Éric Coquerel : "On a tort d'aller chercher l'économie du côté de ceux qui travaillent"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et dans le grand entretien ce samedi matin avec Marion Lourd, nous recevons le député La France Insoumise de la première circonscription de Seine-Saint-Denis, président de la commission des finances de l'économie générale et du contrôle budgétaire à l'Assemblée Nationale. Question réaction, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou l'appli Radio France. Bonjour Eric Coquerel. Bonjour. De très nombreux sujets d'actualité à aborder avec vous ce matin. Actualité nationale et internationale évidemment. Mais partons d'abord de la mobilisation.
Cette mobilisation née cette semaine et qui se poursuit, celle des taxis, contre un projet de nouvelle tarification de l'assurance maladie sur les transports de malades par des chauffeurs de taxi conventionnés pour être précis. L'intersyndical sera reçu aujourd'hui, enfin ont-ils dit, au ministère des Transports et en présence du Premier ministre ? Deux questions. Soutenez-vous leur mobilisation et qu'attendez-vous de cette rencontre avec François Bayrou ?
Oui, je les soutiens. J'irais même les soutenir. Je crois que vers 15-16 heures, ils ont un rassemblement. Ce n'est pas nouveau que je les soutienne. C'est quand même étonnant parce qu'on n'arrête pas de dire que le travail ne rapporte pas assez. Et là, on attaque des revenus du travail de ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre. Je trouve ça un peu spécial. Donc, qu'est-ce qu'ils reprochent là-dedans ? Ils reprochent le fait qu'on prend des décisions qui vont casser leurs tarifs, casser leurs revenus. Deux, on oblige désormais à un transport qui ne serait plus individuel. Je parle des patients.
Et puis trois, derrière ça, ce qu'ils sentent, et puis je me méfie effectivement vu ce qui s'est passé pour les taxis, c'est le fait de favoriser des plateformes ubérisées à terme au nom d'économies. Donc pour toutes ces raisons, je pense que leurs revendications sont justes.
Alors, il y a les revendications, il y a aussi les moyens d'action, les modes d'action. Et une dépêche vient de tomber juste avant cette réunion, donc au ministère des Transports, avec Emmanuelle Cordier, la présidente de la Fédération Nationale des Taxis, qui prévenait ce matin que les taxis allaient s'occuper de Roland-Garros. Je la cite, si le gouvernement n'écoutait pas les revendications des chauffeurs, que pensez-vous de ce projet, de cette idée, de cette menace ?
Cette menace, c'est une pression. Quand des gens font grève, il y a une gêne par rapport aux usagers. Les taxis, leur façon de se mobiliser, d'agir, c'est à un moment donné, effectivement, de pénaliser, par exemple, le trafic routier. Voilà, moi j'ai pas...
Enfin, là, en l'occurrence, il s'agit d'un grand spectacle populaire.
Enfin, oui, d'accord, mais je veux dire, il y a toujours une bonne raison pour dire que les gens ne devraient pas agir, si vous voulez. Ce que je remarque, c'est qu'on est moins dur, en général, vis-à-vis de certains syndicats agricoles qui peuvent gêner le transport plutôt que des taxis. Voilà, je remarque que c'est quand même pacifique, ce genre d'action. Hier, j'ai été sur le pays, j'ai été bloqué.
Par les taxis ?
Par les taxis. Et vous ne leur en avez pas voulu ? Non, non, parce que je considère que chacun essaie de se défendre comme il peut, et, somme toute, c'est des moyens pacifiques. C'est pas... Le fait de passer une heure de plus dans un embouteillage n'est pas quelque chose de dramatique. On préférait l'éviter, mais dans ces cas-là, il faut que le gouvernement prenne les bonnes décisions. C'est lui qui est responsable.
Alors voilà, le gouvernement, il a déjà dit, Éric Coquerel, qu'il n'allait pas faire machine arrière, en tout cas sur cette nouvelle tarification. L'objectif, c'est quand même de faire des économies. Et ça doit vous parler, à vous le président de la Commission des Finances, entre 100 et 150 millions d'économies pour la sécurité sociale, parce que ça coûte cher, le transport médical, ça coûte 3 milliards d'euros par an. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on a tort d'aller chercher des économies pour la sécurité sociale ?
