Reporters sans frontières s’inquiète d’une "tendance" au "dénigrement des médias publics"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Temps de parole
- Invité63 %
- Présentateur33 %
- Présentateur 24 %
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France Inter, Alibadou, Marion Lourd, le 6-9. 6h21 et Marion, votre invitée ce matin est directrice éditoriale de Reporters sans frontières. Bonjour Anne Bocandé. Bonjour. Et bon anniversaire si j'ose dire puisque RSF fête ses 40 ans ce week-end, 40 ans de combat pour la liberté de la presse et le droit d'informer. L'existence d'RSF, Anne Bocandé, elle est importante, je dirais presque plus importante que jamais.
En effet, on fête nos 40 ans, nos 40 ans donc demain avec un grand festival informé, le monde de demain donc qu'on fête à la fois 40 ans de combat et aussi un tourné vers l'avenir puisque les défis aussi restent nombreux. Le message reste le même depuis 40 ans, sans liberté de la presse il n'y a pas de liberté tout court. Donc c'est cette histoire que l'on célèbre et tourner évidemment vers l'avenir.
Alors pourquoi c'est important et plus important que jamais ? Il faut donner des chiffres. Par exemple, selon l'UNESCO, 85% des meurtres de journalistes dans le monde restent impunis. Et à Gaza, plus de 210 journalistes ont été tués depuis octobre 2023. C'est ça l'urgence ?
Tout à fait, il y a cette urgence-là de l'ampleur des exactions qui sont commises contre les journalistes. Pour les compléter, à l'heure où on se parle, plus de 500 journalistes sont enfermés à travers le monde pour avoir fait leur travail de journaliste. Donc peut-être rappeler aussi ce qu'est la liberté de la presse finalement puisque la liberté de la presse, c'est la possibilité pour les journalistes de travailler sans être inquiétés. On parle de sécurité physique, mais c'est aussi tout ce qui est des challenges économiques. Ils ont un cadre économique pour travailler correctement.
Or, on voit qu'aujourd'hui, il y a un enjeu, une certaine faillite aussi des médias, un enjeu sur la soutenabilité des médias, la question de la confiance, la question aussi de la désinformation. Et puis pourquoi c'est important, rappeler aussi simplement que c'est l'enjeu pour tout à chacun d'être correctement informé et donc de pouvoir aussi s'orienter dans les choix que tout à chacun fait tous les jours dans le monde dans lequel on est aujourd'hui.
Vous parlez des journalistes retenus, il y en a notamment un français, Christophe Glez, qui est détenu en Algérie, journaliste qui travaille pour Sofout. Est-ce que depuis quelques jours, quelques heures, il y a la libération de Boualem Sansal ? Pour lui, au moins, il y a un petit espoir, en tout cas du point de vue d'RSF ?
Ce qui est certain, c'est que cette libération amorce un apaisement dans les relations franco-algériennes que nous espérons évidemment que Christophe Glez, qui a été, rappelons-le, condamné à 7 ans de prison pour avoir fait son travail de journaliste, collaborateur de Sofout et de Society notamment. Donc on espère évidemment qu'il pourra retrouver les siens à l'issue d'un procès en appel qui est prévu pour le 3 décembre prochain. Et évidemment, RSF est mobilisé et est auprès de sa famille.
Alors, vous parliez des journalistes détenus, il y a les journalistes tués effectivement, le risque économique aussi que vous évoquiez. Puis il y a les menaces qui semblent plus diffuses. Le président de la BBC a envoyé hier une lettre d'excuse à Donald Trump pour un montage vidéo jugé trompeur d'un discours du président des Etats-Unis lors de l'assaut du Capitole dimanche dernier. Le directeur général avait dû démissionner. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
Alors nous, à notre endroit, ce que ça nous inspire, c'est que, évidemment, il y a tout ce qui est de l'ordre éditorial sur lequel nous n'allons pas revenir. Le directeur s'est exprimé à ce sujet-là. Nous, ce qui nous inquiète, c'est la partie ingérence politique puisque ce qui s'est passé là a permis à certains de s'attaquer encore plus aux médias publics et à profiter de cela pour amplifier un dénigrement des médias publics, voire de remettre en cause aussi leur fonctionnement. Et ça, c'est une tendance qu'on peut voir à l'échelle européenne, voire à l'échelle du monde et qui est une tendance qui nous inquiète.
Il y a un enjeu de renforcement pour nous des médias publics qui sont clés dans l'écosystème de l'information aujourd'hui et non pas de les fragiliser. Donc ça, c'est notre point d'inquiétude dans ce que raconte aussi ce qui se passe autour de la BBC aujourd'hui.
Les médias publics en France y compris. Alors on va parler quand même des bonnes nouvelles, entre guillemets. Cet anniversaire, ces 40 ans que vous fêtez à la gaieté lyrique à Paris. Il y a un programme extrêmement riche, des tables rondes avec des grands journalistes dont votre président, notre collègue Pierre Aski. Des thèmes variés, le photojournalisme, le journaliste après MeToo, la Palestine. Et puis il y a d'autres personnalités qui sont plus inattendues. Il y a le chanteur, Voyou, l'écrivaine Rose Lamy, le youtubeur Gaspar G. Les producteurs de contenu, ce sont des gens à qui RSF doit s'adresser aussi ?
En effet, on a voulu réunir véritablement autour de cette journée, encore une fois tournée vers l'avenir, toutes celles et ceux qui ont aujourd'hui envie de réfléchir, qui questionnent aussi la manière d'informer aujourd'hui et demain. Donc c'était important pour nous de réunir différents acteurs aujourd'hui de cet écosystème-là dans cet espace, pour cette journée-là. Et puis dans une dynamique évidemment de rencontres avec le grand public. Donc c'est ça aussi qui nous attend dans ce grand programme-là. Puis aussi avec la remise du prix de la liberté de la presse 2025, qui va être décerné à différents journalistes pour leur courage, leur indépendance, l'impact aussi qu'ils ont.
Et aussi un prix avec Aïssa Maïga, la fille du journaliste Mohamed Maïga, qui elle est actrice et réalisatrice, et qui sera là aussi pour décerner un prix demain.
Alors vous savez, Anne Bocandé, que Coluche, quand il crée les Restos du Coeur, il pense, il espère que l'association va disparaître rapidement avec le problème de la misère et de la faim. Est-ce que vous, vous aimeriez, dans le même esprit, qu'RSF disparaisse ?
En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on a véritablement besoin aujourd'hui d'un sursaut collectif pour continuer de réunir autour de la liberté de la presse, de ce combat de tout à chacun, encore une fois, pour être bien informé. Donc on n'en est pas là, malheureusement, à ce que RSF disparaisse, dans le sens où, en tout cas, il y a encore besoin de se mobiliser, de se mobiliser de nous et de nous avec vous, avec tout à chacun, encore une fois, pour ce combat-là. Parce qu'encore une fois, la liberté de la presse, elle continue de devoir se défendre. Ici, en France, vous l'avez dit, et puis partout dans le monde.
Anne Bocandé, merci de nous avoir répondu sur France Inter. Je rappelle donc les 40 ans de reporters sans frontières avec ce festival très riche demain à la gaieté lyrique à Paris. Et puis, un album en vente et en collaboration avec les studios Ghibli. Merci de nous avoir répondu sur France Inter.