Prix du carburant : Macron et Total se moquent des français
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Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher.
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Emmanuel Macron à Rungis demande aux pétroliers de faire un effort. Doit-on saluer la raison de Total ?
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Qu'est-ce que tu penses de cette sortie de Macron à Rungis ?
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Que penser de la ristourne de Total ? Est-ce qu'il faut applaudir et remercier ?
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Est-ce que tu peux nous rappeler comment se décompose le prix des carburants ?
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Fabien Roussel s'en est pris à Total sur BFM et RMC. Il dit que Total vole EDF.
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« Quand on fait le marché unique, il y a des gens qui ont dit qu'on allait avoir 6% de croissance et des millions d'emplois. »
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« Dans toutes les stations de Total Energy, en 2023, le diesel et l'essence ne dépasseront pas 1,99€. »
- 2:04PrésentateurChiffre
« Le géant pétrolier avait annoncé avoir réalisé 19,5 milliards d'euros de profit en 2022. »
- 2:17InvitéFait
« Total ne se gêne pas pour se gaver d'argent public et ne pas payer d'impôts en France comme en 2019, 2020 et 2021. »
- 2:25PrésentateurChiffre
« Les restaurants de Total à la pompe lui avaient coûté autour de 600 millions d'euros. »
- 3:09InvitéChiffre
« Moins de 3% des revenus accumulés par les sociétés pétrolières et gazières dans le monde en 2022, soit 100 milliards de dollars, suffirait pour réduire de 75% des émissions de méthane. »
- 8:03InvitéChiffre
« C'est entre 6 à 8 milliards d'euros que Total a reçu de EDF rien que par cette manipulation. »
- 10:31InvitéFait
« Les États-Unis ont rajouté 3 à 4 millions de pétrole de schiste sur les marchés mondiaux. »
- 14:30PrésentateurChiffre
« Manon Aubry avance qu'il y a un réseau de 42 accords de libre-échange avec 78 pays. »
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« Quand on a fait le marché unique, il y a des gens qui ont dit qu'on allait avoir 6% de croissance et des millions d'emplois. »
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Le mot qui ne veut rien dire, par le marché. Alors, qui est le marché ? Ça veut dire quoi, par le marché ? Quand on fait le marché unique, il y a des gens qui ont dit qu'on allait avoir 6% de croissance et des millions d'emplois. On ne les a jamais eus. Quand il y a eu la mondialisation, on nous a promis la mondialisation heureuse. On n'a pas vu trop d'effets sur l'humain, y compris Internet. Ça devait nous rendre plus productifs. On n'est pas sûr qu'on soit plus productifs. Ça devait nous permettre de travailler moins. On n'est pas sûr qu'on travaille moins. On a des débats pour travailler même plus. Tout ce qui s'est passé derrière, c'est l'ubérisation qu'il y a eu.
Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Je suis ravie de vous retrouver. L'Instant Porcher, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous, avec Thomas Porcher, chaque semaine pour décrypter l'actualité, car les discours sont politiques et les comprendre est une véritable arme démocratique. Je vous rappelle que le média ne dépend que de votre soutien, vos abonnements et vos dons. Rendez-vous sur soutenez.lemédiatv.fr pour nous soutenir. Ce projet de télé libre et indépendante ne peut se faire sans vous. Et on arrive bientôt avec de nouvelles annonces, c'est promis. Au programme aujourd'hui, Emmanuel Macron à Rungis demande aux pétroliers de faire un effort.
Doit-on saluer la raison de Total et que se passe-t-il avec EDF ? Les pétroliers nous mènent-ils droit dans le mur ? Et puis, nous nous intéresserons à l'Union Européenne. Y a-t-il un revers protectionniste et en même temps le développement du libre-échange ? Quelles conséquences dans un monde qui serait voué à plus 4 degrés ? On décrypte tout ça, c'est l'instant Porcher. Nouvel épisode de Macron Demande. Mardi dernier, le président de la République s'est rendu au marché national de Rungis pour expliquer aux travailleurs, entre port de charge lourde et de travail dans le froid, qui devront le faire un peu plus longtemps.
