Dans les coulisses de la renaissance de la bibliothèque de l’Assemblée nationale | Hors Séance
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Musique Musique jazz -Bonjour, comment allez-vous, Madame la Présidente ? Nous allons entrer pour la première fois dans le chantier, vous voyez, il est interdit au public. Je vous propose, Madame la Présidente d'entrer.
Vous découvrez une bibliothèque toute neuve. Elle a été construite en 1834. Vous pouvez découvrir le travail des équipes qui réintègrent les livres parce qu'il a fallu naturellement déplacer les collections.
Vous imaginez que ce sont des livres qu'on n'avait jamais bougés depuis deux siècles. Je vous invite à lever les yeux parce que je crois que c'est le plus spectaculaire ici. On a retrouvé la palette de Delacroix qui était singulièrement obscurcie. -Lorsque l'on a la chance en France de posséder de tels chefs-d'oeuvre architecturaux, picturaux, il faut les préserver et au-delà de les préserver, il faut les mettre en valeur et les montrer au plus grand nombre.
Musique jazz -On y va. -Le chantier de rénovation de la bibliothèque a commencé quelques mois plus tôt. -Bonjour.
Merci pour les spots. Super. Merci. -Ce jour de novembre, l'architecte vient constater l'avancée des travaux. -On a déjà fait une grande partie, on a tout ça qui est fait.
Et on terminera à l'issue de la dépose de l'échafaudage à la fin de l'année. Tu as vu ça, Pierre ? Tu avais vu ? -Pierre Bosse, directeur de la bibliothèque, en est aussi le gardien.
Et depuis un an, son lieu de travail s'est transformé en chantier. -C'est la première restauration depuis 1837. Là, on est vraiment dans un projet huit centenaire.
C'est la première fois qu'on restaure le bas de la bibliothèque. -On lui redonne sa disposition d'origine, finalement. C'est-à-dire qu'on est vraiment sur le dessin d'origine dessiné par Jules de Joly, de 1834-1837. -Créé sous l'impulsion d'un député bibliophile, Armand Gaston Camus, son idée : donner aux représentants du peuple le savoir le plus pointu.
Et ce sont les livres confisqués par les révolutionnaires, qui rempliront les premiers rayons. -Il faut imaginer que tout au long de la Troisième République, c'était le coeur du travail parlementaire. On a des images de députés, c'était tellement plein qu'ils étaient obligés parfois de s'asseoir contre les rebords et écrire leur discours sur un coin comme ça, c'était l'endroit principal de travail au Palais Bourbon. -A l'époque, les députés n'ont pas de bureau, on vient donc ici pour travailler, d'autant que c'est l'endroit le mieux chauffé du Palais Bourbon. -C'est vrai que dès le départ, c'était assez ingénieux, l'approche pour chauffer cet espace. -Au fil du temps, Jean Jaurès, Georges Clémenceau, Léon Gambetta, les députés chérissent ce lieu devenu le plus important du Palais Bourbon après l'hémicycle.
La bibliothèque abrite un autre joyau, mais pour cela, il faut monter à dix mètres du sol. Six cents mètres carrés de peinture d'Eugène Delacroix, qu'il mettra neuf ans à réaliser. -Il ne pouvait travailler que lorsque l'Assemblée ne siégeait pas.
Et il avait entre août et décembre, qui sont en plus les pires périodes de l'année pour travailler d'un point de vue climatique, c'était le seul moment. Après, il devait démonter son échafaudage, repartir, puis revenir, remonter son échafaudage et refaire ça. Il a pris beaucoup de temps car il a tout de suite considéré ça comme une de ses oeuvres majeures. -Sa "chapelle Sixtine", comme il aimait à l'appeler, composée de cinq coupoles symbolisant la poésie, la théologie, la philosophie, les sciences et bien sûr, au centre, la législation.
De chaque côté se font face les représentations de la paix avec Orphée et la guerre et la barbarie avec Attila. -En 1871, un obus est tombé sur l'Assemblée et il est tombé là, dans le nuage, il a traversé la coupole d'Attila, quel symbole ! La coupole de la barberie, c'est incroyable ! -On a la trace, là, l'éclairage n'est pas suffisant, mais on peut la deviner. -L'oeuvre a traversé les siècles, mais non sans dégâts.
Alors une trentaine de restaurateurs décrassent les vernis, rebouchent les fissures apparues, l'équipe fait même des découvertes surprenantes. -Les petits cavaliers, même là il y a des personnages, en tout petit, c'est vraiment minuscule. Et après vous voyez donc la ville, hop hop, des petites maisons, l'architecture et les arbres.
Est-ce que ce sera visible d'en bas ? Je pense qu'on va le voir. Musique de jazz -Six mois se sont écoulés, les échafaudages ont été retirés, les peintures de Delacroix ont retrouvé tout leur éclat. -Ils sont tous super.
Moi, je les connais par coeur maintenant. C'est sûr que c'est un peu...
C'est à moi, un peu. C'est à moi. -Vous voyez là, très clairement, et c'est logique, on voit des étoiles qui brillent incroyablement.
Aucune d'entre elle n'apparaissait. C'est un petit miracle de la restauration. On a vu ces étoiles et regardez comme elles brillent. -C'est la Grande Ours, en plus. -Oui. -C'est génial. -Et on l'a découverte.
