Des écrivaines dans les ombres de leur père, avec Vanessa Schneider et Anne Berest
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[Musique] Bienvenue dans l'émission littéraire de public Sena. Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro de bonheur des livres. Nos deux invités aujourd'hui nous ont beaucoup touché en cette rentrée littéraire.
Elles décrivent toutes deux leurs familles, leurs origines. Ce n'est pas la première fois d'ailleurs pour l'une et l'autre. Et elles font un portrait fouillé cette fois-ci, j'allais dire à la fois tendre et lucide, parfois assez dur aussi de leur père.
D'abord Vanessa Schneeder qui nous propose la peau dure chez Flamarion et puis Anne Berest qui nous qui nous décrit ses origines bretonnes dans Finister tout simplement chez Albin Michel. Merci beaucoup d'être là toutes les deux. Ça me fait très plaisir de vous recevoir.
Nous allons parler successivement des deux livres, mais vous pouvez bien sûr intervenir quand vous le voulez sur l'ouvrage de de l'autre. Alors Vanessa Schneder, je précise que euh vous vous adressez tout au long du livre à votre père Michel Schneeder, au fonctionnaire psychanalyste engagé très à gauche dans son jeune âge si on peut dire, mais enfin assez longtemps quand même, toujours en bagarre avec les autres, attaché à sa famille mais entretenant aussi avec elle ben des rapports plus qu'exigeants, singuliers. Euh et d'ailleurs euh dans ce dans ce livre, vous rappelez que euh vous écrivez après la mort de votre père qui est mort en 2022 euh d'un cancer alors qu'il disait avoir la peau dure.
Euh Anne Ber, vous aussi, ce père d'origine bretonne, peut-être par le hasard de la vie, euh polytechnicien est mort d'un cancer en 2022 et vous racontez cette généalogie bretonne dans Finister. Je précise que vous êtes romancière et scénariste et que vous avez déjà décrit la partie familiale juivekenas du côté de votre mère dans la carte postale qui était ce livre très remarqué en 2021 Renaudo de lycéen et qui a été ensuite traduit et notamment récompensé aux États-Unis. C'est donc en quelque sorte, est-ce que je me trompe pas en disant que c'est le 3è tome d'une saga familiale que vous avez déjà entreprise avec Finister qui est ailleurs assez romanesque.
Vous nous parlez de la Bretagne sur plusieurs générations de ce peuple de marin aussi de la destruction de Brest. Il y a aussi évidemment une une géographie de la de la région qui est importante. Est-ce que cette terre occupe encore une place importante pour vous ?
Oui, bien sûr. Euh, j'en reviens d'ailleurs. Je ai passé une bonne partie du mois d'août.
Euh pour moi, euh c'est le pays de mon père et aujourd'hui qu'il est mort, quand je vais en Bretagne, c'est comme si je retrouvais un peu ses bras. Hm. Et il y a quelque chose dans ce paysage finistérien à la fois granitique et ce bleu de la mer qui me fait penser au bleu de ses yeux.
Hm. Oui, la Bretagne, c'est ce paysage s'est un peu retrouvé mon père dans la carte postale euh vous aviez écrit sous une forme particulière presque d'un roman policier ou en tout cas c'est vrai qu'il y avait une forme de suspense de euh et cette fois alors j'allais dire que c'est une forme très différente Anne Berest en chapitre court je dirais attrayant enfin très accessible. Euh est-ce que vous diriez que c'est parce que le sujet est moins grave ?
Je me trompe peut-être, mais pourquoi avoir adopté cette forme assez particulière ? Peut-être alors c'est vrai que c'est un c'est chaque livre et je pense que Vanessa sera d'accord avec moi, chaque livre impose sa forme h et chaque livre nous dit comment il doit être écrit. H et celui-là, il y avait une forme d'urgence puisque mon père était malade et j'avais envie de le terminer au fond avant vite pour qu'il puisse le lire.
Ah oui, donc il y a ces chapitres courts et puis aussi vous savez lorsque j'ai écrit la carte postale, j'ai eu un rapport très particulier avec les jeunes lecteurs. Hm hm. La génération des 18, grands adolescents, jeunes adultes.
Et c'est aussi pour eux que j'écris parce que j'ai l j'écris des livres qui racontent l'histoire de France h et les territoires et le territoire. Et donc c'est cette écriture là, elle est pensée pour eux. Oui, c'est à eux que j'écris quand je c'est à eux que je pense quand j'écris.
