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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 28 juillet 2026 23 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéNumériqueInstitutions & électionsSolidarités & famille

Narcotrafic : "Ce pays s'est endormi face à un monstre qui aujourd'hui s'est infiltré partout", estime Amine Kessaci

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 50 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:28OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on franchit là un nouveau cap dans le rapport de force face aux trafiquants ?

  • 2:35RelanceRéponse partielle

    Pourquoi attribuer ces menaces à la DZ Mafia alors que des doutes persistent ?

  • 3:55OuverteRéponse directe

    Le 13 novembre 2025, votre frère a été assassiné à Marseille. Pensez-vous que ce jour marque un basculement ?

  • 6:31OuverteRéponse directe

    Est-ce que les comportements de la DZ Mafia ne deviennent pas une mafia au sens classique ?

  • 9:45OuverteRéponse directe

    Comment gérez-vous votre quotidien d'élu sous protection policière ?

  • 10:41OuverteRéponse directe

    À partir de quand ces actions relèvent-elles d'une stratégie d'emprise des trafiquants ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15InvitéChiffre
    « 7 milliards d'euros de revenus estimés, au moins 200 000 personnes impliquées »
  • 0:23InvitéFait
    « le narcotrafic connaît un développement exponentiel dans le pays »
  • 3:55InvitéFait
    « 13 novembre 2025, votre petit frère assassiné à Marseille »
  • 4:39Amine KessaciFait
    « Le point de bascule, c'est quand on a décidé de retirer les services de proximité des quartiers »
  • 4:45Amine KessaciFait
    « C'est quand Nicolas Sarkozy a décidé le retrait de la police de proximité »
  • 5:59Amine KessaciFait
    « Quand ces personnes menacent, intimident, et Fabrice le disait à juste titre, s'il n'y a pas de violence, s'il n'y a pas de mafia, s'il n'y a pas d'intimidation, ces gens-là n'existent pas »
  • 13:15Fabrice RizoliFait
    « l'ancien maire de Marseille, Gaudin, a pillé cette ville, pris les impôts des Marseillais »
  • 13:35Fabrice RizoliFait
    « Macron l'a sauvée par un plan »
  • 15:57Fabrice RizoliChiffre
    « On a saisi un million d'euros en cash dans un camion en novembre 2024 »
  • 16:06Fabrice RizoliChiffre
    « l'enquête Octopus a montré un blanchiment de 30 millions d'euros »
  • 22:33Fabrice RizoliChiffre
    « seuls 30% des saisies provisoires en France sont confisquées définitivement »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Invité 227 %
  • Invité 326 %
  • Présentateur19 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Un maire exfiltré de son domicile par leur aide en pleine nuit après des menaces de narcotrafiquants. La scène est inédite en France, elle a choqué tout le pays. La semaine dernière, c'était à Alès, petite ville du Gard, dépassée comme tant d'autres par l'ampleur de la vague qui ne cesse de monter. Avec 7 milliards d'euros de revenus estimés, au moins 200 000 personnes impliquées, le narcotrafic connaît un développement exponentiel dans le pays et ses acteurs, de plus en plus puissants, n'hésitent plus désormais à défier élus locaux, fonctionnaires, juges, journalistes, avocats.

Entre menaces, tentatives de corruption, les narcotrafiquants n'ont-ils désormais plus aucune limite face à la République ? On en parle ce matin avec nos trois invités. En studio avec moi, Fabrice Rizoli, spécialiste de la grande criminalité, enseignant à Sciences Po, cofondateur de l'association Crime Alt. Et en ligne avec nous, Amine Kessassi, adjoint écologiste au maire de Marseille, figure de la lutte contre ce narcotrafic qui vous a pris deux de vos frères, dont l'un assassiné en novembre dernier. Bonjour à vous. Et bonjour aussi Clotilde Champerache, économiste, spécialiste de la mafia, maîtresse de conférences au CNAM.