Alors oui, on a tort d'aller chercher des économies du côté de ceux qui travaillent. Il y a eu une mesure, je la compare un peu, parce qu'elle a été prise comme ça en catimini. Vous savez, c'est par rapport aux auto-entrepreneurs, d'accord ? Qu'a été le fait de les assujettir davantage à la TVA. Alors même que, moi je ne suis pas d'accord forcément avec ce statut...
Et le projet n'a pas vu le jour finalement ?
Oui, alors le projet est pour l'instant... Vous vous y êtes opposé, pour le moment le projet est suspendu. Bien sûr, parce que ça attaquait une profession qui avait été favorisée au départ par Emmanuel Macron, dans leur développement, et là on les attaquait. Et là c'est un peu la même chose. Bon, il faut bien comprendre une chose. La Sécu, c'est exactement comme la question du budget de l'État.
Mais c'est 15 milliards de déficit !
Je vous laisse finir. La question est moins l'augmentation des dépenses que la baisse des recettes. Dans les deux cas, c'est pareil, d'accord ? C'est-à-dire qu'on sait que le déficit de l'État, du budget de l'État, doit plus au fait d'avoir baissé les impôts, notamment les impôts des plus riches. Eh bien, pour la Sécu, c'est pareil. On a exonéré à hauteur maintenant de 70 milliards d'euros par an de cotisations, les cotisations des entreprises. On a, par exemple, pénalisé la Sécu avec des charges induques de dettes publiques de l'État ou des entreprises, par exemple, qu'ils déportent en réalité sur le budget de la Sécu. Et puis, on peut même estimer.
Donc, la question des dépenses de soins, c'est pas... L'augmentation des dépenses de soins est bien moindre que la baisse des recettes. Donc, il faut plutôt voir la question du côté des recettes, plutôt que prendre ce genre de choses.
Alors, la question des comptes publics n'a plus de secret pour vous. Sécurité sociale et budget. Si le pays est bloqué, il va bien falloir trouver une porte de sortie. Le référendum sur le budget pourrait en être une, car il nous permettra d'embarquer les Français avec nous. Je ferme les guillemets. Ces mots, ce sont ceux de François Bayrou. Il les a prononcés hier. Un référendum sur le budget. Éric Coquerel, est-ce que vous soutenez l'idée ?
Mais ça ne veut rien dire. Déjà, commençons par laisser l'Assemblée nationale voter sur le budget. Ça fait trois ans qu'on ne vote plus le budget. C'est une des prérogatives centrales de l'Assemblée nationale. L'Assemblée nationale pour la Révolution française est née de la question du budget.
Est-ce qu'on passe par 49-3, en fait, c'est ça ?
Oui, c'est-à-dire qu'on l'impose. Au stock, on vote, on bouge le budget.
On pourrait y rembourser le gouvernement aussi.
Oui, bien sûr, mais peut-être qu'on pourrait voir autrement les choses. On a un gouvernement...
Revenons à 1789, c'était intéressant ce que vous disiez.
Oui, la question des états généraux naît du budget, je vous rappelle. Il est convoqué sur la question du budget. Et après, les premières décisions, les premiers débats sont... La création de l'Assemblée, c'est la question du budget. Donc, c'est une prérogative centrale. Alors, avant de réfléchir à des référendums qui n'ont pas de sens, je vous explique pourquoi ils n'ont pas de sens. C'est qu'un budget, vous voyez la globalité d'un budget, c'est les dépenses, des recettes, il faut pouvoir les amender. Ce n'est pas le propre d'un référendum où, en gros, on vote oui-non sur des principes.
Donc, cette question de budget par référendum, c'est une façon, en réalité, de contourner le problème de ce gouvernement. C'est qu'il est minoritaire dans le pays. Il est minoritaire vis-à-vis du suffrage universel. Il a été imposé et il essaie d'imposer des politiques qui sont minoritaires. Et la manière de l'imposer, c'est par le 49.3, faire voter l'Assemblée. Donc, moi, je propose, au lieu de faire ce genre de décision, je propose que François Béroux prenne l'engagement qu'il ne va pas utiliser le 49.3 et qu'il prendra le budget qui va sortir de l'Assemblée nationale.