C'est formidable d'ailleurs de de penser qu'on a un jeune public qui s'intéresse aussi à cette histoire qui est quand même antérieure. Est-ce que votre père a eu le temps de le lire ou non ? Vous avez malheureusement non.
Euh le grand-père donc Eugène agrégé de lettre. Euh ça c'est le père de votre père et ce père que vous décrivez Pierre, lui polytechnicien euh sont donc on l'a bien compris des êtres brillants. Ils ont dû, il faut bien le préciser quand même quitter leur Bretagne pour faire des études à Paris.
C'est ce qui les caractérise parce que le père le père enfin l'arrière grand-père était marin, enfin pêcheur, il a fondé une pêcherie. Mais tout ça, on va à Paris pour faire des études à ce moment-là pour passer des concours. Et c'est ça que vous racontez.
Ce qui m'intéresse en travaillant sur mon arbre généalogique et sur plusieurs générations euh c'est de travailler des sujets presque sociologiques. Et là, j'ai travaillé sur le rapport entre la Bretagne et Paris sur quatre générations. C'est vrai.
Pour mon arrière-gr-père, Paris c'était l'ennemi. Pour mon grand-père, Paris c'est l'endroit où il fait ses études. Mais il revient en Bretagne.
Oui. Pour euh exercer son métier et puis pour devenir homme politique, pour défendre la Bretagne puisqu'il a été député du Finistère, maire de Brest. Donc pour s'engager dans sa région, mon père lui va faire des études à Parier, il resté.
Oui. Et moi, je suis la première beste à être une petite parisienne, à naître à Paris et pour qui la Bretagne ce n'était plus que les vacances. Alors ce père, vous vous en faites un portrait flatteur parce qu'il est beau, il est brillant, ses yeux bleus dont vous parlez mais on sent Anne Ber que vous le regardez souvent comme un comme comme une sorte de mystère. avec avec lui la communication n'est pas toujours facile.
C'est plutôt un t C'est plutôt quelqu'un Oui. Il appartient à cette génération d'hommes qui de pères qui n'avaient pas encore l'habitude, comme on peut avoir les voir les pères d'aujourd'hui de dire à leurs enfants des mots d'amour. Hm.
C'est encore c'est encore une génération qui ne dit pas Oui. Oui. Euh ses mots tendres et cette absence de mots.
Même si l'amour était là, cette absence de mot peut créer une inquiétude. H Et puis et c'est vrai, c'est c'est un c'est un portrait particulier parce que c'est un grand scientifique. Hm.
Et les grands scientifiques sont des hommes qui s'attaquent à des matières austères qui Oui. qui vivent dans un autre monde que le nôtre. C'était un chercheur, il il avait toujours la tête dans ses équations et il semblait mystérieux parce que il réfléchissait à des choses qu'on ne comprenait pas et mais en même temps poétique parce que par exemple, il faisait des recherches sur les bulles de savon.
Oui. Donc je voyais mon père faire des bulles de savon dans le salon. H c'est vrai qu'il y a des questions de génération et cette parole qui est un peu rare de la part des des pères, c'est un peu la même chose mais pas tout à fait pour vous.
On va bien sûr parler de votre livre, mais il y a aussi quelque chose de générationnel dans ce rapport à votre père. Oui. Alors moi, moi mon père c'était bah c'était un homme de trop de mots.
C'était le contraire. Mon père il débordait de mots et il contrôlait pas toujours t tous les mots qu'il avait à dire. Et mais en effet, il avait une difficulté à exprimer de façon simple son amour.
Ça c'est vrai. Oui, c'était ça prenait toujours des chemins détournés. de l'amour de mon père mais euh mais c'était quand même un mystère.
Oui, c'était Oui, il y avait un flot de parole souvent tempétueux et colérique et c'était difficile de décrypter oui la part de de d'amour ou de bienveillance derrière tout ça. On peut pas penser aussi que vous avez douté vous Anne Ber l'amour de ce père ? Pas du tout.
Non, je je n'ai je ne doute pas de son amour, mais je parle de quelque chose, je crois que beaucoup de lectrices se reconnaissent dans dans cette idée-là. Je rencontre là des des des femmes qui l'ont lu qui disent aussi que voilà quand on a eu un père tiseux Oui. quand on a eu un père pudique Oui. quand on a eu un père aussi qui au moment de l'adolescence prend ses distances parce qu'elle est nécessaire.
