Affaire Médine : la gauche torpille sa rentrée #cdanslair 22.08.2023
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de gauche a été conviée aux universités d'été des Verts, de la France Insoumise et à la fête de l'Huma. Une présence qui a provoqué une série des propos jugés antisémites. Les maires écologistes de Bordeaux et Strasbourg ont aujourd'hui choisi de boycotter la rentrée politique de leur propre parti qui a lieu au Havre. Et d'ailleurs le maire du Havre, Edouard Philippe, a annulé cet après-midi lui aussi sa venue, pourtant programmée pour un mot d'accueil républicain. Ce n'est pas la première fois que la gauche est accusée d'ambiguïté sur les questions liées à l'antisémitisme et cette nouvelle polémique secoue à nouveau la NUPES, déjà fragilisée par des divisions internes.
Alors qui est ce rappeur ? Que dit-il vraiment ? Le procès en antisémitisme qui est fait à une partie de la gauche est-il justifié ? Affaire Médine, la gauche torpille sa rentrée, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Christophe Barbier. Vous êtes éditorialiste politique, conseiller de la rédaction de Franc-Tireur. Nathalie Moret, vous êtes journaliste politique pour le groupe de presse régionale EBRAS. À lire dans vos éditions de demain, une interview du député La France Insoumise, Manuel Bompard. Olivier Perroux, vous êtes grand reporter politique à l'Express, vous suivez la gauche. Je cite votre tout dernier article.
Médine, le boycott des maires Europe Écologie-Les Verts. L'imbroglio Philippe, la rentrée plombée des écolons. On va y revenir longuement grâce à vous ce soir. Enfin, Frédéric Dhabi, vous êtes le directeur général opinion de l'Institut de sondage IFOP. Et à lire votre livre, La Fracture, publié aux Arènes. Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. Je voudrais, pour les gens qui vous regardent ce soir et qui n'ont pas suivi les épisodes précédents, Christophe Barbier, que vous nous racontiez cette montée en tension, d'abord chez les écologistes, avec la venue de ce rappeur.
Oui, parce que c'est une invitation qui est lourde de sens politique et éthique. Les écologistes, puisque c'est leur nouveau nom maintenant, ils vont en changer, organisent leurs universités de rentrée au Havre. Il se trouve que le Havre est la ville de naissance de Médine, qui est un rappeur qui a une quarantaine d'années aujourd'hui. Mais ce n'est pas seulement un rappeur, c'est quelqu'un qui a été au centre de très nombreuses polémiques pour le texte de certaines de ses chansons et pour certaines apparitions publiques. Par exemple, c'est un adepte du geste de la quenelle, il y a quelques années.
La quenelle, qui est considérée par beaucoup comme le salut nazi inversé, puisque le bras est tendu vers le bas, est donc un geste antisémite. D'autres disent non, c'est un geste anti-système, mais assez vite quand on les fait parler, c'est quoi le système ? C'est le système capitaliste, le capitalisme c'est les banques, les banques c'est les juifs. Donc on retrouve cet antisémitisme latent. Dans les paroles des chansons de Médine, on les a réécoutées à Franc-Tireux, on a fait un article, il y a des choses quand même qui sont indéfendables. Quand il dit je déracine l'arbre de la laïcité, je scie l'arbre de la laïcité avant qu'il soit mis en terre.
Mes frères, je l'aime, ongle Zébec, qu'il soit de Saint-Denis ou de Molenbeek. Molenbeek, c'est le faubourg de Bruxelles, d'où sont partis les attentats de 2016 et qui a un nid d'islamisme et de terrorisme. Ça pose quand même problème. On ne peut pas tout abriter derrière l'art ou la liberté d'expression.
Et il est invité parce qu'il est devenu une figure engagée à gauche, c'est ça ?
Bien sûr. On dit du côté des verts que c'est pour son engagement social, très à gauche, notamment lors du dernier conflit sur les retraites, et plus globalement pour la manière dont il s'adresse à la jeunesse des banlieues, qu'on le fait venir. Mais on ne peut pas considérer qu'il n'y a qu'un bon Médine et pas un mauvais Médine.
Mais tout le monde se réveille sur la présence de Médine après un tweet jugé antisémite. Ces prises de position que vous évoquez là ont régulièrement fait la une, j'allais dire de l'actualité, pas vraiment, en tout cas suscité une forme de polémique. Mais cette fois-ci, ça s'est emballé après des propos sur une éditorialiste, une essayiste qui s'appelle Rachel Kahn. Voilà, c'est ça. Effectivement, c'est ce qui a mis le feu aux poudres au cœur de l'été. Et ce tweet-là, dans lequel il parlait, je ne sais plus comment il disait, de... Reste comme paix, effectivement, est absolument indéfendable parce que factuellement, c'est antisémite.
Et à partir de ce moment-là, même s'il s'en est défendu, même s'il s'en est excusé, ça a été le début de la polémique qui n'a cessé d'enfler. Qui dit polémique, dit entrer dans la polémique toute la fachosphère, dit entrer dans la polémique ensuite de la majorité. Clément Beaune, par exemple, le ministre des Transports, a demandé à Europe Écologie Les Verts de désinviter Medine, en disant que franchement, sa place n'était pas là. Donc la polémique, depuis, n'a cessé d'enfler. Et Europe Écologie Les Verts n'a pas parvenu à la contenir. C'est là où c'est un petit peu problématique. Sur ces propos, je pose la question directement, sont-ils antisémites ?
Lui dit non, ce ne sont pas des propos antisémites. Si j'ai choqué, je m'en excuse.
Il est assez adepte, justement, de balancer le propos, si je peux le dire ainsi, puis après de s'expliquer, de relativiser. Vous parliez de l'affaire de la quenelle tout à l'heure, c'était en 2014. Il fait une quenelle et il nous explique à l'époque que finalement, c'est à Mediapart qu'il explique ça, lors d'un débat, que finalement, non, c'est surtout un geste anti-système, en effet, qui est utilisé comme ça et que Dieudonné ne l'utilisait pas ainsi de prime abord. Sauf que Dieudonné, il ne donne pas des propos antisémites en 2014. En 2009, il s'affichait avec Alain Soral dans une liste aux européennes. Donc Mediapart, il savait un peu tout ça.
Ça reste quelqu'un qui est très au fait de l'actualité, très au fait de ce que faisait Dieudonné à l'époque. Donc finalement, il utilise un peu ces gestes-là pour provoquer et derrière, il relativise, il s'excuse. Tout ça, Europe Écologie et les Verts le savaient. La vraie question aussi, c'est de savoir pourquoi Europe Écologie et les Verts s'évertuent à vouloir l'inviter, y compris après son tweet sur Rachel Kahn.
C'est un peu se tirer une balle dans le pied, si je peux le dire ainsi, parce que l'année dernière, il y a une étude qui est sortie qui est très intéressante et qui nous explique très factuellement que Europe Écologie est un parti où justement l'antisémitisme n'est vraiment pas ou extrêmement très peu présent. C'est un des premiers partis qui luttent justement contre... Vraiment au devant de la lutte contre l'antisémitisme à gauche, mais aussi à droite parmi tous les partis. Et finalement, en venir à ça, c'est assez dingue, c'est contre-productif et il tombe un peu dans un piège qui se sent...
Alors lui s'en défend, ses fans s'en défendent, citent des propos de chansons dans lesquels il dit que l'antisémitisme c'est un cancer qu'il faut combattre comme l'islamophobie. Ses fans rappellent aussi qu'il a été invité par le prix Nobel de la paix, Dominique Wickevé, en raison d'une chanson contre l'excision. Ils disent non, il y a un emballement médiatique, il y a une instrumentalisation de ces propos qui ont été maladroits, mais il n'est pas antisémite et il n'est pas raciste.
Oui, cette défense peut être entendable parce que c'est vrai que traditionnellement, il y a toujours un décalage entre l'intérêt des médias pour les universités d'été des partis politiques et l'intérêt réel des Français. Ce n'est pas leur sujet, mais c'est vrai qu'en fait, à minima, l'effet de cette affaire, c'est que ça a complètement cannibalisé, brouillé la recrée politique d'Europe Écologie Les Verts. On est à quelques mois des élections européennes. L'élection fétiche, si je puis dire, pour le parti écologiste, et ce parti joué sur du velours, avec la sécheresse, le climat, malgré la pression sur le pouvoir d'achat.
Les Français sont sortis de la bataille d'Ernani, la fin du monde, la fin du mois. Ça reste un sujet qui maintenant inquiète les Français, et c'est complètement oublié sur des polémiques qui passent peut-être très au-dessus des Français. Mais ça aussi, si je puis dire, installe une petite musique sur laquelle une partie de la gauche, l'Europe Écologie Les Verts, la France Insoumise. Je remondis sur ce que vous dites. On a fait une enquête pour un think tank américain qui s'appelle AJC sur l'antisémitisme.
Et c'est vrai que ce sont les sympathisants d'Europe Écologie Les Verts, de chez LR et du PS, où il y a le moins de préjugés antisémites, à la différence des sympathisants Eren, où sur quelques préjugés on est au-dessus de la moyenne, et des sympathisants de la France Insoumise, autour dequels il n'y a pas eu de dissonance sur les principaux leaders, suite aux propos de Medina.
Juste une question. C'est une polémique de l'été, où ça traduit vraiment une forme de fracture politique. Si on en parle ici ce soir, est-ce que ça raconte quelque chose d'un clivage au sein même de la gauche ?