Alors, comment répondre à l'urgence ? L'urgence, celle que signalait le FMI cette semaine, qu'il faudra des efforts budgétaires significatifs, puisque, faute de mesures nouvelles, le déficit budgétaire repartirait mécaniquement à la hausse en France autour de 6% du PIB. À moyen terme, la dette publique continuerait d'augmenter. Comment répondre à cette urgence ? Ou d'ailleurs, est-ce une urgence, Éric Coquerel, selon vous ?
Déjà, répondre que cette politique, elle a échoué. C'est quoi cette politique ? C'est une politique qui dit que l'objectif, c'est de réduire les déficits et de baisser les impôts du capital pour aller vite, pour permettre que, justement, il y ait des entrées de capitaux dans le pays qui vont permettre l'investissement. Tout ça, ça a échoué. Le déficit augmente avec cette politique. Il n'a pas cessé d'augmenter. Et en plus de ça, d'un point de vue de l'emploi, d'un point de vue de l'industrialisation, d'un point de vue de la montée de la pauvreté, tout ça est en échec. Si c'est en échec, il faut peut-être changer de politique.
Surtout dans un moment où la confrontation internationale, la guerre commerciale qui a été déclenchée par Donald Trump, nous invite, par exemple, à réfléchir à la souveraineté, plus de souveraineté industrielle, de relancer l'activité. Et ça, vous ne le faites pas avec une politique d'austérité. Il faut bien comprendre une chose. C'est que, par exemple, l'année prochaine, on nous promet 40 milliards d'économies de dépenses. Alors même que c'est la baisse des recettes qui explique les déficits. Donc, il y a baisse des recettes. Et qu'est-ce qu'on fait ? On va baisser les dépenses.
Figurez-vous que, quand on baisse des dépenses, outre le fait que les Français, ça ne répond pas aux besoins des Français, plutôt même l'inverse, et c'est d'ailleurs pour ça que le gouvernement a bien du mal à réfléchir à comment il va procéder sur ses dépenses, et bien, en plus, ça a un effet récessible sur l'économie. C'est-à-dire que vous perdez des points de croissance. Et ces points de croissance, c'est moins d'entrée de recettes. Donc, on dit, c'est un cercle non verteux. C'est l'inverse d'un cercle verteux.
La cercle verteux, ça consisterait à relancer l'activité économique, à investir, par exemple, pour la bifurcation écologique, ce qui va créer de l'emploi, qui va remplir les carnets de commande des entreprises, et ça fera des rentrées fiscales, des rentrées de cotisations, et non pas la politique mise en place par le gouvernement. Moi, mon impression, je vais vous dire, François Béroux, quand il a fait... Vous savez, il avait convoqué une espèce de grande messe, de comité d'alerte, je ne sais plus comment s'appelait ce nom, ça change tous les ans, mais c'est à peu près la même chose, on nous fait beaucoup de communication, avait expliqué qu'on était face à un tsunami. D'accord ?
Et l'Himalaya aussi. Voilà, l'Himalaya, tout ce que vous voulez. Et on est face à un tsunami, je préfère l'image maritime, et on continue, en réalité, à prendre le même canot, les mêmes rames, et on essaye d'affronter ça. C'est une erreur, il faut changer de politique. Et donc, toutes les politiques qui sont mises en place, je vous l'annonce à l'avance, ça fera plus de déficits, et ça fera moins d'activité économique, et la France va continuer à se désindustrialiser. Donc, il est urgent de rompre par rapport à ça.
Puisque vous parlez de l'industrie, il y a ArcelorMittal, on le sait, qui a annoncé des délocalisations, elles seront même plus importantes que prévues, ça on l'a su il y a quelques jours, de la part des syndicats, entre 1450 et 1825 postes, qui sont aujourd'hui en France, et qui vont être délocalisés vers l'étranger. Est-ce que la réponse, ça passe par une privatisation ou une participation publique de l'État ?
Non, ça passe par une nationalisation. Là, maintenant, au point où on en est. Je vous explique pourquoi. ArcelorMittal a fait le coup à trois reprises, lorsque M. Sarkozy était président, M. Hollande était président. Il a fait des promesses, à chaque fois, il ne les a pas tenues. Là, qu'est-ce qu'il dit ? Il nous explique qu'il y a un contrat de décarbonation qui existe, qui permet d'investir pour deux fours électriques.
Sur Dunkerque.
Deux fours électriques, et puis un mécanisme d'approvisionnement pour l'acier. Et lui, il nous dit, si je n'ai pas les conditions que je mets, c'est-à-dire, en gros, des tarifs d'importation au niveau européen, plus le prix de l'électricité, je ne le ferai pas. En réalité, il ne veut pas le faire.
