L'interview : François Ruffin - 03/05
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Vous écoutez RMC, RMC, l'interview à Pauline de Valherbe. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin sur RMC et BFM TV. Vous êtes député de la France Insoumise de la Somme. Vous venez d'ailleurs de lancer la campagne pour votre réélection puisque vous êtes à nouveau candidat. On va revenir évidemment sur votre lecture d'ailleurs de ces élections et de la manière dont il faut aller à la rencontre des électeurs. Mais il y a ces négociations en ce moment pour les législatives, ces accords, cette nuit encore des tentatives d'accords avec le Parti Socialiste. Et il y a une affiche, un mot d'ordre, c'est Jean-Luc Mélenchon Premier ministre.
Mais vous avez envie d'être ministre vous François Ruffin ?
Pourquoi pas ? Je veux dire, je sais qu'il y a des ministres par exemple, on peut citer Léo Lagrange, ministre du Fonds Populaire pour la jeunesse et les loisirs qui a changé la vie de centaines de milliers de personnes, voire de millions d'ouvriers qui partaient pour la première fois en vacances. Si je peux être un homme qui à un moment signe quelques décrets pour faire que les choses avancent plus vite, pour changer un peu la vie des gens, je le ferai.
Vous seriez ministre de la jeunesse et des loisirs alors ?
Non, je ne sais pas, ministre du Travail peut-être. Vous savez que j'ai passé quand même beaucoup de temps côté des ouvriers, des caries, des auxiliaires de vie sociale, des accompagnants d'enfants en situation de handicap. J'ai l'impression d'être plongé dans le monde du travail comme reporter, de l'avoir scruté, analysé depuis maintenant trois décennies. Si je peux mettre ces connaissances-là assez concrètes au service des gens, je le ferai.
Donc vous commencez à vous projeter quand même ?
Oui, mais ça fait un bout de temps. Ça fait un bout de temps que même avant l'élection présidentielle, je me dis qu'est-ce qu'on fera concrètement pour changer le pays ? Comment on va faire pour qu'il y ait un ministère de l'écologie qui soit aussi important que le ministère de l'économie aujourd'hui et que tous les dossiers transitent par là et qu'on ait une relecture de la société, par exemple, des transports, mais aussi de l'énergie, de l'alimentation, de l'agriculture, à l'aune de ce prisme-là, pour qu'on entre dans... Vous savez, Roosevelt avait mis en place une économie de guerre pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Nous, il nous faut mettre en place une économie de guerre climatique pour affronter ce défi majeur pour l'humanité, pour les Français.
Et ce serait ça le mot d'ordre de cette grande coalition. Alors, j'y reviens quand même un instant, même si vous n'êtes pas vraiment dans cette tambouille. D'ailleurs, vous ne faites pas partie des négociateurs. Ça ne vous aurait pas plu, ça, par contre. Ministre, oui, négociateur de l'ombre dans le parti, non ?
Des fois, je dis, le plat, quand on l'amène au resto, il est beau. Des fois, il ne faut pas voir en cuisine comment ça a été préparé. Vous voulez pas savoir ce qui se passe en cuisine ? Non, moi, je soutiens la démarche. En 2017, moi, j'ai été élu avec le soutien des communistes et des écolos. Et j'espère avoir la même chose pour ma campagne dans mon coin. Et j'ai longtemps prôné un front populaire écologique. Donc, je sais que pour avoir un débouché populaire, il faut quand même rassembler assez large. Maintenant, la principale alliance qui va nous rester à trouver, on peut trouver des alliances comme ça de partis, se mettre d'accord, et ainsi de suite.
Mais la principale alliance qui va rester à trouver, c'est avec le pays, c'est avec les gens, les gens, les gens, les gens, les gens. C'est quand même eux qu'il faut aller reconquérir massivement. Donc ça, c'est une espèce d'étape préalable. Si on la remplit, tant mieux. Et il faudrait mieux. Mais derrière, le gros du boulot, ça reste d'aller conquérir les gens, à la fois dans les quartiers populaires et dans les campagnes populaires.