On attend bien sûr, chers auditeurs, vos questions et vos réactions au 01 45 24 7000 et via l'application Radio France. Christophe Rivain, donc le maire d'Alès, menacé puis exfiltré par la police, qui soupçonnait la présence d'une voiture piégée devant son domicile dans une ville, je le disais Fabrice Rizoli, dont certains quartiers sont depuis longtemps gangrénés par le trafic de drogue. Est-ce qu'on franchit là un nouveau cap dans le rapport de force, dans le défi qui est posé par les trafiquants aux représentants de la République ? Non, avec les déserts de mafia, il n'y a pas de grande nouveauté. Des menaces contre des maires ont déjà été proférées. Le maire de Montpellier, d'autres.

Je rappelle que le procureur de Marseille vit sous escorte, que la directrice d'Ebomet a été menacée. Donc, je ne pense pas qu'il y ait vraiment une escalade. Peut-être l'idée de la voiture piégée rend ici les choses un peu plus encore spectaculaires et graves. Même si ce n'est pas confirmé. Voilà, et en plus, même si ce n'est pas confirmé. Par ailleurs, juste, je me permets, puisqu'on parle de menaces qui sont faites auprès des personnes qui luttent contre le crime organisé ou des personnes qui n'ont rien à voir avec le trafic. Le 28 juillet 2019, était assassinée Catherine Santos, une touriste, une maman, à Ouyoul, dans le Var.

Les dealers, au fusil d'assaut, ont essayé de tuer d'autres dealers. Enfin, je crois même qu'ils ont réussi. Et ils ont tué cette personne qui est une victime innocente. Quoi de mieux que de rendre hommage aux victimes innocentes pour incarner cette lutte et montrer la dangerosité de la DZ Mafia et des autres réseaux criminels en France ? Alors justement, on va en parler parce qu'il y a beaucoup de flou, notamment sur l'affaire d'Alès, d'abord attribué à la DZ Mafia. On a eu des individus qui se revendiquent de la DZ Mafia, qui font une vidéo très artisanale pour démentir.

On entendait d'ailleurs dans le journal de 7h30 que les enquêteurs tiquent un peu sur le mode opératoire, pensent plutôt pour des barons locaux de la drogue. Donc ça veut dire qu'à l'origine de ces menaces, aujourd'hui, ça ne vient pas d'un seul groupe criminel, pas d'un seul acteur. Ce n'est pas seulement le développement de la DZ Mafia qui l'explique. Ah ben, la menace, ce n'est pas la spécialité de la DZ Mafia. La menace, l'intimidation et la violence, pour ma part, sont un facteur discriminant. C'est-à-dire, pour moi, pas de violence, pas de mafia, pas de violence, pas de réseau criminel type organisation criminelle. Donc depuis toujours, on utilise la menace là-dessus.

Il n'y a pas de nouveauté. Je ne parle pas des réseaux criminels qui sont spécialisés dans la fraude à la TVA, escroquerie, etc. Eux n'utilisent pas la violence. Mais en gros, dans le rapport d'Europol, 60% des réseaux criminels en Europe utilisent la violence. Et là, ce dont vous parlez, ce sont des gens qui utilisent la violence. C'est une ressource, la violence. Ça apporte des choses extrêmement efficaces et en valeur symbolique aussi. Par exemple, s'opposer à l'État, comme leur campagne contre l'administration pénitentiaire, attentat, incendie, menace. On est dans l'exercice, à mon sens, une des ressources numéro un du crime organisé, la violence.

Évidemment, on pense à votre histoire, Amine Kessassi, 13 novembre 2025, votre petit frère assassiné à Marseille. Les enquêteurs soupçonnent qu'en réalité, c'est vous qui étiez visé pour votre engagement contre le narcotrafic. Est-ce que ce jour-là, parce que là, on parle du maire d'Alès, on franchit peut-être un nouveau cap, mais ce jour-là, la France a basculé déjà dans une nouvelle ère face au narcotrafic, Amine Kessassi ? Pardon, s'il vous plaît. Moi, je pense qu'il faut traiter cette question avec beaucoup de sérieux.

Et faire la surenchère de quand est-ce qu'a été le point de bascule, faire la surenchère de le point de bascule, c'était le 13 novembre, le point de bascule, c'était avant, le point de bascule, c'est le maire d'Alès. Il faut qu'on arrête avec ça. Le point de bascule, c'est quand on a décidé de retirer les services de proximité des quartiers. C'est quand on a décidé le retrait des services publics. C'est quand Nicolas Sarkozy a décidé le retrait de la police de proximité. C'est à ce moment-là que le point de bascule. Parce que, pardon, mais voilà, je connais beaucoup Fabrice Rizoli, on travaille énormément ensemble, et d'ailleurs, bonjour Fabrice.

