Questions de confiance : Comment Anne Hidalgo vit-elle son classement dans les sondages ? - 06/04
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Bonjour Anne Hidalgo, merci de venir répondre à mes questions de confiance ce matin. Vous êtes la candidate du Parti Socialiste il n'y a plus que 4 jours avant le premier tour des élections présidentielles. On va revenir bien sûr sur votre programme, il y a 70 propositions, 40 pages de programme. Mais quand on est candidate du Parti Socialiste, se retrouver avec des intentions de vote proches de 2%, c'est-à-dire vraiment au plancher, ce n'est pas trop dur ?
D'abord je suis une femme de conviction et je porte l'idée de cette gauche qui a toujours réformé, qui a toujours été présente, qui a été cette jambe indispensable à la République. Mais précisément, précisément. Eh bien vous savez, dans la responsabilité qui est la mienne, redonner de la fierté, voir à nouveau des élus, des militants, des Françaises et des Français qui se disent « Mais bien sûr, nous on a fait toutes ces grandes réformes et on voudrait qu'on rase les murs, on voudrait qu'on soit honteux ». Eh bien vous savez, quand je vois se relever cette fierté-là, je suis heureuse, heureuse d'avoir pris ce drapeau.
Et quand on voit surtout les options sur la table, d'un côté un Emmanuel Macron qui est parti tellement à droite que ce n'est plus du tout une option pour les gens de gauche, même de gauche modérée, quand on voit son bilan et son programme, notamment sur les retraites, ce n'est plus une option. Et quand on voit de l'autre côté Jean-Luc Mélenchon avec cette position extrêmement radicale, avec ces positions qu'on ne peut pas suivre sur l'Ukraine, sur la scène internationale ou même sur la République et la laïcité, je me dis qu'il y a cette proposition, cette offre que je porte.
Je ne les renvoie pas dos à dos, mais ce sont d'un côté une impasse pour Mélenchon, de l'autre côté ça n'est plus une option pour la gauche. Donc je dis aux femmes et aux hommes de gauche, je vous dis françaises et français, il y a cette possibilité d'une alternance, de construire quelque chose de beau, de fort, de généreux, de fraternel dans notre pays. Ça a toujours été cette gauche que je porte. Elle a commis des erreurs, c'est clair. On les paye, c'est clair. Mais en même temps, cette gauche-là, elle est là. Lesquelles erreurs ?
Sans doute des erreurs, parce que vous savez, quand on porte justement un idéal aussi fort sur la justice sociale, et quand on accepte, parce que c'est notre cas à nous, de ne pas être dans l'incantation, de relever les manches et de gérer, de scoltiner le réel, forcément il y a des déceptions. Mais pour autant, on est là, on est présent. Mais vous déroulez, vous êtes presque en pilote automatique. Non, non, pas du tout.
Mais quand même, essayons de comprendre, vous évoquez, et je pense que c'est vrai que c'est, au fond, vous êtes parti sur un socle qui était le socle d'une gauche très très fragile, déjà aux dernières élections. Très abîmée. 6% pour Benoît Hamon, avec une gauche très divisée.
Et en plus, à l'époque, c'était dans une alliance avec les Verts, les 6%. C'était PS Vert.
Mais enfin, aujourd'hui, Anne Hidalgo, vous dites, on a fait des erreurs, sans doute. Et quand vous commencez à détailler, vous dites peut-être que c'est juste le décalage entre des aspirations et le réel. Est-ce que ça veut dire qu'au fond, vous êtes trop dans le fantasme ? Non, du tout. Et pas assez, justement, dans la vraie vie ?
Vous avez raison de poser cette question, mais pas du tout. Au contraire, vous savez d'ailleurs, l'équipe qui est autour de moi est une équipe de femmes et d'hommes qui sont vraiment enracinées dans des territoires. J'ai une équipe de France des mers, une équipe d'ailleurs totalement renouvelée de femmes et d'hommes qui viennent d'où ? Presque tous des catégories populaires. Moi, quand je parle des classes moyennes, des ouvriers, je sais ce que c'est, j'en viens. Je ne parle pas de quelque chose que j'aurais appris dans des livres. J'ai appris beaucoup de choses dans les livres, heureusement. Mais ça, vous êtes non-leux, en fait, dans les candidats à pouvoir d'ordre de même.
