Sophie Adenot, repas à un euro pour les étudiants, droits d'inscription à l'université... Le "8h30 franceinfo" de Philippe Baptiste
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France Info. Bonjour Philippe-Baptiste. Bonjour. Et merci d'être avec nous sur France Info dans moins de trois heures. Maintenant, Sophie Adnaud deviendra la deuxième française à s'envoler pour l'espace, 25 ans après Claudie Aignoret. L'espace, vous êtes bien placé pour en parler, puisque vous avez dirigé jusqu'à l'an dernier le CNES, le Centre National d'Études Spatiales. Pour commencer, je vous propose d'écouter Sophie Adnaud. Elle donnait ses impressions avant le départ. C'était début janvier à Cologne, en Allemagne.
Ce que je ressens principalement, c'est que je suis sereine. Sereine sur une mission qui va être belle. On est bien préparé. Je suis concentrée également. Concentrée parce que ça fait trois ans qu'on encrange de la connaissance et surtout l'apprentissage de compétences clés qui vont nous servir au quotidien. Je suis curieuse aussi parce qu'il y aura beaucoup d'incertitudes comme toute mission.
Alors, est-ce que vous avez eu l'occasion ces derniers temps d'échanger avec elle ? Alors, ces derniers jours, non, parce qu'elle était confinée. Dans les derniers jours, les astronautes sont confinés avant d'être lancés. Oui, c'est en quarantaine en quelque sorte. En quarantaine, exactement. Mais je me rappelle encore, Sophie, à trois, quatre ans, avant sa sélection, les premières discussions qu'on avait eues avec elle. Une femme incroyable, d'une très grande modestie. Ça se sent dans les échanges et ça se voit immédiatement. Et qui est juste à la fois une scientifique brillante qui a été pilote d'essai sur, je ne sais plus, une quarantaine d'hélicoptères différents.
Il y a des milliers d'heures de vol. Il y a des milliers d'heures de vol qui a été la meilleure de toute sa classe d'astronautes. Vous savez, ils sont en classe. Donc, elle était absolument exceptionnelle, des qualités remarquables. Et puis, quand elle parle aussi de son projet, elle a toujours voulu faire ça. Et elle vous parle de son engagement de femme, de femme de science, de passion pour l'espace, de ténacité dans son engagement. Le fait qu'elle a travaillé, aussi qu'elle a travaillé dur parce qu'elle voulait le faire. Mais elle montre aussi que les rêves, on peut les atteindre quand on travaille. Et voilà, c'est un très, très bel exemple. C'est un très beau message.
Et c'est un beau message aussi, je reviens là-dessus, sur les femmes, la science et la technologie. Claudie Aigneret avait été déjà une extraordinaire ambassadrice et est toujours une extraordinaire ambassadrice des sciences et des technologies. Et l'une des missions des astronautes, ce n'est pas la seule, mais c'est aussi ça. C'est de parler à tout le monde de la science, de la technologie et de la place de ces sciences et des technologies dans notre monde.
Alors justement, qu'est-ce que vous pouvez nous dévoiler, Philippe Baptiste, sur ces missions, ces expériences scientifiques que Sophie Adnaud et donc les deux Américains et le Russe qui voyagent avec elle dans l'espace vont pouvoir mener à 400 kilomètres d'altitude pendant ces 6 à 8 mois en orbite ?
Pardonnez-moi, je me permets simplement de rappeler que vous avez été au SNES, qui s'occupe précisément de ces expériences. Entre autres, en tout cas une partie, bien sûr. Pourquoi est-ce qu'on fait des expériences dans l'espace ? Essentiellement parce qu'on est dans un endroit où il n'y a quasiment pas de pesanteur, on a pesanteur. Et donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en fait il y a des expériences, des manips qu'on ne peut faire que dans cet environnement. Alors on peut les simuler parfois dans des vols paraboliques, dans des avions qui pendant quelques secondes simulent la pesanteur. On fait tomber l'avion et on simule la pesanteur.