Moi je pense que ça raconte quelque chose, c'est le reflet depuis maintenant plusieurs mois, sur tous les sujets de l'actualité, qui sont sur l'agenda politico-médiatique. Qu'est-ce qu'on voit ? On voit des divisions chez les partis de la NUPES, chez les personnalités. La police tue, le racisme systémique, l'analyse des émeutes urbaines, la question de l'État, tout ça, ça crée une musique sur laquelle, et c'était ce que nous disaient les Français de gauche au moment des élections législatives, la NUPES est un cartel électoral qui n'ira pas au-delà des élections législatives.
En tout cas depuis l'annonce de la venue du rappeur Medina il y a dix jours, les vers se déchirent, les propos jugés antisémites contre les séistes Rachel Kahn ne passent pas. Aujourd'hui, les maires écolos de Strasbourg et Bordeaux ont choisi tout simplement de bouder la rentrée politique de leur parti au Havre. Anne McIgnon et Christophe Roquet.
Ils ont choisi de ne pas aller à leur propre université d'été. Les maires de Bordeaux et de Strasbourg s'opposent ainsi à la présence du rappeur Medina, jugé antisémite. Nous avons trop de défis à relever pour nous disperser dans de vaines polémiques. Soyons clairs, l'antisémitisme d'où qu'ils viennent est une infamie à combattre. La venue du rappeur a été annoncée il y a plus de dix jours. Depuis, le parti se déchire. Les journées d'été des Verts, c'est ni un tribunal, ni une tribune pour M. Medina. Vous voyez, donc le rôle des écologistes, il doit être assez fort. Et je le dis parce que je suis assez claire dans mes propos. Nous devons déprogrammer M. Medina dans nos journées d'été.
Medina, un invité controversé au bout prononcé pour la provocation.
En 2014, il s'affiche en train de faire une quenelle, geste jugé antisémite. Certains textes de ses chansons sont aussi pointés du doigt. En 2015, dans Don't Like, il chante crucifions les laïcars. Et il y a dix jours, nouvelle salve de critique, quand il qualifie dans un tweet l'essayiste Rashad Khan, juive et petite fille de déporté, de rescanpé. Ces mots suscitent un tollé. Medina est forcée de s'excuser.
La formule pas adaptée, qui a certainement dû heurter des personnes, et je m'en excuse, n'était pas dirigée vers sa famille, ni vers les victimes du drame de la Shoah.
Des excuses entendues par la patronne des Verts. Marine Tandelier confirme l'invitation de Medina. Ça peut être par maladresse, ça peut être par mimétisme, ça peut être par manque de culture sur le sujet, par manque de formation, par bêtise aussi, par ignorance, pour plein de raisons. Dans ces cas-là, pour moi, Medina est dans ces cas-là. Mais je vais dire, je ne suis pas sa porte-parole, je ne suis pas son avocate, c'est à lui de s'expliquer. Une invitation pas digérée, en revanche, par le reste de la classe politique.
Et moi, c'est un personnage que je n'apprécie pas du tout. Et je me dis, est-ce que les Verts et les LFistes n'avaient que ça à faire ? C'est-à-dire que parmi la masse d'intellectuels, de penseurs, d'économistes, de chercheurs, il fallait aller chercher Medina. Europe Écologie, les Verts, cherche à faire de la provocation, du buzz,
ou alors, et là c'est pire que tout, s'inscrit dans sa stratégie électorale pour draguer un électorat de quartier, ou pire, un électorat communautariste. Et c'est vrai que cette gauche-là, une fois de plus, trahit les valeurs autrefois défendues par la gauche républicaine. Mais Medina n'avait pas été choisi au hasard. Dans ses chansons, le rappeur véhicule des messages que beaucoup portent à gauche contre la stigmatisation des musulmans, les violences policières, ou encore contre le chef de l'État. En pleine réforme des retraites, Medina avait rendu visite à des salariés d'une raffinerie, en grève.
Je suis sensible à toutes les problématiques que soulève cette crise. Toutes les problématiques, qu'elles soient de précarité, qu'elles soient de violences policières. Maintenant, toutes les problématiques, c'est des choses qu'on vit dans les quartiers populaires depuis très longtemps.
La France insoumise fait bloc derrière le rappeur. Medina est aussi invitée à la rentrée du parti. Nous ne pensons pas qu'il est antisémite, nous pensons qu'il ne l'est pas. C'est pour ça que nous l'avons invité. Si nous le pensions, nous ne l'aurions pas invité. Nous pensons qu'il a beaucoup de choses à nous dire. Par ailleurs, je note dans cette polémique, le fait que c'est un rappeur, issu des quartiers populaires, que c'est à lui qu'on s'en prend. Je pense qu'il y a là-dedans une panique morale qui est créée, notamment par l'extrême droite, et sur lesquelles ensuite la Macronie, notamment, et toute la petite bourgeoisie, embrayent. Europe Écologie, les Verts a-t-il plombé sa rentrée ?
Édouard Philippe, invité par les Verts, vient après plusieurs jours de silence, de décliner l'invitation. Ce n'est pas l'annulation qui va le plus coûter aux écolos, l'annulation du maire du Havre. Si, ça raconte quand même quelque chose, là aussi.
Ça dit quelque chose, l'annulation de l'avenue d'un ministre, l'annulation d'un ancien Premier ministre, du maire de la ville, ça dit quelque chose. Ça devait être une visite de courtoisie républicaine. Ça montre que les Verts ne sont plus considérés par Édouard Philippe, au moins pour un temps, dans le cercle républicain. Rappelons que le gouvernement, par exemple, le président de la République, dialogue avec tous les partis, sauf LFI et le RN. Ils considèrent qu'ils ne sont pas dans l'arc républicain. Mais les Verts étaient dedans. Est-ce que cette affaire va les rejeter hors de l'arc républicain ?
Comme si la France insoumise, par ses positions, se comportait comme un trou noir dans la galaxie de la gauche qui attire à lui et qui dévore toute la matière politique. Quand on entend Marine Tondelier dire, en clair, qu'est-ce qu'elle nous dit ? Elle nous dit qu'il n'est pas antisémite, il est bête. Oui, elle nous dit qu'il manque de culture sur ce sujet. Ce n'est pas tellement plus respectueux pour son invité. Et si quelqu'un manque de culture et est ignorant, c'est nécessaire de l'inviter à parler devant les militants. Enfin, c'est une défense qui est extrêmement maladroite.
Et Clémence Guettet, députée de la France insoumise, qui dit, elle évoque la panique morale.
Oui, c'est ça. Comme s'il y avait, quand on combat l'antisémitisme, un réflexe de panique. Non, c'est un réflexe salutaire. Dans ce cas-là, il fallait laisser tranquille Jean-Marie Le Pen quand il a dit du rafour crématoire. Pourquoi tout le monde est moté au cul ?
Regardez cette question de Pierre Angironde. Pourquoi les propos antisémites n'ont-ils pas le même poids suivant qu'ils sont prononcés par l'extrême gauche ou par l'extrême droite ? Parce qu'on a l'impression d'une filiation directe
entre l'extrême droite politique d'aujourd'hui et ce qu'ont été les collaborateurs ou les régimes sensibles au nazisme. Quand Elisabeth Borne, avant l'été, dit le RN et l'héritier de Pétain, elle nous montre cela. Tandis que pour l'extrême gauche, comme il y a un passé pour beaucoup d'entre eux qui n'est pas du tout rattaché, bien entendu, à la complaisance envers le nazisme, on leur donne une sorte de brevet. Et on ne voit pas qu'un nouvel antisémitisme est venu par l'extrême gauche qui est lié à l'islamo-gauchisme. C'est quoi l'islamo-gauchisme ? C'est de considérer qu'aujourd'hui, la révolution anticapitaliste ne va pas se faire par les ouvriers du temps de Zola, il n'y en a plus.
Mais elle va se faire par les banlieues de l'islam, par les banlieues musulmanes. Et qu'il faut donc être conciliant, voire complaisant avec l'islamisme politique pour l'entraîner dans le combat révolutionnaire. Le rouge gagnera par le vert de l'islam. C'est ça le calcul politique de l'islamo-gauchisme. Et quand Clémence Guitté nous dit qu'il n'est pas antisémite, c'est ce que nous disait quand en 2019, Elefi a manifesté à côté du CCIF, le collectif contre l'islamophobie, dissous depuis, dans des conditions postérieures à la tragédie de Samuel Paty.
Donc on voit bien soit leur énorme erreur politique dans l'estimation de l'islamisme politique, soit leur cynisme complet dans un calcul électoral. Or, ça marche, puisque l'IFOP nous avait appris au lendemain de la présidentielle, que 69% de l'électorat qui se dit musulman avait voté au premier tour Mélenchon, 69%. L'islamo-gauchisme est un calcul politique électoral gagnant, c'est un calcul politique idéologique tragique. Les verts sont en train peut-être de tomber du mauvais côté.
C'est la même histoire, ce qui s'est passé avant l'été, entre Jean-Luc Mélenchon et le CRIF ?
Oui, bien sûr. On donne des gages à un électorat qui est très sévère à l'égard d'Israël, pour ne pas en dire plus, et tenté éventuellement par un antisémitisme, on leur donne des gages en attaquant le CRIF. Et puis juste après, on dit, non mais, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, bien entendu. C'est une tactique politique électorale extrêmement dangereuse, et en tout cas, pas du tout républicaine.
Mais payante ?
Payante, oui, dans une logique peut-être de premier tour, où on rassemble toute une série de clients électoraux dans une logique de second tour. Alors, projetons-nous sur la présidentielle, et peut-être une quatrième candidature, Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas le sujet de ce soir, mais la logique d'élimination du candidat peut être très forte. Parce que, moi, ce qui me frappe, qu'est-ce que ça raconte aussi, cette affaire de Médine ? On a vu la division de la gauche sur toute une série de sujets, quels qu'ils soient, et ça raconte aussi qu'une fois de plus, il y a un décalage béant entre le centre de gravité idéologique des élus de la NUPES, dans lesquels dominent LFI.