Non, non, non, non. Regardez bien les parcours des uns et des autres. En tout cas, Jean-Luc Mélenchon ne peut pas dire le contraire. Je suis la seule à venir d'un milieu ouvrier où quand je dis... D'ailleurs, il me disait ça quand il était au PS. Il me disait, tu es la seule qui, quand elle parle du monde ouvrier, sait de quoi elle parle, parce que j'en viens. Enfin, les ouvriers, ils ne votent plus pour le PS ? Eh bien, écoutez, moi, ce que je dis aux ouvriers, comme me disait mon père... Aujourd'hui, ils votent pour Marine Le Pen, qui ne vient pas du monde ouvrier. Comme moi, c'est plus franchement un argument. D'accord, mais justement, qu'on ouvre les yeux.
Et moi, ce que je dis aux ouvriers, aux employés, à toutes ces femmes et ces hommes qui ont des emplois pénibles, qui sont souvent les invisibles, qui sont caissières dans les supermarchés, qui sont les brancardiers dans les hôpitaux, toutes ces femmes et ces hommes, je leur dis, vous savez, pour faire progresser votre situation, pour que vos gamins puissent aller à l'école, avoir une chance de progresser dans la vie et dans cette République française, ça passe par des réformes. Et ça passe par des réformes sociales, par des réformes de justice sociale. Et c'est ce que je porte. Et vous savez, c'est en train... Ce n'est pas du pilotage automatique, Pauline de Maler.
Non, non, je disais pilote automatique. Non, non, c'est précis. C'est vrai que je vous ai senti déroulé, et je pense. Et quand je vous dis, ce n'est pas trop dur, vous me répondez, non, non, tout va bien. Non, non, je ne réponds pas, tout va bien. Mais j'avoue que la question se pose.
Eh bien voilà, elle se pose quand on regarde les choses de l'extérieur. Mais ce que je vois bouger, et je le dis, aux femmes et aux hommes qui ont envie de faire bouger les choses, qui se disent, ce n'est pas possible, on ne peut pas être toute notre vie contraint à un vote qui serait contre les extrêmes. Pourquoi ? Pour un libéralisme et une réforme des retraites à 65 ans, ça ne peut pas être ça, les options. Et en fait, ce que je dis aux Françaises et aux Français, c'est qu'ils ont le pouvoir en main. Chacun a un pouvoir qui est aussi fort que celui du Président de la République. C'est celui d'aller voter, de ne pas se laisser conditionner, de voter en fonction du projet qu'on porte.
Et pourquoi est-ce qu'ils vous feraient confiance pour les 5 ans qui viennent ? Je le disais, 70 propositions, 4 pages de programme. Moi, je voudrais 40 pages de programme. Je voudrais qu'on s'arrête en particulier sur les questions du pouvoir d'achat, sur les questions de la santé et sur les questions de la sécurité. Sur la santé d'abord, parce qu'il y a ces scandales sanitaires, après les pizzas à Butoni, c'est Kinder qui est aujourd'hui dans la tourmente. Moins de contrôleurs, on le découvre, de la répression des fraudes. À un moment où il y a une énorme exigence, et où on le voit, ça peut éventuellement tuer, puisque quelques enfants sont morts.
Dans le Lot, on découvre à la faveur d'une enquête ce matin sur RMC, qu'il n'y a plus qu'un seul contrôleur dans la répression des fraudes pour tous les restaurants et pour toutes les entreprises sanitaires du Lot. Est-ce que vous, présidente, vous changeriez ce système-là ?
Ce système-là, c'est quoi ? C'est vive le libéralisme et vive la République de McKinsey. Parce que c'est tous ces gens-là qui viennent dire au président de la République qu'il les écoute très fortement, qui viennent lui dire qu'il faut réduire les services publics, qu'il faut moins de contrôleurs, moins d'inspecteurs du travail, et moins de contrôleurs des fraudes. Vous pourriez parler aussi du scandale du chlordécone. Le chlordécone, ce pesticide qui a tué tellement, tellement, et qui provoque un cancer de la prostate, et qui est... Pour lequel, pour l'instant, il y a eu un non-lieu. Il y a un non-lieu, mais moi, je trouve que c'est absolument scandaleux.