Et on va prendre les choses les unes après les autres, puisque vous le dites, il faudra peut-être passer par ce préalable. On le voit bien avec l'écologie des verts. C'est bon ? C'est signé ? Avec le Parti Socialiste, ça coince ? Vous le regrettez ?
Ce n'est pas terminé, là. C'est en cours. Donc, on va bien voir. Il y a les communistes. Moi, je suis assez attaché à ce que les communistes avec qui on a construit l'Humain d'abord, le premier programme de Jean-Luc Mélenchon, avec qui on était à leur côté ensemble, font le non qui me paraît le moment fondateur, le 29 mai 2005, le non au traité constitutionnel européen. Au fond, il y a une gauche qui se reconstitue autour du non de 2005, qui dit non à la concurrence libre.
Vous vous sentez plus proche quand même du PC que du PS ?
C'est certain. C'est certain, mais je pense qu'il y a une locomotive qui est lancée. Il faut faire rentrer le maximum de personnes dans le wagon. Et puis, il est très clair qu'on doit avoir un PS qui se distingue d'un François Hollande qui nous a mis Macron sur les rails. Le train Macron, c'est quand même François Hollande qui l'a posé. La loi travail, c'était lui. Le critère compétitivité emploi, c'était lui. Et pour ma part, la disparition, la Picardie noyée dans des voies de France, que je regrette toujours, parce que moi, je suis pour Picardie à une dépanneza, c'est aussi signé François Hollande. Donc, il est très clair qu'il faut rompre avec ça pour le PS humain.
On voit que vous êtes en campagne locale, là.
Non, non. Mais de toute façon, je le dis toujours. Mais moi, je suis député Picardie debout, vous savez.
Mais justement, vous disiez quand même à l'instant, je voudrais revenir d'un mot, vous dites, c'est quand même François Hollande qui a lancé le train et Macron qui est lancé dedans. Vous avez dit d'Emmanuel Macron qu'il était le bâtard de François Hollande. Vous avez un peu regretté quand même cette expression, non ?
En fait, j'ai trouvé, j'étais stupéfait par le fait qu'il y ait une polémique autour de ça. Qu'est-ce que j'ai dit ? J'ai dit, Emmanuel Macron est le fils ou l'héritier ou peut-être plutôt le bâtard de François Hollande. Mais c'est un terme technique. Et si j'ai regardé, je suis quand même stupéfait que les journalistes et les macronistes ne soient pas décidés à ouvrir un dictionnaire pour voir que ça peut simplement dire...
Non, non, mais enfant illégitime. Enfant illégitime. Non, non, mais il y a évidemment une édition. C'est aussi devenu une injure. Vous ne pouvez pas nier le savoir.
Mais ça a été utilisé pendant des siècles et vous êtes amateur de littérature, tout comme moi. Ça a été utilisé par Victor Hugo, ça a été utilisé par Shakespeare, ça a été utilisé par Zola, c'est été utilisé par Balzac.
Évidemment, mais récemment, c'est devenu une injure. Vous ne pouvez pas faire semblant de ne pas le savoir.
Non, je ne fais pas semblant de ne pas le savoir. Le sens premier, c'est enfant illégitime. Et il est évident que Macron est l'enfant illégitime. Il y a des enfants sans doute plus légitimes type Manuel Valls, type Pierre Fuscovici, type Jean-Christophe Candabadélis que vous receviez qui sont dans la filiation naturelle de François Hollande. Et vous savez, même moi, je fais une fierté de ma bâtardise. C'est-à-dire quoi ? Je suis évidemment un bâtard de la famille insoumise. C'est-à-dire que j'amène quelque chose qui est des éléments extérieurs et qui ne sont pas dans le pur prisme. Donc, j'en fais une fierté.
Et je considère qu'aujourd'hui, alors, il faudrait se demander au fond si François Hollande en est le père d'Emmanuel Macron,
qui en est la mère ?
Bon, j'ai entendu circuler des hypothèses. Si vous posez la question,
c'est que vous y aviez déjà réfléchi.
Oui, parce que ça m'a amusé. J'ai entendu circuler des hypothèses sur est-ce que c'est Manuel Valls, est-ce que c'est Nicolas Sarkozy ? Pour moi, c'est Margaret Thatcher. Il est évident qu'en Emmanuel Macron, le satiérisme à visage poupin. Vous voyez ? Mais c'est ça qui nous est vendu.