Donc, ça ne se fera pas.
Voilà. Ça ne se fera pas. Et donc, on arrive petit à petit au fait qu'en 2030, la cirurgie va s'arrêter à Nacar. Je ne suis pas d'accord avec ça. Et donc, comme je ne suis pas d'accord avec ça, et CarcelorMittal, il y a 800 millions d'aides publiques depuis quelques années. Je dis, prononcez 800 millions, ça servira déjà d'indemnité, et nationalisons ArcelorMittal, parce qu'il est vital qu'on continue à produire de l'acier dans ce pays.
Avant 2030, il y a 2027, et de nombreuses questions sur l'application Radio France. Éric Coquerel, Cyril, Christian, Pierre, qui vous interrogent sur l'actualité politique et la prise de position hier de Raphaël Glucksmann, qui dit non d'ores et déjà à une primaire à gauche. Je rappelle que le leader de la place publique disait hier que ce serait un truc d'appareil qui produit une synthèse molle. Vous en pensez quoi, justement, de cette idée qu'il faudra une offre plurielle à l'élection présidentielle et à cette décision, à ce refus de Raphaël Glucksmann ?
Ce que je réponds, c'est que, quelque part, il répond à François Ruffin. François Ruffin a été interrogé l'autre jour sur la liste de la primaire. On lui a dit, mais d'accord, mais si c'est Hollande ou Glucksmann qui gagne, est-ce que vous êtes prêts à vous ranger derrière ?
Lui, il est prêt à une primaire de la gauche allant de Poutou à Hollande, François Ruffin. Donc, deux attitudes totalement différentes. C'est un ancien élément. La question lui a été posée et François Ruffin a dit... Mais c'est une vraie question politique. Ce n'est pas uniquement François Ruffin à qui répond Raphaël Glucksmann à qui répond Eric Coquerel. Prenons les choses sur le fond.
Je vais répondre à votre question. Là, je ne parle pas de réponse. Je dis la logique. Pourquoi une primaire n'est pas possible ? Parce que François Ruffin dit, lui, moi, si c'est Hollande et Glucksmann qui gagne, je me range à R.E. Ce qui me paraît totalement aberrant parce que moi, je vote pour un programme. Et donc, si l'idée, c'est le confin du Hollande de faire un programme d'accommodement... Non, mais un homme aussi. Non, non.
Si, quand on va à la première circonscription
de Seine-Saint-Denis, on vote pour ou contre Eric Coquerel. On vote pour mon programme, figurez-vous. Oui, mais c'est votre nom qui glisse dans l'urne. Quelle que soit un peu l'étiquette, par exemple, la personne qui se présente en Seine-Saint-Denis où vous savez qu'on est fort, eh bien, bon, on a une petite différence. Admettons que j'apporte 5 à 10 % en plus que n'importe qui, mais n'empêche, la personne passerait. C'est-à-dire que c'est le programme qui passe. Donc, moi, je pense qu'on vote pour un programme. Voilà, c'est le fond. Mais non, si on contre la primaire, on ne comprend pas, en fait. Moi, j'ai confiance dans l'intelligence politique des Français.
Sinon, je ne ferais pas de politique. On vote pour un programme. Donc, je reviens au raisonnement parce que sinon, vous allez...
Donc, un programme, ça pourrait ne pas être Jean-Luc Mélenchon. Eric Coquerel, si on vous suit et si on va au bout de votre logique, le programme, ce n'est pas Jean-Luc Mélenchon nécessairement.
Le programme, c'est le programme de rupture. Et c'est de mettre la personne qui est le plus capable de le défendre et de gagner ses élections. Voilà. À ce stade, si vous me demandez qu'est-ce qu'il en est, je vais vous répondre. Un, je pense que si on prend cette fois-ci la gauche, la gauche de rupture, c'est-à-dire celle qui ne propose pas le retour aux années Hollande comme M. Glucksmann le propose. Celle qui est pour nationaliser Arthelor, M. Glucksmann, et contre nationaliser Arthelor. Celle qui pense que... C'est vous, quoi. Comment ? C'est vous.
