Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 5 juin 2021 25 min

Taxation des plus grandes multinationales, union de la gauche et euthanasie... Le "8h30 franceinfo" de Ian Brossat

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Le 8.30 France Info sur France Info Radio et le canal 27 de la TNT. Bonjour Myriam Ancawa. Bonjour Hercine, bonjour à tous. De la chaîne LCP, la chaîne parlementaire. Notre invité est adjoint à la mairie de Paris, chargé du logement, membre du parti communiste et directeur de campagne du candidat à la présidentielle Fabien Roussel. Bonjour Yann Brossard. Bonjour. Je voudrais commencer par une question sur le G7 Finance, les 7 économies les plus riches de la planète, qui semblent militer pour une taxation des multinationales.

Écoutez bien, un impôt mondial minimum, une meilleure répartition des recettes fiscales pour montrer que l'évasion fiscale et la course vers la taxation les plus basses possibles sont une impasse. Le G7 est en train de devenir communiste. Qu'est-ce qui se passe exactement ?

0:48
Ian Brossat

Je suis convaincu d'une chose, c'est que le bon sens est communiste. Je ne pense pas que le G7 soit communiste, mais le bon sens est communiste. Parce que dans une société où les inégalités, où les injustices croissent à ce point-là, tout le monde voit bien, et je suis sûr que c'est le cas de vos auditeurs, qu'on a besoin de partage. Parce qu'on ne peut pas accepter qu'on ait une infime minorité de gens, de grosses multinationales, qui s'enrichissent considérablement, alors que dans le même temps, autant de gens souffrent le martyr. Et donc, bien sûr, on a besoin de partager, et on a besoin de mettre à contribution ces grosses multinationales.

1:20
Invité

Et c'est la gauche américaine qui se réveille.

1:23
Ian Brossat

Et bien comme quoi, l'espoir n'est pas interdit. Et ça montre en tout cas que ces idées-là, ces idées de justice sociale, elles progressent dans notre société, au point que même les Américains finissent par y être sensibles.

1:35
Invité

Il faudra faire, si un accord est trouvé, cette taxe mondiale minimale en France, même s'il n'y a pas d'accord au niveau des 27, je pense notamment à l'Irlande, qui correspond à un pays qui fait de l'optimisation fiscale en tout cas.

1:49
Ian Brossat

Bien sûr qu'il faut que la France montre l'exemple. D'ailleurs, vous disiez tout à l'heure que je suis directeur de campagne de Fabien Roussel pour l'élection présidentielle. Fabien Roussel est l'un des députés qui s'est le plus battu contre l'évasion fiscale. Parce qu'effectivement, on ne peut pas accepter d'avoir des petites boîtes françaises qui payent leur impôt rubis sur l'ongle, et dans le même temps, de grosses multinationales qui se débrouillent, elles, pour ne jamais payer d'impôts. C'est une forme de distorsion de concurrence qui n'est pas acceptable.

2:14
Invité

Alors, on revient en France. On la croyait morte et enterrée, cette réforme, surtout à un an de la présidentielle. Elle refait surface. Emmanuel Macron n'écarte aucun scénario sur la réforme des retraites. Écoutez, le chef de l'État, c'était en déplacement jeudi dans le lot.

2:27
Locuteur non identifié

Je ne pense pas que la réforme qui était initialement envisagée puisse être reprise en l'État. Parce que je pense qu'elle était très ambitieuse, extrêmement complexe, et du coup, elle était porteuse aussi d'inquiétude, il faut bien le reconnaître. Par contre, est-ce que nous pouvons, en quelque sorte, ne rien faire sur la retraite dans les mois qui viennent ? C'est trop tôt pour vous répondre. En tout cas, ça ne sera pas la même, et rien n'est exclu.

2:49
Invité

Voilà, rien n'est exclu sur les retraites. Est-ce que c'est courageux d'affronter les sujets qui fâchent, si proches de l'échéance ?

2:55
Ian Brossat

Courageux, certainement pas. Le courage, ça ne consiste pas à pourrir la vie des gens modestes. Le courage, ça consiste à s'en prendre aux privilèges des puissants. Or, ce que prépare Emmanuel Macron, c'est le remake de la réforme des retraites qu'il avait présenté dans un premier temps et qu'il a dû supprimer, enfin, en tout cas, remettre en cause.