Mais dès qu'on veut avoir des expériences d'un peu longue durée, le seul endroit où on peut le faire, c'est l'ISS. Et il y a plein de choses qu'on va mesurer, des expériences de physique, mais on va aussi s'intéresser au vieillissement. On va s'intéresser par exemple au vieillissement des eaux. On va s'intéresser aussi aux dommages qui sont causés sur des tissus vivants, des radiations. Parce que l'environnement spatial, de temps en temps, il y a des génies de la tech qui vous expliquent que l'avenir de l'humanité est dans l'espace. Je crois que c'est fondamentalement faux. Ah bon ? Oui, parce que l'espace est un milieu extraordinairement hostile. Extraordinairement hostile.
Parce que vous êtes en dehors des ceintures de Van Halen. Donc ça veut dire que vous êtes soumis directement au rayonnement dès que vous êtes un petit peu loin de la Terre. Et donc sur les expériences ? Alors, des expériences très variées. On va travailler par exemple, tester des combinaisons intra-véhiculaires. C'est-à-dire de nouvelles combinaisons spatiales qui ont été développées. On va travailler sur la mesure des radiations. On va travailler sur du suivi physiologique des astronautes pour vérifier qu'ils sont en forme. Comment est-ce qu'évolue leur santé ? Travailler sur des échographies totalement autonomes. Et vous savez, en fait, c'est aussi des...
Par exemple, je prends l'exemple de l'échographie. Ce travail-là, il est important. Ça montre aussi que quand vous faites de la science et de la technique, vous pourriez me dire, mais en fait, qu'est-ce qu'on a besoin d'aller travailler sur des échographies pour les astronautes ? Vous me posez presque la question. Mais en fait, ça a des retombées en fait directes. Parce que le jour où vous avez des appareils qui sont des appareils qui vous permettent de faire une échographie en totale autonomie, alors que vous n'êtes pas vous-même échographe et médecin, et bien ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que demain, dans des situations d'urgence, dans des endroits qui sont des endroits qui ne sont pas forcément très médicalisés, et bien vous aurez la possibilité de développer ces appareils-là. Ça veut dire qu'il y a des applications concrètes de ce test dans l'espace ? Énormément d'applications concrètes. Toutes les technologies spatiales qu'on développe, alors dans l'ISS, mais aussi quand vous développez un lanceur, quand vous développez des satellites, etc., ça a des retombées sur notre vie quotidienne. Vous savez, aujourd'hui, il n'y a pas une seule minute dans vos...
Enfin, j'exagère peut-être un petit peu, mais il n'y a pas une journée où vous n'utilisez pas des technologies spatiales. Quand votre radio, elle est diffusée, entre autres, par des satellites, quand vous êtes dans votre véhicule, vous utilisez votre Galiléo, votre GPS, qui vous permet de vous guider, quand vous êtes... Enfin, en permanence, c'est utilisé. Donc, c'est vraiment le spatial et dans notre vie.
Et toutes ces expériences menées, vous qui êtes en charge de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, donc, ça veut dire que votre ministère est complètement en soutien ? Dans quelle mesure vous êtes en appui de ces expériences ? C'est essentiellement financier ?
Alors, c'est à la fois... Enfin, le ministère est en soutien financier et humain, parce que derrière, en fait, c'est les hommes et les femmes qui travaillent au CNRS, dans les universités, au CNES, et qui sont évidemment derrière et qui supportent toutes ces expériences. Derrière ces expériences, il y a Sophie, mais il y a aussi, derrière Sophie, il y a des centaines de gens qui travaillent sur les différentes expériences, qui récoltent les données, qui vont les exploiter, qui vont comprendre, qui vont vérifier, qui vont comprendre des phénomènes physiques. Donc, c'est vraiment... C'est un travail d'équipe. Sophie ou les astronautes qui sont là-haut, qui vont avoir...
Sophie va rester neuf mois avec un agenda qui est rempli à la minute près. Je veux dire, c'est quand même... Il n'y a pas de temps mort. Ah non, le dimanche, ils sont un peu tranquilles. Mais autrement, je vous garantis qu'être astronaute, ce n'est pas de tout repos, c'est vraiment très chargé. Alors, un mot, parce qu'il y a des spationautes, des astronautes, des cosmonautes. Il y a aussi un Russe, effectivement, dans cet équipage. D'ailleurs, Sophie Adneau prend SpaceX pour monter et, je crois, Soyouz pour redescendre. Donc là, ce sont les Russes. Il y a encore, donc, un domaine où...