Pourquoi poupin ? Pourquoi toujours enfant ?
Parce qu'il garde ce visage d'enfant et tant mieux pour lui.
D'ailleurs, il a été élevé à la même école que vous.
Oui, je ne l'ai jamais rencontré.
Mais vous le tutoyez d'ailleurs plusieurs fois, y compris quand vous l'interpellez. dans des livres, vous l'avez dit par exemple, ce pays que tu ne connais pas.
C'est évident. Je veux dire, l'élection de dimanche, elle marque, il y a deux dimanches maintenant, mais il faut mesurer le détachement dont elle témoigne. On a un détachement du pays avec l'idéologie macroniste, mais qui au fond est la poursuite de l'idéologie du oui de 2005. Mais il faut voir que des territoires entiers, et j'y suis, se sont maintenant détachés de ce pays-là. Et je tire la sonnette d'alarme, moi. Je tire la sonnette d'alarme sur une tension qui s'installe dans la société, entre des territoires qui se sentent exclus, des classes qui se sentent exclus, qui se sentent éloignées de tout ça, et un projet politique qui est aujourd'hui minoritaire dans la société.
Moi, je veux dire, ce pays que tu ne connais pas, il se trouve qu'il l'a quand même élu, ce pays qu'il ne connaît pas.
Oui, mais je le redis, il l'a élu d'abord par défaut au deuxième tour, ça c'est très clair, et ensuite, le projet d'Emmanuel Macron est aujourd'hui minoritaire dans la société. Le projet sur les retraites est minoritaire de la société, le projet sur le libre-échange est minoritaire dans la société, le projet sur la concurrence...
Minoritaire dans la société mais majoritaire dans les voies ?
Non, il n'est pas majoritaire dans les voies. Il n'est pas majoritaire. Il a été élu, vous n'allez pas me dire qu'il n'a pas été élu. Vous n'avez pas le choix de nous faire le coup de jeu, il n'est pas légitime. Non, je dis, moi je reconnais la légitimité du président de la République, je ne reconnais pas la légitimité de son projet. Il n'a pas été élu sur son projet, il y a eu un non-projet, il n'a pas été élu sur son projet. Il faut comprendre parce que sinon, on se prépare, Madame de Malherbe, à des temps très durs dans la France, à des temps de tension extrême.
Si Emmanuel Macron considère que son projet est légitime et que donc, il peut passer en force sur ce qu'il prévoit de faire, on se prépare à des temps de tension. Par quoi pensez-vous ? Je pense qu'il y a des gens qui à la fois vont décrocher et encore basculer davantage vers le Rassemblement National, ça, ça va être pour le volet des urnes et avec des temps de tension très importants dans la rue aussi. Parce que quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? C'est qu'au fond, je repars du vote de 2005, à l'époque, 55% des Français disent non au traité constitué européen. Ils disent non à la concurrence liée Brénon-Fossé. Ils disent non à la circulation des capitaux et des marchandises.
Vous savez que c'était 80% chez les ouvriers, donc c'était très très massif. On est passé par là-dessus. Et qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que depuis ce temps-là, nos dirigeants, notre élite politique, elles continuent à mener le même projet en sachant qu'elles le font sans le peuple et sans doute contre le peuple. Voilà ce qui se passe depuis maintenant 15 ans.
Le péché originel du référendum de 2005, vous dites, dans les urnes, ça serait aller davantage vers le Rassemblement National et dans la rue, aller davantage vers de la violence vraie. Qu'on vienne d'un mot sur ce qui s'est passé lors des manifestations du 1er mai. Vous vous manifestiez mais dans votre région. À Paris, en marge d'un cortège, il y a une femme qui a agressé et empêché de travailler un pompier. On en sait davantage sur elle. Elle est infirmière, elle est antipasse. Et elle a voté Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que c'est ça aussi votre électorat ?
En tout cas, toute ma solidarité évidente avec ce pompier et avec tous les pompiers qui font leur travail dans le pays. Et c'est évident que...