Mais dans ce que Fabrice dit, je pense qu'il ne faut pas qu'il y ait de mépris. Quand Fabrice parle de victimes innocentes, ça ne veut pas dire qu'on méprise les autres victimes. Ça ne veut pas dire, et je sais très bien que Fabrice est dans cet état d'esprit, que certaines victimes mériteraient plus que d'autres ce qui leur est arrivé, que certaines victimes seraient coupables et que d'autres ne le seraient pas. La maman de Sokaina, ma maman, pleure de la même façon que la maman d'un jeune qui était impliqué dans le réseau, et rien n'est différent dans leur façon de pleurer, rien n'est différent dans leur deuil. Et donc, moi, le point de bascule, je le vois plutôt il y a quelques années.

Je le vois quand on a perdu le contrôle. Et dans ce pays, et c'est ce qu'on se dit à chaque fois, c'est que ce pays s'est endormi, endormi face à un monstre qui, aujourd'hui, s'est infiltré partout. Vous avez dit, concernant le maire d'Alès ces derniers jours, vous avez parlé de guerre de démocratie. Bien sûr. Les mots sont très forts, oui. Oui, mais c'est ce contre quoi les narcotrafiquants se battent. Contre l'état de droit ? Contre les allées et venues ? Contre la liberté de la parole ? Les narcotrafiquants, aujourd'hui, quand ils ciblent un élu, quand ils ciblent une personne, ils se battent contre la République elle-même.

Quand ces personnes menacent, intimident, et Fabrice le disait à juste titre, s'il n'y a pas de violence, s'il n'y a pas de mafia, s'il n'y a pas d'intimidation, ces gens-là n'existent pas. Et c'est sur ça qu'ils fondent leur force, c'est sur ça qu'ils fondent leur autorité, c'est sur ça qu'ils fondent leur notoriété. C'est sous la contrainte, sous la menace, sous la violence. Et donc, bien sûr que ces gens-là sont en guerre contre la démocratie. Et quand on se dit ça, ça veut dire qu'on se donne tous les moyens pour aller au bout de cette guerre. Madame Champerrache, on va peut-être justement faire un point à ce stade sur les appellations, les labels que chacun se donne, si je puis dire.

On parle de DZ Mafia, ça c'est l'appellation qu'ils se donnent. Depuis le début, on nous dit, attention, ça n'a pas grand-chose à voir avec une mafia à l'italienne, par exemple. Là, avec ces menaces, avec ces intimidations, avec ces tentatives de corruption aussi, on y reviendra. Est-ce que ça ne le devient pas, finalement, une mafia ?

6:59
Présentateur

Alors, les comportements de la DZ Mafia sont plutôt proches des narcotrafiquants sud-américains. Cette violence qui s'affiche sans barrière, c'est plutôt le Mexique ou ces pays-là. Pour les mafias italiennes, et c'est là que peut-être on s'attarde trop sur ce qui est visible et ce qui fait mal, cette violence, ces morts, qu'ils soient innocents ou qu'ils soient impliqués dans les trafics. Mais il y a aussi tout ce qui se passe en fond. Cette France qui s'endort face à la menace criminelle, c'est aussi la montée d'une corruption qui se fait sans violence. Les mafias italiennes sont spécialistes de cette infiltration qui ne passe plus par une violence exacerbée.

Au contraire, on est dans la complicité, la tolérance vis-à-vis du crime établie par rapport à la population, par rapport à des élus qui vont accepter certaines transactions qu'en Italien on appelle l'échange politico-électoral, c'est-à-dire que les mafias peuvent arriver à contrôler des territoires, les populations qui vivent dessus, passer des consignes de vote, et ensuite faire élire qui ils ont envie de faire élire. Et en échange, évidemment, vous avez des retours de faveur. Mais j'ai lu que vous étiez... Et là, ça se passe en douceur.

8:14
Invité

Oui, on va revenir sur cette corruption silencieuse, si je puis dire. Mais j'ai lu que vous étiez, Clotilde Champéras, à titre personnel, plutôt gênée par le fait que les autorités elles-mêmes parlent de mafia. Vous y voyez une forme d'adoubement, en fait.