Il y en a sans doute d'autres, mais un domaine où on collabore de façon complètement assumée avec les Russes. Il y a une coopération spatiale, effectivement. C'est le fondement de l'ISS. Et je vous rappelle que... C'est bien de ne pas l'avoir remis en cause malgré la guerre. Vous savez, la France, par exemple, qui est le seul pays du monde qui a coopéré avec toutes les grandes missions, avec toutes les grandes nations spatiales. On a travaillé avec les Américains, avec les Russes, avec les Chinois, avec tout le monde. Pas sur tous les sujets. Il y a des sujets du spatial, où on travaille seul, où on travaille avec nos partenaires européens uniquement.
Et puis, il y a des sujets, comme des sujets autour du vol habité, par exemple. D'abord, ça coûte très, très, très, très cher, le vol habité. Donc, travailler en collectif, en international, ça a du sens. Et puis, on l'a fait, y compris pendant la guerre froide, de travailler avec les Russes. À un moment où les tensions géostratégiques étaient extrêmement élevées. Donc, c'était bien de ne pas arrêter. C'est bien de ne pas arrêter. Je pense que c'est important. Vous savez... Alors, évidemment, on est très vigilant sur le fait que, dès qu'on travaille sur des sujets qui deviennent des sujets économiques ou des sujets sensibles, évidemment, là, c'est différent.
Mais vous savez, quand on travaille sur de la science de base, sur une science qui est très fondamentale, avec des objectifs qui sont de très long terme, coopérer, ça permet aussi de rapprocher les peuples. Et donc, je pense que c'est un bel objectif. Il faut le faire sans naïveté. Sans naïveté, évidemment, mais il faut le faire.
On voulait justement parler avec vous de cette concurrence très forte sur ce domaine du spatial, avec une actualité qui est chargée, puisque la nouvelle version de la fusée Ariane 6, Ariane 64, on le précise, a été lancée hier. Décollage réussi depuis la base de Kourou, en Guyane, avec 32 satellites Amazon Leo, propriété, évidemment, de l'américain Jeff Bezos. Est-ce que ça signifie que, quand même, dans ce domaine, on dépend essentiellement, même si c'est Ariane, des marchés étrangers ?
Non, non, non, non. C'est une opportunité, avant tout, pour Amazon. Je veux dire, pardon, c'est parce qu'Amazon cherche, aujourd'hui, à développer sa constellation et donc cherche des lanceurs. Face à SpaceX. Et ils avaient bien... Exactement. Comme ils ne veulent pas voler sur SpaceX pour des raisons comme c'est des concurrents, et bien, qu'est-ce qui se passe derrière ? On rappelle que SpaceX, c'est Elon Musk et qu'Elon Musk a aussi sa propre constellation satellitaire. Donc, c'est une opportunité pour la France, pour l'Europe, pour Ariane et c'est une opportunité pour Amazon. Mais c'est surtout un immense succès technologique.
Pardon, Ariane, Ariane 6, que moi, je voudrais remercier encore mes anciennes équipes, j'en profite, pardon. C'est incroyable ce qui s'est passé. C'est-à-dire que c'était un lanceur qui était quand même très décrié, qui avait beaucoup de retard. On avait pris du retard sur les coûts, sur les délais, etc. Il y avait beaucoup de tensions politiques, géostratégiques sur ce lanceur. L'Europe doutait. Et ce qui s'est passé depuis le premier lancement il y a un peu plus d'un an, un an et demi, c'est une série de succès comme on n'en a quasiment jamais connu. Je touche du bois pour que ça continue, évidemment.
Une série de succès, un premier lancement en pleine puissance avec Ariane 64, donc avec quatre boosters, une configuration extrêmement puissante avec de grands challenges, un vol qui était parfait et des équipes qui étaient toutes hyper... Voilà. Donc, c'est la France, c'est l'Europe qui gagne et ça, il faut en être très fiers parce que vous savez, il n'y a pas de spatial s'il n'y a pas d'accès à l'espace.
