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DébatC dans l'air (sur YouTube)· 11 décembre 2024 64 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesAgriculture & alimentation

Pas de Premier ministre, pas de budget... alerte sur l'économie ! - C dans l’air - 11.12.2024

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça facilite le fait de trouver des compromis?

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on avance le fait qu'on discute entre nous, mais qu'on met de côté le RN et LFI?

  • 10:00RelanceRéponse directe

    Ce n'est pas rien. Ca paraît une discussion technique sur la légalité de ce qui pourrait se passer, mais c'est un enjeu majeur pour des milliers de Français qui pourraient entrer dans l'impôt. Quand vous entendez E.Coquerel dire: 'De toute façon, on déposera un amendement et on pratiquera cette loi spéciale pour éviter les mauvaises nouvelles...' Que dites-vous? Qui peut les empêcher de le faire?

  • 15:00OuverteRéponse directe

    Que dit M.Le Pen sur ces arguments? L'onde de choc de la censure sur la partie économique, sur des mesures sur lesquelles les Français ne pourront pas compter... Comment fait-elle face à ces critiques?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que le prochain Premier ministre aura des marges de manoeuvre politiques?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00N.Saint-CricqChiffre
    « 69 % des Français sont favorables à un accord de non-censure. »
  • 12:00A.-C.BezzinaFait
    « La loi spéciale ne peut s'occuper que de reconductions. »
  • 18:00P.DessertineChiffre
    « 66 000 faillites déjà. Plus de 20 % par rapport à l'année dernière. »
  • 22:00S.QuéménerChiffre
    « 450 millions de plus dans le budget qui auraient pu être votés pour l'agriculture. »

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Hier, le président s'est engagé à nommer un Premier ministre dans les 48 heures après avoir mené des consultations auprès de toutes les forces politiques sauf le RN et LFI. Le chef de l'Etat semble vouloir aller vite.

Bayrou, Cazeneuve, Lecornu...

L'objectif est de trouver celui ou celle qui pourrait arracher au minimum un accord de non-censure. Une ambition en quelque sorte revue à la baisse tant il est urgent d'aboutir. La France n'a toujours pas de budget.

Les spécialistes s'écharpent depuis quelques jours pour savoir comment amender la loi spéciale pour éviter des hausses d'impôts pour 18 millions de Français. Pendant ce temps, à bas bruit, les conséquences de la censure s'accumulent, avec des secteurs de l'économie française totalement à l'arrêt. Avec nous pour en parler, P.Dessertine, directeur de l'Institut de haute finance.

Je cite votre livre collectif, "La Dette: potion magique ou poison mortel?". Avec nous également, N.Saint-Cricq, éditorialiste politique à France Télévisions.

L.Fritel, vous êtes journaliste politique à "Paris Match". Votre journal fait sa une demain avec un entretien exclusif de D.Trump.

Enfin, S.Quéméner, vous êtes rédactrice en chef à "La Tribune Dimanche". Bonsoir à tous les 4 et merci de participer à cette émission.

C'est la nouvelle expression: "accord de non-censure". Un sondage est tombé et dit que 69 % des Français sont favorables à un accord de non-censure. Mais de quoi s'agit-il? - N.Saint-Cricq: De s'engager, si le gouvernement n'utilise pas le 49-3, à ne pas le censurer.

Chacun va jusqu'au bout du fonctionnement démocratique. Le gouvernement ne passe pas en force. On doit trouver une majorité à chaque fois.

En échange de cela, il n'y a pas de combinaisons de recoupement pour censurer, comme ça a été le cas la dernière fois. Le double avantage, c'est de donner une certaine tranquillité au gouvernement et du temps long. Ca permet aux députés qui n'ont pas une envie folle de retourner devant leurs électeurs, et E.Macron a précisé que ce n'était pas dans son intention de redissoudre, d'être moins tenus par les accords d'appareil type NFP, Nupes...

Chacun est un peu libre de proposer, de construire. En échange, il n'est pas pris avec la menace permanente du 49-3. - C.Roux: Est-ce que ça facilite le fait de trouver des compromis?

Si on prend des exemples concrets, comme les retraites, le budget...

Le fait de dire qu'on se met d'accord, mais qu'on ne se censure pas, ça va établir des compromis, des passerelles? - S.Quéméner: L'idée est d'enlever un peu de pouvoir à M.Le Pen, au départ.

Le gouvernement de M.Barnier a vécu sous une forme de pression permanente de M.Le Pen. "Attention, je vais censurer..." C'était intolérable.

Il fallait que la démocratie vive sans cette pression. C'est la première idée. L'idée ensuite, c'est de libérer les socialistes.

Ils sont 66 députés. Ils changent tout. S'ils n'avaient pas voté la censure, la censure n'aurait pas été votée.

M.Le Pen perd tout son pouvoir. "On a fait un front républicain, mais on est l'arc républicain, et l'arc républicain ne tolère pas d'être sous la menace du RN." C'est le minimum du minimum.

Maintenant, il faut rentrer dans le dur. Une fois qu'on a dit ça, on peut se mettre d'accord sur des lois sociétales comme la fin de vie. Quand on va rentrer sur le dur du budget, les clivages seront toujours présents, sur les impôts...

Comment on fait? Ils acceptent, cette gauche, d'abandonner l'abrogation de la réforme des retraites? Pour l'instant, l'idée était de dire qu'on essaie de faire sans M.Le Pen. - C.Roux: C'est une nouvelle méthode portée par E.Macron?

Les gens qui vous regardent ont l'impression que c'est un jour sans fin. On revoit le même film, les consultations, les responsables de parti qui rentrent à l'Elysée et qui sortent en disant qu'ils ont des lignes rouges...

Est-ce qu'avec les concertations d'hier, il y a quelque chose qui ressemblerait à une nouvelle méthode? - L.Fritel: Il a été question de l'accord de non-censure, mais rien n'a été établi.

Ca ressemble au format des Rencontres de Saint-Denis d'il y a un an. Ca ressemble à toutes les consultations qu'E.Macron a tentées.

Depuis 2017, petit à petit, il avance l'idée de dépassement des clivages qu'il a toujours portée. Cet été, il s'attendait à ce que les forces politiques se mettent autour de la table pour se mettre d'accord. Il y a un mot à la mode aujourd'hui, "le bouger".

Même si O.Faure dit qu'il voudrait que ce soit un ministre issu de la gauche, il est quand même allé autour de la table, il a commencé à évoquer l'idée du gel de la réforme des retraites et non plus l'abrogation. Petit à petit, il y a une évolution qui va donner un socle central liant une partie de la gauche et de la droite à force de motion de censure ou de menace de motion de censure.

Ca ne va peut-être pas aboutir tout de suite. Une partie des électeurs ne comprennent pas pourquoi il y a eu cette motion de censure. Sauf que les socialistes sont des gens qu'on considère comme fréquentables, avec qui on peut travailler.