8:28
Présentateur

Oui, parce que sur le territoire français, il faut bien comprendre qu'on a une multitude de réseaux criminels. C'est vraiment un foisonnement criminel. Alors, ça concerne la France, ça concerne toute l'Union européenne. Europol, qui a été mentionné tout à l'heure, a établi dans un rapport que sur le territoire de l'Union européenne, et ça dépasse le cadre du seul narcotrafic, on a plus de 800 réseaux criminels posant problème, donc avec une menace grave. C'est dire à quel point se concentrer sur une seule organisation, c'est problématique. C'est ne pas voir l'amplitude du phénomène.

Et en plus, si vous dites que la DZ mafia est une mafia, d'une certaine façon, vous la valorisez dans le monde criminel. Ça veut dire qu'on reconnaît un label qui est quand même, pour le monde criminel, l'élite du crime organisé. Donc, c'est l'affaire montée en puissance symboliquement. Donc, on a une vraie problématique là-dessus, sur les termes que l'on emploie, surtout que si l'on regarde la définition juridique italienne de ce que c'est qu'une mafia et la DZ mafia, on voit qu'on n'est pas dans une configuration de mafia. Et fort heureusement, ça veut dire qu'on arrivera peut-être encore à combattre avec efficacité cette organisation criminelle parmi d'autres.

9:43
Invité

Et donc, les élus, on le disait, les élus souvent en première ligne, les élus locaux, les militants associatifs. Amine Kessassi, j'ai bien entendu ce que vous disiez, sur attention à ne pas situer comme ça des points de bascule. Vous, en revanche, vous et votre famille, vous avez basculé dans une autre vie, personnellement, sous protection personnelle permanente. Entre-temps, vous avez été élu, adjoint au maire de Marseille. Ça ressemble à quoi aujourd'hui votre quotidien d'élu, sous protection, face à cette menace ?

Au risque de peut-être décevoir cette attente de fantasmes et de vie extraordinaire, j'ai une vie qui est plutôt banale, une vie qui, effectivement, est marquée par cette protection policière. Mais dans un pays où la violence ne cesse d'augmenter, à un moment où les narcotrafiquants tuent, menacent, je sais ce que cette protection policière représente pour moi. Elle représente la vie. Et donc, aujourd'hui, elle ne me donne ni l'occasion, ni l'opportunité de m'en plaindre. On a une question de Jean-Louis pour vous. Vous parliez tout à l'heure de guerre contre la démocratie.

Jean-Louis nous dit sur l'appli Radio France, « Afin de protéger leurs activités, les trafiquants corrompent, intimident, infiltrent des institutions. » À partir de quel moment ces actions ne relèvent plus d'exceptions isolées, mais d'une vraie stratégie d'emprise ? Du moment où ces gens-là organisent leurs actions en fonction de ce que l'opinion publique pourrait penser. Quand ces gens ont assassiné Nessim Ramdan, un chauffeur VTC à Marseille, qui avait refusé de conduire un jeune, commettre un jeune de 14 ans, un jeune de 14 ans, c'est important de le rappeler, commettre un homicide, ce jeune a assassiné Nessim Ramdan.

Et donc, l'émotion des Marseillaises et des Marseillaises, l'émotion des chauffeurs VTC qui étaient en colère, qui étaient tous émus par cette disparition, par cet assassinat tragique. La DZ Mafia l'a vue, l'a compris, et ont décidé de faire comme ce qu'ils ont fait pour le maire d'Alès. Une vidéo pour dire qu'ils ne revendiquent pas cette attaque et qu'ils ne sont pas à l'origine de cette attaque. Et donc, dès ce moment, dès qu'on comprend que l'opinion publique a un impact sur leur activité, a une force sur ce que ces gens font, on comprend que ces gens s'organisent aussi en fonction de ça.