Alors, justement, sur l'Europe, on sait que la contribution de la France à l'Agence Spatiale Européenne est élevée, elle augmente, même si c'est l'Allemagne le premier contributeur. Mais est-ce que concrètement, avec à peu près 22 milliards d'euros d'investissement, on peut être en mesure de concurrencer la NASA qui, elle, 70 milliards d'euros d'investissement. On en est quand même très loin.
Alors, deux éléments. La première chose, c'est qu'il y a la contribution française à l'Agence Spatiale Européenne, mais au-delà, il y a des programmes qui sont développés directement par l'Agence Nationale Française en plus. Et quand vous sommez tout ça, la France est de très loin le premier pays spatial européen. Ça, c'est très clair, avec près de la moitié de l'industrie qui est aujourd'hui en France. Donc, quelque part, on a un vrai leadership sur le sujet. C'est fondamental de le garder parce que c'est un sujet d'avenir et de très forte croissance. S'agissant des budgets, effectivement, l'Europe est en retard parce que l'Europe est en retard et on n'investit pas assez sur ces sujets-là.
Alors, il y a à la fois la question du vol habité et de la science, mais le vrai sujet aujourd'hui, ce n'est pas tellement celui-là. Le vrai sujet, c'est notre autonomie stratégique, l'importance du spatial pour notre défense et pour notre sécurité. C'est ça, le sujet numéro un et c'est ça qu'il faut faire. Mais quand même, on parlait d'Ariane, vous félicitiez du fait que ça fonctionne, qu'Amazon utilise en tout cas Ariane pour lancer ses satellites. N'empêche que les constellations satellitaires les plus importantes, c'est Starlink, c'est Amazon, il y a Hôtelsat aussi, bien sûr, mais qui est quand même moins utilisé aujourd'hui.
Est-ce qu'on ne va pas finir par être complètement en retard sur ce sujet ? D'abord, Hôtelsat n'a pas exactement le même positionnement. Ce n'est pas le même positionnement, c'est plutôt étatique que destiné aux particuliers comme Starlink, par exemple. Business, pardon, pour les entreprises et pour les États. Et c'est fondamental d'avoir Hôtelsat. Il ne faut pas qu'on accélère là-dessus ? Et s'il faut accélérer, et c'est le projet Iris Square. Iris Square, c'est le futur de l'Europe de la connectivité en orbite basse. C'est un très grand programme qui a été lancé par la Commission. Il faut maintenant qu'on arrive à accélérer, à baisser les coûts. Je veux dire, on va réussir à le faire.
Mais on est déjà en retard, de fait. On l'a fait pour Ariane 6, mais on a déjà une constellation, c'est la seule constellation européenne souveraine aujourd'hui qui existe. C'est OneWeb, la constellation de Hôtelsat. Il faut s'appuyer dessus. Et Starlink. Oui, mais elle n'est pas du tout européenne. Air France utilise Starlink. Il y a d'autres opérateurs qui utilisent Hôtelsat. Et la question, à mon avis, elle est fondamentalement qu'est-ce qu'on veut demain ? Est-ce qu'on veut être autonome ou pas ? Et évidemment, si on veut être autonome, il faut aussi, à un moment donné, assumer le fait que notre autonomie, elle passe par le fait que les pays européens achètent du matériel européen.
Et cette question, elle est fondamentale. Elle est absolument cruciale. C'est vrai dans le spatial. C'est vrai pour toute la tech.
sur ce sujet, à propos des Américains. On sait que le président Donald Trump veut retourner sur la Lune en 2030. C'est l'objectif qu'il a fixé. Mais on sait que l'écosystème spatial est plutôt sceptique. Est-ce que c'est possible que les Américains retournent sur la Lune en 2030 ?
2030, il faudrait s'adresser à des techniciens. Mais moi, l'image que j'en ai, je pense que c'est très ambitieux. Mais ce n'est pas totalement impossible. Mais c'est très ambitieux. C'est simplement que vous ayez en tête aussi que ce que veulent faire nos partenaires américains aujourd'hui, et on est associés d'ailleurs, nous, Européens, c'est aller sur la Lune, mais l'objectif est d'y rester. Et donc, c'est des choses qui sont radicalement différentes en termes de concepts que les missions Apollo qu'on a pu connaître quand on était... Pas seulement de l'exploration. les plus jeunes, exactement.