Et dans le même temps, Emmanuel Macron a demandé aux grands groupes pétroliers comme Total Energy un nouveau geste sur le prix du diesel en appelant à leur esprit de responsabilité. Patrick Pouyanné, PDG de Total, a répondu à l'appel.
La mesure que l'on annonçait, c'est que dans toutes les stations de Total Energy, en 2023, le diesel et l'essence ne dépasseront pas 1,99€. Donc, à partir de ce
mercredi 1er mars et dès le week-end dernier dans les stations d'autoroute, le litre de super ou de diesel ne dépassera pas 1,99€ chez Total Energy. Cette annonce intervient après une actualité dont on avait parlé. Dans l'instant penché, il y a deux semaines, le géant pétrolier avait annoncé avoir réalisé 19,5 milliards d'euros de profit en 2022, après déjà 17 milliards l'année d'avant. Et oui, l'inflation et la guerre en Ukraine ont été très bénéfiques pour certains. Un geste si généreux quand on sait que Total ne se gêne pas pour se gaver d'argent public et ne pas payer d'impôts en France comme en 2019, 2020 et 2021.
L'année dernière, les restaurants de Total à la pompe lui avaient coûté autour de 600 millions d'euros. Généreux aussi quand on sait les scandales environnementaux et humains autour de Total, comme ces projets d'exploitation de champs gaziers en Afrique du Sud qui sont des bombes écologiques pour les pêcheurs locaux et l'état de l'océan, ou encore cette construction du plus long oléoduc chauffé du monde en Ouganda, au milieu de réserves naturelles exceptionnelles, en Tanzanie aussi. D'ailleurs, à ce sujet, BNP Paréba est visé par le premier contentieux climatique au monde contre une banque.
Les Amis de la Terre, Notre Affaire à tous et Oxfam France demandent à BNP de mettre fin à ses soutiens financiers au nouveau projet d'énergie fossile et d'adopter un plan de sortie du pétrole et du gaz. BNP Paribas qui est aussi le premier financeur des géants mondiaux du pétrole et du gaz, Total Energy qu'on retrouve, mais aussi Chevron, ExxonMobil, Shell, BP, ENI, Repsol, Equinor. Et il est intéressant de mettre en parallèle ceci. Moins de 3% des revenus accumulés par les sociétés pétrolières et gazières dans le monde en 2022, soit 100 milliards de dollars, suffirait pour réduire de 75% des émissions de méthane provenant du pétrole et du gaz.
Le méthane est un très puissant gaz à effet de serre, observe l'Agence internationale de l'énergie. C'est Hervé Kempf, rédacteur en chef du Média indépendant reporter, qui le met en avant. Et dans tout ça, Christophe Béchut, ministre de la Transition écologique, nous dit de nous préparer aux plus 4 degrés de réchauffement climatique qui sont littéralement invivables et meurtriers. Les pétroliers nous amènent-ils droit dans le mur ? On va analyser tout ça avec Thomas. Thomas va d'abord revenir sur la visite du président à Rungis, où Emmanuel Macron a demandé à Total de faire des efforts en plein débat sur la réforme des retraites. Qu'est-ce que tu penses de cette sortie ?
En fait, il y a un contexte social qui est très difficile avec la réforme des retraites. La plupart des gens sont opposés à cette réforme. Et là, vous avez Emmanuel Macron qui fait un déplacement bien ciblé à Rungis pour montrer un peu la France qui se lève tôt. Et une France aussi qui dépend énormément des transports, du transport routier, etc. Donc là, il faut qu'il annonce une espèce de mesure sociale pour que ce soit un contre-feu.