Il y a des femmes et des hommes, là, qui sont malades, ont été malades, qui se font dépister, qui doivent payer, d'ailleurs, moi, je propose la gratuité des frais de dépistage. Donc, vous voyez, on est quand même dans un système où les questions de santé ont été reléguées dans les tableaux Excel comme des questions purement comptables.
Les autocontrôles, c'est-à-dire qu'on s'est rendu compte qu'en fait, finalement, en effet, on fait confiance aux marques et aux établissements pour contrôler eux-mêmes et avoir recours à des organismes extérieurs et privés.
Oui, extérieurs et privés, et même au sein de l'État, des cabinets conseils qui viennent expliquer que la meilleure façon de faire, c'est de laisser le marché réguler tout librement, sans entrave, sans fonctionnaire. Quand vous voyez que derrière, dans les propositions, dans ce qu'est en train de faire Emmanuel Macron, il y a quasiment la suppression des corps de préfets qui, eux, sont formés, justement, à l'intérêt général, qui sont formés à la question du droit, pour les remplacer par qui ? Par toujours ces consultants-là, qui n'ont aucun sens de l'intérêt général, qui n'ont qu'un sens, celui du profit et du profit à court terme.
Mais est-ce que vous iriez, si je vous écoute, Hidalgo, est-ce que vous iriez jusqu'à supprimer les contrôles privés et imposer que ce ne soit plus que des contrôles d'État ?
Moi, je crois qu'il faut d'abord des organismes indépendants et on a des inspections générales dans tous les corps de la fonction publique. Vous savez, moi, quand j'ai besoin de savoir ce qui ne va pas dans un service à la mairie de Paris, qu'est-ce que je fais ? Je nomme une inspection générale qui est indépendante, qui me fait un rapport, et à partir de là, j'en tire des conclusions. Mais surtout, par rapport à votre question initiale, bien sûr que c'est une philosophie.
Soit on croit à l'intérêt général et on croit au fait que des fonctionnaires, des hauts fonctionnaires, des corps d'inspection formés sont capables, de façon très objective, de venir dire, au nom de l'État et pas au nom d'un parti politique qui dirigerait tel ou tel gouvernement, sont capables de venir dire quel est l'intérêt général des Français et de trouver des solutions. Soit vous avez des gens qui viennent se goinfrer, parce que c'est comme ça que ça se passe, qui viennent se goinfrer, vous dire tous la même chose, supprimer des postes de fonctionnaires, supprimer les contrôles et ça ira mieux. Et on arrive à ces scandales-là. Avec le même problème au fond.
Et sur les questions de santé, permettez-moi de revenir là-dessus, parce que les sujets que vous évoquez, c'est des questions de santé. Pour moi, les gens passent avant l'argent. Évidemment que les questions de santé doivent être érigées et sont érigées au rang des droits humains sur lesquels il n'est pas possible de transiger. Et ça, ce n'est plus le cas. J'allais en venir justement à la question des personnes âgées. J'allais en venir à la question des EHPAD,
puisque ça a été aussi le même problème. On a découvert que les contrôles étaient insuffisants, avec notamment le scandale Orpea. Les 80 premières plaintes ont été déposées hier. Est-ce que vous, présidente, vous changerez le système de protection des gens les plus dépendants ? Est-ce qu'il y aura un vrai service public des personnes âgées ?
Bien sûr, d'ailleurs, je le propose dans mon programme. Un vrai service public avec à la fois un accueil, un accueil des tarifs aussi, qui permettent aux gens de toutes conditions de pouvoir avoir les parents pris en charge, soit à domicile, parce que je veux développer, maintenir à domicile le plus longtemps possible. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire plus de moyens d'assistantes au domicile des personnes, augmenter l'appât, l'allocation personnalisée d'autonomie de 50% pour permettre le maintien à domicile. Et puis pour le moment où certains d'entre nous ou de nos parents sont obligés d'aller dans des institutions, qu'il y ait des personnels.