Il y a cette équation que font les Français, NUPES égale LFI égale Jean-Luc Mélenchon. Dans ce cadre-là, les autres parties peinent à exister. Il y a la figure de Fabien Roussel, et de l'autre côté, le centre de gravité idéologique des sympathisants de gauche, qui ne pensent pas dans une majorité qui est un racisme systémique, qui condamnerait sans doute l'invitation d'une personnalité sulfureuse, et toute une série de sujets. Il y a ce décalage de plus en plus fort, qui fait que, quid du devenir de la NUPES, et on va le voir en termes de traduction électorale aux élections européennes, où sans doute une élection de la NUPES est impossible.
Et on va en reparler dans un instant. Si on reste sur cet épisode-là, on a vu qu'il y a une partie d'Europe Écologie Les Verts qui s'est désolidarisée de cette invitation. Noël Mamère, des maires, ce n'est pas rien pour Europe Écologie Les Verts, les maires de Strasbourg et de Bordeaux. Et pas n'importe quelle maire. C'est-à-dire Jeanne Barseguian, maire de Strasbourg, et Pierre Urmic, maire de Bordeaux, qui sont quand même maires de très grandes villes, qui eux se désolidarisent de la patronne des Verts, de Marine Tondelier, qui n'a pas voulu désinviter Médine. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'eux disent, nous, on est les mains dans le cambouis. On gère la canicule. On gère la canicule.
On gère le problème de nos villes. On est dans le concret. Et vous, vous êtes dans les polémiques qui n'ont plus lieu d'être. C'est à peu près ce que disent Encreux, et pas tellement Encreux d'ailleurs, ces deux maires. C'est presque dévastateur à un moment où Europe Écologie avait tout pour aller bien. C'est un parti qui, après avoir été hyper divisé et plutôt assez uni, ils ont à peu près les... Et Marine Tondelier avait comme objectif de réunir un million de sympathisants pour son parti. On ne réunit pas un million de sympathisants quand on arrive sur une polémique.
Deuxième sujet, ça devait être, c'est Journée du Havre, une rampe de lancement pour les élections européennes l'année prochaine. Une façon de mieux faire connaître Marie Toussaint qui sera leur tête de liste. Marie Toussaint, ce n'est pas d'elle dont on parle. On parle de quoi ? De Médine. On parle de Médine. Est-ce qu'on parle du fond ? Est-ce qu'on parle de... Quel est le bilan des maires écolo ? Ben non, parce que du coup, ils ne viendront même pas. Est-ce qu'on parle de... Comment on va financer la transition environnementale ? Qui est un des sujets ? Ben non, on n'en parle pas. On parle quoi ? De Médine. C'est dévastateur.
Et ça veut dire que ce parti qui est habitué des polémiques et qui avait tout pour faire une très très belle rentrée se met une sacrée balle dans le pied. Noël, ma mère ancien candidat à la présidentielle écologiste qui a dit récemment, c'est dommage de voir que l'on est en train de prêter le flanc à tous ceux qui nous haïssent.
Oui, et je ne pense pas que le problème, ce relant d'antisémitisme latent au sein de la gauche, aujourd'hui, soit uniquement lié à l'islamo-gauchisme. Reprenons les conversations qu'avaient Jules Gued avec Jaurès au début du 20e. Voilà, Jules Gued avait quand même quelques propos assez antisémites. La gauche s'est faite le héros de l'antisémitisme avec Léon Blum. Et régulièrement, régulièrement, et encore récemment, il y a un peu de, justement, ce relant d'antisémitisme de fond latent, mais qui est inhérent à la société française.
L'antisémitisme n'est pas que... Oui, vous dites société française, et pourtant, ça fait écho à des choses qu'on a dites ici même sur ce plateau, lorsque l'on a parlé de la vie politique en Grande-Bretagne avec Jémy Rémy Corbyn, ou aux Etats-Unis avec Bernie Sanders, qui ont, les deux, été accusés d'antisémitisme.
Mais juillet 2022, en France, il y a une résolution qui est présentée, parce qu'on présente souvent Fabien Roussel comme le nouveau héros des valeurs de la République, mais des députés, ces députés communistes, ont signé résolution de 24 pages à l'Assemblée nationale pour demander au gouvernement, justement, de critiquer la politique d'Israël et d'Apartheid. Et de la qualifier d'Apartheid. Et il a fallu l'intervention, tout de même, de Jérôme Gage, député socialiste, et qui, lui, combat l'antisémitisme avec beaucoup de vigueur. Et il a fallu son intervention pour, justement, un peu éteindre et mettre sous le tapis cette résolution.
En fait, j'ai l'impression qu'on ne se rend pas compte aujourd'hui à quel point l'antisémitisme fait encore partie et est encore un poison de notre société en 2023, que ce soit à gauche ou que ce soit à l'extrême droite, pour revenir à la question.
L'un des arguments de la France insoumise et d'une manière générale de la gauche, c'est de dire qu'on ne fait pas le même procès lorsque Gérald Darmanin avait cité Jacques Bainville, un historien figure majeur d'Action française. On ne fait pas le même procès lorsque Emmanuel Macron avait rendu hommage au maréchal Pétain en disant qu'il a été un grand soldat de la Grande Guerre. C'est une réalité. Est-ce qu'ils ont raison de dire qu'il y a un deux poids deux mesures sur les critiques et les procès en antisémitisme ?
Macron avait rendu hommage non au maréchal Pétain, mais au général Pétain, pour essayer de distinguer. Il n'était pas le premier à essayer de distinguer les deux. C'est très compliqué, vu la présence noire dans l'histoire de France du maréchal Pétain. Mais rappelons que celui qui a fait fleurir la tombe du maréchal Pétain à Lille-Dieu pendant des années, c'est François Mitterrand. Vous voyez l'ambiguïté qui était quand même assez répandue. Quant à citer un historien très contestable, notamment aux obsèques de Jacques Bainville, on a tenté de lyncher Léon Blum, justement. Et inviter quelqu'un dans une tribune politique, ce n'est pas tout à fait la même chose.
Sur la question de l'antisémitisme, quand même, on a une très forte majorité de Français qui sont inquiets, qui sont prêts à se mobiliser. Mais c'est vrai qu'on n'est pas sur une logique électorale où on va seulement voir la majorité. On a en gros, dans cette enquête IFOP-AGC, 20 à 25 % des Français qui adhèrent à des préjugés sur les Juifs de France, qui auraient trop de pouvoirs dans le domaine, des médias à 24 %, qui seraient plus riches, 30 %, que la moyenne des Français. Ça a été le levier majeur du gang des barbares vis-à-vis d'Ilan Halimi. Il est juif, donc il a de l'argent. Donc sa famille, comme les Juifs sont unis entre eux, d'exit ce gang, va chercher à le défendre.
Donc on a une minorité, certes, mais ça fait beaucoup de monde dans une logique d'extrapolation. C'est majoritaire dans le sous-échantillon de Français de confession musulmane. Et comme je le disais, ces préjugés sont surreprésentés chez les sympathisants du Rassemblement national et chez les sympathisants de la France insoumise.
Il est populaire, Médine ?
Il est très populaire, Médine. Et je pense qu'il faut aussi qu'on se rende compte que la dimension aujourd'hui de Médine, elle est vraiment... Voilà, il jouit d'une popularité dans les quartiers, mais pas que aussi dans la jeunesse, y compris dans la jeunesse des grandes villes. On écoute beaucoup les chansons de Médine. Voilà, il fait partie aujourd'hui des rapports qui sont le plus écoutés sur les plateformes. Donc il faut aussi...
Et il s'engage politiquement, ce qui est assez...
Et en plus, il s'engage politiquement. Donc forcément, les partis politiques de gauche ont envie de se saisir de lui. Il faut quand même ne pas... Il faut noter le petit théâtre politique qui s'est joué dans cet effet. C'est-à-dire qu'il est invité par Europe Écologie, il est vert, il y a la polémique, hop, on apprend quelques jours après qu'il est invité aussi aux universités d'été de la France insoumise. Et que n'a pas-t-on appris ces derniers jours, c'est qu'il sera aussi à la fête de l'humanité. Donc il y a une envie un peu...
Donc en fait, il y a un petit débat, pardonnez-moi, je vous ai coupé, mais il y a un débat au sein d'Europe Écologie des Verts qu'il n'y a pas du tout à la France insoumise et qu'il n'y a pas du tout auprès des organisateurs de la fête de l'humain, à savoir le PC ?
Alors, sur la France insoumise, clairement, il y a quelques personnalités, mais c'est très difficile aujourd'hui d'exprimer une position claire et qui va à l'encontre de la direction du parti. Il y a quelques personnalités qui s'en inquiètent sous couvert de off. Donc on peut en discuter avec eux et justement, ils sont assez mal à l'aise, notamment sur le tweet qui a visé Rachel Kahn. Chez les écologistes, il y a une vraie colère de bien des élus. Alors, Jeanne Barseguin, là aussi, ça s'explique notamment parce qu'il y a une forte communauté juive à Strasbourg et qu'elle avait déjà été mise sous pression à l'époque et critiquée à Strasbourg.
Et donc forcément, c'était évident qu'elle allait ne pas venir. Elle a appelé par trois fois Marine Tondelier. Ils se sont eus trois fois cette semaine pour justement en discuter. Et Marine Tondelier a dit, ok, je comprends parfaitement, etc. Donc aujourd'hui, pour revenir à votre question sur Médine, oui, il dit quelque chose d'une jeunesse et on sait très bien que notamment Jean-Luc Mélenchon, il fait partie des favoris de la jeunesse française aujourd'hui. Donc il ne veut pas passer à côté de ça. Les députés insoumis non plus. Et donc forcément, Médine est un, pardonnez-moi l'expression, est un outil politique que souhaite et que veut la France insoumise.