Philippe Baptiste est toujours avec nous. On rappelle que vous êtes ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace dont on vient de parler longuement. On va évoquer maintenant avec vous le budget 2026. Cette mesure qui a beaucoup fait parler, qui est restée comme un symbole dans les discussions entre le gouvernement et le Parti Socialiste, la mise en place des repas à 1 euro pour les étudiants dans les restaurants universitaires. Alors, si on en croit le communiqué que vous avez publié hier, vous souhaitez que ce soit mis en place à partir du mois de mai.
Un mot quand même philosophiquement sur cette mesure parce qu'on sait que les étudiants boursiers avaient déjà la possibilité d'avoir ces repas à 1 euro. Aujourd'hui, ça veut dire que des fils et filles de parents qui gagnent 6 000, 8 000, 10 000 euros par mois, ils ont aussi ce droit ? Ça vous semble juste ?
Alors, d'abord, ce budget et cette mesure, c'est le fruit d'un compromis. Et comme vous le savez, c'est une mesure qui était beaucoup poussée par le Parti Socialiste. Nous, on avait initialement quelques réserves, on a eu des discussions et ça faisait partie, quelque part, d'un paquet de compromis et évidemment, on va le faire. Je voudrais quand même vous dire que les enfants, effectivement, de parents qui sont très, très aisés comme ceux que vous avez mentionnés, peut-être qu'il y en a quelques-uns qui vont manger au restaurant universitaire. Je ne suis pas sûr que ce soit la très grande majorité.
Et vous savez, aujourd'hui, les gens qui vont manger, les étudiants, de manière générale, ce n'est pas une partie de la population française qui est très riche et donc, quelque part, cet effort supplémentaire qu'on va faire pour aider les étudiants, je pense que ça va quand même, malgré tout, dans la bonne direction.
Vous êtes opposé, on le rappelle, à la base, à cette mesure.
Absolument. Mais maintenant, on a décidé qu'on allait le faire, donc on va le faire et on va le faire dans les temps. Le Premier ministre a annoncé mai et ce sera fait en mai. Tout le monde se met en ordre de bataille pour faire ça. J'étais hier dans un restaurant universitaire, je discutais avec les agents. On avait une discussion qui était très riche et je peux vous garantir qu'ils étaient très engagés dans le support et dans le soutien des étudiants. Et donc, oui, on va le faire. C'est beaucoup de l'argent en plus. C'est quelque part, en année pleine, à peu près 80 millions d'euros en plus.
Dès cette année, ce sera, comme c'est à mi-année, il y aura une cinquantaine de millions d'euros qui vont permettre à la fois... Pardonnez-moi, ces 80 millions, ils comprennent seulement l'approvisionnement ou il y a aussi les salaires, peut-être, de nouveaux employés, de nouveaux emplois que vous allez devoir faire ? Oui, bien sûr, je pense qu'il y aura... Il y a ces deux questions. C'est quelque part, à la fois, le manque à gagner, entre guillemets, du fait de la réduction des tarifs. Et puis, il faudra aussi, comme on sait très bien aussi, qu'on aura probablement plus d'étudiants qui vont venir. Vous arrivez à le chiffrer, ça, d'ores et déjà ? C'est difficile.
Je rappelle 47 millions de repas par an. Bien sûr. La vérité, c'est que c'est une des grandes difficultés de la mesure. Pour qu'elle soit efficace, il faut qu'on arrive à pousser un peu les murs. Ça veut dire accueillir des étudiants, par exemple, le soir, pour le dîner de temps en temps. Regarder si, en embauchant peut-être telle ou telle personne, on aurait réussi à avoir plus d'étudiants. Mais vous savez, aujourd'hui, les croûts sont déjà très, très pleins. Donc, c'est pour ça que c'est techniquement pas facile. On est très mobilisés. C'est une mesure qui sera riche. 80 millions d'euros par an, c'est ce que vous nous dites ? Alors, 50 millions d'euros dès cette année.
