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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 2 décembre 2025 7 minContradictoireMixte

Le pape Léon XIV "s'exprime davantage en diplomate qu'en militant" estime ce spécialiste des religions

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Propositif 80 %Attaque 20 %

Temps de parole

  • Présentateur62 %
  • Locuteur non identifié36 %
  • Invité politique2 %

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0:06
Locuteur non identifié

Il est 6h21, la visite d'un hôpital et une dernière messe avant de rentrer au Vatican. Le pape Léon XIV achève aujourd'hui son voyage au Liban. Il était juste avant en Turquie. Premier déplacement à l'étranger pour le souverain pontife, élu il y a 7 mois. Bonjour François Mabille. François Mabille, est-ce que vous m'entendez ?

0:25
Invité politique

Je vous entends très bien.

0:26
Locuteur non identifié

Ouh là, moi pas du tout. Il s'agrésit derrière vous. Est-ce que vous pouvez peut-être vous déplacer ou éteindre un... J'ai l'impression qu'il y a un bruit de... Est-ce que vous m'entendez bien vous ?

0:37
Invité politique

Moi je vous entends très bien.

0:38
Locuteur non identifié

Bon, alors on va essayer de faire comme ça. Ne bougez plus, on va voir si la ligne tient. Vous êtes donc chercheur CNRS, directeur de l'Observatoire Géopolitique du Religieux au sein de l'IRIS. C'est l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques. Que retenez-vous, vous, de ce premier voyage du pape Léon XIV ? Qu'est-ce qui vous a marqué jusque-là ?

0:56
Invité politique

Je dirais que c'est son style. C'est-à-dire que par rapport à son prédécesseur qui était un grand communicant et qui vit...

1:04
Locuteur non identifié

François Mabie, je suis désolée, on est en train de vous perdre. Vous avez une voix très très métallique. On va essayer de vous rappeler. Je ne sais pas, alors j'essaye de voir en régie face à moi si on a un autre numéro pour vous appeler. Oui, je vois que ça s'active face à moi en régie. On est donc visiblement en train d'essayer de vous rappeler, François Mabie, pour avoir votre analyse sur ce premier voyage du pape Léon XIV qui a quand même été élu il y a sept mois, qui a attendu donc sept mois avant de partir à l'étranger. Il a choisi la Turquie et le Liban. Il finit aujourd'hui ce pape, son voyage, il achève aujourd'hui son pape, son voyage au Liban.

François Mabie, est-ce que vous êtes avec moi ?

1:39
Présentateur

Je suis avec vous.

1:40
Locuteur non identifié

Ah voilà, là c'est mieux. Alors que retenez-vous de ce premier voyage ?

1:44
Présentateur

Eh bien, le fait que ce pape est un pape, je dirais, diplomate, avec un style très réservé, mais en même temps ferme sur ses convictions et ferme dans le rappel du droit, et du droit international notamment. Donc un pape très différent de son prédécesseur dans le style en tout état de cause.

2:03
Locuteur non identifié

Parce qu'il était comment, François ?

2:05
Présentateur

Je dirais que François était un pape communicant, un pape protestataire et qui se prononçait souvent comme s'il était à la tête d'une grande ONG, même s'il refusait cette assimilation. Et donc là, on passe d'un pape militant à un pape diplomate, qui est à la tête d'un état, celui du Vatican, et qui s'exprime davantage en diplomate qu'en militant.

2:25
Locuteur non identifié

Et c'est pour ça que Léon XIV n'a pas prié dans la mosquée bleue d'Istanbul, alors que la plupart de ses prédécesseurs, tous ses prédécesseurs, même avaient prié dans des mosquées.

2:34
Présentateur

Alors ça reste pour l'instant une interrogation, puisqu'on n'a pas l'explication, même si on suppose que le fait qu'il y ait eu un problème entre Ankara et puis le Vatican, il y a maintenant cinq ans, et la clé d'explication, il faut se souvenir que Sainte-Sophie, qui est juste en face d'ailleurs de la mosquée bleue, a été rendue au culte musulman il y a cinq ans, ce qui avait entraîné une protestation du pape François à l'époque, et on peut penser qu'il y a un lien de cause à effet entre cette restitution au culte musulman et l'effet que Léon n'ait pas voulu prier.