Il dit, je prends, Médine, il dit, je prends des positions aussi, des positions politiques qui sont clivantes. Cela me donne une légitimité pour m'exprimer.
Il a le droit de prendre des positions politiques clivantes. Mais au-dessus des positions politiques, il y a la loi républicaine, il y a l'éthique, il y a des frontières qu'on ne peut pas franchir parce qu'il n'est plus question d'opinion quand on est dans l'antisémitisme. Il est question de délit. Donc on peut faire des pas de côté, mais il faut faire attention. Pourquoi Les Verts n'invite-t-il pas un autre rappeur, Aurel San, pour parler de la situation des femmes ? Il a été critiqué il y a des années pour des paroles rudes et misogynes. On pourrait l'inviter en considérant que lui aussi, il est à rédemption et qu'on veut discuter avec lui.
À moins que Marine Tondelier considère qu'il est lui aussi ignorant et qu'il faut faire son éducation. Non, c'est absolument indéfendable. Et ils se sont mis dans une situation politique qui va leur coûter cher parce que non seulement les thèmes écologiques passent complètement à la trappe, alors qu'ils devraient être les rois de cette rentrée politique vu l'actualité climatique du monde entier. La présentation de la liste aux Européennes et l'engagement d'une liste pour les Européennes, là aussi, ça va passer à la trappe. Et bien entendu, ça renforce aussi ce sentiment d'emprise psychologique de LFI sur les Verts, surtout leurs partenaires de la NUPES.
Il y a une personne qu'on n'a pas vraiment entendue sur ce sujet, parce qu'on parle des Européennes, mais il y a les sénatoriales qui arrivent à la rentrée aussi. Et il y a un Yannick Jadot qui est forcément opposé à l'avenue de Bédine, qui n'a pas vraiment parlé encore aujourd'hui. Et que cette affaire aujourd'hui peut plomber, en tout cas à Paris, ça ne va pas être accepté. Ils s'en inquiètent, il va falloir qu'on l'entende sur ce sujet, je crois.
Il est hors de question qu'ils annulent cette invitation à ce stade ?
Ils y ont réfléchi cette semaine, Marine Tondelier et ses équipes, ils ont hésité. Et puis finalement, en tout cas c'est ce qu'ils m'ont raconté, ils ont dit ce qui est fait est fait et on va lui demander de s'expliquer.
Que dit Sandrine Rousseau ?
Sandrine Rousseau, elle en tout cas, veut débattre avec lui. C'est ce qu'elle a dit, mais en tout cas elle considère que le tweet à l'égard de Rachel Kahn est antisémite.
Rachel Kahn dit en gros qu'il s'attaque à ce que je suis, c'est-à-dire qu'il est ce que je défends, une forme d'universalisme.
Oui bien sûr, c'est évident. Et puis il s'attaque à travers elle, à sa famille qui a disparu dans les camps. Donc ce jeu de mots n'est absolument pas...
Il n'y a pas de doute sur le fait que ce soit des propos antisémites ? Il n'y a absolument pas de doute.
Donc s'il s'excuse, ce n'est pas simplement pour avoir été maladroit, il doit reconnaître qu'il a commis un tweet antisémite. Oui, et tous ces débats, mais quel décalage avec ce que les Français attendent d'un parti politique au moment d'une université d'été qui a un temps de formation ?
Déjà ils n'attendent pas les universités d'été.
Il ne s'y intéresse pas, mais quand on interroge les Français, qu'est-ce qu'on attend d'un parti politique ? C'est qu'il s'oppose au gouvernement, s'il a un parti d'opposition, qu'il dresse des constats sur l'état de la société et, s'il est un parti d'opposition, qu'il propose une offre programmatique alternative. Est-ce qu'inviter Médine avec toute cette polémique répond à cette attente prégnante des Français ? Je ne le pense pas.
Et une fois de plus, Europe Ecologie Les Verts jouait sur du velours dans le contexte de cet été caniculaire, du niveau d'inquiétude des Français, de la question de l'eau, qui avait été évoquée pour la première fois, qui avait été préemptée positivement par Jean-Luc Mélenchon avant le début de la campagne présidentielle. Là aussi c'est une occasion ratée, puisque l'écume médiatique, l'inquiétude des Français, je pense qu'il n'y a aucune minorité seulement de Français qui souhaiterait voir Médine prendre la parole dans ce cadre-là.
Tout ça met la gauche une fois de plus sous l'été noir, plutôt qu'après cette séquence des retraites où elle a été extrêmement visible, elle n'a pas pris le point, si je puis dire, la met une fois de plus dans cette guerre des trois blocs par rapport au RN, par rapport au bloc central, en difficulté par rapport aux autres blocs.
– Si on fait un petit écho avec la polémique sardou, est-ce qu'on est à un moment donné, non mais oui, mais est-ce qu'on est à un moment où les chanteurs, les comédiens sont de retour dans le débat politique ? Les rappeurs ?
– Les rappeurs, l'autre truc, pardon.
– Pardon, moi je ne le pense pas. Je pense que ce sont deux polémiques très différentes et qui arrivent et qui naissent à un moment où l'actualité est calme, et du coup elles prennent beaucoup plus ampleur qu'elles n'auraient à en prendre. Simplement la polémique médine, à mon avis, illustre, mais de façon stabilo-bossée, la querelle entre la gauche universaliste et la gauche différentialiste. – Alors expliquez-nous, universaliste et différentialiste ? – La gauche universaliste, c'est la gauche qui pense que la loi doit être la même pour tous.
Et la gauche différentialiste dit qu'effectivement, pour mener des combats, il faut prendre conscience qu'il y a des minorités et que ces minorités-là doivent être traitées de façon spécifique pour obtenir des droits. C'est ça qui se passe. Et on voit bien qu'à Europe Écologie-Les Verts, bon clairement la France insoumise par exemple est une gauche différentialiste, Europe Écologie-Les Verts, vous pourriez peut-être le dire de façon encore mieux que moi, mais est traversée par ces deux courants. – Aline Cadolay-Donson. – On s'oppose, Aline Cadolay-Donson et Aline Rousseau. – Voilà, et c'est ça qu'on voit, qu'on voit se faire jour aujourd'hui avec cette polémique.
– C'est un débat au sein de la gauche et au sein de la société plus généralement ou pas ? Ou est-ce que c'est un débat idéologique interne ?
– C'est un débat au sein de la société, c'est un débat au sein de la jeunesse, notamment le droit de les rationnels. – C'est un débat qui est rationnel. – Et la fracture l'illustre est bien, c'est un vrai problème. L'universalisme républicain doit en ce moment se soucier de se relégitimer, de se remettre en marche pour reconquérir les générations qui viennent et notamment les générations de votants. Tout ça dans une crise plus globale de la démocratie. – Olivier Perron ? – Oui, je suis assez d'accord avec ce que vous disiez tout de suite.
C'est-à-dire que la gauche est vraiment traversée, et peut-être c'est un autre propos que vous teniez un peu plus tôt, la gauche est vraiment traversée par des divisions, mais ces divisions ne sont pas anecdotiques. c'est-à-dire qu'elles portent sur des sujets qui sont cardinaux et fondamentaux. L'antisémitisme, le féminisme, on peut revenir sur l'affaire Cattena.
– On va en parler dans un instant si vous le voulez bien, parce qu'on va évoquer la situation plus spécifique au sein de la France insoumise. Alors au sein de l'ANUP, la ligne Mélenchon ne fait plus l'unanimité, ses prises de bec avec les leaders de la gauche se multiplient. Il y en a eu quelques-unes, on va y revenir cet été avec Olivier Faure. Et en interne, de la France insoumise, la succession à Jean-Luc Mélenchon est désormais évoquée. parmi les prétendants, François Ruffin, député de la Somme, qui a déjà, à bas bruit, lancé sa campagne pour la présidentielle. Aubrey Perrault, Juliette Vallon et Arnaud Faura. – Lorsqu'il est invité sur les plateaux, François Ruffin vient comme député.
Mais de plus en plus, c'est sur une autre fonction qu'il est interrogé.
– Si vous étiez au pouvoir, est-ce que vous accepteriez de rencontrer les représentants de Taïwan ? – Je verrais bien. – Candidature 2027, est-ce que c'est possible ? – Oui, c'est possible. – Et si c'était lui ?
À quelques jours des rentrées politiques, certains veulent voir en François Ruffin un possible successeur de Jean-Luc Mélenchon. – Et vous êtes là depuis des événements. – Lui qui a labouré le terrain en cette année de grande colère sociale.
– Vous prenez des notes, j'ai remarqué quand vous parlez. – Oui, pour me concurrencer. – Pourquoi ? Parce que tout ça, moi je veux, quand je suis à l'Assemblée ou quand je suis dans les médias, savoir pour qui je parle. Et je sais pour qui je parle.
– Ici, en pleine réforme des retraites, en style à sa propre carrière, l'élu joue les modestes, mais ne ferme pas la porte.
– Quand je vois les gens qui viennent m'entourer prendre des selfies, tout ça, je ne peux pas nier que quelque part, ça m'émeut. – Voilà, parce qu'il y a un truc de communion, je suis bien au milieu des gens, ça oui, pour l'avenir on verra.
– Au printemps, le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a semblé et adoubé le député de la Somme à l'occasion d'un sondage pour 2027.
