats-Unis mais qu'on a un sérieux problème de l'autre côté qui est celui de la concurrence chinoise et qu'avec des secteurs industriels qui sont très exposés à cette concurrence chinoise et des dépendances très fortes à la Chine y compris dans le secteur pharmaceutique avec des composants pour lesquels on est dépendant à 90% d'importation chinoise et qu'on risque d'avoir des coïncidences de mesures de coercition économique parce qu'on est bien sur la coercition économique on est bien au-delà de rééquilibrages commerciaux si ça touchait ce secteur de la pharmacie et on risque d'être exposé à des mesures de coercition concomitantes simultanées des deux côtés donc il ne s'agit pas simplement de s'adapter aux contraintes actuelles mais d'anticiper et de se préparer à une stratégie de résilience qui peut venir très vite dans les mois qui viennent mais se préparer alors déjà le mot résilience comment dire qu'est-ce que c'est c'est un bon signe d'une certaine manière donc François Schimitz est-ce qu'on peut imaginer que depuis ces accords commerciaux encore une fois de l'été dernier les européens ont pris en compte cette double exposition au danger américain évidemment d'un côté chinois de l'autre et qu'on a fait quelques progrès s'agissant de l'amélioration de la compétitivité de enfin toutes les toutes les dimensions qui sont très importantes pour cette économie européenne qui est à la fois très puissante et en quelque sorte paralysée
je suis très content que madame Fabry ait évoqué quand même l'élément qui quand même cadre l'évolution du monde depuis quelque temps qui est quand même l'arrivée d'une Chine qui est d'un point de vue techno-industriel une superpuissance avec un bond comme on n'a jamais connu en termes de croissance des exportations industrielles et de part des exportations industrielles mondiales sur les cinq dernières années qui s'accompagnent aussi de progrès technologiques et en matière d'innovation sans précédent l'image un peu éculée mais qui je trouve est très vraie c'est que si Trump est une tempête la Chine et le changement climatique et donc face à cela
nié par Trump évidemment
mais même la politique chinoise de l'administration Trump 2 est assez particulière mais le il ne faut pas non plus que nous soyons tous et je parle des décideurs des médias de l'ensemble de la société pris dans les phares de ce cirque médiatique organisé par monsieur Trump pour en permanence se saisir de l'attention du monde et oublier un autre acteur qui lui est très heureux de se faire oublier qui est donc la montée en puissance de la Chine à cet égard la réponse des Européens aux tensions à l'attaque commerciale sous Trump 2 avait été celle de grosso modo faire le dos rond en disant nous sommes en position de faiblesse nous avons besoin des Etats-Unis pour des raisons de sécurité et de défense et donc nous concédons un certain nombre de choses à cette nouvelle administration pour essayer de nous concentrer sur la réduction de nos dépendances et sur le renforcement de notre économie force est de constater que sur beaucoup des pans de cet nécessaire effort de renforcement de nos capacités économiques et géopolitiques la machine européenne est assez grippée alors il y a eu des avancées il faut quand même le relever on a noté une inflexion très significative vers des efforts de simplification de notre appareil réglementaire européen notamment en matière digitale et environnementale il y a eu une accélération très nette de notre ambition de diversification de nos partenariats avec bien évidemment en France un accord que nous connaissons que trop bien l'accord Mercosur mais plus au-delà
alors l'accord Mercosur disons juste un mot puisque la commission européenne a annoncé hier que cet accord serait appliqué immédiatement sans attendre la ratification du parlement européen donc évidemment coup de colère du président français qui dit c'est une mauvaise manière c'est pas bien etc mais cet accord est appliqué