C'est quelque chose qui crée Oui. une étrange inquiétude, un un petit chagrin qui avec le temps peut devenir une incompréhension. Vous dites euh pour lui entre c'est ce que vous écrivez, avoir trois filles puisque vous avez deux sœurs était un bonheur mais aussi un embarras.
Ça c'est c'est ça m'a beaucoup frappé cette phrase évidemment. Oui, vous le sentiez peut-être un peu à gauche ou c'estàd c'est-à-dire que c'était je crois que ça a été un immense bonheur pour lui d'avoir des filles mais c'était quand même une fille c'était une drôle de chose. Il fallait, il nous comprenait pas toujours mais avec beaucoup de tendresse mais aussi de C'est c'était un homme très timide, très réservé, très pudique, un homme très doux, très sensible, très loin des canons de la masculinité auquel on a l'habitude.
Mon père ne savait pas conduire, ne savait pas bricoler, était ne n'avait pas les attributs du masculin. Euh mère avait d'ailleurs, c'est sûr. Quand j'ai quand j'étais petite quand j'étais petite, je pensais qu'il y avait que les mères qui conduisaient les voitures.
Oui, c'est ça. Alors oui. Alors, ce qui est aussi évidemment et on va en parler de nouveau avec euh cette la peau dure.
Ce père tes œufs mais un grand chercheur, un intellectuel comme Michel Schneder d'ailleurs, bah il est très à gauche. Enfin, il y a quand même cette cette cet engagement là et ça ça fait ça va définir une éducation très particulière qui est la vôtre et qui est aussi celle de Vanessa du qui et qui est la celle de nombreuses femmes de notre génération et de nombreuses écrivaines hein. Il y a il y a ça ces pères-là ont donné quand même des des défis qui ont écrit et oui donc une éducation très à gauche.
C'est à dire euh toute mon enfance, j'ai entendu vous n'aurez pas d'héritage, je suis contre l'héritage, je suis contre le patrimoine, vous aurez tout à construire. Mais c'était une éducation aussi formidable avec une mère féministe aussi qui nous disait vous vous devez vous réaliser, vous devez être autonome. Autonome.
Elle disait cette phrase qui me troublait. Elle disait ne laissez jamais un homme vous offrir vos cigarettes. Oui, c'est ça.
Donc voilà, soyez soyez libres. Et cette liberté elle se paye aussi parce que cette éducation elle vous perd un peu enfin elle vous est-ce que ça n'a pas aucune éducation n'est ré n'est parfaite hein ça quand on quand on éprouve soi-même ce métier difficile d'être parent on est sans doute plus indulgent avec nos parents. Hm.
Euh ce n'était pas une éducation parfaite, mais c'est vrai que euh mon père a eu un rapport euh euh disons euh beaucoup plus simple avec moi, même si j'en décortique la complexité que par exemple la la le rapport de Vanessa dont elle parle avec son père. Ou bien sûr. Ce père Pierre va tomber malade.
Vous attendez euh bien sûr, il est hospitalisé. Euh et vous attendez vraiment la fin pour l'interroger sur ce passé la LCR, enfin ce passé de gauchiste. Oui.
Oui. Je lui dis je lui dis "Alors, voilà, tu sais je vais écrire ce livre, tu sais que je vais écrire ce livre sur ta famille, mais toi qu'est-ce que tu qu'est-ce que tu voudrais laisser de toi ?" Il me dit deux choses, mes recherches scientifiques.
Donc ça, je me dis ça va pas être simple. Ouais, ça va pas être simple. Et mon engagement militant à la Ligue communiste.
Voilà. Et là, je tombe un peu de ma chaise parce que je je sais bien que j'ai été élevée par un père très à gauche, mais je n'avais jamais entendu parler. Il ne m'avait j ne nous avait jamais parlé concrètement de ces années de militantisme.
Alors, on va en reparler parce que bien sûr, c'est un point commun avec le père de Vanessa Schneder. Vanessa Schneeder, je précise que vous êtes journaliste, reporter au monde et puis vous aussi, vous explorez la famille avec notamment un récit qui avait été très remarqué sur l'actrice Maria Schneder qui est votre cousine. Alors, voici donc la peau dure.