Vous savez qu'aujourd'hui, vous avez beaucoup d'EHPAD dans lesquels on a 6 soignants pour 10 personnes. Dans le nord de l'Europe, c'est 10 pour 10. C'est un soignant par résident ? Un soignant par résident. Ou un personnel par résident ? Un personnel soignant ou accompagnant par résident, mieux payé, mieux formé, parce que là, aujourd'hui, vous avez pour l'essentiel des femmes très faiblement qualifiées. Donc vous vous rétabliriez 10 pour 10 ? Bien sûr, et il faut aller vers cet objectif-là. Ça ne se fait pas en 3 jours. J'ai chiffré, j'ai évalué. Et d'ailleurs, la Cour des comptes a fait ce travail-là aussi. Et on arrive à la même conclusion.
Un milliard d'euros supplémentaires par an pour pouvoir avoir ce service, justement, public. Combien de recrutements, Anne Hidalgo ? C'est beaucoup, beaucoup. Pour moi, c'est parce qu'il faut être aussi raisonnable par rapport aux capacités de recrutement. Pour moi, c'est au moins 40 000 personnes supplémentaires. Mais avec quel salaire ? Parce que le problème, c'est qu'aujourd'hui, on essaie d'en recruter et on n'y arrive pas.
On ne trouve pas d'infirmières, on ne trouve pas d'aides-soignantes.
Vous savez ce qu'on me disent aujourd'hui les aides-soignantes ? Il y a des aides-soignantes en milieu rural qui me disent, vous vous rendez compte, j'ai 4, 5, 6 personnes à aller voir, je prends ma voiture, je n'arrive même plus à remplir le plein de ma voiture. Il ne suffit pas de dire qu'on va en recruter 40 000. Il faut encore les trouver et il va falloir les payer encore mieux. Donc, il va falloir en avoir plus, mieux payer. Bien sûr, il faut augmenter les salaires. C'est pour ça que dans mon projet, d'une façon plus globale, pas simplement pour les soignants, les professeurs, etc., pour toutes ces catégories, c'est l'augmentation des salaires comment ? D'abord, par de la négociation.
Je crois à la négociation avec les syndicats. D'ailleurs, je dis aux syndicats et aux syndicalistes, attention à ce qui est en train de se passer. Je sais qu'il y a une séparation entre syndicats et politiques. Mais enfin, à un moment donné, ce qui se passe sur le champ politique, ça concerne aussi les droits des travailleurs. Donc, moi, je propose l'augmentation des salaires. Je propose une augmentation du SMIC de 200 euros net par mois.
En plus de la hausse qui va avoir lieu dans les tout prochains jours. Il n'y a pas de hausse. Une hausse de 2,5 %.
Vous imaginez 2,5 % avec une inflexion à 5 %, ça veut dire quoi ? Que les gens perdent du pouvoir d'achat. Et en plus, sur des bas salaires qui ont été très mal traités ces dernières années, Apolline de Malherbe, si les 10 % des salaires les plus faibles avaient suivi le rythme des 10 % des salaires les plus élevés, le SMIC serait déjà à 15 % au-dessus. Donc, je mets en place toutes ces mesures pour ce service à domicile et ce service en EHPAD. Et puis, bien sûr, des contrôles. Et puis, surtout, un service public. Moi, je crois au service public. Qu'il y ait du privé qui existe, ça ne me dérange pas. Mais enfin, quand on voit le scandale d'Orpea, qu'est-ce qui s'est passé ?
Il y a eu des niches fiscales pour inciter les gens à investir dans ce type d'établissement. Et à la fin, qu'est-ce qui se passe ? On rétribue les actionnaires et on fait sur le dos de qui ? Sur le dos des personnes ? Sur le dos des patients ? Dans un comportement totalement inhumain de maltraitance de ces personnes ? Mais c'est un scandale absolu. Et que je vois le gouvernement qui dit « Ok, on va faire un article 40 pour récupérer les sommes que l'État devrait récupérer sur Orpea ». Ça ne suffit pas ? Non, ça ne suffit pas. Et la maltraitance ? Et la maltraitance, on la traite comment ?