Donc il dit, après le scandale des bénéfices de Total en pleine crise et le fait qu'on demande aux Français de travailler plus longtemps pour faire des économies, qu'il va demander à Total de baisser sa part de marge sur le diesel pour faire baisser le prix du diesel. Ce que Total avait déjà plus ou moins annoncé quand il avait annoncé ses bénéfices. Enfin, il n'y a rien de nouveau. En fait, il est le porte-parole de ce qu'avait déjà dit Total. Et c'est une façon de mettre un espèce de contre-feu aux tensions sociales qu'il peut y avoir autour de la réforme des retraites.
Que penser de la ristourne de Total ? Est-ce qu'il faut applaudir et remercier ?
Bon, c'est une ristourne, bien sûr. Ça va coûter quelques dizaines, peut-être même centaines de millions d'euros à Total, cette ristourne. Mais en même temps, Total pratique de l'optimisation fiscale. Total a fait des bénéfices records. Donc c'est une façon plutôt d'acheter la paix sociale. Parce qu'en réalité, les oppositions à Total sont principalement centrées en France. Il y en a, bien sûr, dans des pays pauvres, etc., mais qui sont moins entendables et moins impactantes que celles qui ont lieu en France. Et on se rend compte aussi que Total, en fait, c'est devenu un espèce de chiffon qu'on agite dès qu'il y a un problème.
Moi, je me souviens déjà en 2012, Nicolas Sarkozy disait qu'il allait faire un impôt spécial sur les grandes sociétés du 440, en prenant l'exemple de Total à l'époque, qui ne payait pas d'impôts. Là, vous avez Macron qui ressort et qui tape sur Total, comme l'ont fait d'autres Roussel, etc. Donc c'est un petit peu le bouc émissaire qu'on aime bien, surtout quand on a des réformes libérales à faire passer.
Est-ce que tu peux nous rappeler comment se décompose le prix des carburants ? Est-ce que les pétroliers répercutent autant les hausses que les baisses des prix du pétrole sur l'essence ?
Dans un prix du carburant, vous avez quand même 50 à 60% de taxes, que ce soit le diesel ou l'essence, même si le diesel a moins de taxes que l'essence. Vous avez, en fait, dans un premier lieu, ce qu'on appelle le produit pétrolier, qui doit faire 30 à 35%. Vous avez ensuite la marge des pétroliers et puis vous avez ensuite les taxes, quasiment, avec une TICPE, une TVA sur le produit, une TVA sur la TICPE. Donc le gouvernement a fait l'échec carburant, c'était une baisse de taxes. Et là, on demande un effort supplémentaire à Total. Total ne représente pas l'ensemble des distributeurs de diesel de France. Il est plutôt assez minoritaire.
Il doit faire 20-30% avec les grandes entreprises gazières. La majorité, c'est ce qu'on appelle les grandes et moyennes surfaces, les Leclerc, etc., qui, eux, distribuent du diesel. Donc quand Total fait une remise, effectivement, il va perdre un petit peu d'argent. Il va perdre quelques millions, ce qui est quand même beaucoup, peut-être à la fin d'une année. Mais sur l'ensemble des milliards, ce n'est pas énorme. Et sur l'ensemble des baisses d'impôts, ce n'est pas énorme. Et puis, ça ne va toucher qu'une petite partie des Français et pas l'ensemble des Français. Donc il y a beaucoup d'effets d'annonce par le gouvernement quand on dit « Oui, on va baisser les prix du diesel ».
Après, il y a une autre question qui est importante, c'est cette question des répartitions. Est-ce que Total et les autres compagnies répercutent les baisses de pétrole aussi rapidement qu'elles répercutent les hausses ? Parce que là, parfois, on peut gagner quelques centimes. Et ces quelques centimes font, à la fin d'une journée, plusieurs millions d'euros de bénéfices en plus. Et là, il faudrait surveiller ça parce que là, les prix du pétrole diminuent. Est-ce que les prix de l'essence diminuent autant que la baisse des prix du pétrole en prenant en compte le taux de change ? Ça, c'est des choses à surveiller.