Il a porté plein d'ailleurs.
Il a bien raison. Il n'a pas à se faire taper quand il fait son travail. Donc ça, c'est... Voilà.
Mais cette femme, c'est vers vous qu'elle se tourne. C'est Jean-Luc Mélenchon pour qui elle a voté.
Ça ne me pose pas de problème que l'expression de la colère dans les urnes aille sur nous plutôt qu'ailleurs. Mais en revanche, je le dis, son geste, évidemment, j'y suis fermement opposé.
Mais vous n'avez pas nourri aussi cette forme d'expression
d'une forme de violence ? Non, pas du tout. Il me semble que... Vous savez, moi, à chaque fois qu'il y a eu dans l'hémicycle des minutes de silence pour les militaires, pour les gendarmes, pour les policiers qui se trouvaient à être blessés ou davantage tués dans l'exercice de leur fonction, je me suis levé et j'ai respecté la minute de silence. Donc il n'y a pas de difficulté de ce côté-là. Vous, oui. Mais tout le groupe insoumis.
Et Jean-Luc Mélenchon avec. Mais est-ce que le rapport entre Jean-Luc Mélenchon et la police... Non, mais là, ce n'est pas la police,
en plus, c'est les pompiers. Non, il y a eu aussi dans cette manifestation,
elle s'en est prise également aux pompiers.
On doit pouvoir avoir sur la police un regard froid qui est de se dire que c'est une institution, comme la justice est une institution, comme l'économie est une institution et qu'on doit pouvoir réformer aussi la police. Et il y a la nécessité aujourd'hui de réformer la police. Quand le mouvement de Gilets jaunes se traduit à l'arrivée par plus de 200 crânes fracturées, par 30 personnes qui ont perdu un oeil pour toujours, par six mains arrachées, et qu'à la fin, il n'y a pas d'excuses du président de la République, il n'y a pas de « Qu'est-ce qu'on va faire pour avoir un maintien de l'ordre qui fasse qu'il n'y ait pas des gens qui soient blessés ? » Et moi, ça ne me satisfait pas.
Je veux dire, je suis blessé moi-même quand il y a un blessé qui soit dans les forces de l'ordre ou qui soit chez les manifestants.
Il y a une complicité implicite du préfet qui a laissé faire ?
En tout cas, je pense que ce type d'intervention dans... Vous ne dites pas non. Oui, je pense que ces violences dans les manifestations, elles rendent plus service à l'ordre qu'elles ne le desservent. Parce que moi, mon gamin, je n'ai pas de problème à les amener en manifestation à Amiens à faire le tour de la manif en poussant la bicyclette. Vous voyez ? Je ne vais pas pouvoir faire la même chose à Paris. Et maintenant, il y a une hésitation des gens à aller en manifestation.
Ça va les décourager d'aller manifester ?
Évidemment, ça peut décourager d'aller manifester, de se dire « On va être pris dans quelle violence ? Qu'est-ce qui va se passer ? » Et donc, au fond, il y a une complicité, je ne sais pas si elle est objective, quelque part, entre l'ordre et ces violences.
Comment on fait pour parler aux fâchés pas fâchaux, comme vous dites ?
Ça, c'est tout mon travail. Je pense qu'il y a un certain nombre de thèmes. D'abord, il faut y être. Il faut y aller. Il faut discuter avec eux. Il ne faut pas avoir peur d'entendre des choses qui choquent. C'est la première chose. Et ensuite, il y a sans doute un certain nombre de thèmes qu'il faut mettre en avant. C'est quoi les choses qui choquent ? Je veux dire, les gens qui disent des gros mots sur Macron, des gens qui disent qu'ils ont voté Marine Le Pen, tout ça, il faut que ça dégage. Bon voilà, il faut accepter d'en passer par là et surtout, il faut y être. Et après, il faut entendre les préoccupations de ces personnes.
Il y a des thèmes, par exemple, qui sont des thèmes qui n'apparaissent pas dans la campagne politique. Il y en a qui doivent apparaître, qui sont un petit peu apparus, les déserts médicaux. Je pense que, par exemple, quand est-ce que dans cette campagne, on a parlé de logistique ? 800 000 travailleurs de la logistique.