– Magnifique sondage cluster, François Ruffin et moi passons la barre des 20% et accédons au deuxième tour. François est prêt, en avant.
– Alors, encouragement ou cadeau empoisonné ? – Quelques mois plus tôt, le député avait été écarté des instances dirigeantes du parti.
– Est-ce qu'on n'a tout simplement pas voulu écarter tous ceux qui pouvaient avoir des ambitions pour 2027, ou ceux qui ne sont pas toujours d'accord avec le chef ? – Ça me paraît de l'ordre de l'évidence, maintenant vous savez… – De l'évidence, c'est une évidence, on a écarté ce qui avait des ambitions. – Une évidence.
– Ruffin se démarque, Ruffin agace les siens, notamment lorsqu'il se dit social-démocrate.
– Je blaguais avec les socialistes, je leur disais, le problème c'est que ça fait des décennies que vous n'êtes plus ni sociaux ni démocrates. Moi je le suis, je prends l'expression au sérieux.
– De la théorie aux prises de position très concrètes, François Ruffin avance à contre-courant.
– Moi je ne suis pas sans frontière, je suis partisan qu'on puisse choisir, qu'on puisse décider ensemble de qu'est-ce qu'on fait sur le terrain de l'immigration.
– Immigration ou économie, l'insoumis insiste sur des thèmes trop longtemps délaissés par la gauche selon lui, s'adresser surtout aux territoires ruraux tournés vers le RN.
– On est dans des terres qui ont été le creuset du socialisme et du communisme pendant un siècle, et j'entends parfois que ce sont finalement des territoires qui n'ont jamais accepté la démocratie et la République, donc ça serait presque naturel qu'ils se tourneraient vers le Rassemblement National. – Pour moi, j'entends un certain nombre de signes qui sont des signes d'abandon.
– Le député qui a troqué le t-shirt pour la chemise, les coups d'éclat pour un ton plus calme, n'est-il pas trop isolé ? Sur son blog, il prend la peine de préciser.
– Sur le fond, c'est en gros dans la continuité des positions de Jean-Luc Mélenchon.
– Car le chef reste pour l'instant le chef, rappelle le patron du parti.
– Je ne vois pas pourquoi ici, si vous voulez, je ferais comme si Jean-Luc Mélenchon n'était pas une figure, une référence, quelqu'un qui a permis à notre famille politique de passer de zéro député et 11% à la présidentielle en 2012 à 75 députés et 22% des voix à l'élection présidentielle en 2022.
– La figure de Jean-Luc Mélenchon, toujours aussi présente. Aux journées d'été des Insoumis ce week-end, l'ancien et peut-être futur candidat sera bien là, au milieu de nombreux candidats à la succession. – Alors nous allons revenir sur François Ruffin, mais quand même un mot sur Jean-Luc Mélenchon. On parlait d'antisémitisme. Évidemment, c'est des accusations qui le rendent dingue, Jean-Luc Mélenchon. Qu'en dites-vous, Christophe Barbier ? – C'est très compliqué. – Comment est-ce qu'on peut imaginer, en rappelant qu'il est républicain, qu'il puisse prêter le flanc à ces critiques-là, Jean-Luc Mélenchon ?
– Oui, c'est le parcours personnel de Jean-Luc Mélenchon, qui est né en Afrique du Nord, qui est arrivé dans la métropole et qui a eu l'impression de devenir, lui, le bougnon à son tour. Donc par rapport au racisme, il a toujours été très sensible. Et son républicanisme fait qu'il se révolte chaque fois qu'on le soupçonne de cela. Mais on ne peut pas ne pas prendre en compte le Mélenchon électoral, tel qu'il développe la France Insoumise depuis un certain nombre d'années, et qui fait qu'il a fait preuve d'indulgence envers des gens qui étaient par leur position au bord de l'antisémitisme. La manière dont il défend Médine avec ses tweets en ce moment, ça n'est pas possible.
Ça n'est pas possible si on rapporte cela au brevet républicain que Jean-Luc Mélenchon incarne il y a encore une dizaine d'années. Il y a quelque chose qui ne colle pas entre les valeurs du Jean-Luc Mélenchon jusqu'en 2008-2012 et ce que Jean-Luc Mélenchon peut tenir comme propos, et notamment dans ses tweets, depuis. Il y a quelque chose qui ne va pas que moi je mets au débit d'un électoralisme. Il veut avoir le vote d'une certaine France et il pense qu'il ne peut avoir ce vote qu'en étant dans cette forme de complaisance. Ça l'amène à des circonvolutions et à des acrobaties lexicales qui ne me semblent pas très grandioses. Frédéric Dhabi ?
Oui, il y a une véritable dissonance entre ce parcours et puis toute une série de déclarations plus ou moins fortuites, plus ou moins fortes, qui font peut-être système et accréditent ce soupçon tel que l'a vécu en Angleterre Corbyn. C'est vrai que lorsqu'il dit très récemment que le patron du CRIF est d'extrême droite, lorsqu'il parle du grand rabbin d'Angleterre responsable de la défaite des travaillistes, l'associant au Likoud, lorsqu'il parle de la présidentielle et quelques jours avant, je vous dis les choses de manière incorrecte, veuillez m'en excuser, qu'il y a toujours un attentat, un accident pour troubler le jeu électoral.
Il y a quand même une référence à ce qui s'est passé en 2012 à Montauban et à Toulouse. Tout ça accrédite cette idée qu'il cherche un autre électorat. Lorsqu'il prend la parole sur la visite du Premier ministre indien Moody venant pour le 14 juillet, et le seul angle qu'il utilise, c'est que c'est un islamophobe, tout ça peut prêter le flanc sur lequel il envoie des signaux à un certain électorat. Alors voilà, on n'est pas là pour sonder les consciences loin de là, mais c'est vrai qu'il y a ce double parcours, un parcours républicain exemplaire, la proximité avec Chab, dont il s'est, il faut le dire, bien éloigné sur le plan du discours et des idées.
Il n'arrête pas sa campagne en 2012 au moment des attentats commis par Mohamed Mera. Il ne vient pas à la cérémonie qui rassemblait tout le monde à Toulouse. Donc il y a quelque chose qui est difficile à expliquer, à comprendre, quand on voit la globalité du parcours de Mélenchon.
Que pense Jean-Luc Mélenchon de François Ruffin ? Il lui préférerait Adrien Quatennens, non ? Et si on revient avant de peut-être aller sur les questions de succession sur cette polémique qui nous occupe ce soir, François Ruffin, il a dit quoi sur Médine ? Rien, rien.
Rien, rien, rien. Il n'a pas pris la parole. Alors c'est à la fois peut-être malin et à la fois un peu triste, justement, parce que sans doute qu'il a quelque chose à dire. Il pourrait s'indigner ? Il pourrait s'indigner, prendre un pas de côté supplémentaire par rapport à justement la ligne qui est défendue par Jean-Luc Mélenchon et le parti, parce que c'est ce qu'il fait depuis quand même plusieurs mois, François Ruffin. Je vais briser un mythe. Allez-y. Jean-Luc Mélenchon n'a jamais considéré Adrien Quatennens comme son successeur potentiel. C'est un mythe qui a été construit un peu.
Ce n'était pas le fils préféré.
Ce n'était pas le fils préféré. Jean-Luc Mélenchon, c'est... Alors, c'est Benoît Payan, le maire de Marfay, qui m'avait dit ça. Jean-Luc Mélenchon, c'est un socialiste de la pierre et l'espèce. C'est un mythe érandien. C'est-à-dire qu'il adore justement donner des gages et des brevets.
C'est un admirateur et un adorateur de Mitterrand qu'il appelle le vieux. Exactement.
Et donc, il dit un jour à Mathilde Panot, un jour à Manuel Bompard, un jour à Adrien Quatennens. Et peut-être, d'ailleurs, il l'a dit aussi à François Ruffin dans un tweet il y a quelques mois. Il a tout pour être mon successeur. Donc, finalement, ça divise. À la fin, la jeune garde se prend le bec et il arrive en sauveur. C'est moi qui vais un peu... Donc, finalement, voilà. Par contre, François Ruffin, Jean-Luc Mélenchon le craint. Et c'est ce qui explique pourquoi il est sorti publiquement pour dire que François Ruffin avait toute légitimité à lui succéder. François Ruffin, il a une envie chez lui qui est justement de mener cette bataille et d'incarner.
Donc, finalement, oui, Jean-Luc Mélenchon a une certaine crainte de...
Parce qu'il veut y retourner, c'est ça que je t'entends.
Oui, c'est un animal politique qui...
Non, mais parce qu'on avait compris que c'était fini. Il avait dit « faites mieux » dans un très beau discours. Il avait terminé comme ça. Ils ont fait mieux, allez-y.
Sans doute, il regrette ses propos.
Ah oui ?
Oui.
Est-ce que cette rentrée va voir imploser, exploser la NUPES ? Je revenais sur des moments de tension entre le Parti Socialiste, entre Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon cet été. On voit ce qui se passe avec la polémique autour de Médine. Vous avez très brièvement expliqué toutes les polémiques qu'il y a eu récemment, après les émeutes urbaines, au moment des retraites. Cet édifice est-il vraiment fragilisé ou est-ce que c'est le coup de chaud de la fin d'été ? Les deux. Les deux, ok. Oui, il est fragilisé parce qu'effectivement, quand on voit les fractures comme ça étalées au grand jour, ce n'est pas quelque chose qui est facile à vivre et qui vous renforce.