3:08
Locuteur non identifié

En revanche, Léon XIV, il est peut-être moins dérangeant que son prédécesseur dans les mots, dans les termes. En Turquie, François avait parlé du génocide arménien, pas lui.

3:20
Présentateur

Oui, alors là encore, plusieurs explications possibles. La première, c'est que ça a été dit, justement, il y a maintenant dix ans, et donc la diplomatie du Vatican n'a pas voulu revenir sur ce sujet, même si le pape parlait de la tragédie que le peuple arménien avait subie. Mais vous avez raison, il y a là une diplomatie qui n'est pas une diplomatie frontale, comme ça pouvait être le cas avec le pape François, et donc une diplomatie qui travaille davantage de manière classique. Il s'agit d'arrondir les angles.

3:54
Locuteur non identifié

Est-ce que cette méthode, finalement, ne permet pas d'avoir davantage de poids ou de jouer davantage un rôle de médiateur ? Est-ce que François, avec ses coups d'éclat, a un bon bilan dans ce domaine ou pas ?

4:05
Présentateur

Alors, je dirais qu'il faut distinguer, sans doute, deux types d'impact. Il y a l'impact dans l'opinion publique et l'impact dans les relations avec les États. Impact dans l'opinion publique, tout le monde se souvient des formules ciselées du pape François. Il n'est pas sûr qu'on retiendra une formule, une expression dans le premier déplacement du pape Léon. En revanche, vous avez raison, l'impact de la diplomatie de François au niveau des États a été assez faible, y compris sur des sujets comme celui des migrations, qui était l'un de ses thèmes favoris.

Il se peut, effectivement, qu'en reprenant une approche plus classique, plus traditionnelle, ce pape parvienne à renouer des relations avec les États, à de nouveau se situer dans une diplomatie de service, et que cela puisse avoir des effets sur le long terme.

4:49
Locuteur non identifié

Parce que le Vatican a un moindre poids diplomatique aujourd'hui, vous trouvez ?

4:53
Présentateur

Le Vatican est un État désarmé sur la scène internationale. Il est en situation d'asymétrie par rapport aux autres États. Pas d'entreprise, pas de finance, pas d'armée, bien sûr. Donc, le Vatican a du poids dans des États lorsque les catholiques sont nombreux, par exemple en République démocratique du Congo ou dans certains États latino-américains. Mais quand ce n'est pas le cas, et en Turquie...

5:18
Locuteur non identifié

Oui, il n'a pas soulevé les foules, le pape, en Turquie.

5:20
Présentateur

Eh bien oui, bien sûr. Mais il faut bien voir que les chrétiens sont une minorité, et que parmi les chrétiens, les catholiques sont encore une minorité. Donc, vous voyez, il ne peut pas s'appuyer sur une population nombreuse. Et donc, lorsqu'il n'y a pas cette capacité-là, le Vatican peut essayer de faire avancer des dossiers si d'autres États soutiennent sa diplomatie. Et pour ça, il faut faire également de la diplomatie, ce qui explique sans doute la nouvelle conduite de ce pape.

5:48
Locuteur non identifié

Et quelles sont les relations de ce pape américain, on le rappelle, avec l'administration Trump ?

5:54
Présentateur

Alors, pour l'instant, il se situe, je dirais, à une saine distance. On l'a beaucoup interrogé sur ce sujet. Là encore, il s'est conduit en juriste, en rappelant y compris par rapport à la politique de Trump sur les migrants que les États avaient le droit de surveiller, de contrôler leurs frontières. Et en même temps, il a rappelé le droit des migrants, ou en tout cas, le droit des migrants à être traités dignement. Donc, il se situe à une certaine distance, avec à l'évidence la crainte que les catholiques soient trop divisés. À plusieurs reprises, il a évoqué le risque d'une polarisation excessive entre les catholiques.

6:31
Locuteur non identifié

Merci François Mabille, directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux au sein de l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques. Et je renvoie nos auditeurs à votre livre La papotée face à un monde en crise.