Qu'est-ce que vous voulez dire quand vous dites logistique ?
Quand est-ce qu'on a parlé du fait que...
Vous parlez d'Amazon,
vous parlez des livreurs ? Je parle d'Amazon, je parle des livreurs, je parle... Mais vous allez dans mon coin et dans plein de coins, qu'est-ce qu'il se passe ? Les entiers lieux de production industrielle sont devenus des hangars de l'Europe. On a des hangars qui se construisent partout. Où on a parlé de ces millions de travailleurs-là ? Jamais. Mais les auxiliaires de vie sociale, on vaut les féminins, les assistantes maternelles et ainsi de suite. Quand est-ce qu'on parle d'elles ? Il faut que ça devienne un thème de campagne. Mais par exemple, vous prenez un thème comme le numérique.
Aujourd'hui, les gens qui sont paumés, parce que quand ils doivent faire leur déclaration pour entrer à la retraite, ils n'ont plus la possibilité d'avoir quelqu'un en face d'eux. Il faut qu'ils fassent sous le part des sites internet avec des mots de passe à remplir. Et ils sont paumés là-dedans.
Vous parlez de la question de l'humain.
Oui, je parle de la question de l'humain. On a parlé beaucoup
de la dépendance ?
Je vois que quand je vais dans mes campagnes, on me dit pour aller faire une démarche à Pôle emploi, pour faire une démarche à CAF, pour avoir une carte grise, ce n'est plus possible d'avoir des gens en face de soi pour nous aider à traiter ça. Et ça, c'est un thème qui est quelque part infrapolitique, mais qui pour moi doit devenir, par exemple, l'un des thèmes politiques à porter au premier plan. Alors, il y a ces millions de salariés de ce qu'on a appelé la deuxième ligne. Il y a les déserts médicaux. Il y a cette question-là. Mais il faut y être pour porter l'oreille à ça, y être attentif et amener ces sujets sur le...
Est-ce que c'est pour ça que vous avez perdu ? Parce que quand même, il faut un moment, voilà, vous nous dites, ça y est, on s'imagine déjà quand même à Matignon pour les uns, dans des ministères pour les autres. Enfin, la réalité, c'est quand même que vous avez perdu.
Oui, mais j'en ai posé le diagnostic très clairement et dans les jours qui ont suivi, parce que je le pressentais. Les paris réalisés par l'Union Populaire ont été gagnés.
Dans votre circonscription, on a voté Marie-Jean Père.
Je vous dis quand même les dom-toms. On a gagné, dans les quartiers populaires, la jeunesse...
Pardon, vous avez gagné les dom-toms. Ceux qui ont voté pour vous au premier tour dans les dom-toms, ils ont voté Marie-Lopère
le deuxième tour. Pourquoi ? Parce que la colère, elle s'exprime et tant mieux si on arrive d'abord à faire exprimer cette colère-là sur une voie de... C'est une réussite
que vos électeurs aient voté Marie-Lopère
le deuxième tour ? Non, non, ce n'est pas du tout une réussite, ça. Mais en revanche, c'est une réussite que le fait que la colère, elle aille sur nous, c'est-à-dire quelque chose qui porte la colère mais qui réussisse à produire une alchimie qui amène de l'espérance derrière. C'est cette alchimie qu'il nous faut produire, elle n'est pas simple. Mais voilà, les paris réussis par l'Union Populaire, c'est les dom-toms, c'est la jeunesse populaire des quartiers et c'est la France des centres-villes qui est plus sur des questions d'écologie et ainsi de suite. Et bon, ces trois paris sont remplis.
Je le dis, il y a un pari qui n'a pas été effectué donc voilà, c'est les campagnes populaires, c'est tout ce qui est la France périphérique, la France des ronds-points, la France des gilets jaunes. Là-dessus, on est très très très très faible mais il faut le regarder comme une chance.
Et comment vous faites pour leur parler à eux ?
Ce que je vous ai expliqué avant, vous voyez ?
Non mais ça ne suffit pas de parler de la logistique et de parler des armes. Quelles sont les réponses que vous apportez ?