C'est ceux-là qu'il faut neutraliser de ce point de vue. - C.Roux: Est-ce qu'on avance le fait qu'on discute entre nous, mais qu'on met de côté le RN et LFI? - N.Saint-Cricq: Oui, car ce sont eux qui peuvent pousser à la faute.

Après avoir annoncé qu'elle allait voter la censure, M.Le Pen a recommencé en disant: "On censurera tous les mois si nécessaire..." Ca libère les socialistes.

Ils ne vont plus être obligés de dire: "On n'a pas censuré parce que...

On a été obligés de censurer..." Hier, M.Barnier disait: "J'ai essuyé les plâtres." Il fallait faire la censure pour montrer qu'on était contre, mais peut-être que maintenant, on va avancer sur un chemin différent.

F.Bayrou a un nouveau terme, "un accord de coopération démocratique". - C.Roux: On a eu le gouvernement d'intérêt général... - N.Saint-Cricq: Avec un risque que ce soit une double impuissance. - C.Roux: On va voir la liste des noms qui circulent.

Le président s'est engagé à ce qu'il y ait un Premier ministre d'ici 48 heures. C'est une bonne nouvelle? Il faut aller vite, désormais?

Est-ce que cette instabilité commence à peser? - P.Dessertine: Du point de vue politique, vous avez premièrement la censure, ce qui est une énorme crise politique...

On n'avait jamais vécu ça depuis 62. Deuxièmement, vous censurez sur le budget de la Sécurité sociale. Quand vous êtes déjà serré pour l'adoption des grands budgets qui animent la vie politique et la vie économique française, vous êtes dans la double peine.

Si on censure au mois de mai de l'année prochaine, ce n'est pas tout à fait pareil que censurer en novembre-décembre, à un moment-clé où vous avez 6 % de déficit et on prévoit 7 % pour l'année prochaine...

Le président a donné 30 mois. Dans 12 mois, le prochain budget et la prochaine loi sur la Sécurité sociale, pour la voter, ça va être coton. Une année complètement abîmée s'annonce, par tout ce qui est en train de se produire.

Les conséquences économiques vont arriver. Ce n'est pas le choc énorme, le chaos, tout qui s'effondre d'un coup...

C'est le noir qui monte autour de l'économie française. - C.Roux: Et elle commence à monter.

Le président a réuni les forces politiques hors LFI et RN, à la recherche a minima d'un accord de non-censure, pendant que la France cherche un Premier ministre. Le Medef alerte sur les chocs économiques que cela représente déjà, avec une lettre adressée, avec quelques heures d'avance, à celui ou celle qui s'installera à Matignon. - En France, le compte à rebours est lancé pour nommer un Premier ministre.

Toujours pas de Premier ministre. - L'horloge tourne. E.Macron a promis de nommer un Premier ministre dans les 48 heures. - L'attente encore et toujours...

Une semaine s'est écoulée sans nouveau Premier ministre. Sans accord non plus entre les partis conviés hier par E.Macron autour de ce qu'il appelle "sa nouvelle méthode". - L.Wauquiez: Tout le monde n'a pas la même vision de ce qu'il faut sur la France. - M.Tondelier: Je sors sans pouvoir vous dire que le camp présidentiel n'a bougé d'un iota. - Accord de gouvernement au pacte de non-censure?

Le président n'a réussi à mettre personne d'accord pour le moment. La gauche aussi campe sur ses positions. - O.Faure: Nous avons rappelé que nous étions partisans d'un gouvernement de gauche présidé par un Premier ministre de gauche, qui permette de répondre aux aspirations des Français.

La balle est dans le camp du président. C'est lui qui va nommer un Premier ministre sous 48 heures. De l'identité du Premier ministre dépend beaucoup du reste. - Un seul Point a réuni LR, macronistes, socialistes et écologistes: ne plus dépendre du RN ni de sa patronne. - M.Le Pen: Le sentiment que j'ai eu à l'écoute des commentaires des chefs de parti à l'issue de cette réunion, c'est qu'ils ne s'étaient pas réunis pour savoir comment régler les problèmes des Français, mais plutôt pour savoir comment rester sur le cheval, comment conserver leur place et comment s'assurer de conserver cette place le plus longtemps possible.

Je ne suis pas mécontente de ne pas avoir été invitée. - En attendant un nouveau gouvernement, celui de M.Barnier s'est réuni une dernière fois ce matin.

Au menu de cet ultime Conseil des ministres, la loi spéciale pour prolonger le budget 2024. - L.Saint-Martin: C'est un projet de loi qui permet d'éviter un shutdown.

C'est un projet de loi qui autorise temporairement le gouvernement à continuer de percevoir des impôts et les taxes existantes jusqu'au vote de la loi des finances de l'année. - Conséquence de la censure: l'impôt sur le revenu risque de concerner 400 000 ménages de plus. LFI compte déposer un amendement pour éviter cela.

Le Conseil d'Etat dit non. Nouveau bras de fer en perspective. - M.Bompard: Il y a un petit sujet d'interprétation.

Ce Conseil d'Etat donne un avis, qui est consultatif. Il n'est pas contraignant. Il y a une unanimité de toutes les formations politiques, de tous les députés à l'Assemblée nationale, pour demander que cette loi spéciale puisse réindexer. - Impasse politique, inquiétude économique...

Depuis quelques jours, le patron du Medef sonne l'alerte et s'adresse aux patrons et aux responsables politiques dans une lettre. ...

Les patrons, qui estiment que la France est déjà entrée en légère récession. Une mauvaise nouvelle supplémentaire pour le prochain locataire de Matignon. - C.Roux: Nous sommes déjà en plein débat sur cette loi spéciale.

Puisqu'il y a un débat politique autour de ce qu'on va pouvoir faire avec cette loi spéciale, nous avons appelé A.-C.Bezzina au secours.

Merci d'être avec nous. Vous êtes politologue constitutionnaliste. Je rappelle votre livre, "Cette Constitution qui nous protège".

Tout le monde parle de la Constitution, à propos de la décision du Conseil d'Etat sur cette loi spéciale. C'est celle qui permet que les fonctionnaires soient payés et que les retraites soient versées. Peut-on faire ce qu'on veut avec cette loi spéciale?

Peut-on dire une fois qu'elle est passée "on va changer les règles du jeu". Que dit la loi? - A.-C.Bezzina: La Constitution n'est pas très claire sur ce qu'est la loi spéciale.

Elle renvoie à une loi organique, qui est assez connue, la loi organique relative à la loi de finances, qui est la Constitution en matière financière. Elle est précise, pour le coup. Cette loi organique nous dit précisément que la loi spéciale ne peut s'occuper que de reconductions.