Il faut que l'État considère que là aussi il y a eu de la maltraitance et que l'État soit partie prenante, partie civile en tous les cas, qu'il soit partie prenante aussi d'un procès pénal sur les questions de maltraitance de ces personnes. Anne Hidalgo, les urgences également.
Il y a un certain nombre d'urgences aujourd'hui qui disent être vraiment au bord du craquage. Ils disent mettre en place des salles d'afflux massifs, comme ils disent. Salles d'afflux massifs, c'est cette salle où on fait attendre le tout venant des patients qu'en réalité, on devrait normalement prendre en charge et dispatcher dans les différents services. Je l'ai vu.
Qu'est-ce que vous ferez, vous, pour les urgences ? D'abord, je l'ai vu. Je l'ai vu lorsque je suis allée en Guadeloupe au CHU de Pointe-à-Pitre. Je l'ai vu. C'est là aussi scandaleux. Qu'est-ce qui s'est passé ces dernières années ? Le Covid. Nos soignants tiennent parce qu'ils ont cette abnégation et puis, voilà, c'est leur métier de sauver les gens et ils nous ont sauvés et ils ont été là. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Le gouvernement fait quoi ? Suppression de 5600 lits dans toute la France ? C'était ça la réponse aux soignants après ce Covid et après cet engagement qu'ils ont eu. Évidemment qu'il faut créer des lits, il faut recruter.
Moi, je propose 15 000 médecins supplémentaires par an. On a besoin de ces 15 000 médecins supplémentaires par an. Moi, si je ferais l'addition de toutes ces embauches que vous faites... Eh bien, je vais vous dire comment cette addition, à quoi elle arrive ?
Mais ce n'est pas une question de prix, c'est je ne sais pas où est-ce que vous allez les trouver.
Est-ce que vous allez réussir à les motiver
alors qu'aujourd'hui, personne ne veut plus faire ces métiers ?
Parce qu'il faut les payer, parce que les conditions de travail sont beaucoup trop difficiles. Mais si vous considérez les gens d'abord en recrutant, parce que c'est surtout ça d'abord les conditions de travail, c'est que ça craque de partout. Ils sont rincés. Il manque, moi je propose 25 000 infirmières par an. Regardez sur les sages-femmes ce que nous disent les sages-femmes. Il nous manque au moins 1250 sages-femmes par an à former. Ce que je propose est ce que j'ai chiffré. Pour que les conditions de travail soient acceptables, que les personnels soignants qui sont là pour nous soigner ne soient pas eux-mêmes maltraités. Les déserts médicaux.
Et je vais parler des déserts médicaux, mais surtout sortir là aussi de cette logique très McKinsey, selon laquelle l'hôpital est une entreprise et devrait être là pour générer du profit. Non, l'hôpital est là pour soigner. La logique McKinsey, c'est ce qui résume le quinquennat d'Emmanuel Macron ? Pour moi, c'est clairement, et d'ailleurs ce scandale, quand on a vu la façon dont étaient utilisés tous ces cabinets de consultants, c'est vidé toute cette force. Quand même, la France est un pays avec cette hauteur de vue, cette république qui nous a façonnés dans cette idée de l'intérêt général, de la protection de la population qui tient à quoi ? À ces grands services publics.
Après, il y a des services qui ont été totalement vidés.
Y compris des informaticiens, par exemple, il n'y en a plus au sein de l'État. Ça, ça ne date pas seulement d'Emmanuel Macron.
Mais ce n'est pas un problème d'informaticiens. C'est le fait que ces cabinets de consultants, qu'est-ce qu'ils ont mis comme idée, et qui a été plus qu'acceptée, parce qu'elle n'est pas venue comme ça. On est allés les chercher, parce qu'Emmanuel Macron partage leur point de vue. Qu'est-ce qu'ils ont mis comme idée première ? Que tout ce qui était fait par le service public, par le secteur public, était inefficace, laissant de côté justement cette question de l'intérêt général. Le service public est là pour protéger, notamment l'hôpital ou l'école. Et ils sont allés expliquer qu'il fallait aller chercher ailleurs et laisser le privé se développer, générant quoi ?