Mais après, une fois qu'on a dit ça, qu'est-ce qui peut se passer ? Enfin, je veux dire, objectivement, la NUPES, c'est vrai que c'est un alliage, on l'a déjà tous écrit, un peu brinque-ballant. Mais, premier constat, à l'Assemblée, ça fonctionne. Je veux dire, l'intergroupe fonctionne, les gens se parlent, travaillent ensemble, etc. Et ça fonctionne plutôt bien. Sur les retraites, ça a fonctionné moyen quand même ? Oui, mais... Sur la stratégie ? Globalement, ça n'a pas explosé. D'accord. Et l'intergroupe a tenu. L'intergroupe avait pris des positions qui, ensuite, ont été totalement, pas du tout, enfin, complètement contredites par Jean-Luc Mélenchon.
Mais globalement, ça tient à l'Assemblée. Là où ça ne tient pas, c'est au niveau des partis. Et on sait que Europe Écologie, qui fait 15%, enfin, 13% aux européennes, ne veut pas faire une liste commune avec Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, qui n'en fait que 6. C'est ça le souci. Après, tous les militants et tous les sympathisants des partis de gauche, eux, sont pro-NUPES. Donc, quelque part, quand vous avez tous vos militants, tous vos sympathisants qui vous crient sur tous les tons, unissez-vous, parce que nous, on en a marre, au bout d'un moment, les chapeaux à flume sont tenus par cette promesse d'unité qu'ils ont faite à leurs sympathisants.
Je ferai une micro-distinction entre militants et sympathisants. Les militants, c'est complètement vrai. C'est vrai qu'il y a cette idée qu'avec ce cartel électoral, le pire a été évité aux élections législatives. On entendait un insoumis dire « nous avons gagné le premier tour », ce qui ne veut rien dire, mais c'est une manière de créer une sorte de récit. Par contre, du côté des sympathisants, notamment des écologistes, notamment des communistes, on a quand même l'idée que ça ne tient plus sur toute une série de sujets. Et puis, il y a l'incarnation de la NUPES. L'incarnation majeure, c'est Jean-Luc Mélenchon.
Dans une enquête faite il y a quasiment un an, il y avait deux tiers des Français qui considéraient qu'il était un handicap pour que la gauche prenne le pouvoir. Et ce n'était que 40% chez les sympathisants de gauche, mais 40% à gauche il y a un an. C'est quand même un bloc non négligeable. Et puis, il y a aussi le côté de plus en plus imprévisible, incontrôlable de Jean-Luc Mélenchon, qui est peut-être mal vécu. Il se dit retiré, mais on sent qu'il contrôle tout. Il y a tout. Et votre analogie avec François Mitterrand après sa deuxième défaite de 1974 à l'élection présidentielle, elle est très pertinente parce que c'est exactement ce que fait Jean-Luc Mélenchon.
Tenez-vous prêt pour François Ruffin, pour Mathilde Padeau. François Ruffin peut être son nouveau regard. Et finalement, il veut peut-être y aller.
Frédéric Dhabi, il n'y a pas que la France insoumise à gauche. Il y a des gens à gauche de l'ancien parti socialiste, issus du parti socialiste qui ont des ambitions. Je pense à Bernard Cazeneuve qui, dès qu'il le peut, dit tout le mal qu'il pense de Jean-Luc Mélenchon. On est déjà dans cette guerre interne à gauche ?
Bien sûr. Elle est lancée. Elle est lancée depuis que la NUPES a fracturé ce bloc. Maintenant, pour venir dépasser au premier tour d'une présidentielle Jean-Luc Mélenchon, il faut avoir une structure, il faut avoir l'opinion derrière vous. On ne voit pas pour l'instant de présidentiables, ni au PS, ni chez les Verts, qui puissent concurrencer Jean-Luc Mélenchon ou ses héritiers. Donc on a une mélenchonisation de cette gauche. Alors les militants, les sympathisants peuvent adhérer, mais au-dessus, il y a les électeurs, les Français. Et le problème de cette gauche radicalisée, mélenchonisée, c'est que chaque fois qu'elle gagne un électeur, il y en a au moins un et demi qui dit « jamais eux ».
Et que dans un second tour, ça sera tout sauf Mélenchon ou tout sauf Ruffin. Et en ce moment, c'est en train de faire le bonheur dans les pronostics de Marine Le Pen.
Vous mettez un signe égal entre Ruffin et Mélenchon ?
Non. Pour l'instant, Mélenchon a deux parties. Et sur le fond, il a une identité. Mélenchon, c'est la radicalité dans toutes ses dimensions. François Ruffin envoie des messages un peu troublés, comme l'artiste qu'il est d'une certaine manière, parce que c'est un cinéaste, c'est quelqu'un qui a une vision plus littéraire de la politique. Quand il dit « je suis social-démocrate », qu'est-ce que ça veut dire ? Social et démocrate, mais quel message ça envoie à une gauche plus radicale ? Il risque de perdre plus sur sa gauche qu'il ne gagnera vers sa droite. Donc pour moi, son identité n'est pas encore affirmée, claire. Le projet ruffiniste pour la France, je ne le vois pas.
Et puis la maîtrise d'un appareil politique, parce qu'il en faut des gens pour coller des affiches, organiser des meetings, et le financement d'une campagne, je ne le vois pas du tout.
Et on parle de la gauche, mais la campagne présidentielle, visiblement, va être lancée ce week-end avec, à droite, sur l'électorat de droite, Gérald Darmanin, qui a été adoubé par Nicolas Sarkozy et qui a fait quelques allusions à la prochaine bataille. On est déjà, ça peut paraître lunaire pour les gens qui nous regardent, on est déjà dans cette bataille-là, parce qu'avant, il y a les sénatoriales et les européennes.
Oui, et puis je m'interroge vraiment, est-ce que les gens, les Français vont vraiment être hallucinés ? On n'a pas vraiment eu de campagne en 2017, on n'a pas vraiment eu de campagne en 2022. Donc finalement, c'est aussi ça, les restes de ces manques de campagne, c'est qu'aujourd'hui, il y a la politique qui se joue. La gauche, même si les sondages disent le contraire, la gauche est en train de récréer quelque chose avec la NUPES, qui est un objet un peu étrange. C'est-à-dire que les partis étaient très contents, notamment les Verts et les socialistes étaient très contents de la trouver en 2022 et aujourd'hui, on voit qu'ils essayent de s'en détacher, y compris Jean-Luc Mélenchon.
Mais en tout cas... Y compris Jean-Luc Mélenchon, il n'en veut plus de la NUPES. Mais il ne sait pas qu'il n'en veut plus, c'est que ça le bloque quelque part, ça l'oblige. Il voit bien que finalement, ça ouvre des perspectives à autre chose que Jean-Luc Mélenchon pour 2027. On a très tôt parlé de primaire à gauche et il y a des personnes qui s'engouffrent, je pense notamment à Jérôme Gage dont on parlait tout à l'heure. Donc il y a des ambitions qui s'aiguisent et il y a un trésor de guerre, parce qu'il faut le rappeler, qui est celui de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, puis des législatives, parce que les Insoumis, c'est le groupe numériquement le plus fort à gauche.
Donc il y a un trésor de guerre à avoir pour la campagne de 2027.
Juste avant 2027, revenons à une forme de pragmatisme. Les sénatoriales et les européennes, ils ont quelque chose à jouer ?
Les Insoumis, absolument pas aux élections nationales. D'ailleurs, ça a été l'objet des échanges de tweets cinglants devant tout le monde, si je puis dire, entre Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure. Écris-moi, appelle-moi, parle plutôt à Mathilde Panot et à Bompard. Et puis, bien sûr, des élections européennes. Alors, les sondages ne veulent pas dire grand-chose 9 mois en 20 avant, mais ce qui me frappe, c'est que lorsque l'on fait une hypothèse, liste NUPES unique, elle fait un socle qui est non négligeable, elle pourrait peut-être arriver en tête, mais c'est 8 à 10 points de moins que tester les différentes, les 4 listes séparées.
Ça en dit long sur ce que vous disiez, Christophe, c'est-à-dire un bloc NUPES-LFI qui peut être très fort, mais un rejet qui l'empêche d'embrasser et de couvrir toute la gauche. On a deux logiques différentes pour LFI. C'est qu'au sénatorial, comme ils ont eu très peu d'élus aux élections municipales, donc ils ont peu de grands électeurs, le PS et les écolos ne vont pas leur faire de cadeau, d'offrir de siège. Aux européennes, c'est sur le fond qu'il n'y a rien de commun entre des fédéralistes chez les Verts, des européistes convaincus au PS et des anti-européens acharnés chez LFI. Donc l'union, elle n'est pas possible.
La machine électorale avec son hypocrisie et ses compromis qui a fonctionné en législative, elle ne peut pas être répercutée. Elle ne le sera pas non plus, à mon avis, aux municipales, dans de nombreuses villes. Donc ça va faire arriver la NUPES très cabossée au moment de la présidentielle. Mais ça a été le cas dans le quinquennat précédent. Les polémiques sur Mélenchon, les élections intermédiaires difficiles, elles ont eu lieu. Et qu'est-ce qui s'est passé au début de l'année 2022 ? Anne Hidalgo s'est effondrée. Roussel, en en faisant pourtant une bonne campagne, a fait un très mauvais score. Et c'est Mélenchon qui a raflé la mise.
Peut-être regarde-t-il ce qui se passe ailleurs en Europe avant ces européennes ? Parce que la gauche, au moins qu'on puisse dire, n'a pas forcément le vent dans le dos. En Europe, c'est l'extrême droite qui gagne du terrain. En Allemagne, lors des toutes dernières élections locales en juillet, mais aussi en Espagne, au Danemark. En Suède aussi, à Stockholm, où le parti des démocrates de Suède, ouvertement anti-islam, voit même ses militants brûler le Coran. Thibault Grosse, Erwann Hélion.