Cette loi spéciale, on s'est posé la question de savoir si c'était vraiment une loi de finances. C'est juste un lien entre le budget non adopté de décembre et le budget qui doit être ficelé en janvier-février-mars. De ce fait, elle permet simplement l'Etat d'être à flot, d'avoir de l'argent dans les caisses.

L'avis du Conseil d'Etat donne cette interprétation de la loi. On ne peut pas amender pour améliorer un barème, pour changer la nature d'un impôt, car sans cela, on ne reconduit pas les crédits de la loi de finances de l'année dernière. C'était les règles du jeu de départ qu'il fallait accepter, qui étaient dans cette loi depuis 2001.

Même en 79, quand on a pris la loi spéciale, il y a des amendements, mais pourtant, on disait déjà dans les travaux, les différentes décisions rendues à l'époque, que la loi spéciale n'est pas une loi qui doit avoir un objet politique. On ne peut rien ajouter en matière d'éléments programmatiques dans cette loi de finances. Strictement, normalement, elle n'est censée nous permettre que de reconduire les impôts existants pour avoir de l'argent dans les caisses. - C.Roux: Ce n'est pas rien.

Ca paraît une discussion technique sur la légalité de ce qui pourrait se passer, mais c'est un enjeu majeur pour des milliers de Français qui pourraient entrer dans l'impôt. Quand vous entendez E.Coquerel dire: "De toute façon, on déposera un amendement et on pratiquera cette loi spéciale pour éviter les mauvaises nouvelles..." Que dites-vous?

Qui peut les empêcher de le faire? - A.-C.Bezzina: La Constitution, comme toutes les règles de loi, est là pour établir un cadre.

Ensuite, la vie politique fait que très souvent, il y a eu des consensus pour ne pas saisir le Conseil constitutionnel, par exemple. Je pense au nouveau Code pénal en 94, à la loi d'état d'urgence en 2015...

Il y a la possibilité qu'un consensus parlementaire contourne l'esprit du texte, mais le texte, lui, est clair. La seule chose qu'on peut dire, c'est qu'on doit dépasser ce débat de spécialistes. Ce n'est pas uniquement ça, c'est faire comprendre que c'est la conséquence de cette censure.

Comme on n'a même pas pu voter un budget pour fonctionner, on est obligés de s'en remettre à des solutions de bric et de broc, des solutions d'urgence. Acceptons au moins ce dogme de l'urgence, et on refera du budget, on améliorera le quotidien des Français dès janvier, ce qui devrait minimiser cet effet de la censure sur nos concitoyens. N'oublions pas que le cadre de la légalité, ce n'est pas uniquement un empêcheur de tourner en rond. - C.Roux: La situation dans laquelle on se retrouve...

On prend la mesure des effets en chaîne qu'ont eu la censure et le non-vote du budget. - P.Dessertine: Au moment de la censure de M.Barnier, les députés disaient: "Non, il n'y a aucun problème..." En réalité, il faudrait tordre de façon très forte, non pas les textes, mais un texte fondamental de la France...

Le choix de l'impôt et de l'utilisation de l'impôt, c'est donner aux représentants du peuple. On ne peut pas avoir quelque chose qui dirait: "De temps en temps, on va passer un amendement..." C'est le coeur absolu de notre démocratie.

Le Conseil constitutionnel a déjà dit aujourd'hui qu'il ne peut pas s'auto-saisir. Il y a plein de solutions pour que le Conseil constitutionnel soit saisi. Tout le monde dit que que si le Conseil constitutionnel regarde ça, il y aurait évidemment un problème par rapport à l'esprit même de la Constitution, si on commence à dire qu'on allait mettre des amendements sur la loi spéciale... - C.Roux: Quel est le scénario qui vous paraît le plus favorable en termes de calendrier?

Si on dit un Premier ministre sous 48 heures, d'ici demain soir, ensuite, quoi? - P.Dessertine: Ensuite, loi spéciale pour le 19 décembre.

C'est la galette que vous avez crevée avec votre voiture. On vous met une roue, mais il faut aller vite au prochain garage pour faire le prochain budget. En janvier, on se dépêche de voter un budget avec les éléments minimums dont on a absolument besoin dans certains secteurs, notamment qui ont absolument besoin qu'on y parvienne très vite. - C.Roux: Le gouvernement doit d'ici à mi-janvier sortir un budget? - P.Dessertine: C'est indispensable.

Si on continue comme ça, on accumule des problèmes juridiques. Sinon, on aura des problèmes épouvantables, et pas de direction. L'économie va être dans l'immobilisme, pour les entreprises, pour les Français qui épargnent...

Quand les Français regardent ça...

Le sondage sur l'épargne est clair: les Français ont peur. Pas de consommation, pas de TVA...

L'argent ne rentre pas. - C.Roux: Vous avez vu la lettre du Medef.

Le Medef écrit à Matignon sans mettre d'intitulé, adressée à personne, en disant "alerte rouge, on est en récession". C'est une première. - P.Dessertine: 66 000 faillites déjà.

Plus de 20 % par rapport à l'année dernière. Sauf que c'est en ce moment que ça se passe, avec des conséquences très graves, y compris sur l'emploi. - C.Roux: Il y a une prise de conscience chez les politiques sur l'absence de légalité, le côté "on passe en force"?

Il y a cette prise de conscience qu'on est entrés dans une situation un brin tendue? - N.Saint-Cricq: Oui.

Une fois le jeu de la censure passé, ce plaisir d'envoyer un signal, de faire tomber M.Barnier par mécontentement politique, il y a le retour au terrain pour un certain nombre de députés, qui ont cru comprendre que les gens étaient inquiets et en colère. "Qu'est-ce que c'est que cette bande d'irresponsables?" Même si ce ne sont pas des politologues absolument formidables, l'idée que les gens se battent avec des arrière-pensées politiques, et non pas pour le bien du pays, est quand même très présente.

Dans le sondage dont vous parliez tout à l'heure, il y a de la colère, de l'anxiété, de la lassitude... "Soyez responsables, mettez-vous d'accord." Vous avez parlé du barème de l'impôt, mais il y a d'autres choses très bêtes, comme les tickets-restaurants.

On ne pourra pas les utiliser dans les supermarchés... - C.Roux: A partir du 1er janvier. - N.Saint-Cricq: Quand on va se rendre compte que dans la vie quotidienne, il y a plein de choses comme ça...

Une disposition avait été choisie pour permettre aux médecins de cumuler emploi et retraite, pour éviter la multiplication des déserts médicaux. En gros, on vous laisse tout votre argent, on vous l'autorise pour rester, passé l'âge de la retraite. Ca peut décourager des gens...

Il y a plein de petites choses comme ça. - C.Roux: On n'en a pas pris la mesure? - N.Saint-Cricq: On a l'impression que la censure et pas de budget, c'est des choses très importantes, des gros comptes...