3:14
Invité

Pour l'instant, ça reste assez flou.

3:16
Ian Brossat

Oui, enfin, en tout cas, il est en train de préparer les esprits au retour de la réforme des retraites. Peut-être un peu révisé, peut-être sous une autre forme, mais la réalité, c'est qu'il est en train de nous préparer à cela. Et quand même, je voudrais qu'on tienne compte de ce qu'ont vécu beaucoup de Français depuis un an. Beaucoup de Français ont vécu une année d'enfer. 40% des ménages modestes ont vu leurs revenus baisser depuis un an. On a salué l'engagement des caissières, des infirmières, de toutes ces professions qui étaient en première ligne, des éboueurs.

Et on va leur expliquer maintenant, alors qu'on les a applaudis, alors qu'on a salué leur engagement, maintenant, il va falloir que vous travaillez plus longtemps pour bénéficier d'une retraite plus faible.

3:56
Invité

Mais il faudra bien rembourser le quoi qu'il en coûte.

3:58
Ian Brossat

Mais regardons quand même l'accroissement des revenus des grosses fortunes dans notre pays. Regardez le fait que les milliardaires français ont vu leur patrimoine depuis un an, je ne parle pas depuis dix ans, depuis un an, progresser de 68%. Vous vous rendez compte ? 68% de patrimoine en plus depuis un an pour les milliardaires français. Les grandes sociétés ne peuvent pas tout financer. Je ne parle pas des grandes sociétés, je parle des milliardaires. Et vous ne pensez pas qu'on pourrait un peu regarder de ce côté-là ?

4:28
Invité

Donc on rétablit quoi ? L'ISF ?

4:30
Ian Brossat

Bien sûr qu'il faut non seulement rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune, mais mettre à contribution les revenus du capital. Quand on voit que les entreprises du CAC 40, qui ont versé 51 milliards d'euros à leurs actionnaires, 51 milliards d'euros de dividendes, ont bénéficié d'aide de l'État. C'est-à-dire que l'État subventionne des entreprises qui ont suffisamment de fric pour gaver leurs actionnaires. Arrêtons, arrêtons de filer des aides à ces entreprises du CAC 40. L'argent public, il pourrait être utile autrement s'il était utilisé notamment pour financer les retraites.

5:00
Présentateur

L'idée que ces gens partiraient si on appliquait ce genre de mesures ?

5:03
Ian Brossat

Mais à chaque fois, on nous raconte la même histoire. Quelle est votre réponse ? A chaque fois, on nous raconte la même faible. Eh bien la réalité, c'est que la suppression de l'impôt sur la fortune n'a pas fait revenir un seul millionnaire ou milliardaire en France. C'est le raisonnement inverse. Si on taxe trop ou beaucoup, n'importe le seuil. Ça n'a eu aucun effet positif. La suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune...

5:23
Présentateur

Mais est-ce que son rétablissement aurait un effet négatif ?

5:25
Ian Brossat

Il n'aurait aucun effet négatif. Il permettrait simplement de mettre un peu plus à contribution ces gens qui se gavent pendant que la grande majorité des Français souffrent aujourd'hui.

5:34
Invité

En tout cas, l'investissement étranger est revenu en France. Les chiffres l'attestent. Le chef de l'État veut donc, a priori, réformer jusqu'au bout. Il y a déjà la réforme de l'assurance chômage, sans doute les retraites. Peut-être la dépendance. Ça fait quel genre de rentrée sociale, selon vous ?

5:51
Ian Brossat

Moi, je ne suis pas hostile à ce qu'on réforme. Le problème, c'est que depuis des décennies, à chaque fois qu'on réforme, c'est pour pourrir la vie des Français les plus modestes. Vous parliez à l'instant de la réforme de l'assurance chômage. C'est quand même gravissime, cette affaire. À partir du 1er juillet, c'est 1 million de chômeurs qui vont voir leur indemnité baisser de 17%. Enfin, quand même ! Il n'y a pas suffisamment de pauvres dans notre pays. Je le dis à Mme Borne. C'est quand même une honte, en pleine crise sociale, d'aller s'en prendre à des gens qui ont une indemnité moyenne de 900 euros. Un chômeur, aujourd'hui, il touche une indemnité moyenne de 900 euros.