alors la commission européenne se faisant applique d'une part les marges qui sont prévues par les traités et surtout la demande qui est venue des états membres comme la politique commerciale est une compétence
à la majorité qualifiée
à la majorité qualifiée et pour la première fois presque de l'histoire depuis les derniers changements de traités il y a une vingtaine d'années pour la première fois la France a été mise en minorité il faut savoir que cela est une anomalie française nos camarades allemands ont été mis en minorité plus d'une quarantaine de fois nos camarades britanniques avant de partir plus de 80 fois la France c'était presque la première fois il y a eu des précédents complètement marginaux sur des sujets assez subalternes et en effet cette décision qui a été prise par l'ensemble des européens à la majorité qualifiée avec donc l'opposition française portait aussi sur la possibilité d'appliquer temporairement l'accord sans même l'aval du parlement qui entre temps lui a demandé un renvoi devant la cour de justice de l'union européenne sur certains éléments qu'elle pouvait juger contraire au traité les éléments en question paraissent quand même il existe des précédents et cette saisine paraît plus politique que fondée juridiquement il n'empêche la commission a décidé il en va il faut dire en partie de la crédibilité d'une union européenne qui peut réagir de manière agile forte et puissante dans ce nouveau monde d'appliquer rapidement cet accord comme d'ailleurs nous le demandent nos partenaires d'Amérique du Sud forcément cela crée un émoi français et cela crée un émoi légitime démocratiquement puisque le parlement européen qui est quand même garant de la représentativité démocratique de nos institutions européennes n'a pas été saisi mais pour revenir au fil initial on a accéléré sur diversifier et là où on cale complètement c'est sur les deux autres grands pans de notre réaction qui est d'une part le soutien à nos industries stratégiques et à notre industrie les plans d'investissement notamment demandés par le rapport Draghi et sur un renforcement de nos coopérations faire plus en commun pour pouvoir justement répondre de manière plus puissante à ce nouveau monde plus brutal qui s'attaque à nos intérêts et là-dessus on a vu maintenant le plan industriel de l'Union Européenne qui doit être proposé par la Commission
avec la notion de préférence européenne
enfin la notion de préférence européenne si chère et demandée de si longue date par l'opinion publique et par les autorités françaises qui est en plus portée par un commissaire français qui en effet représente une vraie révolution de doctrine pour l'Union Européenne avoir une obligation d'acheter européen pour l'ensemble des Européens sur un certain nombre de secteurs stratégiques cela est une petite révolution cela hélas a donné lieu à déjà quatre reports un peu au dernier moment qui envoient un signal assez clair que les Européens quand bien même il y a une volonté d'unité et un relatif consensus sur l'état des menaces auxquelles nous faisons face ont une vraie difficulté à faire émerger une lecture commune de ce que nous devons faire la France sur le commerce l'illustre assez bien nous sommes extrêmement majoritaires l'Espagne mais même un certain nombre d'acteurs du Parlement européen notamment le chef du comité sur le commerce qui est un Allemand mais d'obédience de centre gauche social-démocrate a dit qu'il était tout à fait favorable à une mise en oeuvre assez rapide de l'accord et là-dessus ce que cela illustre c'est que les Européens pour le moment peinent à faire émerger une nouvelle doctrine commune de réaction à un monde qui hélas ne ressemble plus au monde d'avant dans lesquels ils étaient assez heureux parce que ce monde-là représentait assez largement une extension de l'esprit de la construction européenne
Elvira Fabri il y a donc cette idée qui avait été lancée par Enrico Letta donc il y a eu ces deux rapports qui nous disent ce qu'il faut faire deux Italiens l'Etat d'un côté Draghi de l'autre et donc cette idée du 28ème statut qui semble quand même avancer un tout petit peu en quoi est-ce que cela consiste ?