Dans un budget, il y a plein de petites choses qui ont été choisies, votées pour améliorer la vie quotidienne. Si on se rend compte que ça n'est pas le cas, ça risque d'être problématique. La colère de l'opinion, vis-à-vis de tout le monde...

Les agriculteurs murent les permanences de tout le monde. Il peut y avoir un réveil après les fêtes assez désagréable. - A.-C.Bezzina: C'est vrai.

Non seulement l'effet de mécontentement existe, mais il y a aussi des éléments d'erreurs qui sont martelés dans le débat public. C'est presque mécaniquement le contraire qui va se passer. Qui est défavorisé quand on ne revalorise pas les impôts, quand on ne peut pas avoir de vraies initiatives dans un budget?

Toujours plutôt les classes premières de l'impôt sur le revenu, voire les classes moyennes, mais jamais les classes les plus aisées. On avait parlé d'une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Celle-ci est gelée.

La mettre en oeuvre en janvier, ça va poser un énorme problème qui va sûrement mener à l'abandon de la réforme. C'était pourtant une réforme presque sociale dans son objet. Ceux qui vont être les plus grands dindons de la farce, ce sont plutôt les classes populaires, auxquelles M.Le Pen essaie de parler.

Il y a aussi décevant dans cette communication, à dire qu'on fait économiser de l'argent aux Français. C'est plutôt le contraire. On les amène vers une voie financière d'urgence qui ne pourra faire que des mécontents.

Il faut qu'on ait un budget au plus vite, mais ça signifie que ce sera un budget le moins politique possible. C'est là qu'on perd beaucoup pour les Français. Plus on tarde, plus on peut avoir un budget d'ampleur, mais plus on va gêner les finances publiques. - C.Roux: Il y en a qui sont contents, c'est les retraités.

Plus 2,2 % d'augmentation. Ce n'était pas prévu. - S.Quéméner: C'est à peu près les seuls.

Quand on pose la question aux retraités de savoir s'ils sont contents ou pas, ils disaient oui. La question dans le projet de loi était de séparer les retraités les plus aisés des moins aisés. La bataille politique qui se joue est fondamentale.

Est-ce que M.Le Pen a fait censurer un budget qui est un mauvais budget pour les Français, ou est-ce que les Français vont en subir les conséquences? Le débat est tellement fort que ce matin, en Conseil des ministres, E.Macron a fait passer le message aux membres de son gouvernement en disant qu'il fallait dire que la censure allait jouer sur le quotidien des Français, qu'il y avait des conséquences, que ce n'était pas un jeu.

Ce n'est pas seulement pour le plaisir de dire à M.Barnier "allez-vous-en". Le prochain Premier ministre a intérêt à trouver vite des solutions.

Certains vont commencer à se demander avec quoi les députés ont joué. - C.Roux: Que dit M.Le Pen sur ces arguments?

L'onde de choc de la censure sur la partie économique, sur des mesures sur lesquelles les Français ne pourront pas compter...

Comment fait-elle face à ces critiques? - L.Fritel: Au RN, la rhétorique développée, c'est que la crise économique et financière avait commencé avant eux.

On avait commencé à voir avant des plans sociaux, comme Michelin, ce qui avait créé de l'inquiétude chez les Français. Le chômage était remonté en tête des préoccupations. C'est par ça qu'elle justifie sa motion de censure.

Dans une sorte d'inversion de la situation, elle réussit pour l'instant à garder la tête haute. Les sondages où elle est passée de 35 à 38 % d'intentions de vote au 1er tour sont faits à chaud. Avec cette création d'un socle de non-censure, d'un socle central, on va se retrouver à discuter du budget en janvier-février.

Plus on tardera, plus ce sera la faute de ce socle central. Elle en tirera certains bénéfices. Pour les impôts, on le sentira à partir du moment où on fera notre déclaration d'impôts, à partir d'avril.

Si on y arrive sans avoir de budget, ce qui est possible, car M.Le Pen a dit qu'elle serait capable de censurer à nouveau, on risque de se retrouver dans une situation compliquée. E.Macron et le centre seront dépositaires de cette situation pour les électeurs.

A.-C.Bezzina, je profite de votre présence pour parler de la déclaration d'E.Macron.

Est-ce que c'est dangereux, de dire qu'on s'engage à ne pas dissoudre? - A.-C.Bezzina: Notre Constitution, l'article 49.3, la motion de censure et la dissolution qui reprenaient de la vigueur...

Sinon, sans aucun des 3 éléments, on est complètement dans le retour à la IIIe et la IVe République. On sait comment elles ont terminé, en otage des arrangements partisans. Se priver de cela, c'est un danger, mais c'est un deal.

On ne peut jamais vraiment empêcher que les coalitions politiques se fassent à un moment autour d'éléments constitutionnels qu'ils vont utiliser ou ne pas utiliser. Il y a un accord autour de cela, je souhaite que ce soit une phase d'apaisement, mais on ne pourra pas continuer institutionnellement à se priver de ces outils-clés qui font la stabilité de votre République. - C.Roux: Merci d'avoir été avec nous.

L'épée de Damoclès, c'est qu'à un moment donné, les marchés s'affolent...

Cela pourrait réveiller l'ensemble de la classe politique. Je voudrais que vous écoutiez E.Letta, ancien président du Conseil italien.

Il lance un avertissement à la France. - E.Letta: Je pense que la France va trouver rapidement, dans quelques heures, un bon Premier ministre, une majorité pour faire en sorte que cette situation d'instabilité ne continue pas à peser sur la France et sur l'Europe.

Je reconnais ce qui s'est passé dans mon pays. Mon pays a été dans une faiblesse politique évidente, a été attaqué par les marchés financiers car il n'était pas capable de donner des réponses, et surtout car on était dans le déni. - C.Roux: "On était dans le déni." Est-ce qu'on l'est? - P.Dessertine: Oui, depuis longtemps.

Nous sommes au pied du mur. On est toujours dans le déni. Toutes les discussions, c'est toujours dire: "On ne veut pas d'un budget qui permettrait de remettre les finances publiques dans le bon sens." Ce sera par définition un budget douloureux.

Ils ont chacun leur méthode? C'est le problème? - C.Roux: Il y a un débat politique.

C'est pour ça que le gouvernement est tombé. Certains disent qu'il faut faire payer les riches et réformer la retraite, et certains disent qu'il faut faire des économies sur l'appareil d'Etat. - P.Dessertine: Vous caricaturez, surtout quand on regarde les montants en jeu.

Quand on regarde telle ou telle solution, ça n'a rien à voir avec les trous dans lesquels nous sommes. On a autorisé la Sécurité sociale à émettre de la dette, car nous sommes structurellement déficitaires...

Si on n'avait pas cette autorisation, on se retrouverait avec une crise de trésorerie et votre carte Vitale qui ne marcherait plus. - C.Roux: On parle de l'exaspération, de l'inquiétude des Français et de la colère de ceux qui attendaient ce budget.