Et c'est à eux qu'on va prendre. Je crois que, quand même, ça traduit une forme d'injustice sociale que les Français ne supportent plus.

6:30
Invité

Il y a une volonté aussi, par exemple, de réduire les contrats courts. C'est aussi l'un des objectifs de cette réforme.

6:36
Ian Brossat

C'est peut-être le seul élément un peu positif de cette réforme. Enfin, dans le même temps, je le redis, 17% de baisse d'indemnité pour plus d'un million de personnes.

6:44
Invité

Sur la question économique, on entend que, voilà, vous dénoncez une politique libérale, pour le dire très clairement, d'Emmanuel Macron. Mais quand même, ce quoi qu'il en coûte, 168 milliards d'euros dépensés en 2020. On est très, très loin d'une politique libérale.

7:01
Ian Brossat

Essentiellement, d'ailleurs, vous le savez, sous la forme d'aide aux entreprises. Qu'on aide les petites entreprises, je trouve ça très bien. Qu'on aide de grosses boîtes, et je vous le disais tout à l'heure, les entreprises du CAC 40, je trouve ça honteux. D'autant que, dans le même temps, la France a passé la barre des 10 millions de pauvres. Mais la reprise semble être là. Mais il n'y aura pas de reprise si, dans le même temps, on ne permet pas aux salariés de vivre correctement et d'avoir du pouvoir d'achat. Parce que c'est aussi comme ça qu'on relancera la machine économique.

Donc, je le dis, il y a surtout, depuis un an, un accroissement inouï des inégalités dans notre pays, et c'est à ça qu'il faut s'attaquer.

7:36
Présentateur

Yann Brossat, invité du 830 France Info. Voici le fil info, puisqu'il est 9h moins 20. Margot Karoff.

7:42
Invité

Le gouvernement lance un audit du réseau et des services de l'opérateur Orange après la panne massive qui a touché les numéros d'urgence mercredi soir. Au moins 5 morts pourraient être liées à cette défaillance, et des enquêtes administratives et judiciaires sont ouvertes. Après 3 cas de féminicides ou de tentatives de meurtre sur des femmes dans l'Est de la France ces derniers jours, la question de leur protection se pose. Les moyens existent, il faut les utiliser, et qu'il y en ait davantage, réclame sur France Info Ernestine Roné, en charge de la commission de violences de genre au sein du Haut Conseil pour l'égalité femmes-hommes.

Elle souhaite le déploiement de 5000 téléphones graves dangers dans le pays. L'attention hospitalière baisse encore un peu ces dernières 24 heures. Un peu plus de 2500 malades du Covid étaient en réanimation. Ils étaient plus de 3000 il y a une semaine. Au niveau des contaminations, la France est repassée sous le seuil des 7000 nouveaux cas détectés en une journée. Les nouvelles reines du football féminin sont parisiennes. Le PSJ a remporté hier soir le premier championnat de son histoire. Elle passe devant les Lyonnaises qui régnaient sur la D1 féminine depuis 14 saisons. France Info

8:55
Présentateur

Yann Brossat, adjoint communiste à la mairie de Paris, chargée du logement et l'invité du 8.30 France Info ce matin, Myriam Ancawa.

9:02
Invité

On va parler de la présidentielle et des régionales, bien sûr, dans un instant. Mais d'abord, selon vous, Yann Brossat, pourquoi la gauche a perdu le vote populaire ? Pourquoi elle a perdu le vote ouvrier, le vote de la jeunesse qui se tourne aujourd'hui vers le Rassemblement National ? Pourquoi ?

9:17
Ian Brossat

D'abord, c'est évidemment une bonne question et elle m'obsède comme responsable politique de gauche. Je crois que c'est assez simple. Quand la gauche ne s'intéresse pas au peuple, le peuple ne s'intéresse pas à la gauche. Et je pense qu'il y a d'abord eu des expériences gouvernementales, notamment la présidence de François Hollande qui a considérablement déçu les milieux populaires. Et il y a par ailleurs, de manière générale, une gauche qui, depuis quelques années, ne s'intéresse pas aux questions concrètes qui taraudent les catégories populaires. Le pouvoir d'achat, le travail, les questions de sécurité aussi. Voilà, parce que le social, vous en avez parlé.