Alors il n'y a pas longtemps les chefs d'Etat et de gouvernement se sont rassemblés pour ce qu'on appelait une retraite et Enrico Letta et Mario Draghi étaient présents ont remis sur la table si je puis dire Oui et près de Maastricht en plus enfin à la frontière belgo-néerlandaise qui était évidemment historiquement intéressant Oui absolument c'est plus que symbolique mais qui ont remis sur la table leur rapport évidemment on les a entendus déjà ces derniers temps dire mais les Européens ne vont pas assez vite ces deux rapports ont été salués ils visent un approfondissement du marché unique rapide mais finalement les progrès ne sont pas là le conseil n'est pas assez engagé et donc une des propositions du rapport d'Enrico Letta le 28ème statut c'est en effet l'idée qu'il faut harmoniser ce marché ce marché unique on est encore très loin d'un marché finalement homogène et la première chose à faire c'est permettre aux entreprises d'avoir un statut unifié alors au début c'était un statut juridique pour s'implanter sur un des marchés des Etats membres au début cela visait essentiellement les start-up pour qu'elles puissent se développer plus rapidement sur l'ensemble du marché européen maintenant ce qui est évoqué ce serait de pouvoir permettre finalement de rendre accessible ce 28ème statut à des entreprises beaucoup plus importantes de toute taille et surtout ce qui est intéressant c'est que là le cap qui est donné par cette dernière discussion à 27 ce serait non pas de se donner une échéance d'un temps long d'approfondissement du marché unique tel qu'on l'aurait imaginé encore il y a quelques années sur 5 ou 10 ans mais de se dire on a une échéance courte sur 3 ans il faut que l'on ait fait des progrès significatifs ce 28ème statut en fait partie mais il y a aussi l'idée de parvenir à se donner des moyens d'investissement beaucoup plus importants on allait rechercher l'épargne privée et donc en créant cette fameuse union des marchés de capitaux c'est à l'union qu'on appelle maintenant de l'épargne et de l'investissement techniquement on voit bien que ça n'est pas facile que ça pourrait prendre du temps maintenant il faut que ce soit une priorité une urgence il faut que ça donne des moyens pour investir dans tous les secteurs d'innovation pour lesquels les investissements initiaux sont très importants et on voit bien que la France récemment a proposé notamment aux allemands puisqu'on sait que l'opposition vient surtout de l'Allemagne de créer des euro bonds qui permettent qu'ils soient ad hoc donc qui soient qui permettent d'investir dans des secteurs technologiques précis ça ne viendrait pas oui mais enfin honnêtement la France est très très mal placée étant donné hélas nos propres difficultés budgétaires pour demander aux partenaires qu'ils soient allemands ou néerlandais en particulier donc les frugaux traditionnels voilà de financer des euro bonds que nous ne pouvons pas financer absolument la crédibilité française actuellement est au plus bas et l'espèce d'inertie d'absence totale de réformes structurelles dans laquelle on est plongé pour encore un certain temps ne nous donne pas de crédibilité sur la scène européenne encore moins quand on se retrouve dans un corner comme celui de l'opposition au Mercosur alors que le reste de l'Europe attend la mise en oeuvre de cet accord de manière plus décisive donc c'est vrai que là on est sur ces enjeux d'investissement on n'est pas dans une position de leadership qu'on aurait pu rôle qu'on aurait pu jouer de manière plus évidente il y a quelques mois en revanche encore une fois sur ces enjeux d'approfondissement du marché unique aujourd'hui c'est une priorité pour les européens pour compenser le coût que l'on doit assumer à la fois sous l'impact des droits de douane de Donald Trump mais aussi pour se redonner des capacités d'innovation et faire face à la concurrence chinoise parce que aujourd'hui la priorité c'est véritablement de refaire de l'Europe un hub d'innovation tel que la Chine elle-même est parvenue à le faire parce que cet avantage comparatif va donner à la Chine une force de concurrence réelle et très rapide dans les années qui viennent François Schimitz avec cette ironie absolue c'est que encore une fois les nouvelles manœuvres tarifaires pour parler franglais de l'administration Trump 2 font en sorte que la Chine qui avait gagné le bras de fer en utilisant les terres rares comme levier il y a quelques mois et bien les droits de douane américains infligés à la Chine baissent de 7 points et Donald Trump se réjouit d'aller voir son grand ami Xi Jinping à Pékin fin mars