L'appel des syndicats d'agriculteurs à mettre la pression sur les députés, leurs députés qui ont voté la censure, a été plutôt entendu. Une trentaine de parlementaires, dont F.Hollande, ont vu leur permanence dégradée.

Le report des aides prévues, aux alentours de 400 millions d'euros, dont le budget retoqué, ne passe pas. - Lorsque cet agriculteur a voté pour un député RN en juin, il a cru en ses promesses, jusqu'à la motion de censure validée par son élu la semaine dernière. - Les candidats sont toujours à notre écoute, pour n'importe quel métier, n'importe quelle question...

Mais après, il faut faire le boulot une fois qu'on est élu. Son vote ne va pas du tout dans le sens de nos convictions agricoles et du bon sens agricole. - Le député a donc particulièrement déçu cet agriculteur, qui a décidé de lui faire savoir.

Hier soir, faute de trouver la permanence parlementaire de l'élu, avec plusieurs agriculteurs, ils ont décidé de murer une des entrées de la sous-préfecture. - On écrira dessus que c'est bien pour lui! - On ne sait pas où on va, droit dans le mur...

C'est un truc symbolique qu'on fait, mais c'est parce qu'on va droit dans le mur. - Tout est tombé à l'eau. On n'a rien, aucun soutien.

Dans un monde un peu instable, il faut qu'on ait les moyens de se battre. Il faut que l'alimentation fasse partie de la stratégie de la France. On repart à zéro pour remettre un gouvernement, des contacts...

Chaque parti va faire sa petite popote. D'ailleurs, le peuple français est oublié, délaissé. Malheureusement, c'est toujours les mêmes qui trinquent. - Un mouvement de colère partout en France.

Alors, toute la semaine, le RN, qui compte sur les voix du monde agricole, a tenté de rassurer. M.Le Pen, avec cette lettre... ...

Et le service après-vente continue sur les plateaux télé. - J.Bardella: Je ne suis pas au pouvoir.

Le RN, en 50 ans, n'a jamais été au pouvoir. On n'est pas responsables de la situation dans laquelle l'économie est et dans laquelle se trouvent nos agriculteurs. Ils étaient déjà dans les rues du pays au début d'année.

Des problèmes très concrets d'incapacité à vivre dans leur travail ont déjà été mis sur la table. - C'est peu convaincant pour les agriculteurs rencontrés ce matin, particulièrement inquiets en ce moment de l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. - Ils peuvent faire du soja OGM, par exemple, alors que nous, on a un cahier des charges assez strict.

On n'est pas du tout égaux. En plus, pour le vendre à un prix presque pareil...

C'est de la concurrence déloyale. Toutes les industries poussent derrière et disent qu'il faut le faire. Surtout l'industrie automobile qui ne va pas très bien. - La section locale de la FNSEA est reçue aujourd'hui à la préfecture de Dijon et a bien l'intention de rencontrer les députés du coin dans les prochains jours. - On va déjà écouter leur motivation, au-delà de leur avenir politique personnel, qui nous intéresse peu.

Ce qui nous intéresse, c'est de produire plus et mieux pour les générations futures. On ne lâchera rien. - D'ici là, le syndicat compte bien poursuivre ses actions en ciblant notamment cet après-midi la permanence d'une députée du PS. - S.Quéméner: C'est fondamental, ce qui est en train de se passer.

Il faut se souvenir des craintes, des interrogations de l'année dernière autour du grand mouvement des agriculteurs. Ils regardent attentivement les résultats des européennes. Ce qui est intéressant, c'est de voir la Coordination rurale, un syndicat proche du RN.

Qu'est-ce qu'ils font? Ils s'adressent directement au président de la République en disant qu'E.Macron doit prendre ses responsabilités sur tout le dossier agricole et qu'il doit être leur principal interlocuteur.

Ils avaient trouvé des solutions. C'est une des réussites du gouvernement Barnier, il faut le reconnaître. Avec les agriculteurs, le langage avait été bon et les solutions apportées avait été jugées satisfaisantes.

Je laisse de côté le Mercosur parce que c'est une décision d'U.von der Leyen. Parmi les solutions qui avaient été apportées, il y avait un consensus autour de la loi qui devait arriver au mois de janvier au Parlement.

M.Barnier, ancien ministre de l'Agriculture, pendant ses 1ers déplacements au Salon de l'agriculture, il avait vu venir ce dossier et l'avait pris en main. On a une terre de conquête.

C'est plutôt un électorat qui vote à droite traditionnellement. C'est une terre de conquête pour le RN, et ça s'effondre dans la mesure où pour la 1re fois, le RN a un passif. Ca n'était jamais arrivé.

Ils n'ont jamais été au pouvoir. Ils répètent en permanence qu'ils ne sont responsables de rien. Mais la censure, c'est leur passif, maintenant.

Ce que font les agriculteurs en murant des permanences RN, c'est la première fois qu'on reproche à des députés RN ce qu'ils ont fait. C'est la toute première fois. - C.Roux: C'est un moment de bascule important.

C'est aussi une bascule sur le Mercosur parce qu'U.von der Leyen a profité de la faiblesse de la France pour signer l'accord sur le Mercosur? - P.Dessertine: Quand il n'y a pas de gouvernement, c'est aussi ça, la conséquence.

Notre-Dame a rouvert, mais ça ne suffit pas pour le rayonnement international. Il y avait des représentants de tous les syndicats agricoles dans le reportage. On voyait des jeunes céréaliers.

La récolte des céréales a été incroyablement mauvaise. On a rarement eu une aussi mauvaise récolte depuis 50 ans. Les coûts sont bas.

Parfois, ils sont en situation vitale. Il leur faut des aides. On leur répond qu'il n'y A pas de budget.

L'année dernière, ça allait. Mais aujourd'hui, ça ne va pas. Ce sont les matières premières de notre première industrie, l'industrie agroalimentaire.

La culture nous nourrit et permet à l'industrie agroalimentaire de fonctionner. - C.Roux: Avec cet appel à s'en prendre aux élus, à des députés qui votent. - N.Saint-Cricq: Clairement. 450 millions de plus dans le budget qui auraient pu être votés pour l'agriculture.

Ca a augmenté. La loi, au Sénat, à partir de janvier...

C'est une accélération des choses. Si on perd 6 mois, ce n'est pas un problème secondaire. On parle beaucoup du RN, mais il n'y a pas que le RN dont les permanences ont été murées.

Il y a eu les socialistes. A la limite, que le RN censure en boucle, que LFI censure en boucle...

On peut considérer que les 2 veulent le départ d'E.Macron à des échéances différentes. Mais le PS, si le groupe socialiste n'avait pas voté la censure...