Mais moi, je vous le dis, il n'y a pas de questions taboues.

9:55
Invité

Est-ce qu'elles ont été sous-estimées, ces questions ? Sécurité, immigration, montée de l'islamisme ?

9:59
Ian Brossat

Je pense que la question de la sécurité, par exemple, est une question qui n'a pas été suffisamment traitée. Et je vous le dis, comme élu d'un arrondissement populaire, je suis élu du 18e arrondissement, l'élu de la Porte de la Chapelle, l'élu de la Goutte d'Or. Et ce que je vois, c'est que ce sont les catégories les plus populaires qui souffrent le plus de ces phénomènes de délinquance qui leur pourrissent la vie.

10:18
Invité

À Paris, il y a eu ce vote qui a suscité beaucoup de débats. Police municipale non armée, pour quelles raisons ?

10:24
Ian Brossat

Non, mais on peut discuter de ça. Et en l'occurrence, c'est un choix qui a été fait parce que l'essentiel du travail à mener en matière de sécurité, ça doit rester le travail de la police nationale. On a besoin dans notre pays d'avoir une police nationale qui ait les moyens de travailler. Mais je vais vous le dire, moi je vois, il y a des villes de gauche dans lesquelles on a des polices municipales, il y a des villes de gauche dans lesquelles il n'y en a pas, il y en a où elles sont armées, il y en a où elles ne sont pas, il y a des villes de droite où c'est l'inverse. En réalité, vous avez aujourd'hui des maires qui se dépatouillent comme ils peuvent.

10:54
Invité

C'est la priorité aujourd'hui des Franciliens, des Français.

10:56
Ian Brossat

Oui, enfin, l'ensemble des questions dont je vous parle, le pouvoir d'achat, le travail et la sécurité. Bien sûr, parce que ce sont des questions qui renvoient à la qualité de vie pour des millions de Français qui aujourd'hui effectivement souffrent d'un manque de sécurité. C'est pour moi la question de la sécurité dans tous les sens du terme. La sécurité tout court, la sécurité sur le plan social aussi, la possibilité de se projeter dans l'avenir.

11:20
Présentateur

La sécurité des policiers, c'est un sujet qui est apparu il y a quelques temps. Vous en dites quoi ? C'est un vrai problème ? Il faut s'y attéder maintenant ?

11:28
Ian Brossat

Comment on fait ? Évidemment que c'est un sujet. Évidemment qu'il faut des peines lourdes contre ceux qui s'attaquent aux policiers et je trouve ça parfaitement normal. Simplement, j'aimerais quand même qu'on élargisse le sujet parce qu'il n'y a pas que les policiers qui sont confrontés à ces faits de violence. Vous avez eu cette assistante sociale, il y a quelques semaines dans l'Aude qui a été assassinée alors qu'elle faisait son travail. Vous avez une multiplication de phénomènes de ce type. Vous dites que les policiers

11:51
Présentateur

ne sont pas davantage victimes de ces phénomènes-là que d'autres catégories ?

11:55
Ian Brossat

Je dis qu'il faut protéger tous les personnels qui d'une manière ou d'une autre sont en contact avec le public. Est-ce que c'est plus aigu chez vous ? Ça, les policiers ? Évidemment. Ils sont ciblés, vous le reconnaissez ? Simplement, bien sûr qu'ils sont ciblés. Mais toutes les professions qui sont en contact avec le public sont ciblées. C'est le cas des enseignants aussi. Lorsque vous avez des parents d'élèves qui agressent un enseignant parce qu'ils ne sont pas contents de la note qu'a reçu leur môme, qui peut accepter une chose pareille ? Donc on a besoin de protéger toutes ces professions qui sont en contact avec le public. D'où l'idée d'armer les policiers, justement.

12:22
Présentateur

D'avoir des policiers armés dans les rues. Oui, c'est lié à ce qu'on vient d'évoquer.