On ne voyait rien. -Si l'oeuvre de Delacroix donne à cet édifice ses lettres de noblesse, sa bibliothèque est exceptionnelle. 700 000 ouvrages y sont conservés, mais les rayons n'abritent qu'une infime partie de cette collection.
Pour découvrir le reste, il faut parcourir les dédales des sous-sols de l'Assemblée. -Ce qui est assez remarquable, c'est qu'on a des collections, comme celle de la Revue des Deux Mondes, qui est une revue qui est encore publiée aujourd'hui, dont on a quasiment l'intégralité d'aujourd'hui. Donc vous voyez qu'on acquiert encore tous les mois la Revue des Deux Mondes.
Et si on s'enfonce dans le silo, on remonte dans le temps. Donc là, c'est quand même l'intégralité dans des reliures magnifiques des exemplaires de la Revue des Deux Mondes, pour arriver aux exemplaires les plus anciens, qui est ici de 1831. -Douze kilomètres de labyrinthe remplis d'ouvrages et de toute la presse depuis des décennies.
Mais il existe une autre pièce encore plus secrète dont vous ne verrez pas la porte pour en préserver la sécurité. La chambre forte où sont gardés les trésors de l'Assemblée. -La chambre forte rassemble les oeuvres les plus précieuses, celles qui requièrent une vigilance absolue, température, humidité et, naturellement, un dispositif de protection d'oeuvres de cette valeur. -Dans cette pièce, 1 800 ouvrages inestimables, des documents uniques comme le jugement du roi Louis XVI, l'original de la Marseillaise, ou encore les cahiers de brouillon du célèbre Victor Hugo, alors député. -Il faut imaginer que quand on montre, par exemple, le serment du jeu de paume que je vais vous montrer, si vous voulez l'exposer, admettons, pendant trois mois, vous devez le mettre au repos absolu pendant trois ans pour vous assurer qu'il n'y ait pas de dommages.
Trois ans. Et repos absolu, ça veut dire : personne n'y touche. -Le serment du jeu de paume est le texte fondateur de ce qui deviendra notre démocratie, un écrit qui engage encore aujourd'hui les députés. -J'ai toujours une très forte dose d'émotion en le voyant parce qu'il faut imaginer, là, c'est l'original.
Le scribe est sur une toute petite table en train d'écrire. Ils sont en train d'écrire un texte énorme. Ils risquent leur vie.
Regardez, il y a des ratures partout. On voit la main tremblante. On sent le courage de ces députés.
Et bien sûr, arrive la phrase la plus célèbre : "Là où ces membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale." Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? La seule légitimité qui vaille, c'est celle du peuple, par leurs représentants.
C'est la fondation de la démocratie moderne. -Des livres, mais aussi des objets qui racontent l'histoire de la France. Le pistolet de Léon Gambetta, le masque mortuaire de Mirabeau.
Et puis, ce symbole de la vie parlementaire, une cloche de séance. Cloche -La durée de vie d'une cloche sous la Troisième République pour un débat, c'est trois semaines. C'est vous dire à quel point le président devait appuyer sur cette cloche pour essayer de faire respecter un semblant d'ordre.
C'est assez logique en fait. La configuration de l'hémicycle est extraordinairement sonore. Encore aujourd'hui, pour des débats très importants et en dépit de la sonorisation, il arrive que dans ce brouhaha, il soit impossible d'entendre distinctement ce que dit l'orateur. -Un peu de calme !
Mes chers collègues... -Le grand jour est arrivé.
Après un an de fermeture, les députés peuvent enfin accéder à leur bibliothèque. -C'est beau, et puis le travail fait est extraordinaire, et puis toutes les photos de ceux qui ont travaillé, ce qu'on est capable de faire, enfin ce que certains ont été capables de faire, qu'on est capable d'entretenir, et puis lui donner une vie pour peut-être le prochain siècle. -Comme Sébastien Peytavie, Constance Le Grip est elle aussi une habituée.
La députée Renaissance vient ici chaque jour depuis 1986. Elle y a même écrit l'intégralité d'une proposition de loi. C'était en 2019 et il y était question de fake news. -J'ai eu l'impression d'être particulièrement inspirée en venant ici parce qu'ici il y a le vrai, il y a des vrais textes, il y a des vrais discours, il y a la vérité historique.
Tout ce qui est ici est réel. -Une bibliothèque source d'inspiration également pour Arthur Delaporte, député socialiste, et historien. -Ce qui est assez fort, c'est qu'il y a ce côté, de ce qu'est le travail de la loi, que doit être l'oeuvre du législateur, que doit être la construction d'une nation, mais aussi c'est dans ce lieu qu'on la construit. -Plus qu'un témoin, la bibliothèque est le coeur battant de la démocratie parlementaire. -C'est assez extraordinaire tu as vu, il est même écrit à la main. -Ca c'est un ouvrage du XVIe siècle. -Pierre Bosse reprend lui aussi ses marques dans la bibliothèque. -Il y a un député un jour qui m'avait confié, et j'ai trouvé la métaphore très jolie : "L'hémicycle c'est le feu, la bibliothèque c'est l'eau".
Le feu, le tumulte, le débat, la force du débat, indispensable à notre démocratie, l'eau de la bibliothèque, le seul endroit calme où on s'apaise, on se ressource et on vient asseoir la qualité des débats sur la connaissance. -Une autre vision de l'Assemblée nationale et du travail parlementaire dans un des joyaux du patrimoine français que les citoyens peuvent à nouveau admirer. Générique de fin
Xavier Bertrand