Il y a une autre séquence marquante autour de l'énergie. Fabien Roussel s'en est également pris à Total sur BFM et RMC mercredi dernier. Il dit que Total vole EDF. On regarde.
Oui, il y a des malhonnêtes. Oui, il y a des malhonnêtes. C'est qui les malhonnêtes ? Total, M. Pouyanné, vole EDF. Et les 20 milliards de bénéfices dont il fait, une grande partie vient des bénéfices qu'il tire, du prix de l'électricité qu'il achète à bas prix à EDF et qu'il revend à EDF entre 180 et 300 euros. Ce que vous nous dites. Oui, c'est du vol, du racket, ce qu'ils font. EDF vend de l'électricité à 42, 46 euros le mégawatt-heure à des fournisseurs privés, dont Total. Et Total revend cette électricité à 180, 200, 300, 400 euros aux gens, mais aussi à EDF parce qu'EDF n'a plus assez d'électricité comme ils l'ont vendu pour fournir aux gens.
Et donc EDF se retrouve à racheter à 300 euros de l'électricité qu'il a vendue, 42, 46 euros à Total. C'est entre 6 à 8 milliards d'euros que Total a reçu de EDF rien que par cette manipulation. Qu'est-ce qu'on fait ?
On voit là Fabien Roussel en colère qui dit 60 ans d'investissement public pour bâtir des barrages, des centrales aujourd'hui. Tout ça est bradé, c'est le cartel des financiers, des énergéticiens qui se fait des montagnes d'or dessus. Et c'est nous qui payons. Et après Macron demande un petit effort à Total et à nous de travailler plus longtemps. C'est ces mots. Qu'est-ce que tu en penses toi de cette séquence-là ?
Il a raison. Mais après c'est là qu'il y a vraiment une connivence entre ceux qui nous ont gouvernés et les grandes entreprises. C'est en fait les anciens gouvernements qui ont mis ça en place avec la libéralisation des marchés de l'énergie qui ont obligé EDF à vendre à un prix très faible à des concurrents pour créer un marché concurrentiel dont fait partie Total Énergie qui rachète de l'électricité à bas prix et puis ensuite peut le revendre plus cher et faire des marges. C'est dénonçable, il a raison de le dénoncer. Mais l'essentiel des bénéfices de Total repousse sur la vente de produits gaziers et pétroliers qui ont un impact sur le réchauffement climatique.
Donc là en fait il a raison de dire ça parce que c'est la critique de la libéralisation et de ceux qui en ont profité dont Total Énergie. Donc on a quand même créé, il fallait quand même le faire, une structure où nos géants se concurrencent entre eux plutôt que d'être complémentaires alors qu'ils ont été construits à la base pour être complémentaires. EDF faisait l'électricité, GEDF faisait le gaz, ELF faisait à l'époque le pétrole. C'était comme ça que ça se passait. Areva faisait un autre pan du nucléaire et se complétait avec EDF. Et aujourd'hui toutes ces entreprises se concurrencent avec une structure qui vise à affaiblir EDF pour enrichir d'autres concurrents.
Donc c'est parfaitement dénonçable. Mais la majorité des bénéfices de Total se font quand même sur le pétrole et le produit, donc sur l'extraction, la recherche-production qui sont un véritable problème parce que portent atteinte au réchauffement climatique.
De manière générale, le bilan énergétique mondial est à 80% composé d'énergies fossiles malgré l'épuisement des réserves. Comment est-il possible d'inverser cette tendance au niveau mondial ?
C'est ça qui est compliqué. C'est qu'en fait, on a un bilan énergétique qui est à plus de 80% dû à des énergies fossiles. Et en fait, ce bilan énergétique, il n'a pas bougé depuis plus de 15 ans. Donc certes, les renouvelables se développent, on en entend beaucoup, les renouvelables se développent, mais les énergies fossiles se développent aussi. Alors, on a toujours comme coupable le pays émergent qui va développer du charbon. C'est le cas notamment de la Chine. C'est aussi une réalité. Mais ils produisent avec des centrales à charbon des biens qui sont destinés majoritairement à l'export que nous allons ensuite consommer. C'est là qu'est toute l'hypocrisie climatique.