12:26
Ian Brossat

En l'occurrence, je n'ai pas proposé de désarmer les policiers nationaux. On parlait tout à l'heure de la question de la police municipale qui n'a pas, et heureusement, exactement le même rôle que la police nationale. Mais ce qui est sûr, c'est que nous avons eu... C'est ça quand même qu'il faut dire d'abord. Depuis des années, il y a eu un recul de l'État dans un certain nombre de quartiers et notamment dans les quartiers populaires. De l'État sous sa forme policière, mais de l'État de manière générale. Et moins de services publics, moins d'État. Ça veut dire des mafias qui avancent.

Et donc, ce que nous voulons faire avec mon candidat à l'élection présidentielle, Fabien Roussel, c'est organiser le retour de l'État sous toutes ses formes. Pas seulement sous sa forme répressive, mais aussi sous sa forme éducative. On a besoin d'avoir un retour de l'État dans nos quartiers et sur l'ensemble du territoire français.

13:10
Invité

Yann Brossat, croyez-vous encore au Front Républicain ?

13:14
Ian Brossat

En tout cas, pour ce qui concerne le Parti Communiste, les choses sont claires. Nous avons toujours pris nos responsabilités pour empêcher l'extrême droite d'accéder au pouvoir.

13:22
Invité

Il faudra le faire en région PACA ?

13:24
Ian Brossat

D'abord, avant le deuxième tour, il y a le premier tour. Excusez-moi de rappeler cette évidence, mais mon souhait, évidemment, c'est que les listes de gauche soient en mesure d'arriver très haut et d'être en capacité d'être au deuxième tour.

13:35
Invité

C'est une question d'une hypothèse de ce qu'on tourne. Eh bien, ma réponse n'a pas changé. Oui, en PACA,

13:39
Ian Brossat

puisque je vous ai répondu tout de suite, pour ce qui concerne le Parti Communiste, jamais, jamais, nous ne laisserons l'extrême droite s'emparer ni d'une région, ni d'un département, ni de la moindre parcelle de pouvoir.

13:51
Présentateur

Donc vous pourrez vous retirer au profit de tout autre...

13:53
Ian Brossat

Parce que c'est toute l'histoire du Parti Communiste. Et on n'a jamais pu prendre le Parti Communiste en défaut sur cette question-là. Il n'y a pas de raison que ça change.

14:01
Invité

Jean-Luc Mélenchon a-t-il commis une faute en dévitalisant le Front républicain en 2017 ?

14:06
Ian Brossat

Moi, je n'ai pas envie de commenter les faits et gestes de Jean-Luc Mélenchon parce que j'ai bien compris que si je commençais à le faire, nous passerions toute la campagne des élections présidentielles à parler de Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon a pris ses positions. Il a pris les responsabilités qui sont les siennes. Le Parti Communiste est un parti autonome qui compte 700 maires, 7000 élus et qui n'a pas vocation à suivre Jean-Luc Mélenchon dans tout ce qu'il fait.

14:30
Invité

Donc, vous avez des différences majeures avec Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui d'un point de vue politique.

14:35
Ian Brossat

Si nous avons des candidats différents à l'élection présidentielle, c'est que nous ne pensons pas exactement la même chose. Sur quelle question, par exemple ? Une grande différence ? On l'a vu au cours des derniers mois. Je n'ai pas envie de jouer au jeu des 7 différences. Moi, je veux parler de mon candidat Fabien Roussel. Y compris sur les questions de sécurité, nous ne disons pas exactement la même chose. Moi, j'ai un candidat, c'est Fabien Roussel. Il prend des positions qu'on débattre de ses positions. Je n'ai pas vocation à commenter ce que fait Jean-Luc Mélenchon.

15:00
Invité

Mais forcément, on se pose la question pourquoi, au fond, rajouter de la division à la division ? Aujourd'hui, le bloc de gauche est fracturé. S'il y avait cette union de la gauche qui n'est manifestement pas d'actualité, il pèserait à peine 20-25%. Pourquoi jouer les diviseurs avec une candidature différente ?