À l'intérieur de cette gauche-là, voilà, qui est diverse, il me semble que le mouvement qui a 75 députés, qui a 400 000 sympathisants, 100 000 adhérents, et qui, bon an, mal an, depuis quelques années, a montré sa force, il me semble normal que le candidat à la présidentielle de ce courant, de cette mouvance qui a montré qu'elle était capable presque d'aller au deuxième tour en 2022, ça soit LFI. Voilà, ça, je pense, c'est la priorité. Et aujourd'hui, dans LFI, si vous me demandez l'autre question, je pense que Jean-Luc Mélenchon est la personne la plus apte et la plus capable pour nous faire gagner. Voilà comment je prends. Donc, derrière le programme, l'homme.
Non, je le dis en souriant, mais c'était juste pour résumer.
Donc, aujourd'hui, au moment où on se parle, on verra en 2027, mais au moment où on se parle, je n'imagine pas que ça ne soit pas quelqu'un de France Insoumise, pour les raisons que je viens de vous dire, et deuxièmement, dans France Insoumise, pour l'instant, je pense que Jean-Luc Mélenchon est le plus apte et lui-même aussi, peut-être que son choix sera aussi important. Est-ce qu'il estime celui qui est le plus apte en 2027 de nous faire gagner ?
Donc, pas de primaire. En revanche, Jean-Luc Mélenchon, il est mis en cause dans le livre La Meute, que vous avez peut-être lu, qui est un livre signé de Charlotte Bélaïch, de Libération et d'Olivier Perrou du Monde, qui ont interrogé 200 personnes et qui ont fait toute une enquête sur LFI en montrant qu'il y avait à l'intérieur du mouvement des menaces, des attaques, que la personnalité de Jean-Luc Mélenchon était très controversée, très imposante. Ils ont été victimes eux-mêmes d'attaques à dominem, de menaces sur les réseaux sociaux qui viennent d'être dénoncées par leur éditeur Flammarion. Est-ce que vous les condamnez ?
Moi, vous savez, je pense que les attaques sur les réseaux sociaux, je les condamne absolument. Et je vais vous dire, vous me parlez de ces auteurs, mais au nom de ce qu'il y a par exemple dans le livre, au nom de ce qu'on dit sur nous depuis le temps, ce n'est pas seulement des attaques sur les réseaux sociaux, moi c'est à peu près une menace de mort par semaine que je reçois. À cause du livre ? Non, je ne dis pas seulement à cause du livre. Le livre, par exemple, véhicule des choses sur nous, fait de nous la chose la pire qui puisse exister, explique qu'on est une secte par du principe qu'on est une secte.
Tout ce qui est dans le livre est faux.
Vous me laissez répondre de petites questions ? Par du principe qu'on est une secte. Je vous rappelle que par exemple, une secte, qu'est-ce qu'on fait avec une secte ? On interdit. Ce qui quand même est à entendre par rapport à certaines menaces qui sont faites aujourd'hui sur des mouvements et notamment par exemple des mouvements, je pense, à la jeune garde par exemple qui est menacée de dissolution. Donc, je ne prends pas ça à la légère. Quand on nous accuse de secte, à un moment donné, ça peut être utilisé par le pouvoir dans un contexte assez autoritaire et dans un contexte où on attaque beaucoup les opposants un peu comme le fait Trump.
Donc, c'est une première chose qu'il y a dans le livre où ce qu'on peut dire à l'extérieur sur nous, vous parlez de ce qui est les menaces des réseaux sociaux. Évidemment, je ne prends pas ça à la légère. Je n'aime pas les pressions sur les réseaux sociaux mais je vous réponds. Nous, on a carrément des menaces de mort chaque semaine. ils ont un déferlement sur les réseaux sociaux.
Moi, je vous le dis, je ne partage pas cette façon de faire mais je ne partage pas non plus le fait de faire un livre qui décide la part de deux responsables de gauche de la chronique qui est censée nous suivre en permanence que nous sommes une secte et qu'à partir de là, tout le bouquin, un peu la fin justifie les moyens. Ce qu'il nous reproche de faire, c'est absolument ce que fait le livre. Tout le bouquin est à charge pour montrer qu'on est une secte. Je trouve ça à la limite calomniateur parce que je pense que c'est une insulte aux 400 000 personnes qui se sentent représentées en tant que sympathisants et aux millions d'électeurs par France Insoumise.