Et puis surtout, il y a des pays riches qui ont toute la technologie, tout le savoir-faire, tout l'accès au financement peu cher qui peuvent engager la transition énergétique et qui ne le font pas. Les États-Unis ont rajouté 3 à 4 millions de pétrole, de schiste sur les marchés mondiaux. Les Canadiens, le sable bitumineux. Chez nous, on a mis en place les centrales à charbon qu'on a réouvertes avec le gaz de couche. Donc finalement, même les pays riches produisent beaucoup plus d'énergie fossile.
Et quand on regarde par exemple l'Arctique, l'Arctique, les principales compagnies, dont la nôtre, qui sont intéressées par des forages exploratoires en Arctique, sont des compagnies de pays riches, de la Norvège, des États-Unis, de la Russie ou de l'Angleterre. Donc les pays riches ont aussi quand même un rôle majeur à jouer là-dessus. Il y a une forme d'hypocrisie de dire toujours que l'énergie fossile est majoritairement consommée dans les pays pauvres, quand nous, l'Europe, nous engagons la transition énergétique.
Nous l'engageons certes, mais nous avons toujours des débats sur les énergies fossiles, alors même que l'AIE dit que les réserves prouvées suffisent et qu'on ne pourra consommer qu'une petite partie, et donc il faut arrêter tout nouveau projet dans les énergies fossiles.
Est-ce que le défi, il ne réside que dans le fait de changer nos modes d'approvisionnement ou aussi dans le fait de réduire notre consommation énergétique aujourd'hui ?
Les deux en réalité. Il va falloir jouer sur la demande, mais jouer sur la demande par l'efficacité énergétique, par la réduction de la consommation, ne suffira pas. Il y a tout un système à détricoter. Et là, tu l'as bien dit au début, il y a le système de financement des énergies fossiles, il y a les grandes banques, il y a le fait que ces grandes entreprises aujourd'hui ont pris le vocabulaire en fait des ONG en disant « oui, nous faisons attention à la transition énergétique, etc. » tout en continuant les mêmes types d'investissement dans les énergies fossiles.
Il y a les modes de production qui utilisent ces énergies-là et il y a les consommateurs qui consomment des biens issus de cette production-là. Donc il va falloir tout détricoter. On ne peut pas jouer que sur le levier de la consommation où les adaptations sont plutôt très faibles parce que les marges de manœuvre sont faibles. Il faut aussi aller à la source et jouer sur la production. Et ça, normalement, c'est le politique qui s'en charge.
L'Europe a-t-elle pris un tournant protectionniste en réponse à l'Inflation Reduction Act aux Etats-Unis, plan qui consiste à soutenir financièrement les entreprises états-uniennes dans la transition écologique, version américaine, l'Union européenne a mis en place son pacte vert en soutien à l'industrie européenne. C'en est fini. Du libre cours à une concurrence déloyale qui s'affranchirait des exigences du développement durable, l'UE renforce radicalement sa stratégie industrielle et ses instruments de défense commerciale, affirme Laurence Beaune, secrétaire d'État chargée de l'Europe, dans une tribune sur Libération.
Laurence Beaune qui ajoute « L'Europe a choisi, elle sera la région du monde leader dans la lutte contre le changement climatique par l'innovation, le développement d'une industrie en pointe et un programme de développement des compétences appropriées ». Alors il y a quelques exemples comme une entreprise chinoise qui bénéficie de subventions contraires aux règles du commerce international qui se verra interdire l'accès au marché européen ou encore la volonté de filtrer les investissements étrangers et protéger les ports, aéroports, réseaux énergétiques d'une prise de contrôle par des capitaux étrangers.