Et après, en année pleine, à peu près, ce sera environ 80. Combien de postes en plus, il faudra ? Ce n'est pas encore chiffré. Il faudra regarder vraiment au cas par cas et regarder justement au restaurant universitaire par restaurant universitaire, quelle est la mesure la plus efficace. On est vraiment là, dans le travail, dans la dentelle, dans la mise en place. Dans la mise en place. Et on va le faire.
Sur la situation plus globale sur les universités, vous avez aussi lancé un chantier sur le financement des universités, les assises du financement. On sait que chaque année, maintenant, le nombre d'inscrits à l'université est plutôt stagne. C'est autour de 3 millions. Beaucoup d'universités ont un budget déficitaire. Est-ce que ça veut dire, si vous lancez ces assises sur le financement, qu'il faut par exemple ouvrir la réflexion sur une augmentation des droits d'inscription à l'université ?
Alors, sur ce sujet spécifiquement, je vais être très clair, il n'y aura pas, à la rentrée prochaine, d'augmentation de droits d'inscription pour les étudiants français. Enfin, il n'y a pas... Cette question n'existe... Pour les étudiants français ? Cette question n'existe pas. Mais non, je vais le dire de manière très claire. Maintenant, la question des assises, qu'est-ce que c'est ? C'est quoi ?
C'est en fait, simplement, aujourd'hui, il y a à la fois beaucoup d'argent qui a été mis ces dernières années sur les universités à travers une augmentation de l'argent qui est donné par l'État, soit sous la forme de contrats, par différentes méthodes, et en même temps, un sentiment sur le terrain, dans les amphithéâtres, dans les laboratoires, que l'argent, il n'est pas complètement arrivé ou en tout cas, ça ne suffit pas, etc.
Et donc, on a besoin de travailler sur la méthode. Il y a des filières en souffrance,
par ailleurs. Et il y a bien sûr à la fois des filières, mais aussi des inégalités territoriales qui sont extrêmement fortes. Et ça, moi, j'y suis très sensible, en particulier pour le premier cycle. C'est-à-dire que je pense que c'est très, très important que quand vous êtes un jeune bachelier, que vous soyez né dans le septième arrondissement ou dans un département rural, eh bien, à un moment donné, on arrive à vous proposer des choses qui peuvent vous permettre de poursuivre vos études.
Et je pense qu'on a un vrai travail à mener là-dessus, une vraie réflexion sur ce qu'on a fait précédemment et sur ce qu'il faudra faire demain pour améliorer justement cette égalité et cette promesse républicaine.
Vous avez dit pas de hausse des frais d'inscription pour les étudiants français ? Ça veut dire que pour les étudiants étrangers, en revanche, ça peut augmenter ?
C'est la question. Je pense que la question plus générale, elle n'est pas tellement là. La question, c'est plus simplement de savoir, en gros, quelle est notre politique aujourd'hui pour l'attractivité internationale de la France pour les étudiants. Vous savez, on est un grand pays d'accueil aujourd'hui.
On accueille beaucoup d'étudiants étrangers à peu près 440. Mais on est très loin
d'avoir des frais d'inscription excessifs pour les étudiants étrangers, on imagine. Alors, ça dépend quel est votre point de comparaison. Si vous comparez, par exemple, à ce qui se passe en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, on est effectivement très, très, très, très loin. Et aujourd'hui, il y a des frais qui sont déjà, aujourd'hui, des frais différenciés entre les étudiants internationaux non communautaires et les étudiants qui sont communautaires, donc de l'Union européenne. Mais seuls quelques pourcents, en fait, de ces étudiants internationaux payent effectivement ces frais différenciés. Il y a probablement une réflexion à avoir sur ce sujet, mais pas exclusivement sur ce sujet.
Je pense qu'il faut aussi qu'on aille réfléchir. Donc, vous répondez sur la question de Mathilde sur est-ce que les étudiants étrangers, en tout cas extra communautaires, pourraient être un peu plus mis à contribution. Vous ne fermez pas la porte ? La porte n'est pas fermée, mais le sujet, à mon avis, il est aussi beaucoup plus large que ça. Pardon. C'est aussi simplement, je pense qu'il y a des filières où on a absolument besoin de talents internationaux.