Si 40 personnes dans les 66 s'étaient souvenu qu'ils faisaient partie d'un parti de gouvernement, ça aurait pu tout changer. C'est eux, le centre de gravité, presque plus que le RN. Quand on les entend, on a l'impression qu'il y a une espèce...

Le "bouger", j'en ai marre. Chez les socialistes, c'est un "glisser". Les Français aiment beaucoup les agriculteurs.

Ils aiment leurs agriculteurs, les campagnes, les bêtes, ils sont attachés au territoire, à la ruralité. Ce n'est pas simplement comme si c'était un corps de métier quelconque. - C.Roux: Le président de la République aurait ciblé les élus socialistes en disant qu'ils auraient du mal à expliquer avoir mêlé leurs voix à celles du RN.

Il vise F.Hollande. - N.Saint-Cricq: D'une certaine manière, oui. - C.Roux: Les gens se demandent s'ils ont le nom du futur Premier ministre.

Question. - L.Fritel: Vous avez eu un tir de barrage de la droite.

F.Bayrou a appelé à voter F.Hollande en 2012. - N.Saint-Cricq: A titre personnel. - L.Fritel: Ca fait longtemps.

Une partie des élus LR lui gardent toujours rancoeur. Au PS, O.Faure dit: "Si c'est Bayrou, c'est non." F.Bayrou a conspué le régime des partis et a dit avoir été surpris par la séquence d'hier.

Ce sont des propos pas forcément appréciés. Le RN ne serait pas contre voir F.Bayrou.

Le but de la réunion d'hier était de faire en sorte d'empêcher que le futur gouvernement soit dans la main du RN. Avoir quelqu'un qui plaît et obtient une certaine bienveillance de ce parti, ce n'est pas ce qui est attendu de lui. - C.Roux: Favori, F.Bayrou? - N.Saint-Cricq: Je pense.

La gauche veut un Premier ministre de gauche. Si on écoute O.Faure en entier, on comprend que c'est parce qu'il ne peut pas dire autrement alors qu'il est en pleine crise avec LFI.

Il est obligé de faire la pirouette du début, qui est de dire qu'ils veulent un Premier ministre de gauche. Vous vous rendez compte, en l'écoutant, qu'il y a beaucoup plus d'ouverture. Quand on lui demande s'il va censurer Bayrou, il part dans quelque chose...

Du côté d'O.Faure, il dit qu'il ne faut pas aller dans le mur, qu'il faut être utile dans les 30 mois qui viennent. Pas de gauche, mais ce n'est pas non plus la droite.

Quand L.Wauquiez dit qu'il ne veut pas de Premier ministre de gauche, ça a l'air d'être une lapalissade...

Il a toujours été observé par la dette et a dû faire de nombreux livres dessus. Il peut incarner une forme de sérieux budgétaire. Le danger, c'est que les choses consensuelles au début, l'immigration et les retraites après, on peut être dans quelque chose non pas pépère, mais qui essaye de mettre tellement tout le monde d'accord... - C.Roux: Ce n'est pas l'urgence? - N.Saint-Cricq: On a changé d'urgence sans arrêt.

Maintenant, l'urgence est de ne pas avoir un pays qui explose. Le principe d'une Constitution est de réussir à s'adapter. - P.Dessertine: Le candidat idéal n'existe pas.

La Chambre est ingouvernable. Elle est ingouvernable par quelqu'un qui va réussir à faire un consensus. Bayrou n'est ni quelqu'un qui va révulser la gauche ni quelqu'un qui va complètement révulser la droite.

Pour le moment, ça va suffire. On n'a pas 36 solutions. Il faut se dépêcher. - C.Roux: Le 1er président de la Cour des comptes, P.Moscovici, a dit qu'il ne fallait pas se dépêcher. - P.Dessertine: Il a dit qu'il fallait travailler sur les déficits. - C.Roux: Mais il a dit qu'il fallait trouver une solution stable, installée dans la durée et qu'il ne fallait pas réagir dans l'urgence.

Question. - P.Dessertine: Oui.

On retrouve le socle commun. La préparation de l'année prochaine, qui va arriver très vite, avec les municipales au milieu, ça va être compliqué.< Ca peut être P.Moscovici.

Je ne sais pas s'il est candidat. - C.Roux: D'autres noms circulent? - L.Fritel: Il y en a un qui circule peu, mais qui circule quand même, c'est celui de D.Migaud, le ministre de la Justice.

On avait pensé à lui cet été... - N.Saint-Cricq: Il avait pensé lui-même à lui-même. - L.Fritel: Il avait été cité parmi ceux qui auraient pu être à Matignon cet été.

Il n'a attiré personne avec lui au gouvernement. C'est le seul ministre issu de la gauche. Il aura l'avantage d'avoir été président de la Cour des comptes.

Vu la situation budgétaire dans laquelle on est, c'est rassurant. - C.Roux: Un autre nom? - S.Quéméner: C.Vautrin.

Elle avait été citée, presque nommée même, en 2022, au moment où c'est E.Borne qui l'emporte. Ca avait fait l'objet d'une bataille féroce entre les sarkozystes et elle, plus centriste. - C.Roux: F.Bayrou est un des artisans de la victoire d'E.Macron.

Est-ce que les gens qui ont voté en juin dernier ne pourraient pas se dire... - S.Quéméner: C'est la particularité de F.Bayrou.

S'il n'avait pas rejoint E.Macron en février 2017, E.Macron n'aurait sans doute pas gagné de cette façon.

Mais F.Bayrou a une particularité dans la vie politique française, c'est l'homme qui dit non. Il n'était pas allé à l'UMP.

Il n'a passé qu'un mois au ministère de la Justice, mais il y avait quand même des discussions. Il est capable de refuser. Il n'est pas d'accord sur la taxation des plus riches.

Son rôle n'est pas aligné avec les macronistes. Ils ont fait entendre une voix assez différente. Mais ses relations personnelles et particulières avec E.Macron, qui est quelqu'un qu'il apprécie particulièrement et qu'il a considéré comme un fils spirituel...

Ce n'est plus tout à fait la même chose, mais il y a une relation particulière entre les 2 hommes. Il y a aussi la liberté d'un homme qui a été candidat 3 fois à la présidentielle, qui n'a toujours pas renoncé. Il n'y a pas très longtemps, il se présentait comme le J.Biden français, même si ce n'est plus très en vogue comme comparaison.

Il a 73 ans. - C.Roux: On parlait des choses qui avaient bougé depuis ces concertations, depuis le feuilleton de l'été dernier.

Ce qui se passe au PS, c'est intéressant à analyser. Regardons les dernières déclarations de J.-L.Mélenchon.

Il s'est exprimé sur le PS, le PC et Europe écologie les verts. ...

Vous avez parlé d'O.Faure, voici ce qu'il répond. - O.Faure: Dans une coalition, on ne passe pas sa vie à menacer, à vitupérer.

On cherche au contraire à concilier les points de vue, à faire avancer à la fois la coalition et le pays. C'est le principe de base. Une chose toute simple.