il n'existe tout simplement pour le moment aucune clarté stratégique quant à la vision d'administration Trump vis-à-vis du pouvoir à Pékin on voit coexister des visions extrêmement différentes avec pour décisionnaire ultime quelqu'un qui semble principalement intéressé par l'idée de faire un deal ce qui contrevient d'ailleurs à un certain nombre des visions sous-jacentes beaucoup plus conflictuelles qui peuvent exister à Washington et qui d'ailleurs font assez largement consensus entre les deux parties et d'ailleurs
bizarrement pardon François je vous interromps dans ce discours sur l'état de l'union donc mardi dernier le mot Chine n'a pas été prononcé alors que c'est l'obsession commune du congrès côté républicain comme du côté démocrate
un vrai hiatus une vraie incohérence qui est extrêmement intéressante et qui se retrouvait déjà dans la stratégie de sécurité nationale où en effet il semblerait que le consensus se soit stabilisé au sein de cette administration-là notamment après la défaite on va dire des tensions commerciales très violentes qu'ils avaient orchestrées vis-à-vis de la Chine pour se recentrer en tout cas recentrer leur attention politique sur des zones et des périmètres vis-à-vis desquels ils se sentent plus à l'aise dans un rapport de force notamment du fait de leur taille de la taille respective des différentes économies y compris de l'économie américaine vis-à-vis de l'économie européenne mais pour revenir au sujet de la réaction européenne il y a une lenteur structurelle à décider à 27 qui d'ailleurs est reflétée dans l'organisation de nos traités et de comment on procède pour décider pour donner un ordre d'idée peut-être une loi en France entre l'intention et l'application sur le terrain vous avez environ un à deux ans en fonction bien évidemment des discussions politiques qui peut y avoir au milieu dans l'union européenne c'est plutôt entre 4 et 6 ans et parce que en effet décider à 27 nous avons collectivement décidé que cela devait prendre du temps nous nous astreignons à un certain nombre d'études d'impact à un certain nombre de procédures qui permettent de s'assurer que l'avis d'un maximum d'états membres d'un maximum de parties prenantes construisent une forme de consensus ou de compromis collectif
mais c'est une pesanteur qui avec l'accélération du monde n'est plus tenable
et c'est là où en effet les européens sont face à un vrai dilemme sur nous avons été pensés pour un monde qui n'est plus celui dans lequel nous évoluons actuellement l'ironie terrible qui pourrait être soulignée pour nous français c'est que les autorités françaises qui depuis 25 ans demandent l'émergence d'une Europe politique d'une Europe puissance d'une Europe qui est plus agile sont aujourd'hui totalement incapacités politiquement au niveau national je pense que tout le monde l'a bien en tête mais aussi en matière économique et budgétaire pour réellement pouvoir peser dans ces conversations et en effet quand la France continue de demander des eurobonds alors que nous ne sommes toujours pas fichus de savoir comment nous allons rembourser la précédente itération d'engagement financier commun européen autour du plan de relance Covid qui pour le moment n'est pas financé nous avons pris de la dette nous avons dit que nous allons nous mettre d'accord sur des ressources nouvelles pour pouvoir payer les intérêts de cette dette et rembourser cette dette pour le moment il n'existe pas de décision et donc la France en arrivant et en demandant déjà une nouvelle itération de cet effort financier commun forcément crispe un peu la discussion de la même manière quand une entité quasi officielle comme le commissariat au plan vient proposer 30% de droits de douane uniformes sur la totalité des importations chinoises oui là franchement
ça a été le ricanement partout en Europe
partout au moment même où les européens sont littéralement en train de discuter de nouvelles barrières tarifaires vis-à-vis des chinois bien évidemment cela crispe complètement la discussion beaucoup plus que cela ne permet de la faire avancer et cela affaiblit un peu plus des positions françaises qui sont déjà extrêmement faibles en ce moment du fait des difficultés politiques et économiques évoquées
Sébastien Jean pour les on parle beaucoup des états évidemment s'agissant de politique commerciale mais ce qui est en jeu il y a les consommateurs c'est-à-dire nous tous et il y a les entreprises tout le secteur privé ou semi-public surtout en France d'ailleurs qui doit naviguer dans cet océan d'incertitude et ce d'autant plus que pour stabiliser en fait ces accords commerciaux depuis quelques mois beaucoup d'investisseurs européens et français ont misé massivement sur le marché intérieur américain en disant ça va consolider ces accords donc qu'en est-il aujourd'hui ?