Des inégalités, des déserts médicaux, générant une école qui ne fonctionne plus. Donc moi, je veux remiser sur ce qui est notre pacte républicain. Vous savez, ce n'est pas des grands mots grandiloquents. Le pacte républicain, c'est ce qui nous permet de tenir ensemble. L'hôpital et l'école sont deux grands piliers qui fondent la stabilité de la société française. Je puisse aussi parler du pouvoir d'achat.
Et notamment, vous, vous ciblez en particulier les jeunes. Vous voulez créer un minimum jeunesse. Pour qui ? Combien ? Quand ? Combien de temps ?
D'abord, une grande loi sur la jeunesse. Parce que la jeunesse, là, ne va pas bien. C'est entre le changement climatique sur lequel Emmanuel Macron a tourné le dos et leur situation sociale. Donc je propose quoi ? Pour les jeunes les plus démunis en grande précarité, un minimum jeunesse, grosso modo, sous condition de ressources. Grosso modo, 564 ou 69 euros par mois, c'est-à-dire l'équivalent d'un RSA pour une personne seule. Une forme de RSA jeune avec bien sûr un accompagnement vers les études ou vers l'emploi. Ensuite, je propose surtout, parce que je veux miser sur le niveau de qualification et de diplôme de cette jeunesse.
Donc je propose la suppression pure et simple des frais d'inscription dans les universités et dans toutes les formations. Est-ce que vous salariiez les étudiants comme Jean-Luc Mélenchon ? Non, mais non. Parce que justement, je suis de cette gauche responsable qui sait aussi comment fonctionne l'État et comment il faut donner confiance. C'est le thème de votre matinale.
Vous dites que c'est gauche responsable ? Bien sûr. Vous allez quand même commencer
par promettre de doubler le salaire des personnes.
Bien sûr. Et vous ne tenez plus tellement ce propos aussi ?
Bien sûr que si, mais je finis sur les jeunes. Gratuité des frais d'inscription. J'ai vu aussi que les jeunes, là, et on l'a vu tous, démarrent dans la vie avec beaucoup de précarité. Donc c'est augmentation des bourses, augmentation des APL de 10% pour les jeunes. C'est les repas à 1 euro dans les restaurants universitaires le matin et le soir, le midi et le soir. 1 euro pérenne, gratuité et gratuité des transports du quotidien pour tous les jeunes de moins de 26 ans. Et puis, bien sûr, vous avez parlé des enseignants. Les enseignants aussi, on parlait tout à l'heure de la maltraitance des personnels soignants ou dans les EHPAD.
Les enseignants, franchement, Apolline de Malherme, un enseignant qui a un Bac plus 5 qui arrive avec un Bac plus 5 à 1770 euros par mois, vous croyez que c'est normal et que c'est avec ça, ce type de rémunération qu'on va recruter, et qu'on va rehausser le niveau de l'école ? Non. Alors moi, je les paye très clairement au niveau des cadres, c'est-à-dire à 2350 euros par mois. C'est comme ça que ça démarre un cadre dans la vie, dès le début. Bien sûr, on fait une négociation pour que ceux qui sont rentrés avant cette barre-là, ce plancher-là, soient évidemment aussi augmentés. Une grande négociation avec les syndicats dans le monde enseignant.
Et on va me dire, certains, les libéraux, et tous ces cabinets de consultants privés vont dire, ça coûte cher. Mais vous savez combien ça coûte, la non-éducation ? Vous savez combien ça coûte quand on fait en sorte qu'un service public de l'éducation ne marche plus ou que la santé ne marche plus ? Ça coûte très cher et ça coûte à qui ? Surtout aux classes moyennes parce qu'elles sont obligées de faire quoi ? D'aller chercher dans le secteur privé, de dépenser des sommes qu'elles n'ont pas pour obtenir ce qui doit être des services publics essentiels pour éduquer ses enfants ou pour se soigner. Anne Hidalgo, plutôt Macron que Mélenchon ? Je n'ai absolument pas.