15:17
Ian Brossat

Ma conviction, c'est qu'aujourd'hui, si la gauche est si basse, vous l'avez dit, aujourd'hui, la gauche, c'est un électeur sur quatre. Si la gauche est si basse, ce n'est pas parce qu'elle est divisée, c'est parce qu'elle ne parle pas des problèmes concrets des gens. C'est ça, le problème. Regardez, en 1981, on a fêté les 40 ans de la victoire de François Mitterrand. En 1981, François Mitterrand, il fait 25 au premier tour, Georges Marchais, il fait 15, et la gauche, je crois qu'elle avait quatre ou cinq candidats en tout au premier tour.

Donc le problème, ce n'est pas la division, ce n'est pas la dispersion, c'est que ce qu'elle dit ne correspond pas à ce qu'attendent les milieux populaires. Et donc, on a besoin, aujourd'hui, de reconquérir le vote ouvrier, on a besoin de faire revenir des abstentionnistes vers les urnes, et on le fera avec du contenu sur les sujets qui les préoccupent.

15:59
Présentateur

Donc l'idée que l'union de la gauche est le seul moyen de gagner en 2022, vous dites ?

16:04
Ian Brossat

C'est faux. Et d'ailleurs, regardez les enquêtes d'opinion. Aujourd'hui, s'il y avait un candidat unique à gauche, il ne franchirait pas non plus le cap du second tour. Donc le problème de la gauche, ce n'est pas un problème de casting, c'est un problème de scénario. Parlons de ce qui intéresse les gens, parlons pouvoir d'achat, parlons emploi, parlons de tous ces sujets qui les taraude, et c'est comme ça qu'on fera revenir aux urnes des tas de gens qui aujourd'hui n'y vont plus.

16:22
Invité

C'est aussi un rapport de force, la politique. La dernière fois que vous avez eu un candidat, ça fait moins de 2%.

16:29
Ian Brossat

Et il y a eu une élection... C'est ça la réalité ? Mais il y a eu une élection partielle législative le week-end dernier où nous avons fait 10% des voix dans le 20e arrondissement. C'est le meilleur score qu'on ait fait depuis 40 ans. Donc j'ai espoir et j'ai la conviction qu'avec Fabien Roussel, les choses vont changer parce que ce que nous disons fait écho est-ce que ressentent beaucoup de gens ?

16:47
Présentateur

Yann Brossin, invité du 830 France Info en interrompt cette discussion pour le Fil Info. 9h moins 10, Margot Karoff.

16:54
Invité

4 femmes et 2 hommes mis en examen hier à Rennes pour violence et séquestration. Ils sont soupçonnés d'avoir enlevé et agressé une adolescente de 17 ans après un différent sur les réseaux sociaux. Une partie de l'agression qui a eu lieu lundi soir a été filmée et diffusée en ligne. Les 6 personnes mises en examen sous son contrôle judiciaire. 5 et 8 ans de prison, ce sont les peines prononcées en appel hier aux assises de l'Essonne contre deux anciens skinheads. Ils étaient jugés pour la mort de Clément Méric, ce jeune militant antifasciste tué dans une bagarre à Paris en 2013. En première instance, les deux accusés avaient été condamnés à 7 et 11 ans d'emprisonnement.

Bruno Le Maire espère un accord historique entre les membres du G7 sur un impôt mondial minimum à 15% et une meilleure répartition des recettes fiscales. Les ministres des Finances des pays les plus riches du monde sont réunis en ce moment à Londres. Je n'inviterai plus jamais Mark Zuckerberg à dîner à la Maison Blanche. La réaction agacée de Donald Trump cette nuit après la décision de Facebook de suspendre son compte pendant deux ans. Le réseau social a exclu l'ancien président américain en janvier pour avoir encouragé ses partisans lors de l'attaque du Capitole. En tennis, suite et fin du troisième tour à Roland-Garros, aujourd'hui, les trois cadors du tennis mondial sont à l'affiche.

Raphaël Nadal, Novak Djokovic et Roger Federer. Hier, l'américaine Serena Williams s'est qualifiée pour les huitièmes de finale. France Info

18:21
Présentateur

Yann Brossat est l'invité du 830 France Info ce matin. Myriam Ancawa.

18:24
Invité

Oui, on va parler de la crise sanitaire à présent. Nouveau record de vaccination ces derniers jours. la France s'apprête à ouvrir ses frontières aux touristes vaccinés cet été. Emmanuel Macron est-il en train de réussir le déconfinement ?