Oui pour les entreprises c'est vraiment un changement d'air qui demande une sorte d'évolution de leur culture de l'appréciation de leur environnement c'est le surgissement au fond de nouveaux types de risques qu'on peut nommer le risque géopolitique c'est-à-dire qu'on ne peut plus avoir confiance dans le respect des règles par les principaux acteurs on ne peut plus avoir confiance dans un cadre politique suffisamment pacifié pour considérer qu'il va être stable et il faut s'adapter alors ce qu'on a vu c'est d'ailleurs au cours des derniers mois c'est que le commerce mondial les règles enfin toute cette mondialisation finalement elle est déréglée mais ça ne veut pas dire du tout que le commerce se soit effondré vous l'aviez mentionné en introduction le commerce mondial est dynamique mais simplement il prend des formes qui sont très sujettes à ces pressions à ces tensions transactionnelles alors comment on s'adapte je crois que d'une part c'est difficile parce qu'il y a toute l'inertie culturelle mais d'autre part pour moi il faut développer de l'anticipation une capacité d'anticipation et souvent ça ne fait pas vraiment partie du logiciel des entreprises d'essayer de réfléchir d'avoir des analyses suffisamment approfondies pour développer une capacité d'adaptation il faut développer l'agilité de la réaction et il faut développer l'assurance il me semble qu'il y a dans un premier temps pour aller vers tout ça une prise de conscience importante de l'impact majeur que peuvent avoir les chocs géopolitiques je prends juste deux exemples aujourd'hui c'est le cas d'en parler ce matin oui absolument on a une illustration flagrante aujourd'hui mais regardons le contraste par exemple aujourd'hui entre certaines entreprises allemandes je pense par exemple à Volkswagen et BASF qui ont des investissements colossaux en Chine qui font qu'au fond ils sont pieds et poings liés avec l'économie chinoise ils ont finalement des intérêts trop importants en Chine pour s'en défaire ça les place dans une situation qui vis-à-vis de laquelle la montée des tensions avec la Chine est extrêmement dangereuse en fait pour le groupe mais profondément structurellement et on l'a vu puisque le chancelier allemand était à Pékin il y a quelques jours absolument et on voit d'ailleurs que l'intérêt de ces grands groupes n'est pas celui de l'état allemand et ça amène d'ailleurs aujourd'hui l'état allemand de dire attention nous ne sommes pas caution de vos investissements en Chine donc il y a des enjeux majeurs pour eux je fais le contraste avec les entreprises coréennes les entreprises coréennes dès les années 2000 se sont mises elles avaient beaucoup d'investissements en Chine elles se sont mises massivement à investir au Vietnam alors évidemment il y avait derrière des considérations économiques les salaires commençaient à monter en Chine ils étaient plus faibles au Vietnam mais quelle préscience après coup quelle préscience dans le fait d'aller déplacer sa base de production massivement vers le Vietnam et avec lequel il y a beaucoup moins de tensions politiques aujourd'hui donc là il y a quand même une anticipation qui d'ailleurs n'est pas pour rien dans la stratégie la montée en gamme de Samsung aussi qui je pense est quelque chose à méditer en contraste avec ce qu'ont pu faire d'autres grandes entreprises les enjeux sont structurels et donc un conseil à tous les entrepreneurs qui nous écoutent c'est de faire appel à des experts comme vous parce que effectivement la prise en compte de la complexité et de l'accélération géopolitique sont absolument considérables et donc comme il nous reste quelques minutes simplement et que nous sommes en direct bien sûr comme tous les samedis donc où en est ce matin donc à midi moins 3 où en est l'attaque conjuguée israélo-américaine contre l'Iran la télévision iranienne confirme que le guide suprême et le président iranien font partie des cibles visées par cette attaque on ne sait rien de plus sur leur sort et l'Iran a riposté en bombardant la marine américaine à Bahreïn en bombardant aussi à Doha enfin en fait dans le golfe tous les endroits où les Etats-Unis ont des bases donc le Qatar Bahreïn et Abu Dhabi les espaces aériens évidemment de toute la péninsule arabique sont fermés et le président américain sur son site True Social encourage les Iraniens à se débarrasser du régime des Mollah et il dit textuellement bon maintenant une fois que nous aurons fait le travail et bien c'est à vous de prendre en charge votre propre part et il faut vous débarrasser de ce régime donc voilà où nous en sommes ce matin merci merci beaucoup à vous quatre d'avoir ajusté en quelque sorte nos discussions à cet événement majeur qui est en train de bouleverser évidemment tout le Moyen-Orient et les équilibres commerciaux et économiques dans le monde merci à vous Sébastien Jean vous avez fait paraître en mai dernier précisément une note pour l'Institut français des relations internationales Trump s'en va en guerre 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