Quand l'été, les services publics désertent les quartiers populaires, quand l'été, la République démissionne de ces quartiers, et que ce sont les narcotrafiquants qui viennent se substituer à l'État, et que ce sont les narcotrafiquants qui viennent payer des piscines, payer des barbecues, payer des activités dans ces quartiers, oui, on comprend qu'il y a... Fabrice Rizoli, là-dessus, sur ce que vient de dire Amine Kessassi, c'est-à-dire que l'organisation criminelle qui se substitue à l'État ou qui en devient une organisation concurrente en proposant des services à la population, ça aussi, c'est une forme, si je puis dire, de défis posés au pouvoir public ?

Oui, bien sûr, mais elle ne se substitue pas à l'État, elle n'en a pas les moyens, elle fait des actions symboliques qui sont importantes pour la population et qui va un peu reléguer l'État, ou alors la population a déjà bien compris que l'État a été relégué, et je voudrais remercier Amine Kessassi d'avoir ouvert la porte des causes, car le monstre des aides-mafias qui a été créé, c'est quand même dans une ville, Marseille, extrêmement pauvre, avec des inégalités territoriales extrêmement fortes par rapport à l'arrière-pays, en particulier Aix-en-Provence, on a les quartiers les plus pauvres de France, comme en Seine-Saint-Denis, ou en Corse, la région la plus pauvre, vous voyez, c'est comme par hasard dans ces régions-là qu'il y a le plus de criminalité très forte, et je tiens à dire que la responsabilité des politiques, pour le coup, est extrêmement importante, ce n'est pas moi, c'est le rapport de la Cour des comptes qui expliquait que l'ancien maire de Marseille, Gaudin, a pillé cette ville, pris les impôts des Marseillais, car les Marseillais payent énormément d'impôts, y compris les pauvres, puisqu'ils payent la TVA, je rappelle que la TVA est proportionnellement payée beaucoup plus par les pauvres que par les riches, et c'est l'ensemble, la moitié des ressources de l'État, eh bien, l'État de Marseille, après le règne de Gaudin, c'était qu'il n'y avait plus d'école, que ça s'écroulait, que cette ville aurait dû même être, donc, comment dire, en défaut, et que Macron l'a sauvée par un plan.

Donc, il faut bien comprendre qu'il y a des causes qui créent la criminalité. Et pour reprendre aussi l'argument de Clotilde Jean-Péras, qui est intéressant, un mafia, pas mafia, précisément, ce n'est pas parce que, voilà, ce n'est pas de la mafia, je la rejoindrai parfaitement, je sors d'une recherche sur l'Île-de-France, le crime organisé, les réseaux criminels dans l'Île-de-France, où on voit moins les assassinats, il y a moins de violences concentrées par rapport à Marseille, et pour autant, la perception et le dommage créé sur les populations, par exemple en Seine-Saint-Denis, est très important.

Donc, c'est ça qui est fou, il y a beaucoup de corruption, beaucoup de violences, et pourtant, ce n'est pas de la mafia italienne, mais ça ne change rien dans le quotidien, la vie des gens. Et le label compte peu, en effet, pour les gens. Alors justement, ces tentatives réussies ou avortées de corruption, alors là aussi, on a de nombreux exemples sur lesquels d'ailleurs a enquêté la cellule d'investigation de Radio France il y a quelques semaines, j'invite les auditeurs à aller lire cette enquête très complète, on parle de surveillants de prison, de dockers, de greffiers, mais aussi des policiers et des gendarmes, à titre plus exceptionnel quand même.

C'est encore marginal, Fabrice Rizzoli, ou là, ça devient préoccupant, ces cas de corruption de fonctionnels ? Les cas de corruption, même s'ils sont peu nombreux, sont préoccupants, car ça cible des personnes qui ont une autorisation, un devoir d'exemplarité, que ce soit des élus, des agents pénitentiaires, des policiers. C'est documenté. Petit aparté, le problème, c'est que souvent, les policiers, agents pénitentiaires sont jugés à part pour des délits qui peuvent apparaître mineurs, une corruption passive, une corruption active, mais ils ne vont pas au tribunal avec les gangsters qui les ont corrompus.

C'est ce qu'on fait en Italie parce qu'on a un délit d'association mafieuse et ça serait intéressant de voir si ce délit existait. On pourrait savoir si véritablement une mafia existe en France. Il faut que le droit existe pour savoir si le fait existe en démocratie la plupart du temps. Donc, non, non, ce sont des choses graves, documentées. Je vous renvoie par ailleurs à l'enquête de la section de recherche de la gendarmerie de Marseille, dite Octopus. On va encore dans les stéréotypes avec la pieuvre. Mais en tout cas, on a une enquête ici à 360 degrés avec d'actes de corruption importants, un réseau criminel très développé, notamment avec le rôle des femmes et enfin le blanchiment.