Un autre exemple aussi en lien avec l'actualité est que les produits qui entrent sur le territoire européen doivent respecter les normes européennes. Ceux qui comportent par exemple des traces de néonicotinoïdes ne pourront plus entrer sur le marché européen. On parle aussi d'une taxe carbone aux frontières mais Laurence Beaune précise bien que ceci n'est pas un repli et que l'autarcie est le monde d'hier.
Par exemple, pour des matières premières non produites en Europe comme le lithium, la secrétaire d'Etat avance qu'il faut continuer à travailler avec le monde pour construire les batteries indispensables à une mobilité décarbonée ou encore pour que nos entreprises à nous s'exportent et génèrent des emplois. Toujours avec cette volonté de respecter la boussole climatique, Laurence Beaune avance que les accords de libre-échange qui n'imposent pas un strict respect de l'accord de Paris comme le projet négocié par l'Union Européenne avec le Mercosur ne peuvent pas être acceptés en l'Etat et que nous progressons en revanche avec d'autres partenaires comme la Nouvelle-Zélande.
En même temps, Macronien, je cite concilier la souveraineté industrielle, technologique et l'ouverture à la mondialisation que le président de la République porte depuis le premier jour de son premier quinquennat. Une tribune à laquelle a répondu Manon Aubry, eurodéputée, la France insoumise et coprésidente du groupe de la gauche au Parlement européen. Le protectionnisme libre-échangiste, il fallait oser, déclare l'élu avant de poursuivre. Faire du libre-échange l'un des volets principaux d'un plan pour l'autonomie et la neutralité carbone, c'est un numéro d'équilibriste dont seuls les édiles de l'exécutif bruxellois ont le secret.
En effet, Manon Aubry avance qu'il y a un réseau de 42 accords de libre-échange avec 78 pays et que l'UE redouble d'activités sur le front commercial. 12 accords sont en train d'être renouvelés ou étendus. 8 accords supplémentaires sont en cours de négociation ou de ratification avec entre autres la Nouvelle-Zélande, le Mercosur, Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay, on en a parlé, mais il y a aussi l'Australie, la Chine, l'Inde ou encore l'Indonésie. Thomas, avec le Covid et la crise en Ukraine, les mots souveraineté, autonomie, protectionnisme sont revenus, on vient de le voir, dans le débat public. Est-ce qu'il y a ou il va y avoir un changement dans les faits ?
Non. En fait, le drame de cette crise du Covid, mais ça avait commencé un petit peu avant la crise du Covid, mais le drame de cette crise du Covid et de ce qui s'est passé dans la guerre, c'est qu'il y a eu des changements énormes sur le vocabulaire utilisé. Les mots réindustrialisation, protectionnisme sont ressortis, autonomie, indépendance énergétique. Ce sont des termes aujourd'hui que même les libéraux s'emploient à dire, mais qu'en réalité, dans les faits, rien ne change. Rien ne change. Les changements, c'est quoi en fait ? On continue le traité de libre-échange, mais dans un traité de libre-échange, pas moins de 2000 pages, on va rajouter 3 pages sur l'environnement.
Et on va s'engager sans qu'il y ait de contraintes, parce que ce n'est pas des contraintes des traités qui visent à baisser en fait les droits de douane, mais aussi uniformiser les normes de fabrication. Donc dans ce cas-là, vous avez toujours en fait celui qui a les normes les plus faibles qui oblige l'autre à s'ajuster ou celui qui est en position de force qui oblige l'autre à s'ajuster. Donc il y a de fortes chances qu'on arrive, comme on l'a vu à l'intérieur de l'Europe, au moins disant fiscal, social et écologique. Donc non, non, c'est très problématique, sauf qu'on rajoute deux pages. Les deux pages qu'on rajoute, c'est un engagement, par exemple, à suivre l'accord de Paris.