Je vous dis, par exemple, sur le numérique, il faut reposer l'évidence qu'il doit y avoir la possibilité pour tout le monde d'avoir des humains en face de soi, de ne pouvoir pas faire ces démarches sur Internet mais si on est bloqué, d'avoir des humains en face de soi. La logistique, compte tenu des conditions de travail, il faut qu'il y ait des décrets qui viennent dire voilà, on ne peut plus travailler avec un casque sur les oreilles qui donne des ordres en permanence. Il doit y avoir...
Ça doit passer par le droit du travail ?
Oui, ça doit passer en partie par le droit du travail, oui. Sur les auxiliaires de vie sociale, il doit y avoir un travail en tournée qui soit effectué, qui soit plus du travail heure par heure. Mais enfin, la démarche principale avant d'apporter les solutions, c'est d'y être. C'est d'écouter. C'est de vouloir en faire une priorité pour demain.
Sur les retraites, si par exemple il y avait un référendum sur les retraites comme le dit tout d'un coup François Bayrou, au fond, dans un sens, ça serait peut-être une bonne nouvelle que les Français soient consultés.
J'y serais à fond pour.
Un référendum sur les retraites, vous êtes pour.
Évidemment. On a aujourd'hui le Conseil d'orientation des retraites qui dit que l'équilibre des retraites est garanti jusqu'à 2070. On aimerait bien que tout soit à l'équilibre jusqu'à 2070 à commencer par l'équilibre écologique. Et donc là, il y a l'évidence d'un projet qui est au fond, un projet pour quoi, même dans les échos de mon ami Bernard Arnault, il y avait une chronique qu'il expliquait hier. On va aller gratter sur les retraites. Pourquoi ? Pour baisser les droits de succession qui vont profiter à 20% des Français et aux 20% les plus riches à qui on a déjà fait des cadeaux gigantesques dans le pays. Donc voilà. Après, vous vous dites comment récompagner les campagnes populaires ?
Les campagnes populaires, elles doivent être reconquises surtout aujourd'hui sur le pouvoir de vivre. On a une inflation qui est galopante. Le que je dois dire vient de lancer un indice, c'est 5% d'augmentation. Et en fait, c'est davantage dans les campagnes puisque le prix de l'essence est bien au-delà, donc il y a sans doute entre 8 et 10% d'inflation. Je vous l'ai déjà proposé ici, mais je le redis, moi je suis pour une indexation.
Des salaires ?
Des salaires. Sur l'inflation ? Des retraites, des minimas sociaux, que tout soit indexé sur la situation. Ça a été le cas jusqu'en 1983. Jusqu'en 1983, quand il y avait une inflation, tout ça a été raccroché et ça a augmenté en parallèle. Il nous faut renouer avec ça et faire qu'il n'y ait pas une inflation d'un côté et puis les revenus du travail qui n'évoluent pas de l'autre. Donc là, ça me semble une priorité pour que soit garantie aujourd'hui le pouvoir d'achat des Français.
Comment vous faites ensuite ? Parce que j'ai commencé en vous demandant si vous vouliez être ministre, mais quand on regarde tous ceux qui ont vécu la même expérience que vous du pouvoir de l'insoumission, je pense à Podemos en Espagne, je pense à Alexis Tsipras avec Syriza en Grèce, à chaque fois qu'ils sont arrivés aux portes du pouvoir, ils se sont cassés les dents.
D'abord, Podemos n'a pas été au pouvoir, aux manettes. Aux portes du pouvoir. Et Tsipras, pour le coup, ils y sont rentrés et c'est plus du tout vos amis. Mais de toute façon, l'histoire pour nous...
C'est facile d'être pur quand on est en dehors du pouvoir, je veux dire.
D'abord, je ne me prétends pas pur. Je le dis franchement parce que ça voudrait dire qu'à partir du moment où vous allez trouver une tâche sur un individu, vous allez le réduire à sa tâche en général. Donc je ne me prétends pas pur. Et je n'ai même pas des visées itopistes pour ma part. Vous savez, je dis changer la vie, je suis sceptique moi. Mais changer un peu la vie des gens, l'améliorer un peu. Aujourd'hui, on est dans une telle situation de désespérance que si jamais on arrive à prendre juste quelques mesures qui améliorent la vie des gens, ils vont déjà en être stupéfaits. Donc il n'y a pas besoin de bouleverser complètement.