Ça c'est donc le portrait de ce haut fonctionnaire qui s'appelle Michel Scheller qui était aussi un psychanalyste lui qui est né en 1944 est mort donc en juillet 2022 d'un cancer lui aussi. et vous l'accompagnez jusqu'à la fin comme Anne. Euh vous l'avez d'ailleurs vous lui aviez, je me souviens très bien au moment de ça m'a rendu hommage euh en republiant une émission dont on va parler en parlant de lui.
Euh euh mais j'allais dire que ce livre que vous nous proposez qui s'appelle donc La peau dure euh est plus, j'allais dire moins apaisé que celui d'un de mes restes me semble-t-il parce que ce n'est pas le même père et ce sont pas tout à fait les mêmes relations que vous avez avec lui. Est-ce que ce livre et on sent qu'il y a une dureté, est-ce que quand même il vous a permis à la fin de faire la paix avec lui d'une certaine façon ? Alors, je pense que c'est un peu l'inverse en fait.
Je pense que je n'aurais pas pu écrire ce livre sur lui si j'avais pas été apaisée avec un certain nombre de choses. Euh si mon père était mort 10 ans plus tôt, je n'aurais probablement pas écrit en tout cas le même livre. C'est parce que j'étais c'est parce que j'avais compris un certain nombre de choses sur notre relation.
C'est parce que j'avais un peu cerné qui il était et que justement euh on avait retrouvé une relation euh plus douce. Mais c'est vrai que euh chaque père est différent et chaque relation est différente. La relation avec mon père était pas apaisé parce que lui-même n'était pas un homme apaisé du tout.
Euh c'était un homme qui était très tourmenté euh qui avait eu une enfance effroyable parce que ce portrait que vous faites qui est assez dur de cet personnage autoritaire même irrass d'une façon qui part eng colérique il a des circonstances atténuantes. C'est ça que vous nous expliquez. Il vient de là où d'où il vient.
Oui, ben on vient tous de quelque part et c'est Non, mais c'est ce que j'ai voulu montrer aussi, c'est que alors évidemment, il y a des tempéraments, il y a des caractères, mais on vient aussi euh euh d'abord, on vient d'une époque et c'est pour ça que c'était intéressant de raconter le contexte politique et euh et on vient de de son enfance et de ce qu'on a vécu et l'enfance de mon père a été proprement effroyable. ilit dans un foyer voilà complètement qui n'était pas un foyer livré à lui-même. Ma mère quand ma mère l'a rencontré, il avait 14 ans, il vivait tout seul dans une chambre d'hôtel.
Il avait un père dont il a appris après qui n'était pas son père et qui est mort très jeune. Une mère alcoolique, une fraterie avec des pères différents pour chaque enfant et puis une grande pauvreté puisque c'était une famille qui avait déchu socialement. Donc il est né vraiment dans le dans le manque à tout point de vue et il a fait une trajectoire assez exceptionnelle bien sûr par rapport à ses origines difficiles.
Il a raconté d'ailleurs, je crois son enfant dans bleu passé bien sûr dans donc cette famille maudite que vous décrivez et dont il va quand même faire quelque chose puisque il va rentrer à LEN alors qu'il est c'est difficile pour lui à l'école. Enfin, on sent bien qu'il est un peu déscolarisé, mais qu'il va être évidemment il va faire des études euh brillantes. Euh et puis alors il y a comme pour Anne euh cet engagement que vous décrivez bien à à l'extrême gauche et là c'est très important pour lui mais ça va rester très longtemps dans la famille ça cet ancrage là.
Oui. Alors c'est c'est aussi toute une époque il faut se remettre dans les dans l'époque où un certain nombre de gens pensaient à une révolution possible. Euh alors maintenant ça nous paraît un peu absurde et fou et depuis un certain temps même quelques erreurs parfois d'ailleurs il vo mais mais c'est vrai que c'était euh cette époque de l'engagement euh à la dans la continuité de mai 68.
C'était toute une jeunesse qui pensait que euh on pouvait remettre en question le système capitaliste, qu'on pouvait l'abattre, qui pouvait avoir un autre monde possible. Moi, mon père était pas trop de skis, il était maïste, c'était une autre chapelle. et et c'était l'époque où on pensait qu'en Chine, il se passait des choses formidables.