L'image a été partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Le 31 juillet dernier, devant le Parlement suédois, un homme brandit le Coran en flamme. Ce n'est pas le premier autodafé commis par Salwan Momika. Le 28 juin, à l'occasion de la fête de l'Aïd, ce réfugié irakien piétine, puis brûle plusieurs pages du texte sacré de l'Islam devant la mosquée de Stockholm. L'événement est autorisé, et même encadré par la police, sous les yeux de pas s'en stupéfait. Cette personne a le droit de se tenir ici, devant tous ces gens, et de faire ça, ça me semble fou. La liberté d'expression, c'est très important.
Je pense que brûler un ouvrage religieux, ce n'est pas de la liberté d'expression, c'est autre chose. C'est de la provocation. Comment Salwan Momika a-t-il obtenu le feu vert pour organiser un autodafé en place publique ? Une bataille judiciaire a agité la Suède pendant des mois. Dans une interview donnée à la presse, Salwan Momika défend la liberté d'expression et les valeurs humaines suédoises, et justifie son geste. Je veux montrer au monde que le Coran est plus dangereux que les armes nucléaires. Je veux qu'il soit interdit ou que les versets sur le meurtre et l'incitation en soient retirés. Des positions extrêmes. D'origine chrétienne, cet Irakien se présente comme athée.
Avant son exil, il affirme avoir été arrêté et persécuté par le gouvernement de Bagdad, suite à sa participation aux manifestations contre la corruption en 2019. Récemment arrivé en Europe, il a adhéré au Démocrate de Suède, un parti d'extrême droite en croisade contre l'islam, et qui soutient les attaques contre le Coran, à l'image de ce député. La seule chose que je fais, c'est de défendre notre liberté d'expression, et je continuerai à le faire. Je pense qu'il convient d'être dur envers les personnes, les individus, les croyances, dont l'objectif est de limiter notre démocratie. Dans les pays musulmans, c'est le tolé. Manifestations en Iran, ou encore au Pakistan.
Drapeau suédois en flamme. En Irak aussi, la colère se déchaîne. Nous demandons à ce que ces actes soient punis. Nous sommes comme tout le monde. Si un autre livre sacré avait été brûlé, les fidèles auraient protesté, non ? Fin juillet, à Bagdad, l'ambassade de Suède est mise à sac, puis incendiée. L'ambassadrice elle-même est expulsée du pays. Stockholm menacée, jusque sur son sol. Jeudi dernier, le gouvernement décide de relever le niveau d'alerte terroriste, une première depuis 2016. Il y a plusieurs exemples de groupes terroristes qui ont appelé leurs sympathisants dans le monde entier à venger les autodafés du Coran qui ont eu lieu en Suède.
Il s'agit notamment du Hezbollah au Liban, d'Al-Shabaab en Somalie et d'Al-Qaïda. Nous devons continuer à vivre comme d'habitude. Nous protégeons notre société ouverte contre ceux qui la menacent. Nous défendons nos valeurs démocratiques. Nous nous protégeons nous-mêmes. Nous défendons notre mode de vie. Le premier ministre suédois a estimé que les autodafés demeurent légaux, mais inappropriés. Un discours d'équilibriste, alors que sa coalition s'appuie justement sur l'extrême droite pour gouverner. Aucune interdiction des destructions de textes religieux n'est à l'ordre du jour.
Votre réaction, Christophe Barbier, à ce reportage et la réponse à cette question. Toutes les religions peuvent être critiquées ou parodiées, n'est-ce pas, le propre de la liberté d'expression ?
Ah oui, bien sûr, la parodie, la critique, le droit au blasphème aussi, bien sûr. Mais brûler un livre, ce n'est pas de l'expression, c'est une action. Que ce livre soit la montagne magique de Thomas Mann brûlée par les nazis ou le Coran brûlé en Suède, c'est la même chose. Quand on passe à l'acte, ce n'est pas pareil. Exprimer une idée, après si quelqu'un se sent insulté, il y a les procès en diffamation et le débat continue. Mais agir ainsi, ça, ça n'est pas excusable. Et donc il faut que le droit des républiques, des démocraties, s'ajuste pour empêcher cela.
Et puis, au-delà même de l'aspect juridique, c'est évidemment donner des mobiles à ceux qui veulent commettre des attentats et qui veulent la fin de l'Occident. Donc n'armons pas les ennemis des démocraties.
En tout cas, on voit que c'est une extrême droite au nord de l'Europe qui assume son anti-islamisme.
Ah oui, elle le dit de manière très très ouverte, avec des succès électoraux. Ce qu'on vient de voir, ça rappelle aussi un précédent en septembre 2005 au Danemark, un autre pays scandinave, quand il y avait eu des caricatures du prophète qui avaient été après republiées en France par Charlie Hebdo. Et ça a été le début des problèmes pour Charlie Hebdo. Mais c'est vrai que dans les motivations de vote pour l'extrême droite, dans ces pays-là, l'islamisme, l'idée d'un islam conquérant et qui impacte négativement sur les modes de vie, est un très puissant levier. Et par rapport à ce que vous disiez, Christophe, sur le droit au blasphème, en France, ça fait complètement consensus.
Mais il y a un clivage générationnel de plus en plus abyssal. Complètement consensus, pas totalement le droit au blasphème. Pour une majorité. Mais de plus en plus, et notamment chez les jeunes, il y a une sorte de confusion entre le droit de se moquer de principes religieux et d'une religion sur ses différents précèdes. Alors c'est bien sûr pas brouiller des livres, c'est quand même autre chose. Et le fait qu'il ne faut pas discriminer des croyants. Et notamment chez les jeunes, dans les enquêtes historiques que l'on a menées, on a maintenant trois quarts des jeunes qui considèrent qu'il ne faut pas se moquer des religions et de leurs principes pour ne pas offenser les croyants.
Et c'est sur cette question qu'il y a un clivage générationnel de plus en plus fort. Olivier Pérou. Brûler des livres, qu'ils soient religieux non, ça s'appelle très simple, ça s'appelle le fascisme. S'attaquer physiquement à Salman Rushdie, pour ses écrits, ça s'appelait aussi du fascisme. C'est-à-dire qu'une fois qu'on a dit ça maintenant, je trouve que les autres pays nous regardent souvent, nous la France, un peu bizarrement, avec un oeil curieux.
Avec notre laïcité ?
Avec notre laïcité, les Américains nous font la leçon sur la loi de 1905. Et pourtant c'est quelque chose qui est quand même assez précieux. C'est-à-dire que ce qui s'est passé en Suède, ce n'est pas possible en France. Brûler le Coran comme ça, ce n'est pas possible en France. Néanmoins, aujourd'hui, c'est très intéressant les chiffres que vous parlez sur cette jeunesse et ce clivage générationnel, c'est que la laïcité, on ne l'enseigne plus vraiment en France. Et là, finalement très mal.
Et la raison première, et on en revient finalement à un problème qui peut traverser, on peut adapter cette question sur plein de thématiques aujourd'hui en France, c'est que l'éducation à nos valeurs civiques, républicaines, aujourd'hui, sont un peu passées à la trappe. Et on se retrouve justement avec cet étivage générationnel, au point où, aujourd'hui, finalement, il y a une jeunesse en France qui comprend un peu plus ce qui se passe aux Etats-Unis que ce qui se passe en France.
On peut se mettre à la place de ceux dont on parle, les enseignants, à qui on demande de s'emparer de ces sujets-là.
Qu'on soit clair, justement, eux n'ont plus les moyens aujourd'hui d'enseigner l'éducation civique. Enfin, j'ai quitté l'école il n'y a pas très très très longtemps, et je me souviens de cours une fois tous les 15 jours d'éducation civique. Ça existe toujours. Mais même tous les 15 jours, je ne trouve pas ça beaucoup, si vous me permettez. Christophe Barbier, un mot sur ce sujet ? On a traversé un temps républicain, à partir de la Troisième République, où tout cela était naturel. Le langage maternel de tous les petits Français, tous les petits Français, c'était l'universalisme laïque.
Et puis on se rend compte aujourd'hui qu'avec les changements démographiques, les changements aussi du système de valeurs, avec cette idée que le XXIe siècle doit être religieux ou ne sera pas, comme avait dit Malraux, eh bien, cette éducation-là, elle est à refaire. Ça n'est pas évident. Il faut s'y atteler. Ce n'est pas facile pour les enseignants. Et ils mettent beaucoup de jours dans la famille. Il faut y mettre les moyens.
Mais même la notion de la laïcité, c'est très compliqué, parce qu'aujourd'hui, elle est défendue, la laïcité, bec et oncle par l'extrême droite, notamment, peut-être un peu moins par la gauche.
– Oui, au sein de la gauche, vous avez de vrais laïcars qui rappellent la vraie définition de la laïcité. C'est quoi la laïcité ? C'est permettre à chacun d'exercer son culte, de croire dans la religion qui peut être la sienne. Mais pour qu'il puisse le faire, il faut neutraliser certains endroits, l'école, la fonction publique, etc. Il faut organiser cette vie dans la communauté nationale de religions différentes. À partir du moment où vous basculiez dans le communautarisme, chacun chez soi et on ne se parle pas, voire on se fait la guerre, vous êtes dans un autre système. – Et l'instrumentalisation de la laïcité par l'extrême droite ?
– À partir du moment où elle n'est plus défendue par la gauche républicaine, par la droite républicaine, eh bien l'extrême droite s'en empare. Comme elle s'est emparée il y a 30 ans du patriotisme parce que ça faisait mauvaise figure que d'aimer le drapeau et de son télé-martiaise.