Plus J.-L.Mélenchon crie, moins on l'entend. - C.Roux: Bim!

C'est la rupture? - N.Saint-Cricq: Avec le PS, il faut faire attention.

On nous dit depuis 2-3 ans que ça va imploser, mais là, il se passe quand même quelque chose. O.Faure, c'est quasiment Champollion.

Parfois, il change d'avis tous les 2 jours. La menace de municipales et législatives...

B.Vallaud et O.Faure s'en seraient mal sortis aux législatives s'il n'y avait pas eu une alliance avec La France insoumise.

Avec la garantie de non-dissolution, ça aide les socialistes à s'émanciper de la menace permanente de LFI. Ils savent très bien que le but de J.-L.Mélenchon est la présidentielle le plus vite possible.

On peut espérer qu'avec le point de F.Hollande, de R.Glucksmann, de B.Cazeneuve et du Congrès...

Le dernier Congrès, c'est 50-50 pour les opposants à cette ligne-là. O.Faure ne tient qu'à un fil. - C.Roux: Pour les gens qui vous regardent et qui disent que c'est de la tambouille des partis, ce jeu peut-il conditionner la réussite d'un attelage baroque qui voterait un budget? - N.Saint-Cricq: C'est fait pour.

Quand E.Macron a dissous, il avait parié que le NFP sauterait. Ca ne s'est pas produit.

Le réflexe d'union a été fort, mais le travail pour mettre un gros centre de gouvernement, c'est la pierre supplémentaire à l'édifice qui, peut-être, marchera sans effondrer. - C.Roux: C'est ce qui est en train de se jouer politiquement.

Le député européen R.Glucksmann n'a jamais vraiment ménagé ses critiques contre le parti de J.-L.Mélenchon.

Cette fois-ci, il pousse son allié socialiste à accepter les discussions avec E.Macron. "Peu importe l'agenda du potentiel futur candidat à la présidentielle, J.-L.Mélenchon." - Comme il semble loin, ce soir des élections européennes.

Le 9 juin dernier, R.Glucksmann arrive en tête à gauche. Une nouvelle voix balayée par la dissolution. 6 mois plus tard, une motion de censure historique renverse le gouvernement.

Le député européen continue de défendre sa ligne de mire: la gauche social-démocrate. - R.Glucksmann: Les insoumis, la seule chose qui les obsède, c'est une présidentielle anticipée.

On ne doit pas dépendre de cette obsession des insoumis. J'ai toujours conçu le Nouveau Front populaire comme une alliance visant à barrer la route à l'extrême droite, pas comme un mariage politique. On n'est pas liés à J.-L.Mélenchon et à ses obsessions.

On n'est pas liés aux insoumis et à leur refus du moindre compromis. On a une autre culture politique, une autre approche de la chose publique, du débat public. Profondément, aujourd'hui, il faut l'émancipation.

Jupiter, c'est fini. Il faut qu'il apprenne à changer. Le retour sur soi, ce n'est pas un signe de faiblesse.

C'est ça que j'aimerais qu'il comprenne. Ce n'est pas un signe de faiblesse que d'admettre qu'il s'est trompé. Tout le monde se trompe.

Ce n'est pas: "Les gens m'ont mal compris". C'est: "Je me suis trompé". Aujourd'hui, la France n'a pas réussi à bloquer le Mercosur.

Tout le monde connaissait l'opposition de la France. Mais U.von der Leyen a décidé de passer outre, de nous marcher dessus.

Pourquoi elle peut faire ça? Parce que notre pays est moins crédible qu'avant. Depuis le 9 juin, il y a une perte de crédit de la France, une perte d'influence de la France très nette au Parlement européen et dans toutes les institutions européennes.

Depuis le 7 juillet, c'est encore plus. Mes collègues européens me disent: "Avec cette Assemblée nationale, vous pouvez vous en sortir. Pourquoi vous ne vous en sortez pas?

Qu'est-ce qui bloque chez vous?" - C.Roux: Votre réaction?

Il demande à J.-L.Mélenchon de changer. - N.Saint-Cricq: Bien sûr.

Ce qui va probablement se produire, c'est que c'est le PS qui va changer. On ne va pas remonter au déluge, mais ça a commencé avec les gauches irréconciliables. Ca s'est accéléré avec le 7-Octobre.

Ca s'est fait avec le programme de la Nupes...

Ils n'étaient pas d'accord sur l'Otan, le nucléaire, l'Europe...

Plein de choses. Ca a été un accord électoral. Probablement qu'il faut aider les socialistes à se séparer de l'emprise de J.-L.Mélenchon.

Comme R.Glucksmann. Question. - S.Quéméner: Ce n'est pas le chemin que ça prend.

Quand on voit ce qui est dit du Conseil des ministres ce matin, où E.Macron explique qu'il n'a pas réussi à élargir le socle commun...

Le socle commun, c'est les macronistes et LR. Quand on entend ça, on se dit que c'est soit l'hypothèse F.Bayrou soit un Premier ministre qui viendrait aider LR.

Pour l'instant, il n'y a pas d'hypothèse à gauche. Mais il faut rester prudent. Il y a des discussions qui se poursuivent au moment où on parle.

Mais c'est vrai qu'il n'y a pas déjà un nom. - C.Roux: B.Cazeneuve.

Il est de gauche. - S.Quéméner: Ce que dit O.Faure de B.Cazeneuve, même si les positions évoluent de jour en jour...

Même si on décide de mettre quelqu'un de la société civile en prétendant faire un gouvernement technique, on sait bien que ça n'existe pas, qu'il y a toujours une subjectivité. - N.Saint-Cricq: M.Barnier a répondu: "Bon courage.

Moi qui connais la politique et les gens qui sont rompus aux arcanes de la négociation...

Bon courage à quelqu'un qui découvre l'Assemblée nationale telle qu'elle est aujourd'hui." - C.Roux: Est-ce que le prochain Premier ministre aura des marges de manoeuvre politiques?

Premier ministre de droite, de gauche, de toute façon, la contrainte budgétaire, de calendrier, de tensions sur les marchés tels que le point de passage est le même pour tous, non? - P.Dessertine: R.Glucksmann est dans l'Europe.

Il voit la manière dont on nous regarde. On a de la chance, en ce moment. Les autres pays européens faibles vont plutôt mieux.

Ils ont fait beaucoup de réformes et arrivent à avoir des résultats pas si mauvais, sachant que, globalement, la conjoncture européenne n'est pas bonne. La France ne va pas pouvoir se permettre de rester à la traîne comme elle l'est aujourd'hui, voire de basculer dans le wagon de queue. - C.Roux: Quelle que soit la couleur politique du prochain Premier ministre avec cet attelage de non-censure et les conditions exposées depuis le début, est-ce qu'il pourra avoir un budget politique ou est-ce que ce sera un budget contraint? - P.Dessertine: Je connais E.Letta.