18:39
Ian Brossat

On a surtout eu pendant des mois une grande lenteur dans la vaccination. La France a vacciné à la vitesse d'un escargot qui aurait perdu le sens de l'orientation pendant des mois. 750 000 personnes vaccinées ces derniers jours. Mais enfin, la réalité, c'est qu'on a 17% des Français qui ont eu les deux doses et les Britanniques, c'est 41%. Donc nous sommes malgré tout très très en retard. Heureusement, effectivement, que le retard est finalement comblé au fur et à mesure. Enfin, on est encore loin du compte.

19:06
Présentateur

Qu'est-ce qui s'est mal passé dans l'histoire d'après vous ? Pourquoi ça s'est passé comme ça ?

19:10
Ian Brossat

Je pense que le gouvernement au départ a eu la trouille et a été au fond un peu tétanisé par le débat entre les pro et les anti-vaccins. Pour ce qui concerne le parti communiste, nous avons toujours dit que nous sommes pro-vaccins et que la seule issue pour sortir de cette crise insupportable, c'est le vaccin. Je pense que le gouvernement au départ a un peu hésité sur le sujet. Je pense qu'il a eu tort. Je pense qu'il faut faire confiance aux scientifiques et qu'il fallait, dès le départ, considérer qu'il fallait vacciner massivement.

19:37
Présentateur

Emmanuel Macron tout de suite, écouter les scientifiques. Oui, enfin, on a senti,

19:40
Ian Brossat

y compris du côté du gouvernement. Ils l'ont reconnu d'ailleurs. Je crois qu'Olivier Véran a fini par le reconnaître. Une forme de peur. Et la réalité, c'est que le taux de confiance dans le vaccin a augmenté au fur et à mesure qu'on a vacciné. Donc on aurait eu tout intérêt à vacciner beaucoup de suite.

19:56
Invité

et passer la vaccination à l'obligation. C'est un débat qui monte. L'Académie de médecine y est favorable. On s'apprête à aussi vacciner les adolescents. Est-ce qu'il faut aller plus loin pour atteindre l'immunité collective ?

20:09
Ian Brossat

Qu'on ait besoin de vacciner très, très, très massivement. Moi, j'en suis profondément convaincu. Aller jusqu'à l'obligation vaccinale, je trouve ça un peu bizarre parce que pendant des mois, il y a des tas de gens qui auraient voulu se faire vacciner et qui n'ont pas pu se faire vacciner. Donc cette question de l'obligation est à mon sens un peu étrange. Qu'on permette déjà à tous ceux qui veulent se faire vacciner de se faire vacciner, ce qui n'est pas le cas pour le moment.

20:28
Invité

Alors vous êtes aussi adjoint au logement à la mairie de Paris. En ce moment, il y a un gros attrait pour les résidences secondaires. Est-ce qu'avec le Covid, vous constatez un mouvement réel des Parisiens les plus riches qui quittent la capitale tout simplement ?

20:42
Ian Brossat

Non, non. La réalité, c'est que ça n'est pas le cas. Ce que je constate en revanche et qui est pour le coup un effet collatéral positif du Covid, c'est que beaucoup de logements qui étaient loués sur des plateformes de location touristique à Paris, notamment sur Airbnb, ont rebasculé vers de la location traditionnelle. Et c'est comme ça, par exemple, qu'on a une augmentation de 300% des logements loués meublés au profit des Parisiens, ce qui est une bonne chose puisque ça augmente l'offre locative au profit des Parisiens. Donc c'est le Covid

21:10
Présentateur

qui a fait reculer les locations saisonnières

21:12
Ian Brossat

à Paris ? Pas seulement. Il y a aussi les outils mis en place par la ville de Paris pour réguler ce secteur, mais les deux effets cumulés ont effectivement été positifs.

21:22
Invité

Il y a un nouveau formulaire de demande de logements sociaux qui suscite des inquiétudes sur lesquelles ne figurent plus certaines professions. Est-ce que vous pouvez donner quelques précisions ce matin là-dessus ?