Bon, évidemment, l'histoire a montré que pas du tout et et je pense que ce qui est dans le silence de nos pères, parce que Anne aussi faisait allusion, même si elle savait que son père était de gauche, il avait pas nommé avant en fait son appartenance à la LCR et mon père non plus ne s'attardait pas non plus sur son appartenance au groupuscule auquel il faisait partie parce que il y avait quelque chose de de très compliqué quand même d'assumer cette erreur historique même s'il n'était pas les seuls. C'est sûr, mais à un moment il faut assumer une erreur. Voilà.
Donc je pense que à la fois il ils l'ont assumé puisqu'ils ont vécu voilà mon père est devenu social-démocrate. Bon mais je pense que ça a été très douloureux pour eux de s'être trompé à ce point-là d'avoir consacré énormément d'énergie qui empiétait sur la vie de famille. Mon père était dans une organisation où on avait pas le droit d'être marié, pas le droit d'avoir d'enfants, extrêmement rigoriste et et pour une personnalité aussi libre que lui, c'était une forme d'abration qui se qui qu'il accepte ce cadre là.
Mais il y avait bien d'autres contradictions aussi Vanessa Schneder parce que vous racontez c'est l'inverse là de de ce qui s'est passé pour Anne Ber a été quand même mise sous le jou paternel parce que il n'est pas enfin il doit se prétendre féministe dans son engagement politique mais il ne l'est pas du tout à la maison. Oui. Alors, il y avait tout à fait, il y avait une contradiction mais bon, mon père était pas du tout à l'abri des contradictions.
Euh, il les revendiquait d'ailleurs parce que bon, pour ça, il était assez transparent. il affiché d'ailleurs il auprès de MLF et tout ça. Mais alors à la maison, on était très très loin de ça.
C'est-à-dire que la répartition des rôles entre mes parents était d'un classicisme. Voilà, ma mère s'occupait des enfants, elle n'avait pas le droit de travailler alors qu'elle alors qu'elle travaillait dans une librairie. Alors qu'elle travaillait dans une librairie, il lui interdisait de travailler.
Il fallait qu'elle s'occupe des enfants. Et puis il y a cette scène que je raconte qui était une scène terrible mais qui moi m'a formé aussi en tant que jeune fille et en tant que future femme. Il lui donnait de l'argent en liquide tous les dimanches soirs pour les courses de la semaine.
Et ça c'est vrai que très tôt ma mère m'a dit jamais jamais jamais ne te retrouve dans dans Alors ma mère fumait pas de cigarette et elle était contre donc elle me parlait pas des paquets de cigarettes mais elle me disait mais surtout choisis n'importe quel métier mais soins indépendante ne dépend jamais de personne et ne dépend jamais d'un homm pour une mère qui était beaucoup plus féministe évidemment du côté d'â au contraire qui avait une autorité naturelle et qui prenait le pas sur la famille il y a beaucoup de crises que Vous décrivez Vanessa Schneder dans ce livre, il s'emporte des colères et parfois même on est au bord de de de la folie quand il se jette d'un toit ou des choses. Est-ce que vous diriez qu'à un moment il était il avait des accès de folie ce père ce ce Michel Schneder ? Il y avait quelque chose qui je sais pas comment on peut les qualifier mais il y avait je je pense qu'il n'a jamais guéri de son enfance en fait c'était encore un enfant blessé très perdu avec des accès mélancoliques très profonds et des pulsions d'autodestruction et qui était très inquiétante évidemment et ça créait une espèce de euh Oui.
On se méfiait, on était sur nos gardes, on avait euh c'était pas une atmosphère très très tranquille à la maison. C'était pas très rassurant. Voilà, c'était pas très rassurant.
Et il le savait puisqu'il nous disait il disait des phrases qui moi m'ont paru longuement anodine mais après j'ai découvert que c'était pas unin du tout de dire ça et à chaque fois il il me disait souvent ta mère pense que je veux vous tuer ou ta mère pense que je veux la tuer ou bon aucun père ne dit ça on dit pas ta mère donc il il savait qu' pouvait susciter cette crainte au sein de son foyer et en effet on était sur Oui. Puis après il s'excusait, il revenait, il était euh je pense qu'il en souffrait aussi. H on peut dire Anne Ber que vous avez pas vécu dans la même atmosphère.
Je pense que on sent bien que vous il y a une douceur, une espèce de chose apaisée. C'est c'est vrai que on avec les mots d'aujourd'hui, on dirait que mon père était un homme déconstruit avant l'heure. Oui.