En tout cas, vous avez la liberté de la contester justement cette démarche. Il y a des questions également qui portent sur les frères musulmans en sujet d'actualité. Éric Coquerel, conseil de défense qui était présidé par Emmanuel Macron qui s'est penché mercredi dans la matinée sur un rapport consacré aux frères musulmans et à l'islamisme politique. Un rapport qui fait état d'une menace pour la cohésion nationale. Ce sont les mots qui y sont écrits avec un développement d'un islamisme par le bas, je mets encore des guillemets. Vous avez parlé de diversion.
Est-ce que vous avez le sentiment que ce rapport a été commandé pour faire diversion et qu'il ne décrit pas une forme de réalité, au moins une forme d'emprise dans certains quartiers, dans certains espaces, notamment urbains, évidemment, en France, Éric Coquerel ?
Alors d'abord, le rapport, il vient quand même dans un contexte. 72% d'actes islamophobes en plus, premier trimestre 2025 par rapport au premier trimestre 2024 et la mort carrément d'un fidèle dans une mosquée parce que musulman, Abou Bakar s'y sait. Dans ce contexte, on ferait peut-être qu'on fasse un peu attention à ce qui peut continuer à développer l'islamophobie jusqu'au meurtre. Alors le rapport, qu'est-ce qu'il dit ? C'est intéressant de le regarder. Un, il part d'une drôle d'entrée. Il dit en fait, là, c'est plus quelque chose de visible, c'est de l'entrisme. Et l'entrisme, par définition, vous faites toujours de l'entrisme.
C'est-à-dire que soit ça se voit et ça montre qu'en réalité vous êtes bien à danger, soit ça ne se voit pas et en réalité ça montre que vous êtes bien à danger parce que vous vous cachez. Ça, c'est un premier problème qui peut justifier tous les complots. Deuxièmement, vous me dites... Ça justifier tous les complots, ça ne veut pas dire que ça n'existe pas. Je continue. Vous me dites justement sur ce qui existe, mais même leurs chiffres sont très légers. Ils disent qu'il y a 7%. Ils disent qu'il y a 400 à 1 millier de personnes. D'accord ? Ils expliquent qu'il y a 7% 3 écoles confessionnelles sur 74. Sur 815 écoles coraniques, c'est un peu le catéchisme des musulmans.
Il y en a 4 qui seraient liées aux mouvements fréristes. École confessionnelle. Comment ? École confessionnelle plutôt. Oui, si vous voulez. L'école coranique, c'est plutôt le catéchisme à côté des musulmans. Enfin bon. 127 associations sportives sur 150 civils. Autrement dit, c'est très faible. Et en plus, quand on regarde sur quoi ils se sont appuyés, on s'aperçoit en réalité que c'est la visibilité de la religion musulmane. Je donne deux exemples. Ils expliquent qu'il faut repérer par exemple ceux qui font le jeûne pendant le ramadan. Ceux qui portent le voile. À partir du moment, par exemple, où il y a un magasin communautaire. Je ne sais pas ce que c'est.
Est-ce que c'est l'épicerie, ce qu'on appelait l'épicerie arabe autrefois à côté ? Bon, vous voyez bien que les critères mêmes, alors déjà les résultats sont très faibles, les critères sont, en réalité, touchent la visibilité de la religion musulmane. Et donc, pointent le doigt après sur ce que fait M. Attal. C'est-à-dire que ce n'est plus à bas le voile, mais c'est à bas le voile chez les petites, dont, entre parenthèses, sur les moins de 5 ans, les fréristes ne le mettent pas dans les conditions qu'ils mettent. Ils n'appliquent pas ça. Et enfin, j'allais dire une chose, moi qui m'interroge, d'un mot, ils expliquent qu'il n'y a pas de danger d'état islamique, de charia ou de terrorisme.
Donc, qu'est-ce qu'on cherche en réalité ? On cherche à faire... C'est l'idée d'une vision intégriste d'une religion, mais qui ne met pas en menace l'État. Et au nom de ça, on fait un comité de défense. Bon, je veux dire tout ça et à mon avis, cousu de fil blanc. C'est-à-dire que quand on a des problèmes économiques et sociaux, qu'est-ce qu'on touche ? On touche le musulman et c'est extrêmement dangereux.
Merci Eric Coquerel d'avoir été l'invité d'Inter ce matin. Bonne journée.
Éric Coquerel