– Juste un mot avec vous sur… Est-ce qu'on peut parler de poussée d'extrême droite en Europe ? C'est juste de le dire comme ça ?
– Oui, quand on regarde les derniers résultats électoraux, mais c'est chaque situation des pays diverses. – En Espagne ? – En Espagne, ça n'a pas été vraiment le cas. Mais dans les pays du Nord, en Allemagne avec l'AFD, en Italie bien sûr avec Mélonique…
– Ça n'a pas été le cas, mais le parti Vox gagne du terrain en Espagne ?
– Oui, mais il n'est pas en situation de… – Non, de gouverner. – De gouverner. Mais en tout cas, il y a quand même une lame de fond très large au-delà des spécificités de chacun des pays. Et puis je rappellerai qu'en France, on a quand même une Marine Le Pen. Quand on parle d'une victoire à l'action présidentielle, ça ne paraît pas une hypothèse complètement non plausible.
– Et nous revenons maintenant à vos questions. Une question de Béatrice en Charente-Maritime. Quelles sont les compétences de Médine en écologie ? Pourquoi Europe Écologie l'a-t-elle invité ? A-t-il invité Médine en l'occurrence ? – Europe Écologie n'a pas invité Médine pour parler d'écologie, mais pour parler de violences policières, puisqu'il est monté au créneau très fort sur… – Alors c'est un rappeur, on précise pour ceux qui nous prennent en cours de route ? – Et donc il devait participer à un débat qui s'appelle « La force de la culture face à la culture de la force ». Donc voilà, c'est effectivement suite à… Et c'est un beau sujet de réflexion.
– C'est un sujet de philosophie, mais on ne va pas parler de philosophie avec lui. Voilà, c'est devenu une polémique. Tout ça pour dire que Médine a été invité justement pour élargir l'audience de ces universités d'été à un public qui le suit, le public des jeunes, le public qui aime le rap, etc. – Celui qui ne vote pas en l'occurrence. – Voilà, c'est une façon pour Europe Écologie, effectivement, d'élargir son audience et de mettre le coup de projecteur sur leur débat. C'est raté. – Alain nous pose cette question. Alors, le rappeur Médine, antisémite ou pas antisémite, a-t-il été condamné pour ce délit ?
– Non, pas que je sache. Je pense qu'il n'y a pas eu de condamnation judiciaire pour cela. Y a-t-il eu des plaintes ? On va voir. Mais c'est une tactique tellement perverse de dire « C'est de l'art, c'est de la chanson, c'est de la liberté d'expression, j'ai été trop loin, je m'excuse si j'ai blessé », que ça rend l'attaque judiciaire difficile. Et puis les tribunaux doivent appliquer le bénéfice du doute, bien sûr, à quelqu'un. C'est pour ça que le combat doit se mener sur la place publique, dans le débat. C'est un combat d'idées, c'est un combat d'intellectuels, c'est un combat politique. Pourquoi demander aux tribunaux de faire le travail, que ce soit pour lui ou pour d'autres ?
Les polémiques, elles doivent se trancher dans l'espace public, c'est ce qui est en train d'être le cas, même si ça gâche l'université des Verts.
Que pense Édouard Philippe, maire du Havre, de la venue de Médine dans sa ville ? Alors, du coup ?
On a appris cet après-midi justement qu'il annulait sa venue, et c'était dans le Parisien, et son entourage invoquait justement la présence de Médine. Alors ça, c'est un peu théâtre politique à vrai dire, parce qu'Édouard Philippe avait bien été invité, au début de l'été, par l'entourage de Marine Tandelier, à venir. Il n'y avait pas de sujet très précis d'établi, débattent sur l'écologie et le long terme. En tout cas, ce qui était sûr, c'est qu'on ne parlerait pas d'actualité politique chaude. Il avait dit pourquoi pas, on en discute, etc. C'était un peu un oui informel.
Puis finalement, les écologistes se sont rendus compte qu'il n'y avait plus vraiment de place dans l'organisation de leurs universités d'été, il n'y avait plus qu'une case pour faire un débat, et finalement, ils ont choisi de faire ce débat sur les violences policières. Et donc, ils ont appelé Édouard Philippe en disant qu'on n'a plus vraiment de place, mais vous ne pouvez toujours vous inquiétez pas, il n'y a pas de débat, mais vous pouvez toujours venir faire un petit salut républicain. Je pense que Édouard Philippe a été un peu aussi vexé par cette manière un peu cavalière d'Europe École et Gilles Verts. Et puis est arrivée la polémique médine, donc finalement...
Il a annulé sa venue et il a annoncé effectivement cet après-midi, Franck, en Seine-et-Marne. La France insoumise est-elle soupçonnée d'antisémitisme ?
Oui, clairement, on a parlé des différentes prises de position. Il y a toute une série de déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Il y a cette prépondérance plus forte que l'ensemble des Français chez les sympathisants de la France insoumise. Et puis il y a aussi, on n'a pas parlé, mais l'importation constante du conflit israélo-palestinien qui, je dirais, oui, peut accréditer ce soupçon. Quand Elisabeth Borne fait son discours à l'Assemblée, Patil Panot dit « Vous êtes une rescapée. » On est dans le même genre de jeu de mots ou du moins d'ambiguïté lexicale. Et donc, bien sûr, ça donne un soupçon, ça donne un fumet. On se dit « Tiens, est-ce qu'il n'y aurait pas de l'antisémitisme ?
» Patil Panot dit « Non, pas du tout. » Là encore, bénéfice du doute, mais... Elle s'est excusée à l'inverse de même. Exactement. Mais voilà, ça crée quand même une ambiance qui n'est pas favorable à l'expression des idées des défis.
La Première ministre qui avait considéré que la France Insoumise était sortie de l'arc républicain.
Oui. Oui, ils considèrent que par un certain nombre de positions, pas seulement celles-là, ils ne sont plus dans l'arc républicain. Il y a aussi les positions du type « La police tue ».
Au final, n'est-ce pas l'extrême droite qui profite de cette polémique ? Nathalie Angironde.
Clairement, Marine Le Pen a été extrêmement silencieuse tout l'été. Quelques tweets d'hommage à Hélène Caradanko sur le prix du timbre, sur toute une série de choses. Mais comme pendant la campagne présidentielle où elle avait bénéficié d'une logique de distinction par rapport aux autres candidats, par rapport à Éric Zemmour, son silence la serre. Puisque cette guerre des trois blocs d'ici 2027, c'est qui est-ce qui peut constituer l'alternative au bloc central, au macronisme ? Et pour l'instant, elle est aujourd'hui, ici et maintenant, si je peux dire, elle est mieux placée que la NUPES et qu'une éventuelle candidature de Jean-Luc Mélenchon.
La gauche a-t-elle abandonné l'universalisme pour le radicalisme ?
Ah oui, clairement. La gauche officielle des partis de la NUPES n'est plus dans la défense d'un universalisme absolu. Elle va chercher dans le différentialisme, dans d'autres organisations de la société, une voie vers le pouvoir qu'à mon avis, elle ne trouvera pas. Mais la gauche qui est restée dans l'universalisme n'arrive plus à se faire entendre, à séduire et à convaincre. C'est qui la gauche qui est restée dans l'universalisme ? C'est Bernard Cazeneuve, c'est François Hollande, c'est Stéphane Le Folle, c'est Jérôme Guège, même s'il est dans la NUPES. Il essaye de les arrimer de nouveau cela. C'est Olivier Faure ?
C'est Olivier Faure, à certains moments, là dans l'affaire Médine, il n'est pas suspect. C'est Nidalgo. Au moment de la manif de 2019 du CCIF, il n'a pas voulu y aller, il y a Nidalgo. Mais cette gauche-là a du mal à trouver son bloc programmatique, une voix à faire entendre aux Français et surtout un leader. Un leader qui a autant de poids qu'un Mélenchon dans le débat.
Justement, un leader, est-ce que c'en est un Sébastien ? Que devient cet autre personnage sulfureux, Adrien Quatennens ? Il revient, il a tenté de revenir, notamment à l'Assemblée ?
Adrien Quatennens considère encore aujourd'hui que ce qui lui est arrivé est injuste. C'est-à-dire que c'était quand même en effet, alors même si, je le répète, Jean-Luc Mélenchon, c'était un peu un mythe qu'il souhaitait que ce soit son successeur, mais en tout cas, lui, s'estimait, Adrien Quatennens s'estimait pouvoir succéder à Jean-Luc Mélenchon, mener le parti, et finalement, la dégringolade a été très rapide, très brutale. Donc finalement, lui, il considère que c'est injuste. Donc il essaye de revenir dans le débat public sur différents sujets, mais aujourd'hui, au sein de la France insoumise et au sein de la NUPES, on refuse tout retour d'Adrien Quatennens sur le devant de la scène.
Les partis qui composent la NUPES ne sont d'accord sur rien. Comment peuvent-ils espérer durer et attirer les électeurs ? Alors, c'est un peu faux de dire qu'ils ne sont d'accord sur rien parce qu'ils ont une base programmatique très large, même si on peut en discuter. Après, ce qui les cimente vraiment, c'est l'envie des gens de gauche d'avoir un leader et de gagner. C'est ça qui les cimente. Jean-Luc Mélenchon, pourra-t-il réellement laisser sa place de candidat à la présidentielle de 2027 ?
Jean-Luc Mélenchon, c'est volpogne. Il les prend les uns après les autres et il en fait un sort. Donc il est loin, loin, loin. En retrait, pas en retraite. Le retrait, c'est la position du tireur embusqué.
Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir aux alentours de 22h30. C'est ça, 22h45. Nous, on se retrouve demain dès 17h40 pour un nouveau C'est dans l'Air en direct. Très belle soirée à vous.