Lesquelles, par exemple ?
Toutes les filières, par exemple, des techniques, des sciences, de l'ingénierie, du monde médical. On a cruellement besoin de ces jeunes qui, aujourd'hui, viennent. Pourquoi ? Parce qu'en fait, malgré l'exemple brillant de Sophie Adnaud, je reviens à ce qu'on se disait précédemment, il n'y a pas assez de jeunes, aujourd'hui, qui s'engagent dans ces métiers qui sont pourtant des métiers absolument incroyables et où le plein emploi est quand même vraiment la norme. Et donc, on en a besoin. En particulier, si on veut réindustrialiser le pays. Et donc, on a besoin de ces filières. Et puis, il y en a d'autres où on en a peut-être moins besoin.
Donc, il y a aussi un travail, en fait, je crois, qu'il faut lancer pour réfléchir, justement, à nos priorités.
Encore une question sur cette question des étudiants étrangers parce que, vous le savez, le débat sur l'immigration est brûlant en France. Cette question du nombre d'étudiants en France chaque année fait polémique. Souvent, la droite et l'extrême droite dénoncent une dérive. Et on voulait vous faire réagir à ce chiffre qui a été donné par votre ancien collègue ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot. Il s'est déclaré, vous le savez, candidat à l'élection présidentielle hier.
Et donc, il a accordé une grande interview au Figaro Magazine dans laquelle il déplore que deux tiers des étudiants étrangers en France ne valident pas leur licence en trois ans et qu'ils occuperaient 35% des logements cruces par ailleurs. Est-ce que vous confirmez ces chiffres et qu'est-ce qu'ils vous inspirent ?
Alors, sur les réussites en licence et sur les réussites en master, ce qu'il faut avoir en tête, c'est que les étudiants internationaux réussissent plutôt mieux, assez significativement mieux que les étudiants français. Pourquoi ? Parce qu'en fait, ils sont beaucoup, enfin, pour la plus grande partie d'entre eux, ils sont un peu sélectionnés à l'entrée. Est-ce qu'il faut aller plus loin ? Moi, on peut regarder, bien sûr, mais vous savez... Ça veut dire quoi, aller plus loin ? Aller plus loin, quelque part, aller chercher les tout meilleurs étudiants. Oui, je pense... Donc, peut-être moins d'étudiants ?
Je pense que la question du quantum n'est pas tellement large parce que d'abord, la question du quantum, elle se discute filière par filière.
Donc, il faut décrypter ?
Vous voyez, c'est-à-dire que la question, c'est d'abord piloter, en fait, quelque part, se dire de où est-ce qu'on a vraiment besoin de ces talents. Je prenais l'exemple tout à l'heure des sciences, des technologies et du monde... C'est presque une forme d'immigration étudiante choisie que vous évoquez. Parce que je pense qu'il ne faut pas pour autant exclure les autres. C'est simplement, il faut être capable d'annoncer nos priorités et le dire clairement. Et ça, je pense que ça fait partie des choses. Il faut pouvoir le dire.
Et d'ailleurs, je le dis, nous, notre priorité aujourd'hui, c'est d'accueillir des étudiants internationaux, des talents internationaux du meilleur niveau qui sont sur ces profils-là, par exemple. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas d'autres qui peuvent être évidemment les bienvenus. On a des étudiants particulièrement brillants
de Sébastien Lecornu qui doit procéder à quelques changements, à quelques ajustements dans son équipe gouvernementale. Est-ce que vous savez déjà si vous resterez ministre, Philippe Baptiste ?
Je pense que la question n'est pas là. Moi, je suis très motivé pour continuer, évidemment. Parce que, non, mais bien sûr, j'ai énormément de projets qui sont en cours, etc. Et je vois tous mes collègues qui sont aujourd'hui au travail et avec un gouvernement qui gouverne. Voilà, au moins, le message est effectivement clair. Grand merci à vous, Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace d'avoir été avec nous ce matin sur France Info. Merci Mathilde de Sirop et restez, bien sûr, sur France Info.
Philippe Baptiste