On a travaillé ensemble. Il m'avait raconté qu'à la fin, ce qui était impensable pour la classe politique italienne, ils avaient fini par donner les clés à quelqu'un qui allait avoir l'impopularité, mais qui allait remettre les choses sur les rails. C'était l'idée M.Monti.

Après, ça a été Draghi, qui était plus politiquement le "C dans l'air" de l'époque, on se disait "ce n'est pas possible. Ce n'est jamais arrivé en Italie" à la fin, personne n'a voulu endosser la responsabilité. M.Monti avait pensé que les Italiens lui en voudraient, mais ça n'a pas été le cas. - C.Roux: Il leur avait demandé des efforts. - P.Dessertine: Quand il a fait des élections anticipées, il a été complètement balayé alors qu'il pensait obtenir une majorité. - L.Fritel: La différence avec les Italiens, c'est qu'on a en plus une crise institutionnelle.

Au moins, en Italie, l'exemple dans lequel on se trouve aujourd'hui, ça avait monnaie courante. Les consensus, ça pouvait exister, même si la situation était catastrophique. Là, on se retrouve à redécouvrir les usages de la IIIe et de la IVe République où à l'époque, voter un budget, c'était long.

Aujourd'hui, je ne vois pas comment vous pouvez mettre la droite et la gauche autour de la table pour discuter budget. - C.Roux: C'est la question. - L.Fritel: S'il y a une chose sur laquelle droite et gauche renaissent, malgré le clivage mondialistes contre nationalistes qu'ont voulu mettre en place Macron et Le Pen, c'est celui-là.

Comment vous faites pour avoir des sous dans les caisses? Est-ce que vous le faites par l'impôt? Est-ce que vous le faites en dégraissant?

Ou, comme M.Le Pen le préconise, en s'attaquant à l'immigration? Le budget n'est jamais voté par les oppositions.

La motion de censure, c'est rare, mais ce n'est jamais voté. - C.Roux: En tout cas, on aura le nom d'un Premier ministre demain.

L'information vient de nous parvenir de la part de l'exécutif de l'Elysée. Qu'il y aura le nom d'un Premier ministre demain. Nous revenons à vos questions.

Question. - S.Quéméner: Oui.

C'est possible. On est dans un moment totalement inédit. On peut envisager de trouver une solution.

Le pire n'est jamais certain. On peut trouver un Premier ministre ou une Première ministre. Peut-être qu'il ou elle s'essoufflera au bout de 6 mois, qu'il y aura des manifestations, mais on peut suspendre cette possibilité dans la Constitution.

On ne l'a jamais fait pour l'instant. M.Valls l'avait promis pendant la primaire de la gauche.

On a déjà eu ces débats en France donc on peut essayer. - C.Roux: Question.

Il est passé à autre chose, M.Barnier. - N.Saint-Cricq: Il regrette.

Il faut quand même donner l'impression qu'on a écouté un peu. - C.Roux: Il a le sentiment d'avoir bien fait? - N.Saint-Cricq: Il a le sentiment de ne pas avoir eu le temps de faire.

D'avoir fait tout ce qu'il pouvait, mais de ne pas avoir eu le temps. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: C'est 3 articles.

C'est un texte court qui permet le shutdown...

Quand on voit les députés et la façon dont ils fonctionnent, on ne s'attend à rien. S'ils ne votent pas, on a le shutdown. Cette loi a pour but d'autoriser l'Etat à continuer à lever l'impôt, à la Sécurité sociale à lever de la dette et à maintenir la dernière loi de finances votée par le Parlement en 2023. - C.Roux: Question. - L.Fritel: Complètement.

La question, c'est à qui profitera le crime à la fin? Il y avait une liste rurale aux européennes qui avait été lancée pour prendre le pouls de l'existence de ce socle d'agriculteurs. Finalement, ça avait profité au RN mais ils avaient quand même fait 2,5 %. - C.Roux: M.Le Pen sera-t-elle tenue responsable de cette censure?

Qui a été fait trop rapidement pour avoir du recul sur la situation. Aux Pays-Bas, un pays plus agricole que le nôtre, ils ont vu naître un mouvement agricole, le BBB, un parti populiste nationaliste et un peu attrape-tout, inclassable. Ils ont envoyé énormément de membres à son Parlement.

Il s'est fait battre lors des dernières élections, mais c'est un parti vivace. Peut-être que demain, nous pourrions avoir ce genre de chose en France. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: Il faut rester dans la Constitution.

La Cour des comptes a un rôle important, mais il n'est pas exécutif. Ils ne sont pas élus. Ce sont des techniciens.

C'est important qu'ils jouent ce rôle, qu'ils fassent un rapport envoyé aux élus et aux représentants du peuple. - C.Roux: Question. - L.Fritel: Ca va être l'argument brandi et qui fonctionne très bien.

C'est l'un des moteurs du vote RN, si ce n'est le principal. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: Quand on dit "pas de 49-3 et pas de dissolution", ça veut dire un budget qui va creuser le trou.

On peut se retrouver à 7,5 % de déficit l'année prochaine. On verra le trou devenir de plus en plus fort. Il y aura un vrai danger de crise financière qui prendra le pas sur la crise politique. - C.Roux: Ca vous inquiète?

Ca veut dire qu'on ne peut pas faire passer de force les mesures contraignantes? - P.Dessertine: Vu la façon dont on a le débat national, on ne voit pas qui va dire: "OK.

Je suis d'accord. Maintenant, on y va sur des mesures très dures." - C.Roux: Question. - S.Quéméner: Il a été précurseur là-dessus et sur beaucoup d'autres sujets, comme le renouveau démocratique.

Il s'était battu pour ça. Ca a été sa 1re loi quand il a été garde des Sceaux de façon très fugace au début du 1er quinquennat d'E.Macron.

Il avait cette identité-là. Il s'est beaucoup moins emparé de ce sujet dans la période récente. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: C'est toujours la hantise.

Plus vous accumulez, plus vous pouvez avoir une crainte. - C.Roux: Question. - N.Saint-Cricq: Il faut peut-être avoir un peu d'espoir.

Sous la IVe et la IIIe, c'était instable, mais des lois ont été votées. - C.Roux: On ne dramatise pas la situation.

Il est l'heure de retrouver A.-E.Lemoine.

Bonsoir. - A.-E.Lemoine: Bonsoir.

Au programme, la nouvelle vie d'E.Dupond-Moretti, l'ancien garde des Sceaux qui a quitté, ému, le ministre de la Justice en septembre dernier après 4 ans passés à ce poste. Il raconte dans un spectacle son expérience au sein des gouvernements Castex, Borne et Attal.

Il raconte ses épreuves judiciaires, ses succès mais aussi ses quelques regrets et ses convictions.