Je pense que, ne serait ce que, si on arrive à faire du travail en tournée, qu'elles aient le SMIC, un SMIC amélioré, garanti, ça sera déjà un bouleversement dans leur existence. Les agents d'entretien qu'à la place de venir faire, comme c'est le cas à l'Assemblée nationale et sans doute ici, un peu de temps le matin, un peu de temps le soir, avec des horaires brivés, avec une vie familiale en lambeau. Si on arrive à dire, maintenant, le temps de travail, c'est continu, c'est des journées de 7 heures et puis ça se passe en journée pour que vous puissiez vivre normalement. Si on arrive à changer ça, dans la vie des gens, ce sera, mais bon sang, la politique, ça peut faire ça pour moi ?
Je vais même vous dire, j'ai l'impression que là, vous êtes un peu remonté sur votre cheval, mais à chaque fois, vous avez un petit moment un peu de retrait, comme si vous regardiez un peu, vous vous asseyez au bord du terrain et vous regardiez avec une forme presque de lucidité ou peut-être de tourment en vous disant la tâche, elle est colossale, est-ce qu'on est prêt ?
La tâche, je sais qu'elle est colossale, vous savez, je sais la montagne qu'on a à gravir, la montagne de résignation d'abord qui s'est installée dans le cœur des gens.
Mais est-ce qu'il y a ces moments ?
Il y a tout le temps, mais moi je les ai tous les jours, vous savez, je dis l'optimisme de la volonté, le pessimisme de la lucidité. Donc évidemment, je suis traversé par des phases où je me dis, bon, de découragement, ça va de soi.
Ça a été le cas là, ces derniers jours ?
Pas ces derniers jours, parce que ces derniers jours, je trouve que la manière dont on a porté, on a été porté jusqu'au 22% et la manière dont ça a été donné en proposant un chemin pour la suite par Jean-Luc Mélenchon et les collègues, c'est-à-dire en disant voilà, on se projette dans la bataille des législatives, ça fait que ça ouvre une espérance. Là, ce qui se passe à gauche ouvre une espérance. Ça veut dire qu'on va pouvoir dire aux gens écoutez, il y a un autre bâton pour battre Macron que celui de Marine Le Pen et peut-être que c'est un bâton qui peut gagner. Pourquoi utiliser cette métaphore du bâton ? Parce que c'est ça que les gens cherchent.
Ils cherchent un bâton pour battre Macron. Ils cherchent un bâton pour battre Macron. Ils prennent le bulletin.
Mais c'est bien ça d'encourager à vouloir prendre un bâton pour battre.
Oui, ça ne me dérange pas si le bâton c'est un bulletin de vote en l'occurrence.
La métaphore que vous utilisez c'est quand même celle du bâton.
Tout le monde la comprend. Mais voilà. Et aujourd'hui, ils cherchent le plus gros bâton. C'est comme ça dans la vie. Et si jamais... C'est la loi de la jungle. Non, ce n'est pas du tout la loi de la jungle. C'est la loi électorale. Aujourd'hui, ils veulent chasser Macron et on leur dit ben voilà, il y a un bâton pour chasser Macron et en leur disant mais finalement vous votez ça fait 40 ans que les Le Pen ils sont là ça fait 40 ans qu'ils perdent ça fait quelque part 40 ans qu'ils servent le pouvoir en faisant que la colère elle part de ce côté-là et qu'elle ne peut pas se transformer en un bloc majoritaire.
Maintenant, je le redis le bloc majoritaire il va falloir le construire avec les gens les gens les gens et en ayant une union populaire qui soit l'alliance des quartiers populaires mais aussi des campagnes populaires.
Réconcilier toute la France et oser parler aux fâchés pas fâchaux. Voilà donc votre leitmotiv François Ruffin merci d'avoir répondu à mes questions je rappelle que vous êtes candidat à votre réélection député La France Insoumise de la Somme il est 8h54 sur RMC BFM TV
François Ruffin