L'accord de Paris, il fait une trentaine de pages, une quarantaine de pages, il n'y a rien dedans. Le transport aérien n'est pas pris en compte, le transport maritime n'est pas pris en compte. Ce qui fait qu'en fait, vous pouvez facilement envoyer des biens à 10 000 kilomètres que nous produisons chez nous en France ou même beaucoup plus près et tenir l'accord de Paris puisque le transport maritime et le transport aérien n'est pas pris en compte. Donc non, non, c'est que des effets d'annonce mais on utilise le vocabulaire pour rassurer, pour dire qu'on a changé alors que dans l'effet, rien n'a changé.
J'ai présenté la tribune de Laurence Bonn, secrétaire d'État chargé de l'Europe en introduction où est dit notamment la phrase « L'Union européenne s'assume pleinement comme une véritable puissance ouverte, porteuse d'un modèle social et écologique de développement par le marché ». Qu'est-ce que tu penses de cette tribune et de cette phrase ?
Vous avez vu là, on a vraiment tous les mots de vocabulaire. C'était modèle social, écologique, de l'Europe. Alors ça, il faudrait me dire où est-ce qu'on voit ce modèle social en Europe puisque justement, l'Europe, le bilan de l'Europe et ça, tout le monde l'a reconnu y compris parfois Macron, y compris le directeur, le gouverneur de la Banque de France, c'est que ça a été la concurrence fiscale et que nous avons constamment baissé nos fiscalités, etc. Jusqu'à la fin, il n'y aura peut-être plus de fiscalité et c'est la concurrence si on a vu des modèles de retraite, on dit « Mais regardez, à côté, il travaille plus longtemps donc il faut qu'on travaille plus longtemps ».
Donc c'est le moins-disant social partout. Donc je ne vois pas en quoi on exporte notre modèle social. Notre modèle social, c'est la concurrence justement du moins-disant social. Et après, le mot qui ne veut rien dire par le marché, alors qui est le marché ? Ça c'est dingue, ça veut dire quoi par le marché ? Le marché en réalité c'est personne, le marché c'est la loi du plus fort. Google va vous dire c'est le marché qui décide, c'est normal, c'est lui qui décide, il a quasiment tout le marché. iPhone va vous dire c'est le marché qui décide, c'est normal, ils ne sont que deux sur le marché, lui et Samsung et les autres partagent des confitis.
Donc quand on dit c'est le marché, c'est en fait la loi du plus fort. C'est en suspens mais si on en faisait un avec les Etats-Unis, vous regardez sur les dix meilleures multinationales il y en a huit qui sont américaines. Donc c'est elles dans le marché qui vont imposer aux Européens. Et à l'époque quand on négociait ce traité qui a été arrêté, les premières fuites qu'il y avait montraient que les Américains étaient beaucoup plus en position de force et négociaient quand nous on abattait toutes nos cartes et qu'on se laissait faire. Donc ça ne veut rien dire en fait. Tant qu'on fera des traités de libre-échange ce sera le moins-disant social, le moins-disant fiscal.
Et je vais vous dire quand vous êtes sur un même terrain de jeu, on appelle ça en économie le level playing field, un même terrain de jeu, que vous avez la baisse des droits de douane, que vous avez l'uniformisation des normes comme vous faites pour être plus compétitif. C'est le travail. Il faut que le coût du travail soit moins cher. Et donc c'est toujours le travail qui va être la variable d'ajustement in fine. Donc c'est des grandes phrases mais concrètement dans la vraie vie c'est des impacts qui vont être très forts pour les populations.
Alors il y a une conception du développement qui soit durable ou sociale qui est discutable avec les mots innovation, technologie, la question des batteries ou encore que nos entreprises qui s'exportent génèrent des emplois. Qu'est-ce que tu penses de ces petits mots-là utilisés pour qualifier le développement ?