Oui. C'est-à-dire ne pensant absolument pas qu'il y avait euh une autorité masculine naturelle sur le par rapport aux femmes. Moi, j'avais une mère qui était chercheuse aussi, qui partait beaucoup à l'étranger euh pour exposer ses recherches dans les universités.
C'était jamais une question. Non, j'ai eu la chance d'être au fond vivre avec un homme, mon père qui était très moderne. Oui.
Mais je reconnais je reconnais la modernité de mon père dans dans son rapport au foyer, dans son rapport à sa femme et même voilà dans sa et la liberté enfant bien sûr. C'est ce qu'on retrouve bien sûr chez chez Vanessa Schneeder parce qu'il y avait aussi une volonté de vous laisser libre. Enfin, il y avait quand même cette éducation là, mais aussi une grande exigence et euh on sent beaucoup plus d'approté dans votre écriture, enfin en tout cas dans ces récit dans d'enfance.
Euh vous vous dites quand même parfois j'ai eu une enfance difficile ou j'ai j'ai souffert. Euh non, je paradoxalement je me dis pas ça. Je me dis j'ai eu c'était pas facile par moment ça.
Oui, ça ça a longtemps créé beaucoup d'inhibition. J'étais une enfant très timide. J'avais très peur des autres.
L'extérieur était quelque chose de d'un peu angoissant. Je j'avais beaucoup de mal à prendre la parole à l'école et ça c'est des choses qui m'ont ça a évidemment impacté mon caractère mais non, j'ai pas des souvenirs d'une enfance malheureuse parce que à côté de ça, mon père avait aussi un côté très drôle. Euh il faisait euh alors il était pas déconstruit au sens dans les relations hommes-femme mais il par exemple il cuisinait beaucoup, on cuisinait avec lui.
Euh il nous parlait énormément donc je parlais énormément de de politique de livres sans cesse, de musique de donc c'était on a il y avait une vie intellectuelle qui était d'une grande richesse et dont je nourris vraiment. C'est c'est une chance inouie d'être de pouvoir être élevé comme ça exprimé au combien pour l'extérieur. Et puis en effet, c'était une génération à laquelle la génération précédente avait souvent imposé beaucoup de choses dans des cadres très rigides et qui s'était libéré de ces ces quans après mes 68 et donc qui laissait ces enfants choisir leur métier, choisir on avait le droit de s'exprimer, s'exprimer à table, ce qui était pas le cas des générations précédentes hein, où voilà, les enfants avaient le droit de prendre place dans la famille pas forcément au même titre que les adultes, mais en tout cas quand même vous en avez joui de cette liberté Bien sûr, il était interdit d'interdire.
Voilà. Et on le sentait. Moi, c'était toujours à lui.
C'était surtout à lui qu'il éta interdit d'interdire mon il s'interdisait pas grand chose. Est-ce qu'on en a tiré du bon de cette éducation ? Parce qu'on pourrait s'interroger un jour sur ce qui restait de M 68.
Moi, je je sais pas si quelqu'un a fait un bilan réel de ce mouvement, mais est-ce que cette permissivité ou cette absence de cadre réelle, est-ce que c'était bien finalement ? Est-ce que ça ça rendait peut-être pas malheureux ? Oui, ça on comprend.
Mais est-ce qu'il y a quelque chose qui n'a pas manqué ? Moi, il y avait pas de permissivité en fait dans ma famille parce que il y avait une exigence scolaire d'abord très forte et puis de du côté de ma mère, bah mère était mère au foyer, elle posa un cadre très précis et et c'est vrai qu'il y a eu des récits de d'enfants de mes 68 qui eux ont vécu un peu à la sauvage ou qui avaient le droit de nous non moi on devait se coucher à fixe peut-être que plus de permissivité chez Nous nous on avait une grande liberté, c'est vrai et moins d'exigence enfin disons une grande exigence scolaire mais et si beaucoup de liberté, une grande confiance et et je crois que ça dépend des caractères. Oui.
Euh chez chez par exemple chez moi, ça a créé le fait de pas d'avoir beaucoup de liberté a fait que je me suis construit mes propres limites. Hm hm. Que je suis devenue mon propre cadre.
Enfin, cadre, oui. Que je me suis surveillée toute seule. Donc donc c'est pas parti dans le décor mais pour certains enfants ça peut partir dans le décor ça.