21:34
Ian Brossat

C'est en réalité l'État qui a mis en place ce nouveau formulaire. C'est assez extraordinaire. D'ailleurs, c'est présenté comme une mesure dans le cadre du choc de simplification. Le résultat, c'est que ce formulaire de demande de logement social, il faisait 6 pages avant, maintenant il fait 10 pages. Le choc de simplification, c'est 4 pages en plus avec en plus des informations qui n'y figurent plus puisque avant, lorsque vous remplissiez une demande de logement social, vous pouviez par exemple faire figurer des raisons de santé. Ce qui est quand même utile pour une commission d'attribution de logements sociaux de savoir qu'une personne souffre de problèmes de santé.

Maintenant, dans ce nouveau formulaire, il n'y figure même plus et je demande, j'en profite d'être sur votre antenne pour demander à Mme Vargon de revoir ce formulaire qui n'est ni fait ni affaire, qui complique la vie des demandeurs de logements sociaux de manière tout à fait inutile.

22:17
Présentateur

C'est vraiment le fond du formulaire qui vous gêne ou le fait que vous n'avez pas été consulté ?

22:22
Ian Brossat

C'est le fond. Non mais que je n'ai pas été consulté, ce n'est pas très grave. Les demandeurs de logements sociaux, ils s'en fichent que je n'ai pas été consulté. Ça peut être désagréable pour vous. Ça peut être désagréable. Ce serait assez auto-centré. Non, le problème, c'est qu'il est nul ce formulaire. Le problème, c'est qu'il est trop compliqué. Or, plus on rend les démarches compliquées, plus on dissuade les gens de déposer une demande de logement et plus on empêche des gens qui ont besoin d'avoir un logement d'y accéder. C'est ça que je n'accepte pas.

22:47
Invité

Vous avez récemment parlé du décès de votre mère pour évoquer la question de ce qu'on appelle le suicide assisté. Est-ce que pour vous, c'est vraiment un problème majeur en France ? Est-ce que la société est prête ?

22:58
Ian Brossat

Vous savez, c'est vraiment un sujet sur lequel je n'avais pas d'avis jusqu'à ce que ça m'arrive d'une certaine manière et jusqu'à ce que je sois confronté au décès de ma mère. Et je pense que c'est le cas de beaucoup de gens et je pense effectivement qu'il est temps d'avancer sur cette question et de permettre aux hommes et aux femmes qui sont en fin de vie de choisir leur fin de vie. Voilà.

23:17
Présentateur

Et de ne pas la subir. C'est un sujet qui peut mobiliser pour 2022 dans le débat ? Oui, et je pense d'ailleurs

23:23
Ian Brossat

que s'il y a vraiment un sujet qui devrait être transpartisan et qui devrait nous rassembler, ça devrait être celui-là. D'ailleurs, toutes les enquêtes d'opinion le montrent. Les Français sont très très favorables à ce qu'on avance sur cette question qu'il soit de gauche, de droite, du centre ou rien du tout. Simplement, c'est une question humaine et je pense d'ailleurs que le gouvernement gagnerait à avancer sur le sujet sans attendre les élections présidentielles.

23:46
Invité

Fabien Roussel

23:47
Ian Brossat

portera ce thème-là dans la contacte ? Vous lui poserez la question, je pense que oui.

23:52
Invité

Une petite question pratique pour les Parisiens qui nous écoutent ce matin. Pour terminer, il y a une grogne, une très grosse grogne qui monte sur les plots jaunes et les parpaings en béton pour les pistes cyclables. Est-ce que Paris, ça cache Paris ?

24:05
Ian Brossat

Non, et d'ailleurs, ce sujet sera derrière nous une fois que les pistes cyclables, qui sont quand même plébiscitées par les Parisiens, je tiens à le dire, seront pérennisées, puisque par définition, ce sont des dispositifs provisoires. Donc pérennisons les pistes cyclables et il n'y aura plus de plots jaunes.

24:20
Présentateur

Merci beaucoup,

24:21
Ian Brossat

Yann Mrossa,

24:22
Présentateur

invité du 830 France Info ce matin, adjoint communiste à la mairie de Paris et directeur de campagne, du candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, interview à retrouver sur franceinfo.fr et l'appli Radio France.