Tout ça c'est de la novlangue. C'est-à-dire qu'on te dit l'innovation sauvera le monde, l'innovation sauvera le climat, l'innovation va nous permettre de créer des millions d'emplois. En attendant, les innovations qu'on a eues, même récemment, on n'a pas vu trop d'effets sur l'humain, y compris Internet. Vous savez, il y avait un économiste qui disait Internet est partout sauf dans les chiffres. Ça devait nous rendre pour travailler moins. On n'est pas sûr qu'on travaille moins. On a des débats pour travailler même plus. Ça devait nous amener plein de choses qu'on n'a pas vues. Et pourtant, c'est une innovation qu'on a considérée comme majeure de rupture. Donc il faut arrêter.
Derrière l'arrivée d'Internet et de tout ce qui s'est passé derrière, c'est l'ubérisation qu'il y a eu. Et donc c'est une vraie régression en termes sociaux. Donc parier tout sur l'innovation, l'exportation, le libre-échange, c'est les promesses qui nous ont été faites au moment de la construction européenne et au moment de l'ouverture de l'économie et de la mondialisation. Je me souviens qu'à l'époque, quand on a fait le marché unique, il y a des gens qui ont dit qu'on allait avoir 6% de croissance et des millions d'emplois. On ne les a jamais eus. Quand il y a eu la mondialisation, on nous a promis la mondialisation heureuse. Ça n'a pas été le cas.
Il y a des bassins qui ont été laminés, des bassins industriels laminés entièrement. Donc il faut arrêter avec ce vocabulaire qui fait des promesses complètement folles, basées sur rien ou basées sur des modèles économiques qui ne représentent rien à la vraie vie. Il faut tirer des conséquences de ce qui a été fait et ce qui a été fait n'a pas été pour une partie de la population gagnant-gagnant. Pour une autre partie, oui, mais pour une autre partie, pas du tout.
Et du coup, en conclusion, est-ce qu'on peut conseiller libre-échange et climat ? Par exemple, il y a Laurence Beaune qui le dit, le Mercosur en l'état n'est pas viable donc on va négocier.
C'est là que repose toute l'hypocrisie. En réalité, pas du tout. En fait, pour eux, justement, le fait de ne pas avoir ratifié le Mercosur parce qu'il y avait Bolsonaro qui refusait de signer quelques accords. Je ne sais pas si c'était dû au climat mais c'était dû peut-être à autre chose. Mais après, qu'est-ce qui va se passer une fois qu'on a le traité de libre-échange ? Qu'est-ce qui se passe ? En fait, au contraire, vous ne pouvez pas mener une politique de transition énergétique parce que vous avez des tribunaux arbitraux.
C'est-à-dire que vous avez fait un contrat avec une compagnie pétrolière ou avec une compagnie gazière et là, demain, vous décidez de limiter la consommation de gaz ou de pétrole dans votre propre pays. l'entreprise peut vous attaquer parce que vous avez changé les termes du contrat. Et c'est des tribunaux supranationaux. C'est-à-dire que ce n'est pas un tribunal administratif français. C'est des tribunaux arbitraux qui se basent sur le principe que l'environnement économique, c'est-à-dire les règles du jeu de départ, ont changé. Or, la transition énergétique va amener à un nombre de règles du jeu qui vont changer mais drastiquement.
Donc, à partir du moment où vous signez un traité avec des pays, vous avez la clause des tribunaux arbitraux qui sont des tribunaux commerciaux qui se passent souvent aux Etats-Unis. Et vous avez donc des chances que des compagnies les utilisent pour que les Etats payent des amendes en cas de changement des réglementations. Donc, non, non, vous créez toutes les règles pour que le système ne change pas. Et d'ailleurs, le système n'a pas intérêt à changer parce que ceux qui sont derrière les lobbies à négocier et à pousser les gens à négocier des tribunaux traités sont ceux qui sont gagnants sur le marché et qui ont envie de continuer à y gagner.
En fait, quand on signe ça, on grave dans le marbre le business as usual comme on le connaît aujourd'hui.
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