Je rappelle qu'on a saisi un million d'euros en cash dans un camion en novembre 2024. Tout l'argent n'était pas à la DZ Mafia et que l'enquête Octopus a montré un blanchiment de 30 millions d'euros avec des lingots d'or qui partaient vers l'Italie par des systèmes de blanchiment d'awala, de compensation classique. Ça prouve qu'il y a aussi énormément d'argent qui permet de corrompre. Oui, pour compléter là-dessus, Clotilde Champéras, est-ce qu'on est aujourd'hui une corruption qui reste, si je puis dire, limitée au bas de l'échelle, aux fonctionnaires de base ou qui pourrait concerner aussi le haut du spectre des hauts fonctionnaires, des hauts magistrats ?

16:30
Présentateur

Les organisations criminelles ont intérêt à viser haut pour obtenir ce qu'elles cherchent. Après, ce n'est pas forcément les têtes de l'État qui vont être visées. Ça peut être plutôt au niveau de la logistique pour accompagner des trafics. avec des profils qui sont intéressants d'un point de vue stratégique, fonctionnel, plus que symbolique. Ceci étant, pour revenir sur cette corruption, la difficulté, c'est de pouvoir la nommer, cette corruption. Souvent, on ne va pas considérer que le petit cadeau, la faveur rendue, c'est véritablement dans ce champ-là. Pourtant, ça l'est. Et puis, il y a aussi la capacité pour la justice à prouver qu'il y a eu un lien de corruption.

Et dans le milieu de la justice, on dit parfois qu'on va avoir plus de facilité à prouver qu'il y a eu blanchiment qu'il y a eu corruption. Même si, en réalité, l'ensemble de ces activités-là se nourrissent les unes les autres et qu'on n'a pas d'organisation criminelle sans un minimum de corruption.

17:32
Invité

Parce que vous le disiez, ce n'est pas forcément des actions très impressionnantes. Ça peut être, très concrètement, un fichier confidentiel de la justice ou de la police qu'on va faire fuiter, un téléphone qu'on va faire entrer en prison. Et là, on parle déjà d'actes de corruption.

17:48
Présentateur

Oui. En réalité, c'est tout ce qui permet de mettre des pans de l'économie, de la société légale au service de ces organisations criminelles. Tout ce qui va pouvoir la favoriser dans le développement de ces trafics, ça rentre dans ce champ de l'atteinte au bien commun. Puisque c'est ça, la corruption, initialement, c'est le détournement du bien commun à des intérêts particuliers. Donc, on est aussi sur ce qu'on appelait la corruption de basse intensité. Ce qui est un peu paradoxal parce que ça donne l'impression que finalement, ce n'est pas si grave que ça. Mais de la basse intensité à haute fréquence, c'est-à-dire répéter massive, ça devient de la forte corruption.

18:34
Invité

Je voudrais qu'on dise un mot des réponses possibles, de cette riposte pour restaurer l'autorité de l'État de droit face au narcotrafic. Amine Kessassi, vous dites, je crois que malheureusement, en termes de riposte, les moyens sont aujourd'hui illégaux et pas en faveur des pouvoirs publics. Je voulais juste revenir sur la question de la corruption. On assiste à quelque chose qui, moi, me fait terriblement peur. On a aujourd'hui un avocat lyonnais qui est incarcéré, qui est en détention provisoire pour avoir fait rentrer un téléphone en prison.

On a d'autres personnes qui sont soupçonnées d'avoir fait la même chose et notamment le contrat qui a été placé sur ma tête à plusieurs milliers d'euros. Ce contrat a été passé depuis une prison. Il a été passé depuis une ligne ouverte potentiellement par un avocat. Et donc, ces avocats qui, aujourd'hui, sont tentés, je lisais les propos de cet avocat lyonnais qui est incarcéré et qui disait « Oui, mais pour moi, ces dossiers-là, les dossiers du narcotrafic, ça représente l'opportunité de ma vie, ça représente les plus gros dossiers que je pourrais avoir de toute ma carrière. » À ces gens-là, moi, je veux leur dire « Attention !