Non, vous savez, alors vraiment pas. Pas du tout. Alors vraiment, pour moi, Emmanuel Macron, c'est vraiment plus du tout une option pour des gens de gauche. Je sais qu'il y a beaucoup de gens, même de gauche très modérée, qui en 2017 se sont dit peut-être qu'il y a quelque chose là, de ce côté-là. Mais enfin, on a vu les 5 ans, les 5 ans qui viennent de s'écouler, ce mépris. Regardez, y compris sur le plan démocratique, l'État dans lequel est notre pays, 5 ans après Emmanuel Macron, qui refuse même de descendre dans l'arène. Vous ne trouvez pas scandaleux ? Je finis là-dessus parce que je suis vraiment scandalisée.
Vous ne trouvez pas scandaleux que quand il y a un débat, il n'y a pas de débat, mais quand il y a une proposition à tous les candidats de venir à égalité présenter ses programmes, il explique dans le service public de l'audiovisuel qu'il n'a pas à y être et qu'il envoie quoi ? Un meeting ? Un meeting, des images de meeting ? Vous faites référence à l'émission de France 2 ? Oui, à laquelle j'étais,
où il n'est pas venu. Les 11 se sont rendus, sauf lui, et France 2, qui pour respecter les temps de parole, a préféré mettre un morceau de meeting.
Vous croyez que c'est une démocratie qui fonctionne bien quand on en est là ? Avec quelqu'un qui pense qu'une élection, ça n'existe pas, ça s'enjambe et qu'il faudrait juste une prolongation, une renomination ? Donc ça, ça n'est plus. Je précise également. que vous avez tous
accepté de répondre à mes questions de confiance, sauf Emmanuel Macron,
en effet. Et pour Mélenchon, c'est une impasse. C'est une impasse, parce qu'il essaye aujourd'hui de brandir cette idée du vote utile à gauche, mais utile à qui ? Mais vous l'entendez bien, j'imagine, chez vos militants. Non, vous savez, j'entends beaucoup de militants, bien sûr, il y a des gens qui doutent, mais j'entends aussi beaucoup de gens qui se disent mais ce n'est pas possible, ces positions sur l'Ukraine. Vous voyez-vous faire confiance à quelqu'un qui a mis à tarder, qui continue à l'ouvoyer quand même ? Et quelles seraient ses premières décisions d'arrêter les livraisons d'armes aux Ukrainiens pour qu'ils puissent se défendre contre Poutine ?
Et quand je vois les positions, les postures qu'il a sur la République, moi, vous savez, je n'arrive pas à effacer de mon cerveau ces images où on le voit s'opposer violemment, vociférant, face à des policiers, à des magistrats, et en disant la République, c'est moi, vous croyez qu'on peut faire confiance à quelqu'un comme ça et voter ? C'est très sérieux, on choisit un projet de société quand on vote pour la présidentielle. Donc pour moi, Macron, ce n'est pas une option et Mélenchon, c'est l'impasse. Vous ne pourrez pas vous réconcilier. Et je pense qu'il y a... Vous ne pourrez pas vous réconcilier. Ce n'est pas un sujet de réconciliation. Vous savez, je suis de cette gauche de Jospin.
Il vient de chez vous. Oui, c'est les pires en général quand ils s'en vont. C'est la foi déconvertie. Voilà. Et donc, je suis de cette gauche de Jospin, et qui fait l'alliance... Vous savez, Lionel Jospin, c'est une grande figure. En tous les cas, pour moi, c'est une grande figure et c'est une grande figure justement de la gauche. Je ne dirai pas cela. Vous savez, les grandes idées ne meurent jamais. Les grandes idées ne meurent jamais et cette grande idée
socialiste... Ce n'est pas la même chose que quand on l'a allée
Je pense que cette idée-là, elle n'est pas toute seule dans sa cuisine parce que vous savez, il y a beaucoup, beaucoup de maires, de présidents de régions, de départements, d'élus, partout sur le territoire, de militants, je pense aussi à toutes ces grandes associations humanitaires qui ne sont pas dans l'engagement politique ou à ces syndicats, que ce soit la CFDT, l'UNSA, FO ou la CGT. Je pense à tous ces syndicalistes qui sont engagés pour un autre monde plus juste et je leur dis, la politique, ça vous concerne et ce vote vous concerne directement.
Et ça se passe dimanche, bien sûr, avec le premier tour d'élection présidentielle. Merci à vous.
Merci d'avoir répondu
à mes questions sur AMC et BFM TV.
Anne Hidalgo