Voilà. Et puis euh quand même dans nos deux récits, dans nos deux enfances, il y a des transgressions qui n'ont pas eu lieu. Alors que dans d'autres récits qu'on peut avoir, dans d'autres livres qu'on a pu lire, c'était des ambiances avec des libertés qui sont allées trop loin et qui ont détruit les enfants.
Ce qui est pas le cas de nos deux livres. Oui, puis il y avait de l'amour. Enfin, de toute façon, ça existait.
Il y a bien sûr l'accompagnement à la fin de vie de ces deux paires. C'est ce que vous racontez l'un et l'autre qui d'une certaine façon va enfin va correspondre à un moment d'apaisement en tout cas pour Michel Schneder et de dialogue pour vous. Donc une une une partie importante de votre histoire avec ce père j'allais dire l'accompagnement de la fin.
Oui. Alors moi, ça été très particulier parce que ça c'est mon père était voulait cacher sa maladie. Euh et et du coup, il était dans une forme de dénis de sa maladie, donc on pouvait pas euh et donc il l'a fait à sa façon, toujours inattendu, c'est-à-dire que sous prétexte de me donner des papiers administratifs pour que je puisse organiser euh l'après euh les funérailles et tout ça, ce qui bon des moments très difficiles à faire. cette tâche.
C'est à Oui, c'est à moi qui l'a demandé de de m'occuper de de ça. Et en fait, il m'a donné des tas d'autres choses euh des tas de de papiers, de dossiers, de choses dont j'ai découvert après que euh il y avait des bulletins scolaires, il y avait des photos, il y avait des lettres, il y avait des choses qui même me concernaient pas du tout ni lui euh mais et qu'il y avait évidemment un message un message où que j'ai compris lorsqu'un un petit livre est tombé d'un des dossiers et c'était un livre de Sandor Maraï, un auteur qu'on aimait beaucoup tous les deux avec mon père, mais ce livre-là, je ne le connaissais pas et je pense qu'il avait choisi pour son titre puisque le titre c'était ce que j'ai voulu taire. Et là, quand j'ai vu ça, je j'étais avec mon frère et on a éclaté de rire et j'ai dit bon ben voilà, c'est encore un coup de un coup de papa et et j'ai compris qu'il me dis il me disait voilà, je je tout ce que je ne t'ai pas dit et ben débrouille-toi avec ça et puis tr trouve-le quoi.
Voilà, c'était une forme de défi. Ouais. Donc ça s'est passé un peu différemment.
Moi ce que je voudrais dire c'est que si vous accompagnez quelqu'un proche de vous qui est dans la maladie, c'est très difficile d'aborder l'idée de il faut se parler hm parce que c'est peut-être plus possible après. C'est très difficile de dire il faut que tu m'écrives mais il faut le faire. Il faut le faire.
Voilà. Alors ça ça s'appelle Finister et c'est Anne Ber touchant sur les origines bretonnes de cet auteur. Et puis vous Vanessa Schneder la peau dure parce que c'est un homme qui disait avoir la peau dure mais qui a fini par j'allais dire lâcher prise d'une certaine façon quand il est malade et que vous l'accompagnez jusqu'à la fin de très beau livre.
Merci beaucoup d'être venu. Quelques coups de cœur pour terminer cette émission et pour prolonger d'ailleurs le thème de d'aujourd'hui, le second roman roman d'un jeune auteur qui s'appelle Kevin Hor. Très intéressant l'or.
Il est question d'un père qui va mourir mais aussi d'une magnifique histoire d'amour. Et puis à ne pas manquer la publication en poche des des monuments de Paris Violen Hisman Hisman qui évoque les figures qui sont évidemment très romanes de ses pères et grand-pères. Magnifique livre.
Ah voilà. Donc je merci beaucoup Anne de nous signaler ça et pour ma part Maria Pourchet qui avait écrit bien sûr western, c'était en 2022 je crois et qui qui avait été très remarqué parce qu'il y avait beaucoup de nuances dans ce féminisme nouveau et là c'est très saillir et c'est l'histoire d'une femme qui va chercher à repartir dans son pays natal pour fuir une forme de routine familiale mais ça ne marche pas vraiment mais c'est très beau et très émouvant. Voilà.
Merci à toutes les deux d'être venu. On se retrouve très vite bien sûr pour un nouveau numéro de bonheur des livres. À très vite.
Georges Naturel