» Attention parce qu'à jouer avec le diable, vous êtes en train de fricoter avec le mal. Vous êtes en train de vous rapprocher de ces gens et finalement, oui, à la fin, peut-être que vous agirez sous la contrainte parce qu'ils vous menaceront, mais vous vous rendez complice de ce système et sur la question des solutions. Bien sûr que les solutions, elles sont aujourd'hui inégales. Bien sûr que les narcotrafiquants et pardon Fabrice, mais oui, les narcotrafiquants et la narcocratie, elles se substituent à l'État. Elle a compris qu'elle ne pouvait pas remplacer l'État parce qu'elle n'en a pas le pouvoir ni la force militaire.

Mais elle peut se substituer à l'État, c'est-à-dire prendre des compétences de l'État et les appliquer elle-même quand ils font la circulation dans les quartiers, quand ils décident de qui peut rentrer ou pas dans une cité quand ils décident de donner des indemnités à des habitants pour acheter leur silence. C'est ça, se substituer à l'État. Et les narcotrafiquants, c'est ce qu'ils sont en train de faire, notamment en termes de solutions puisque ces gens-là, ils n'essaient même plus de prouver leur innocence dans les dossiers ou de parler d'innocence.

Ces gens-là, ils sont en train, avec la complicité de leur avocat, de jouer avec les failles de la loi, avec les failles de notre système législatif pour pouvoir s'en sortir à chaque fois dans les procès avec des acquittements alors que ces gens-là sont tout de même responsables de ces actes. Fabrice Rizoli sur la question des moyens. Est-ce que la création du PNACO, le parquet national anticriminalité, est-ce que la loi votée l'an dernier qui renforce les sanctions, qui crée un statut de repenti, est-ce que ça peut vraiment changer la donne ? Mais bien sûr !

Je ne vais pas critiquer la loi narcotrafique à laquelle le CRIMALT a participé en écrivant, par exemple, et la loi Warsman juste avant, les amendements, les articles de loi sur la confiscation obligatoire qui est une confiscation pénale en France mais qui n'était même pas obligatoire. Précisément, car je pense que je n'ai pas tout le temps de parler du statut de collaborateur de justice, etc. Sur la confiscation, moi je voulais vous dire quelque chose.

Je me dirige vers la Poste juste après vous, je vais envoyer un courrier à la grande chambre de la Cour européenne des droits de l'homme, je suis sollicité en tant que président de CRIMALT et toute l'association, par la grande ONG Libéra, de lutte anti-mafia en Italie, parce que l'Italie a inventé une confiscation révolutionnaire, qu'on appelle une confiscation préventive, anti-mafia, de non-nécessaire condamnation du propriétaire, c'est-à-dire qu'on peut confisquer des biens aux crimes organisés à leurs complices, bien que ceux-ci soient innocentés, par exemple dans un procès pénal pour assassinat. Aujourd'hui, c'est cette confiscation dont on aurait besoin.

Eh bien, demain, elle va être étudiée par la grande chambre pour la première fois, par la Cour européenne des droits de l'homme. Appliquer à la DZ mafia, ça donne quoi ? Demain, sinon, l'investigation Octopus. Les personnes sont relaxées pour assassinat. Et c'est normal, la charge de la preuve doit être très forte pour assassinat. La personne risque la prison à vie. Si la personne est relaxée pour le blanchiment, parce que c'est compliqué parfois de prouver le blanchiment, il n'empêche que si ces personnes n'arrivent pas à démontrer l'origine légale de leur bien, les lingots d'or, les appartements à Dubaï, ils doivent les perdre automatiquement.

Un seul chiffre, seuls 30% des saisies provisoires en France sont confisquées définitivement, plus de 60% en Italie grâce à cette confiscation. Merci beaucoup Fabrice Rizoli, Amine Kessassi et Clotilde Champ-Perrache invité d'Inter ce matin. Bonne journée à tous les trois.

Narcotrafic : "Ce pays s'est endormi face à un monstre qui aujourd'hui s'est infiltré partout", estime Amine Kessaci · Pourquijevote